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11 janvier 2016

"Ateliers des ailleurs" 3

Les artistes lauréats de la 3ème édition de "l’Atelier des ailleurs", résidence de création dans les Terres australes françaises, ont embarqué sur le Marion Dufresne le 8 décembre 2015. Le musicien Julien Gauthier séjourne sur le district Kerguelen et l’écrivain Estelle Nollet séjourne sur le district d’Amsterdam. Leur retour est prévu début mai 2016.

Les premières impressions d’Estelle Nollet à Amsterdam :

(mise à jour le 7 mars 2016)

Aujourd’hui, une photo et quelques mots.

La photo a été prise lors d’une baignade avec les otaries que nous avons faite la semaine dernière : l’eau était cristalline, la mer remplie de bébés curieux et joueurs, l’instant rare et bien évidemment inoubliable.

Les mots sont extraits de mon roman en cours, dont l’intrigue se situe sur l’île fictive de New Aberdeen, qui, si elle s’éloigne par de nombreux aspects de celle d’Amsterdam, en emprunte le climat, la faune et la flore.

« Autour de la base, les jeunes graminées faisaient du Hula hoop avec des cerceaux de vent, secouant leurs épillets et donnant aux prairies un air libéré de premier jour de vacances. Partout autour ça faisait la java dans les miettes de bourrasques, c’était le spring break de la flore, les feuilles se soulevaient comme des jupes et les fleurs agitaient leurs couleurs dans le shaker de Dame Nature, ça sentait bon l’ivresse australe et l’insouciance post-tempête.

Plus en hauteur, la végétation flirtait : les marguerites jouaient les fausses princesses en hauts talons, remuant leurs inflorescences au rythme des restes de vent, aguichant les chardons aux ombelles violacées, draguant le voisin sous le nez du mari tout en matant les draps de pétales orangés que les capucines tissaient à leur pied et dans lesquels elles aimeraient bien vautrer leurs ligules.

En montant vers les tourbières, sur les flancs abrités de la brise débridée, les scirpes aux tiges comme des pailles, que personne n’avait invités sur le dance floor ou dans les backrooms, se soûlaient à l’humidité. Restant sur la touche, ils boiraient le sol jusqu’à la lie, alors que juste au-dessus d’eux, c’était déjà le lendemain de cuite : les foies des sphaignes, gonflés comme lors d’un retour de noces, se vidaient comme des éponges boursoufflées sous les pas des albatros qui s’apprêtaient à nidifier.

Près de la mer, les otaries étaient de nouveau fécondées. Près de la terre, les rats creusaient des berceaux pour leurs bébés roses et nus sous des pierres gravées. Près du ciel, les oiseaux marins avaient retrouvé leur conjoint et se relayaient pour couver, sans savoir combien de chances sur dix leur futur poussin avait de crever. »


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Manchots royaux, Crozet.

« Rencontre. Dans ces terres tout est rencontre, souvent inespérée, rarement égalée. Mais ces moments intimes avec une nature aux mille reflets, aux falaises comme des encres de Victor Hugo, aux tourbières dorées et moussues et aux affleurements volcaniques dardant leur basalte de jais, ces approches fascinantes d’espèces animales aux comportements complexes et cette chance inouïe de contempler et de protéger celles qui sont endémiques, de même que les surprises que chaque journée réserve, ne font pas oublier que les expériences que chacun s’approprie se vivent toujours à plusieurs. C’est aussi le pouvoir de ces îles : de nous rappeler que les plus belles émotions sont celles qui se partagent.

La certitude encore étonnée de faire partie des rares spectateurs de ces « archiperles » fait véritablement de ces quatre mois d’Atelier des Ailleurs une expérience unique dans la vie d’un écrivain-voyageur, qui ne peut que rester à chaque instant abasourdi par tant de « nourriture » pour le cœur et l’écriture. »

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Recensement poussins Albatros d’Amsterdam

Les premières impressions de Julien Gauthier à Kerguelen :

(mise à jour le 1er mars 2016)

"Je suis toujours aussi impressionné par le lieu, et chaque découverte d’un endroit nouveau apporte des impressions, des nouvelles idées, y compris bien entendu en ce qui concerne des idées musicales !

A vrai dire, je reste encore un peu sans voix par toutes les découvertes que je fais ici. Même après deux mois de séjour, on reste fasciné par cette idée de se trouver dans un endroit aussi isolé, encore plus lorsqu’on est en sortie sur le terrain, à plusieurs jours de marche de la base. On ne se lasse pas, en arrivant sur une plage inconnue, d’y croiser manchots ou éléphants de mer, ou de voir voler des grands albatros ou des pétrels géants !

Les premières impressions que j’avais décrites concernaient surtout la découverte de la faune, la flore et de la géographie de l’île. Mais j’ai depuis eu l’occasion de passer beaucoup plus de temps sur la base de Port-aux-Français, et là j’ai pu découvrir aussi cette culture si particulière des bases subantarctiques. On apprend à comprendre (et à parler !) le « langage » des îles, les expressions, le rôle de chacun sur la base, les petits rituels qui rythment la vie sur base ! Je pense que ce n’est pas galvaudé de dire que « l’ aventure » ici est autant une aventure humaine qu’une aventure dans ces terres dites « extrêmes ». Les rencontres que l’on y fait sont fortes, et certainement renforcées à cause (ou grâce) à l’isolement !

J’ai donc beaucoup voyagé sur l’île, marché, entendu et enregistré énormément de sons.

Et bien entendu, c’est surtout depuis quelques semaines, après m’être imprégné des lieux, de l’ambiance et de la culture que j’ai commencé à avancer sur mon travail de composition de manière plus concrète. Les premières semaines ont été surtout consacrées à noter quelques idées, mais maintenant celles-ci commencent à prendre réellement forme et à se matérialiser sur partition ! Cette deuxième moitié de séjour, si je vais quand même continuer à sortir sur le terrain de temps en temps, est plus consacrée à la composition proprement dite."

Le journal "sonore" en ligne de l’artiste : http://philharmoniedeparis.fr/fr/symphonie-aux-iles-kerguelen/accueil


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Prise de son à Ratmanoff © Tiphaine Ouisse

" En quelques mots, je pourrai dire que tout ce que j’avais pu imaginer avant de venir était très en deçà de la réalité ! L’impression d’éloignement, la vie sur base, mais aussi parfois l’extrême hostilité du climat, et je pense en particulier au vent, qu’on peut imaginer de manière intellectuelle avant de venir ici mais qu’on ne peut comprendre sans l’avoir vraiment senti dans sa violence !

Pour ce qui est de ce qui me concerne plus directement, les sons, effectivement celui du vent, ou plutôt de toutes les conséquences du vent : tremblement dans les cabanes, sifflements, grondements, etc.

Et la faune, le chant des manchots, que je n’avais pas imaginé si différents d’une espèce de manchot à l’autre, entre les royaux et les papous par exemple ! Je suis loin d’avoir tout découvert encore, mais la surprise est toujours là. Pour l’instant, au niveau musical, j’ai beaucoup d’idées, plutôt assez désorganisées pour l’instant, qui vont s’affiner et se préciser dans les jours à venir, passés les premiers moments de découverte qui sont assez intenses !"

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Prise de son à Ratmanoff © Tiphaine Ouisse