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1er novembre 2014

Carnet de l’expédition FT4TA Tromelin 2014

Expédition radioamateurs FT4TA sur l’île de Tromelin du 30 octobre au 10 novembre 2014.
Ce carnet est tenu par Sébastien Poulenard, le chef de l’expédition FT4TA, en collaboration avec les TAAF.

Pour en savoir plus sur l’expédition FT4TA Tromelin 2014, vous pouvez lire l’article de présentation sur notre site web et consulter le site web dédié à l’expédition : www.tromelin2014.com

Lundi 10 novembre

L’avion qui emporte l’équipe vers Mayotte vient de laisser derrière lui Tromelin, qui petit à petit s’efface sur la ligne d’horizon. Bien qu’impatients de retrouver la famille et les amis, quitter l’île ne se fait pas sans un pincement au cœur et un brin de nostalgie.

Les 12 jours de la mission sont l’aboutissement de plusieurs années de prospection et d’au moins une année intensive de préparatifs durant laquelle nous vivions, rêvions, et parlions de Tromelin au quotidien. Devenu une réalité, il nous reste dorénavant à synthétiser toutes nos prises de vue et souvenirs pour prolonger un peu plus cette quinzaine insulaire au travers d’articles, de vidéos et de conférences. Les objectifs que nous nous étions fixés ont été atteints et même largement dépassés. Les premiers échos qui nous ont été rapportés sont extrêmement positifs et il nous tarde de voir à quel point notre travail a été apprécié ici et là.

Un peu plus de 70000 liaisons radio ont été effectuées, le plus grand nombre de contacts réalisé par une expédition de courte durée depuis Tromelin. Toutefois, il faut noter que nous avons profité de conditions de propagation des ondes assez exceptionnelles qui ont outrepassé largement les prévisions que nous avions préparées en amont.

Ce matin, nous avons refermé les caisses de matériel avec la satisfaction d’avoir mis sur le devant de la scène ce confetti de sable perdu dans l’océan indien et d’avoir fait près de 20000 heureux partout dans le monde. L’engouement suscité par notre opération, les liaisons quotidiennes avec les écoles de La Réunion et celles entre le salon du timbre de Paris et notre équipe ont été des vecteurs de communication incroyables qui ont trouvé un écho dans la presse.

Alors que la pression retombe petit à petit, c’est certainement les oiseaux et les tortues qui resteront l’image marquante de cette merveilleuse aventure. A nul moment nous n’avons oublié à quel point nous étions des privilégiés. Avoir foulé le sol d’un site exceptionnel tel que Tromelin restera pour chacun des membres de l’équipe une chance et un honneur. Nul n’aurait imaginé s’émouvoir devant la faune de l’île qu’il convient de continuer à protéger pour la léguer telle quelle aux générations futures. C’est avec une attention particulière que tout notre équipement a été mis en oeuvre et plus particulièrement nos antennes, signe qu’une activité comme la nôtre n’est pas incompatible avec des sanctuaires animaliers tels que Tromelin.

Nous tenons à remercier toutes les personnes qui se sont impliquées de près ou de loin dans cette mission. La réussite de celle-ci est incontestablement liée au travail réalisé par chacun d’eux dans des domaines variés. Une pensée pour nos trois camarades des TAAF restés sur l’île. Tout au long de notre séjour ils ont été d’une aide et d’une gentillesse incroyables. Leurs explications sur la faune, la flore et sur le fonctionnement de la station ont agrémenté notre séjour et sont venues compléter celles acquises auparavant au travers des publications relatives à Tromelin.

La poussière vient tout juste de retomber et les bandes radio ont retrouvé leur quiétude après la frénésie des jours passés. Il est encore tôt pour se projeter vers une destination future, bien que ce serait mentir d’affirmer ne pas y avoir songé. En attendant, il nous reste des milliers d’images en tête pour continuer à rêver d’îles lointaines et d’animaux sauvages

Vendredi 7 novembre

Depuis notre arrivée, le temps était compté et il ne nous avait pas été possible d’explorer l’île. Bien entendu, nous avons dévoré une bonne partie de la littérature sur le sujet mais rien ne remplacera jamais une visite. D’aucuns disent qu’il n’y a rien à voir sur Tromelin par apport aux autres Eparses. Bien au contraire, avec quelques jours de recul, l’œil s’habitue et perçoit ce qui nous semblait noyé dans le décor.

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Dès potron-minet, nous quittons les bâtiments en empruntant un petit sentier balisé. Nous traversons les veloutiers et les installations météo. Les oiseaux nous regardent depuis leurs nids, imperturbables. Les sternes tournoient, s’approchent, nous fixent et repartent pour réitérer leurs manœuvres au fil de notre avancée. Les fous aussi nous survolent. Imposants quand les ailes sont déployées, ils prennent de la vitesse au gré du vent et passent à toute allure à quelques dizaines de centimètres de nos casquettes comme pour nous faire comprendre que nous ne sommes pas en terrain conquis… Dans certains nids, de plus jeunes oiseaux portent un duvet qui semble tomber au fil des jours. Un oiseau adulte n’est jamais loin et veille. Il nous semble percevoir, avec notre regard de néophyte, une sorte d’organisation avec des oiseaux « guetteurs » qui signalent l’arrivée d’un intrus en poussant des cris.

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Un peu plus loin, la densité des veloutiers diminue. Nous remarquons un petit œuf posé au creux d’ une branche. Nous le cherchions depuis plusieurs jours. Le chef de mission des TAAF nous avait expliqué que les sternes pondaient parfois à des endroits improbables… nous l’avons vérifié ce matin. Nous capturons cette image avec le télé-objectif, pas question de s’approcher.

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Plus nous nous éloignons vers la pointe sud-est de l’île, plus la flore disparaît. Des zones envahies de veloutiers à celles occupées par une sorte de plante grasse, nous abordons un paysage que nous pouvons qualifier de « lunaire ». Il n’y a quasiment plus de végétation. Les oiseaux qui nichaient au sol quelques dizaines de mètres en amont ont disparu eux aussi. Ne restent que des blocs de coraux. Toute la pointe de l’île est de couleur sombre. Les plages de sable qui jouxtent la station ont laissé place à un amoncellement de blocs de corail qui forme un talus de plusieurs mètres de haut. L’océan est en contrebas. D’énormes rouleaux viennent se briser au large et projettent des vagues qui viennent mourir sur le platier frangeant. Nous comprenons tout de suite pourquoi un débarquement par la mer est impossible à cet endroit. Ces derniers jours, la houle était forte et les vagues énormes. Pourtant, des morceaux de bois échoués (bambous) témoignent que lorsque les conditions sont mauvaises, l’eau finit sa course à la limite du sentier, voir même au delà. La pointe sud-est de l’île constitue le premier obstacle aux alizés venus du sud.

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Dans l’alignement de la piste d’atterrissage, nous passons une sorte de borne kilométrique, arborant un 1. Nous poursuivons notre chemin… Avec une symétrie presque parfaite, nous retrouvons petit à petit les herbes grasses puis les veloutiers. Par faible intensité lumineuse, ce sont des milliers de petits points blancs qui tapissent le sol de part et d’autre de la piste. Nous retrouvons des sternes, elles aussi curieuses et peu farouches. Elles nous escortent.

Le chemin serpente. Parfois, nous voyons subitement un crabe ou une souris prendre la poudre d’escampette. Côté plage, les blocs de coraux deviennent moins nombreux et sont différents. La délimitation est nette entre les différents « paysages » de Tromelin, tout comme les profils de plage. Au fur et à mesure que nous remontons vers le nord, le sable s’affine. Nous passons à la hauteur de l’ancre de l’Utile que l’on distingue entre deux vagues. Dans le dernier tiers de l’île, les cailloux laissent place à du sable. Les tortues viennent y pondre chaque nuit. Depuis l’océan, des traces remontent jusqu’à la limite des veloutiers. De gros trous attestent de leur passage. Ici et là, des hordes de bernards-l’hermites s’activent, signe qu’ils ont trouvé de la nourriture. Aussi nombreux, il n’aura pas fallu longtemps pour qu’ils consomment les œufs d’une tortue venue remuer le sable un peu plus tôt. Présents majoritairement dans la moitié nord de l’île, ils sont partout. En journée, ils s’amassent les uns avec les autres, en tentant de s’abriter. La nuit venue, ils s’égaillent un peu partout et partent en quête d’un repas.

La pointe de l’île est constituée d’une longue langue de sable en forme de virgule qui évolue rapidement, parfois même en quelques heures nous confie-t-on. Les courants qui ont contourné l’île génèrent des vagues qui s’entrechoquent. D’autres viennent se briser sur la pointe. Le sable est balayé par des volumes d’eau impressionnants qui disparaissent aussi vite qu’ils ne sont apparus. Voilà bien le dernier endroit où aller tremper les pieds ! Là aussi, nous nous contenterons de saisir la scène à distance !

La boucle est presque bouclée. Pourtant, nous tombons nez à nez avec une espèce, disparue de l’île depuis une quinzaine d’années ; le radioamateur. Leur camp est installé dans la case malgache, située à une centaine de mètres du bâtiment principal de l’île. Tout autour, une multitude d’antennes de tailles et de formes différentes sont érigées. Celles-ci sont visibles de loin, avec les longueurs de ruban coloré qui flottent au vent.

Plus que quelques pas à faire et nous voilà revenu près du réfectoire. Tout juste le temps de boire un café et il est l’heure de retourner derrière le poste radio. Du Japon à la Californie, de l’Antarctique à l’Alaska, des milliers de radioamateurs tentent de nous parler. Jusqu’ici, nous avons réalisé quasiment 60000 liaisons radio avec 15000 personnes différentes. Il reste encore trois jours pour essayer de contacter les autres, qui quotidiennement tentent leur chance via les ondes radio.

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Après des échanges fructueux avec des écoles de La Réunion en début de semaine, nous assurons, en marge de notre expédition, deux liaisons radio quotidiennes avec le stand des TAAF à l’occasion du salon philatélique d’automne de Paris qui se tient jusqu’à dimanche, porte de Champerret.
Hier, jour d’inauguration, trois échanges ont eu lieu pour le plus grand plaisir des visiteurs. Celle de ce matin a également été un succès. Bien que cette liaison paraisse simple sur papier, elle représente pourtant un vrai défi, relevé avec brio par notre équipe parisienne. Installer une antenne en plein cœur de Paris dans des conditions somme toutes « précaires » et assurer des liaisons à plusieurs milliers de kilomètres n’était pas forcement gagné d’avance. Les conditions de propagation des ondes sont parfois capricieuses, gageons qu’elles continuent d’être clémentes avec nous pendant encore quelques jours.

Mercredi 5 novembre

Ce matin s’est déroulé le dernier contact avec les écoles. Nous tenons à nouveau à remercier chaleureusement l’ensemble des personnes impliquées, tant les enseignants, les radioamateurs de la Réunion que les TAAF.
Enfin un énorme merci aux enfants pour les très bons moment qu’ils nous ont fait passer à la radio. Leurs dessins resteront maintenant à Tromelin et pourront être vus par toutes les personnes de passage sur l’ile.
> Retour sur les liaisons radio entre Tromelin et les classes de La Réunion.

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Nous nous tournons maintenant vers un autre moment majeur de notre expédition radio. Le salon du timbre à la porte de Champeret ouvrira ses portes demain. Notre équipe parisienne est fin prête et vous accueillera en marge du stand des TAAF. Vous pourrez assister à une présentation des activités radioamateurs, et si les conditions le permettent nous établirons une liaison entre Tromelin et Paris.

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Du côté de Tromelin l’expédition bat son plein, ce sont un peu plus de 43 000 contacts qui ont été réalisés au moment de la rédaction de cette news. Les opérateurs se relaient h24 et tiennent le rythme. Malgré la fatigue nous trouvons quand même un peu de temps pour admirer les merveilles de cet endroit magique.

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Ce matin Vincent a suivi le chemin qui fait le tour de l’ile avec les personnes des TAAF. Il a aidé au comptage des traces de tortues et en a profité pour filmer et photographier cet autre côté de l’ile. Les autres essayeront de trouver le temps d’en faire de même avant de partir.

Lundi 3 novembre

Ce matin, la rentrée était un peu spéciale pour les élèves de quelques écoles de La Réunion. Certains devaient l’attendre de pied ferme !
Deux classes ont eu la chance de pouvoir parler à notre équipe via une liaison radio-HF pendant une heure environ. Grâce à l’association des radioamateurs de La Réunion et la collaboration des enseignants, un émetteur et une antenne ont été installés dans les écoles.

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Après avoir étudié différents aspects de l’île de Tromelin, les élèves, guidés par des radioamateurs ont pu poser les questions qu’ils avaient préparés à notre équipe. Afin d’avoir réponse à tout, nous avons convié les agents en poste à Tromelin, qui ont confirmé nos réponses ou donné des précisions. Ils ont apprécié en outre la facilité de mise en oeuvre et la qualité des liaisons radioamateurs.
Les échanges ont été riches, et les questions intéressantes. D’autres écoles profiteront de ces échanges mardi et mercredi.

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Aujourd’hui ce fut également le premier "temps-mort" radio de la semaine puisque nous avons éteint l’ensemble des appareils pendant un peu plus de deux heures afin de procéder à la maintenance du groupe électrogène. Cette pause fut l’occasion de profiter plus longuement de l’excellente cuisine d’Eugène qui nous gâte avec des plats raffinés et savoureux qui mériteraient des éloges sur les sites de conseils aux voyageurs.

La chaleur est intense aujourd’hui, principalement à cause du manque de vent, qui les autres jours tronquait la température ressentie. Les fenêtres de la "case malgache" sont toutes ouvertes pour créer de petits courants d’air. Que nous réserve la météo pour demain ?

Dimanche 2 novembre

Hier nous avons terminé l’installation des antennes. Heureusement la météo fut clémente, peu de vent et pas de soleil. Avec la chaleur de ce matin cela aurait été beaucoup plus difficile…
Toutes les stations radios sont opérationnelles. Avec quelques heures de sommeil entre chaque rotations, les sept opérateurs radio arrivent pour le moment à garder au minimum 3 stations actives simultanément.

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Le pic de propagation des ondes radio étant autour de notre coucher de soleil, nous faisons en sorte que les cinq stations soient activées pendant les quelques heures qui suivent et précèdent.
Nous avons dépassé les 20 000 contacts. Les statistiques indiquent que nous tenons les objectifs fixés, tant sur le nombre de contact que sur leur répartitions géographique.

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Des contacts ont été établis hier avec les radioamateurs de la Réunion afin de valider les bonnes heures et fréquences pour la réalisation des contacts radios avec les écoles. Nous en reparlerons sans doute dès demain.

Samedi 1er novembre

Après la longue journée de voyage d’hier, l’accueil par les trois agents des TAAF actuellement en poste à Tromelin a fait un bien fou. Nous avons été reçus avec un très bon repas qui a permis à certains de trouver un sommeil quasi-immédiat, et aux autres de tenir toute la nuit devant les stations déjà installées. Au petit matin, plus de 2000 qso étaient dans le log.
Malgré une installation provisoire montée en urgence avant la nuit, les signaux étaient excellents sur les bandes hautes. D’expérience, nous savions qu’il fallait être présent sur 160m dès le premier jour. Notre stratégie s’est avérée payante, puisque nous avons fait plus de 200 heureux en Europe et aux Etats-Unis et ce en écoutant uniquement sur l’antenne d’émission.

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Comme prévu, nous avons suspendu les émissions ce matin pour nous concentrer sur l’installation des antennes. La tâche est rendue très difficile par la chaleur et le vent permanent. Il reste quelques antennes à monter mais d’ores et déjà nous sommes actifs sur toutes les bandes de 160m à 10m en CW/SSB et RTTY. A partir de maintenant les installations resteront en fonction jusqu’au dernier jour avec au minimum trois stations simultanées.

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Nous ressentons l’engouement de la communauté radioamateur pour notre opération tant le nombre de personnes à nous appeler et à nous remercier est important. Tous les continents sans exception ont déjà été contactés et continuent de nous suivre de façon massive.

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Nous n’avons pas encore trouvé le temps d’explorer l’île, mais avons eu l’opportunité d’observer de nombreuses espèces d’animaux. Les oiseaux nous regardent passer au loin de façon impassible tandis que les tortues remontent durant la nuit pour pondre sur les plages. Il faut veiller à ne pas s’assoupir au pied d’un cocotier car une armée de bernard-l’ermite est à l’affut de la moindre chose comestible…
Les premiers logs radio ont été envoyés et seront mis en ligne rapidement.