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Généralités

La ressource halieutique

La zone économique exclusive (ZEE) des îles Kerguelen est la plus vaste des trois ZEE françaises du sud de l’océan Indien. Elle présente la particularité de faire partie du grand plateau de Kerguelen orienté nord-ouest/sud-est qui s’étend au-delà des îles australiennes Heard / Mac-Donald.

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© Patrick Gaspard

Dans cette ZEE, les sondes de pêche entre 100 et 2500 mètres s’étendent sur près de 100 000 km², ce qui est considérable. Cent onze espèces de poissons y sont recensées ; des abysses aux zones côtières, de la pleine eau (espèces dites pélagiques) jusque près du fond (espèces dites démersales).

La pêche s’y est développée dès les années soixante-dix, d’abord au chalut puis à la palangre. Peu d’espèces sont considérées comme commercialisables (une dizaine au maximum). On peut cependant retenir deux espèces emblématiques : le poisson des glaces (Champsocephalus gunnari), petite espèce d’une trentaine de centimètres au sang incolore, vivant en grands bancs et la légine australe (Dissostichus eleginoides).

La pêche non régulée (la ZEE date de seulement 1978) a profondément modifié l’écosystème marin de Kerguelen. Les espèces démersales ont été les plus affectées, les pélagiques ne présentant pas d’intérêt d’un point de vue économique.

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© Paul Tixier

Les biomasses du colin de Kerguelen (Notothenia rossii) et du poisson des glaces ont très vite périclité. Néanmoins la pêche s’est maintenue sur la zone en passant d’une espèce à l’autre en fonction des épuisements respectifs.

La plupart des pêcheries (colin de Kerguelen, colin austral, poisson des glaces) ont dû fermer dans les années quatre-vingt-dix car les stocks avaient atteint un niveau trop faible pour permettre un renouvellement satisfaisant.

La pêche à la légine australe est la dernière en activité et est encadrée par des mesures de conservation draconiennes (plus de pêche au chalut, taille légale de capture, fonds inférieurs à 500 m interdits à la pêche, régulation de l’effort de pêche, contrôleurs de pêche embarqués, contraintes environnementales, débarquements contrôlés…).

La légine australe

La légine australe Dissostichus eleginoides est capable de coloniser les eaux glacées de l’océan Austral grâce à la présence de composés antigel dans son sang. Elle est abondante dans les ZEE de Kerguelen et Crozet qui font partie des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF).

Classée dans la famille des Nototheniidae (poissons des glaces), la légine australe est une espèce à forte valeur commerciale, appréciée pour sa chair blanche et fondante. C’est une espèce carnassière, qui peut atteindre 2,15 mètres de long et plus de 80 kilogrammes.

Le mode de vie de la légine australe est essentiellement démersale, c’est‐à‐dire qu’elle vit généralement près du fond. La légine australe n’est pas une espèce que l’on peut qualifier de strictement profonde (à la différence d’espèces comme l’empereur, le sabre noir, les grenadiers, les requins profonds…) car une partie de son cycle vital se déroule en dehors de ce milieu.

Les juvéniles sont présents des zones peu profondes aux zones côtières (dès 9 mètres dans le golfe des Baleiniers, Kerguelen). Les adultes sont surtout abondants dans les grandes profondeurs (plus de 2000 mètres).

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© Guy Duhamel

La légine australe se reproduit pendant l’hiver austral (les mois de juin et juillet constituent la période optimale) et sa maturité sexuelle est atteinte à 6/7 ans pour les mâles (avec une taille moyenne de 56 centimètres) et à 9/10 ans pour les femelles (avec une taille moyenne de 85 centimètres). La croissance (et la longévité) de cette espèce n’est pas comparable à celle d’espèces profondes.

Espèce fondamentale dans l’écosystème péri‐insulaire et profond de Crozet et de Kerguelen, la légine australe se nourrit de crustacés planctoniques en stade juvénile. Lorsqu’elle grandit, elle devient ichtyophage (elle se nourrit de poissons) et souvent cannibale ; puis en s’enfonçant en profondeur, elle devient teutophage (elle se nourrit de céphalopodes).

La légine australe est la proie du requin dormeur en grande profondeur. En phase juvénile, elle est aussi la proie de l’albatros à sourcils noirs et du manchot papou à Kerguelen, ainsi que du cormoran impérial et du manchot royal à Crozet. C’est une proie reconnue depuis longtemps des cachalots.

La légine australe est un poisson à haute valeur ajoutée. C’est l’un des plus chers sur le marché international (environ 16 $/kg à la débarque). La France possède le premier quota au monde (6300 tonnes pour la campagne 2015-16).

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© Hugues Vermande

Cette pêcherie constitue le deuxième secteur exportateur de la Réunion et génère trois cents emplois directs et plus d’un millier indirectement. Elle est pratiquée par des armements français, tous basés à la Réunion, où la réglementation spécifique des TAAF impose de débarquer toutes leurs captures.

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© Emmanuel Reuillard

La pêche à la légine australe, dans les ZEE de Crozet et Kerguelen, est une pêcherie sélective qui est pratiquée par des palangriers à plus de 500 mètres de profondeur (la légine vit par grande profondeur). La palangre est une ligne déroulée à l’arrière du navire de pêche, sur laquelle sont fixés, tous les 1,20 mètres, des hameçons reliés à un « avançon » (petite ligne de 60 centimètres).

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