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19 mars 2013

Journal de bord du Marion Dufresne - Mars 2013 (OP1)

Vendredi 15 mars 2013
MARION DUFRESNE au Port EST – Quai 20

Les rotations logistiques dans les Terres Australes Françaises reprennent enfin ! Le Marion Dufresne à quai dresse déjà fièrement sa proue vers le Sud, les moteurs vrombissent d’impatience. Une nouvelle année commence donc, pleine de rêves et de découvertes pour les « passagers spéciaux » qui nous accompagneront sur ces mers du bout du monde. Ces passagers spéciaux qui viennent participer à l’expédition australe OP1-2013 sont au nombre de 12. Ces nouveaux explorateurs vont, à travers ce journal de bord, vous raconter leurs impressions personnelles, leurs ressentis, leurs histoires vécues parmi nous à bord de ce célèbre et unique navire qui traverse les quarantièmes rugissants pour atteindre les mythiques Terres Australes Françaises.

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« Vendredi 15/03/2013 :
Ma mâchoire me fait mal tellement mon sourire est figé depuis ce matin ! Ça y est, on y est : le voyage vers les Terres Australes et Antarctiques Françaises, un de mes nombreux rêves. Mais celui-là est particulier, son caractère exceptionnel lui donnant encore plus de valeur ! La première fois que j’ai entendu parler des TAAF, c’était à propos de l’île de Crozet, sur laquelle la copine de Vincent, puis lui-même sont venus étudier, entre autres, les manchots royaux. C’était en 2009. Ensuite, je rencontre un ancien médecin de bord du Marion Dufresne qui m’enchante et me fait rêver avec ses récits, ses photos, sa transmission d’expérience ! Ah !… Crozet, Kerguelen, Amsterdam, St Paul, des noms à la résonance énigmatique, emprunts de mystère, d’aventure, d’isolement et presque d’inaccessibilité… Il me tarde d’y être, mais parallèlement, les longs jours de mer avant d’y parvenir vont faire monter encore plus l’excitation et cette grande envie de découvrir cette inconnue… »

Héloïse A.

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« Départ ce fameux vendredi de mars 2013… Nous sommes le 15. Programmé entre 14h et 15h…
Que de loin le Marion semble modèle réduit. Le Port par contre est grand, grand, avec des grues, des containers et des postes de garde où le vigile est ardemment penché sur son jeu vidéo. Le voyage commence. En fait, il a commencé depuis pas mal de temps déjà. Mais là, c’est le début du cœur.
Donc, on palpite. Sur le quai, des baluchons, des baluchons, des baluchons… Des visages aux sourires, comment dire, inquiets ?? Le Marion trône, impassible et totalement souverain. Des couleurs : noir, blanc, rouge et un peu de rouille parce que, après tout, il est vénérable. Des cordages, des plots, des petits groupes. Pas de folle effervescence. De l’émotion. Certains font des images. Les baluchons disparaissent, soulevés par des bras souriants et bienveillants. Philippe, notre guide, est sorti du téléphone et a maintenant un visage attentif, des yeux très bleus et c’est bien lui, on le reconnaît.
Nous sommes douze. Les Douze. VIP, voyageurs invités, visiteurs privilégiés ? Catégoriquement en aucune manière touristes. Le Marion et les TAAF ne s’occupent pas de tourisme. Franchissement de la passerelle. Bascule dans un autre univers. Rassurant et inquiétant. Doux et nouveau. Déjà familier et nécessairement à apprivoiser. Sauvage. Indomptable ???
Cabine. 6033. Nid. Les valises d’abord. Les sacs. Et puis après on verra.
Brief d’arrivée dans la salle de conf. Petit cartable du parfait petit visiteur. Respecter les horaires. Compris. Nous avons le préfet des TAAF à bord. Croisé dans les coursives, souriant et volubile. Courtois et diplomatique. On surveille l’arrivée de l’hélico. Notre taxi… Moustique infatigable. Bestiole vrombissante. Pilote très sympa. Mot d’ordre : convivialité.
On va ‘‘prendre’’ la mer. On verra comment et quand se passe l’inverse. Appareillage aux alentours de 17h00. Un brin d’accompagnement et les deux bras du port s’ouvrent tout grands vers l’autre monde. La bascule. L’ouverture. L’envolée. Lente. Irrévocable. Calme.
Repas du soir. Forum. Bar et baby foot. Service à table. Attentif et d’une gentillesse non feinte. Une petite timbale d’œuf à la crème. Riz et encornets qui seront priés par certains d’aller voguer vers d’autres estomacs. Banane. Pommes de réserve. »

Monique F.A

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Samedi 16 mars 2013

Décidément quel beau temps ! Il ne nous quitte pas au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans le grand Sud. Le courant circumpolaire Antarctique tarde à se faire sentir, tant mieux, nous pouvons encore prendre des bains de soleil sur la proue du navire. Les journées se chargent par contre de conférences et exposés si bien que les touristes deviennent maintenant incollables sur le positionnement dynamique du navire, sur les étymologies des noms d’oiseaux marins, les systèmes d’énergies d’une base subantarctique et même sur les statuts juridiques des TAAF…

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« Samedi 16/03 : Je ne me lasse pas de passer du temps dehors, sur le pont supérieur ou, encore mieux, tout à l’avant du bateau, musique sur les oreilles, le vent assez puissant dans les cheveux ! La mer est d’un bleu magnifique, assez calme, et nous offre une vue à 360° ! De l’océan partout, ça y est : on est bien dans la bonne direction, dans les mers du Sud, cernés par toute cette eau splendide ! Je me trouve haute sur la mer, je peux donc admirer les poissons volants nageant, et prenant leur élan pour voler au–dessus de l’eau, avant de replonger et me laisser les admirer par transparence ! Merci petits poissons de nous accompagner pour le début de ce voyage prometteur !! Le bateau continue sa route, scindant la mer en deux, créant des gerbes d’eau et des vagues magnifiques et hypnotisantes à regarder. J’y passerais des heures et des heures, encore et encore… ça tombe bien, on a encore 3 jours entiers de navigation avant d’atteindre Crozet !! »

Héloïse A.

<< Grande première ! Un peu de roulis. On est bercé. On régresse. On avance et on se laisse faire. Au réveil, la journée prend forme. La salle de bains est un guide infaillible qui ne laisse aucune place aux initiatives. Les mouvements sont calibrés et la recherche des outils indispensables se révèle amusante sinon efficace. Petit déjeuner où l’on se découvre.
Une partie de la matinée se passe sur la passerelle, où se trouve le poste de commandement. Tout nous est expliqué en détails sur les manœuvres, les prévisions météo, qui semblent avenantes pour notre trajet en direction de l’archipel des Crozet.
Ne pas rater : l’Annuaire des Nuages du Monde, dans le petit bureau météo. Une mine de photos magnifiques entourées d’informations techniques. Et alors …. L’après-midi : entraînement sécurité. Un morceau d’anthologie. Une volontaire que nous ne nommerons pas se retrouve entortillée dans un emballage orange fluo genre Casimir – pour les initiés - et obligée à des contorsions pathétiques pour démontrer l’utilisation adhoc de la chose.
Puis deuxième phase de l’entraînement : galopade dans les coursives avec nos combinaisons de sauvetage en bandoulière.
Fin de l’exercice.

Itinéraire prévu pour cette rotation :

  • Traversée vers Crozet : arrivée mercredi 20 mars.
  • Navettes en hélico vers la base pour deux jours. Les séjours en cabanes se feront en journée avec un retour sur le Marion chaque soir.
  • Départ pour Kerguelen. On prévoit deux à trois jours de traversée, puis quatre jours en cabanes, par séquences de deux jours et deux nuits maximum, ce qui nous permettra de revenir sur le Marion faire un brin de toilette.

L’ambiance au restaurant et dans le forum – le lieu de rencontre dont on parlait hier – est très très agréable. Les repas sont totalement délicieux et tout le personnel piloté par notre maître d’hôtel magique est aux petits soins. >>

Monique FA.

« Petit déj sympa au restau. Self-service, classique mais agréable. A 10 h rdv à la passerelle avec le capitaine du Marion qui nous fera un topo sur le navire. Une heure et demie sur la passerelle avec la présentation de tous les équipements par le commandant. Passionnant.
Après-midi : comment passer une combinaison de survie ; très efficace mais très dure à enfiler… Protection de plusieurs heures dans de l’eau à 0 degré. Espérons que nous n’aurons pas à nous en servir… Puis exercice d’évacuation jusqu’aux canots ou radeaux de sauvetage. Ça s’est bien déroulé. Il y a deux fois 160 places, pour 150 personnes.
Ensuite cet après-midi topo sur les animaux que nous allons rencontrer, oiseaux et mammifères marins. C’est très surprenant, et on nous dit qu’on pourra évoluer à quelques mètres d’eux, puisqu’ils n’ont pas peur des hommes qui ne leur ont jamais fait de mal. Dans les procédures des TAAF, il y a même des distances minimum à respecter, qui sont parfois difficiles à tenir car les animaux, curieux, viennent voir à un mètre ces étranges mammifères à deux pattes que nous sommes… La conférence de ce matin était très intéressante. Compromis à trouver entre la prise en compte de critères écologiques, les coûts, les contraintes matérielles, dans des endroits difficiles d’accès, sous des climats épouvantables…
14h. Je suis allé sur la passerelle. L’eau est à encore 23°C pour 32° de latitude sud. On est à trois jours de Crozet. Lorsque nous serons sur la zone de convergence océanique, la température de l’eau passera de 20 à 6-7° en quelques heures. Ce sera l’entrée dans l’océan Austral. »

Jean Michel A.

Dimanche 17 mars 2013

<< La nuit est bercée par des mouvements un peu plus marqués… et le petit déjeuner est le bienvenu. Plateau du dimanche avec croissants et fruits de la passion à la coque. On négocie les virages au mieux et les escaliers des coursives font l’objet de toute notre concentration. Léger endormissement en salle de conférence. Rideaux tirés. Présentation des activités des TAAF par Cédric Marteau, Directeur de la Réserve Naturelle des TAAF. Très intéressant, c’est vrai. L’impression dominante reste quand même, comment dire, la sensation que nous ne sommes pas au bout de nos surprises… Ne reparlons pas pour mémoire des stratégies d’éradication des rats sur une île des Kerguelen.
Philippe nous montre deux documentaires au cours de l’après-midi. … Soyons clairs : les docus sont de qualité et Philippe est parfait dans son rôle de guide – mentor - nounou – grand frère. Mais cette salle de conférence avec ses rideaux bien tirés serrés et son interminable balancement est le lieu parfait pour une sieste, quelle que soit l’heure de la journée.
« Terres Extrêmes – Voyage dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises » : une belle balade, que nous avons tous hâte de faire sur zone, avec les restrictions dues aux contraintes de la logistique, bien sûr, bien sûr. Et le pot du Commandant. Buffet. Super.
Après le repas du soir, toujours en très agréable compagnie, séjour sur la passerelle et le nez dans les étoiles : rencontre précieuse avec la Croix du Sud. Moment de pure magie. >>

Monique FA.

Lundi 18 mars 2013

<< Réveil clair et lucide au sens étymologique ! Extra breakfast.
On monte sur la passerelle et on vérifie avec Philippe le navigateur de notre position sur la carte de l’Océan Indien. On a passé un haut fond de 150m vers 8h ce matin, sans ressenti notoire. Le trajet se passe bien, plutôt plus vite que prévu. Il va donc falloir ralentir pour ne pas arriver à Crozet plus tôt que prévu… mercredi matin vers 5/6h.
Conférence le matin par le Préfet des TAAF. Qui nous distille des informations de première importance avec une énergie spectaculaire sous-tendue d’une indéniable autorité, la marque infaillible de nos hauts fonctionnaires. Soyez remercié au passage, Monsieur le Préfet, de nous avoir, à tour de rôle, invités à votre table afin de faire plus ample connaissance. Et soyez complimenté pour votre fort aimable stratégie de communication. L’après-midi, brief sur l’avarie du Marion. Les images après l’accident sont impressionnantes. Bravo à toutes les équipes qui ont travaillé pour ramener le Marion à la vie. Cédric fait un petit détour pour nous parler de biodiversité. En cette avant-veille d’arrivée à Crozet, il est clair que l’un des objectifs prioritaires est de nous sensibiliser à la préservation des espèces endémiques sur les districts et au maintien de l’équilibre des écosystèmes. Donc, Mesdames, Messieurs, vous êtes priés de décontaminer vos semelles, vos fonds de poches, vos revers de pantalons ainsi que tout objet, vêtement et/ou échantillon en provenance de lieux improbables où se déroula votre vie d’avant. Convocation par petits groupes. En fin d’après-midi, formation à l’utilisation de l’hélico. Toujours monter par l’avant… C’est un joli petit animal. Coût d’utilisation : plus de 2000 €/heure. Sans compter le salaire du pilote, le kérosène, etc. On sent bien que la pression monte. >>

Monique FA.

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Mardi 19 mars 2013

<< Journée bien remplie de conférences diverses (philatélie des TAAF, présentation de la base de Crozet par l’OPEA…). A 15 heures, chaîne pour le tamponnage et l’oblitération du courrier du Marion. Le préfet et le Commandant en étaient, avec leur propre tampon et leur signature… Amusant !
Mes trois lettres sont donc prêtes à partir via le Marion pour la Réunion et leurs destinataires (Françoise et les deux fils). J’en enverrai d’autres tout au long du voyage. Brouillard épais, mer plutôt sage et température de l’eau en chute à 10°. Nous sommes dans la zone de convergence. D’ici Crozet, des icebergs sont signalés pour cette nuit. La veille sur le bateau est renforcée et il va ralentir. Mais on ne les verra pas : brouillard et nuit. La sirène de brume du Marion retentit régulièrement ; sinistre…
Tout à l’heure Philippe nous a présenté le programme des trois jours à terre. Transferts par hélico et retour le soir sur le bateau. Il parait que c’est la meilleure saison pour les animaux. Je charge les batteries de mes appareils photo… 14 – 15° prévus, ce qui est un record de chaleur pour l’île de la Possession. Vêtements imperméables mais pas trop chauds… >>

Jean Michel A

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Nous entrons enfin dans la zone de convergence. Justement on nous annonce que des icebergs provenant de l’Antarctique ont été repérés au-dessus de Crozet. Mais la zone est bien vaste et les géants de glace dérivent indépendamment les uns des autres. Nous espérons tellement pouvoir assister à ce spectacle de la nature mais le rêve va s’estomper en même temps que la visibilité… Le brouillard tombe et la visibilité justement devient nulle au-delà du navire. Rien n’apparait non plus sur les radars, du moins rien de gros près de nous car si les vagues font quatre mètres de hauteur, un iceberg de deux mètres ne pourrait pas être repéré au radar. En se remémorant qu’un iceberg cache les neuf dixième de son volume sous l’eau, rien qu’un glaçon émergeant de deux mètres serait déjà un énorme obstacle ! La tension est donc palpable en passerelle où la vitesse a été sérieusement réduite. On avance donc au pas, dans un silence lourd où chacun scrute comme il peut le rideau de brume qui enveloppe le Marion jusqu’à ce que la pluie, et la nuit, tombe. On a maintenant l’impression de naviguer furtivement dans ces eaux glacées remplies de pièges où la surprise pourrait être catastrophique. Heureusement les radars repère un premier colosse de glace à 5 miles à tribord. Taille estimée : 150 mètres de long ! On ne verra rien, seulement une inquiétante tache verte à l’écran. Mais c’est vers deux heures et demie du matin qu’un véritable monstre de glace fait son apparition sur l’écran, là devant nous. Celui-ci mesurerait plus de 300 mètres de long ! Un pan de montagne en mer ! Le Marion a le temps d’anticiper et contourne ce morceau d’Antarctique qui pourtant restera bien tapi derrière cet aveuglant brouillard nocturne. Etrange sensation de ne se repérer qu’à des instruments électroniques dans une atmosphère aussi fantasmagorique…
Le lever du soleil finira par nous sortir de ce rêve aussi magique qu’angoissant. Les cotes de l’île de la Possession s’illuminent et déjà là, en bas, des dizaines et des dizaines de manchots royaux curieux viennent batifoler dans l’eau autour du Marion. Le soleil nous presse, nous allons commencer les opérations logistiques !

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« Certains rajoutent une couverture par-dessus la couette. Nous enchaînons avec petit déj matinal et rigolard. Du reste, toute la journée se déroule émaillée de plaisanteries. Mais la partie philatélie n’est PAS une plaisanterie du tout. Les timbres sont magnifiques. Chic, on va pouvoir envoyer des cartes postales de Crozet, et de Kerguelen, et d’Amsterdam. C’est une façon d’aller au bout de ses rêves… L’après-midi, séance tamponnage. Nous y reviendrons.
Plus nous avançons, plus le brouillard s’épaissit. Que vont donner les conditions météo demain matin ? On voit bien que le personnel de navigation reste moins longtemps à table, on voit bien que les techniciens et responsables/ logistique sont moins nombreux au bar du forum.
Philippe nous explique comment les trois journées à Crozet vont s’organiser. En théorie donc, arrivée aux alentours de 8h. La première journée est prévue sur la base avec la visite de la manchotière, la deuxième journée se déroulera en principe [on voit toutes les précautions oratoires nécessaires à une communication efficace… et réaliste… ou pas] dans la Baie Américaine avec pique-nique en cabane et balade sur zone. La troisième journée se passera à nouveau sur base avec visite des installations. Ce qui nous conduira au vendredi 22 mars : cette journée est ‘raccourcie’ en raison des contraintes logistiques car nous ferons alors route vers Kerguelen.
Effervescence.
On désinfecte tout. Aspiro et brosse à poils durs.
Vérification du matériel. »

Monique FA

Mercredi 20 mars 2013

" Un œil ouvert, un œil fermé [?]. Nous allons toucher terre après quatre jours et cinq nuits de mer. Etrange sensation. Au tout petit jour, la brume est bien présente. Incidence directe sur les rotations hélico. Après un bref séjour en salle à manger, tout le monde à la passerelle. Terre ! Terre ! Les yeux frisent, les zooms frémissent, les manchots plongent et replongent autour du Marion."

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9h. Ordres de départ. Contre-ordres. Scotchés aux coursives, bouillonnants dans nos polaires, armures et autres bonichons, nous laissons le temps filer. Suspense. Les sacs à dos s’écoulent au sol. Patience. 10h33. Départ. Cavalcade. DZ. [Dropping Zone : tout un programme]. Et hop. D’un geste gracieux, la machine nous téléporte sur Crozet. Hyper rapide. Prise en charge par les petits pois. Responsables de la réserve en blousons verts. Micro balade dans un vent coupant : plantes sacrées, plantes introduites, souilles baveuses – une malheureuse en fera l’expérience - et caillebottis compliqués. Accueil super sympathique du personnel de la base. Un grand grand merci à tou(te)s pour ces délicieuses nourritures. Et cette ambiance exceptionnelle qui donne au commun des mortels une occasion inespérée : celle de défiler au buffet en compagnie de Monsieur le Préfet en chaussettes. Car en effet on ne rentre pas dans la salle à manger en bottes / croquenots / cuissardes / pompes d’astronautes.

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Après-midi : manchotière = communauté de manchots royaux. Qui caquettent. Se dandinent.
17h. Retour sur le Marion. »

Monique FA.

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Jeudi 21 mars 2013

« Beau temps ce matin au mouillage, mais ça peut changer en un quart d’heure… Il fait froid. L’hélico va nous déposer à la Baie Américaine (Baie US = BUS…), à cinq minutes de vol. Journée excellente à BUS. Paysages d’outre monde, sinistres ou somptueux, très austères, et une profusion de vie liée à la mer : manchots royaux, éléphants de mer (éléph dans le jargon austral…), oiseaux, otaries… Deux balades, une jusqu’à une autre vallée à travers des paysages d’une autre planète, une autre vers les restes d’un « village » de chasseurs d’éléphs. On a eu la chance d’assister à la parade amoureuse de deux albatros géants, à 15 mètres. C’est beau, doux, délicat pour de si gros oiseaux, émouvant : ils s’aiment !…

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Le contraste est ici saisissant entre la rudesse du climat, l’austérité grandiose des paysages et la profusion de vie, tellement riche de vie liée à l’océan, glacial, mais si généreux ici. Aller et retour en hélico, avec un pilote qui va droit au but… Très marrant ! »

Jean Michel A.

« Un peu frisquette. On empile une couverture par-dessus la couette et on colmate le hublot. Effluves dorées de croissants chauds. Navette hélico jusqu’à la Baie Américaine – alias Baie US, alias BUS dans le langage taafien. Et ne demandez jamais où est l’arrêt. Site totalement magnifique. Marche en colonne jusqu’au Morne Rouge. A ses pieds, le Lac Sans Nom dans lequel aucun organisme vivant ne se développe. Des panoramas époustouflants, des tapis de verdure tout doux et une lumière très spéciale. Nacrée et opalescente. Avec des dégradés poudrés et des déchirures sombres. Mais, avec notre guide Mathieu – ‘petit pois’ local - nous avons beau sortir l’arsenal complet de jumelles, binoculaires et autre télescopes, les orques sont hors champ.

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D’autres stars moins capricieuses nous glissent des regards las : éléphants de mer ectoplasmiques, et otaries dépourvues d’aménité. Où que le regard se tourne, manchots royaux, manchots royaux, manchots royaux. Flambants neufs et curieux. Pique – nique devant la cabane. Maxi sandwiches, fruits et boissons chaudes.

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Vagues somptueuses sur une plage de sable noir. On reste là à regarder, à photographier. Et l’hélico nous ramène à la tombée de la brume. Le soir, on se met à douze pour jouer au Time’s Up. »

Monique FA.

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Vendredi 22 mars 2013

« Lever à 6 heures, décontamination de mes chaussures pour la balade du matin au-dessus de la base, sur terrain sec Hélico à 9h10. Visite de la base le matin, pilotée par plusieurs jeunes chercheurs qui y travaillent. Souvent des VSC (ex VAT) qui font une thèse. Ce sont des passionnés, mais un an d’isolement… Difficile ! Leur accueil est vraiment chaleureux. A midi, nouveau pot pour l’anniversaire d’un des nôtre, puis repas buffet ensemble. Très bon chef… !

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Après-midi, balade express au mont Branca, cône volcanique au-dessus de la base. Paysage austère, encore plus que ceux vus les deux jours précédents, ce n’est pas peu dire, et ici sans vie visible. Des scories volcaniques dans un paysage lunaire. Et une ascension en 35 minutes pour un dénivelé de 300 mètres, dans la pierraille instable. Ils sont fous ces touristes ! Du sommet, avec ce grand beau temps, vue magnifique sur une bonne partie de l’île et sur l’île de l’Est, énorme masse cyclopéenne, exceptionnellement dégagée de ses brouillards permanents. Pendant ce temps, l’hélico multiplie les rotations avec le Marion pour finir de livrer le fret, évacuer des déchets, des containers vides, et en fin de journée, nous permettre de rentrer à notre « hôtel », notre navire. C’est également le cas de plusieurs scientifiques qui ont terminé leur temps sur la base. Séparation, départ parfois difficile… Emotion légitime.

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Et le soir au forum du Marion, nouveau pot pour l’anniversaire du même, vraiment très gâté ! Le préfet des TAAF est là, le Commandant du navire, des officiers, et puis tout le monde… Très sympa, très convivial, vraiment la réputation des TAAF et du Marion Dufresne dans ce domaine n’est pas usurpée. Le navire a levé l’ancre au crépuscule pour les Kerguelen, dans l’Est Sud-Est. Deux jours et demi de mer (1500 km environ) Il y a du roulis. A 21h à la passerelle, notre position nous mettait au Sud-Est de l’ile de l’Est, que nous longeons par le sud. Des icebergs sont annoncés par le CROSS plus au nord, et probablement entre nous et les Kerguelen. Espérons que nous les croiserons enfin de jour. Je viens de faire une lessive, je vais aller maintenant la mettre au sèche-linge. Et ensuite, transfert et tri des photos… »

Jean Michel A.

« On déjeune rapido : départ prévu à 9h. Préparation pour la rotation hélico vers Crozet. Brouhaha quand même feutré pour un brouhaha. Un tantinet d’effervescence malgré tout. Les groupes bien ficelés dans leurs parkas attendent gentiment leur tour. Les sacs à dos attendent aussi leur tour, bien ventrus, bien charnus, bien armés en cordelettes et ficelles en tous genres. Il n’est pas question de se laisser embarquer par les vents d’où qu’ils viennent.

Et du vent, on en ‘dégustera’ sur Crozet ce 22 mars. Après quelques ordres et contre-ordres de décollage et de décalage de décollage. Jeu de fléchettes au forum. On attend. Et puis cavalcade : gilets de sauvetage, et une minute plus tard, on touche terre.

Arrivée sur base vers 10h. Ciel bleu, tout bleu, tout bleu. L’Ile de l’Est est posée comme une vaste pierre précieuse sur une mer encore plus bleue. Visite de la petite chapelle blanche aux confessions multiples. Une foule d’occasions pour construire des images en écho à nos émotions. Et un immense bravo aux ‘habitants’ de la base pour cet accueil mémorable, ce somptueux gâteau au chocolat, et ce buffet ma-gni-fi-que. Un groupe de mouflons agiles se ruent ensuite sur le Branca et un groupe de calmes marmottes bien nourries s’incrustent dans les fauteuils vêtus de housses aux imprimés échevelés de la Vie-Com’. Visite de l’hôpital et échanges avec la jeune femme médecin chargée de gérer toutes les situations critiques ou moins critiques. Prendre le quotidien avec calme et philosophie. Un monde au bout du monde où une distance s’impose entre l’essentiel et l’accessoire. Redéfinir les priorités.

Au Forum, le soir, on fête l’anniversaire de Jacques. Belle ambiance. Baisser de rideau sur une autre belle journée. On reprend la mer : on file sur Ker. Arrivée prévue lundi 26 mars au matin. »

Monique FA.

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« 22 mars 1962….. 22 mars 2013…je vous laisse faire les comptes… !!! 3ème et dernier jour sur Crozet, Ile de la Possession et quel privilège d’être sur ce petit bout de caillou du bout du monde. Voilà un anniversaire d’exception… que d’émotions… !!! Après le traditionnel brouillard retardant la rotation hélico, le soleil sera finalement de la partie, nous sommes vernis. Nouvelle dépose sur terre pour une petite visite de la base et ses installations en matinée (grand merci à Cécile la manchologue, Anaïs la toubib qui nous ont ouvert leur « univers »).
Avant le repas, le chef du district François Zablot nous convie en présence de Pascal Bolot préfet des TAAF au pot en l’honneur de la relève des hivernants avec un petit clin d’œil pour mon passage dans les 51èmes vieillissants… !!! Pour terminer cette journée, RDV sur le sommet du mont Branca (altitude 384 m) après une montée dans les scories et au milieu des Azorelles, plantes fragiles et endémiques des TAAF. Ici, pas d’oiseaux, pas de mammifères mais le spectacle est…. Wwaahhhoouuu !!! Depuis le sommet, l’île de l’Est se dévoile presque entièrement…. Les yeux brillent, encore une bonne occasion de remplir la carte mémoire de l’appareil et de graver à jamais notre mémoire personnelle. Un grand merci à Mathieu (entomologiste et « artiste du crayon ») notre guide de la Réserve Naturelle qui s’est rendu disponible pour nous faire partager sa passion durant ces 3 riches et magnifiques journées. 17h00, regroupés à la « Vie-Com » nous attendons la dernière rotation hélico pour rejoindre le Marion. Dans la salle la tristesse se lit sur le visage des « hivernants partants »….
Retour sur le bateau, le verre de punch et les samoussas, le repas et le gâteau avec la bougie à souffler achèveront ainsi notre séjour sur l’archipel de Crozet. Cap au 110° sud… !!! »

Jacques F.

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Samedi 23 mars 2013

« Mini grasse matinée. Pas d’hélico. Position à 08h00 : 47° 14’ S – 55° 50’E Que le lecteur intéressé par notre aventure australe subantarctique se rassure : notre position ne sera pas signalée systématiquement. Un ange gardien navigateur passait par là ce matin et, du coin de son aile bienveillante a marqué notre progression sur la carte de l’Océan Indien. Qu’il en soit respectueusement remercié : le propos de ce modeste journal de bord du coup prend une toute autre allure… Journée studieuse. Nous enchaînons les conférences et les films. Tous et toutes en résonnance. »

Monique FA.

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Dimanche 24 mars 2103

La traversée entre l’archipel de Crozet et des Kerguelen se fait finalement
en douceur, comme en apesanteur sur un tapis liquide calme et infini d’un bleu-gris froid métallique. La proue du Marion Dufresne fend l’air glacé de l’océan Austral dans un silence qui fait contraste à l’animation du bord. A l’intérieur du navire la logistique s’active pour réorganiser les cales aux prochains chargements et déchargements de matériels, les conférences et exposés doublent de fréquence pour préparer les touristes au choc visuel, culturel, climatique qu’ils vont recevoir. Demain, la puissante, immense et célèbre île de la Désolation leur ouvrira ses portes, ses secrets.

« Ah les croissants du dimanche et le sourire de Monsieur Jean, notre maître d’hôtel ange gardien figure tutélaire du Marion. Et puis les regards qui s’aiguisent et les narines qui frémissent : on se prépare. Kerguelen, nous voilà. Philippe nous organise un enchaînement huilé d’événements clairement identifiés : là aussi, suspense. Lecteurs, soyez patients. Oui, enfin bon, on verra plus loin que – merveille de cette superbe aventure – cette logique d’un avenir avec jalons numérotés n°1, n°2, n°3, etc… n’a plus vraiment cours. Déconstruction, reconstruction. On attend, on n’attend plus, ce que l’on a attendu ne se produira jamais et l’inattendu deviendra normal. En attendant des jours meilleurs, une bonne partie de la journée est consacrée au calibrage des sacs et au fignolage des outils indispensables à nos âmes aventurières. Les appareils photos, magnifiques cathédrales aux nombreuses boursouflures … manettes magiques par-ci et objectifs de nombreux millimètres par-là. Plusieurs couches en fibres techniques et blousons multicolores. Mille crèmes de perlimpinpin. Les gorfous sauteurs n’ont qu’à bien se tenir. Ce que les sacs à dos ne savent pas encore, c’est qu’ils vont revenir de ces quelques jours à terre un tantinet cabossés. Un peu comme leurs propriétaires. Juste un peu. Enfin, certains sacs et certains propriétaires. Généraliser serait outrancier. Nuit courte. Lever du jour sur la passerelle. L’ambiance à l’approche des terres est d’une qualité très particulière. Silence, maîtrise, vérification. Le Marion ronronne. La mer nous a fait jusqu’alors le cadeau d’une traversée presque trop calme. Mais les émotions d’une mer déchaînée sont-elles nécessaires ? A débattre. C’est vrai que l’on voudrait par moments que ce soit ‘‘comme dans les livres qu’on a lus pour se préparer’’.
Recommandation n°1 : ne RIEN lire avant. En effet, les conférences dans cette salle hermétiquement close dont nous avons déjà parlé sont amplement suffisantes pour mettre le passager en condition de réceptivité. Et les plus belles découvertes sont évidemment inattendues…
Recommandation n°2 : effectuer sans mollir un dressage sévère de la botte en caoutchouc, accessoire aussi indispensable que rétif et sournois. Souple sur le mollet, accrocheuse en semelle, douillette en peton si possible emballé dans de la chaussette moelleuse. A multiplier par deux. On a rarement l’occasion en balade de marcher sur un pied. Encore que… »

Monique FA.

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« Arrivé en fin de nuit en vue de l’archipel. C’était perceptible au bruit des machines, au ralenti. Le Marion était en avance, puisque la mer a été clémente tout le long de la traversée, permettant une vitesse élevée. Lever 6h30. Premières photos de la passerelle du Marion au mouillage. Beau temps calme, anormalement chaud (15°). Bateau complètement immobile. C’est confortable, mais un peu décevant : les 50ème hurlants ne hurlent pas très fort…
Mais tant mieux pour les 3 jours de rando prévus. A 10h20 départ en hélico pour les plages de Ratmanoff. Prévu : des colonies d’animaux ahurissantes. Le soir, nuit en cabane, puis le site « Laboureur », plus orienté « paysages ». Ensuite, nous verrons… Pas de chroniques de 2 ou 3 jours, mais j’emporte mon carnet de voyage. J’écrirai le soir en cabane, à la bougie… ! Faux départ. A 10 km du bateau, alors qu’il faisait relativement beau, le brouillard arrive ; l’hélico descend à 10m du sol, ralentit à 20 nœuds, puis le pilote estime que ça devient trop dangereux : demi- tour ! Attente sur le Marion ; ça ne se dégage pas. Déjeuner sur le bateau, et à 14h30, changement de programme : hélico pour la base. Balade de 3 heures à l’ « anse des pachas ». Paysages dépouillés, immenses, sombres et des élephs, puants, plus sauvages qu’à BUS, puis des manchots papous, très mignons, farouches. Si on les approche de trop près pendant qu’ils couvent, ils abandonnent leur œuf ou leur poussin. Photos de loin au téléobjectif. Beaucoup de goélands adultes et des jeunes, au plumage brun. »

Jean-Michel A.

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« Arrivée à Kerguelen. Côte faiblement ondulante. Alternance de brouillard et de nuages métalliques. Ah bon ? On y est donc. C’est un peu plat, tout çà. La base est proche, quelques boîtes aux couleurs incertaines. On nous avait dit : hélico tout de suite, ou presque. Dix minutes et… en cabane. Vous avez dit cabane ? On verra plus tard pour les détails. Deux groupes de passagers sont destinés à faire une rotation de deux jours dans des cabanes qui se trouvent sur deux lieux différents : la plage de Ratmanoff et le bras de mer de Laboureur [Jules de son prénom]. Les Laboureur(s) sont partis vers leur destin. Quant aux Ratmanoff(s), leur hélico est rattrapé par un couvercle de brouillard et… retour à l’envoyeur. Re-cloués sur le Marion. Cet après-midi du lundi nous conduira donc, sous la conduite d’Aymeric, notre accompagnateur de la Réserve Naturelle, vers l’anse des Pachas. Nous foulons donc pour la première fois cette Terra quasi Incognita. Rien à quoi se raccrocher. Des perspectives et des lumières hallucinantes. Au sens réel de ‘‘issu tout droit d’une hallucination’’. Galets noirs et laminaires inquiétantes. Squelette de bonbon. (bonbon = jeune éléphant de mer). Contreforts ondulants recouverts de végétation. Début du monde. Nous rejoignons ce soir-là nos cabines en faisant le vœu de pouvoir rallier Ratmanoff le lendemain et après s’être renseignés sur la situation de l’autre équipe déposée à Laboureur. »

Monique FA.

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Lundi 25 mars 2013

« 10h du matin, on est prêts pour se rendre à Laboureur. Le survol en hélico est fabuleux ! Une succession de petits îlots entourés d’une mer calme qui se rétrécie au fur et à mesure qu’on pénètre dans le fiord. Les parcelles de grande terre ainsi que les îlots sont parsemés de lacs à différentes altitudes, tout ceci orné de couleurs magnifiques, tantôt ocrées, tantôt, bleu turquoise, tantôt vert émeraude, tantôt jaune-orangée…
C’est splendide ! On en redemande et ça continue comme ça pendant 15 minutes, on n’en perd pas une miette !

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Après avoir atterris, toute l’équipe part pour 2h de rando pour s’enfoncer encore plus dans cet incroyable fiord. On longe des lacs d’intérieur, des crêtes, des collines, tous revêtant ces mêmes couleurs inimaginables. J’ai l’impression d’entrer dans l’antre de l’île, de faire partie des premiers hommes à fouler ces terres… Arrivés à la cascade, je m’essaie à une activité jamais envisagée auparavant : la pêche à la truite ! Je n’ai pas la chance du débutant, heureusement que notre « guide » Rémy tient à ce qu’on se nourrisse ce soir : il pêche un énorme saumon rougeâtre (énorme, je n’exagère pas…) !!! Revenus à la cabane, les garçons enfilent leurs bottes et vont ramasser des moules et des moules et encore des moules ! Le sol en est jonché (dire qu’en 5 min, ils ont ramassé 80 kg à la pelle, n’est même pas exagéré non plus…) ! Le dîner est un véritable festin : du délice pour les yeux, les papilles et le ventre ! Le saumon fond sous la langue, les moules sont délicieusement fraîches ! L’ambiance à table à la bougie est très festive ! Un pur moment de bonheur dans cette cabane du bout du monde ! »

Héloïse A.

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Mardi 26 mars 2013

« Le 26 : temps exécrable, tempête, vent à 60 nœuds, pluie froide. On attend. Déjeuner à bord. A 14 heures, on essaie d’y aller : plage de Ratmanoff. 35 km ; 15 mn de vol au-dessus d’une plaine liquide, plus de lacs, d’étangs, de mares, de rivières que de terre, tourbeuse, nue. On se pose devant la cabane, à 1km de la plage, sur une plaine ondulée sans rien, vide, ciel de plomb, bas, pluie, vent froid. Le plateau de Millevaches l’hiver par temps de brouillard est beaucoup plus riant… Mais c’est cela que nous sommes aussi venus chercher ! On s’équipe. On s’approche de la plage, la cacophonie augmente, la puanteur aussi. Et on découvre un spectacle ahurissant : sur des km, 500 000 ou 1 000 000 de manchots royaux, plus avec leurs petits, des éléphs partout échoués sur la plage, partout, des jeunes « bonbons », des adultes, des mâles énormes, et des oiseaux partout, charognards, prédateurs, skuas, pétrels géants se servant dans le tas, tuant, déchirant, impitoyables. Et à l’arrière, des albatros hurleurs, les plus grands, couvant perchés sur leur nid ou faisant des parades d’amour. Des ruisseaux de merde qui traversent la plage pour se déverser dans l’océan. 3h sous la pluie, trempés, mais fascinés par cette vie exubérante, cruelle, hors de nos échelles. Retour à la cabane à la nuit, trempés jusqu’aux os, gelés. Cabane humide, froide. On allume le radiant à gaz, le groupe électrogène, on met nos vêtements dégoulinant devant la grille. Très vite, ils « fument », saturent l’air d’humidité ; toute la soirée et la nuit seront dans un sauna douillet ; curieux… ! Mais atmosphère sympa, chaleureuse, repas agréable, soirée jeu de société (!), et au lit ! Sac de couchage chaud, bien dormi jusqu’à 6h. On vient nous chercher pour le transfert sur le site « Laboureur » ; mais ça, ce sera demain… »

Jean-Michel A.

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« Un peu d’incertitude en début de journée. L’hélico nous embarque vers 14h30. Nous voilà bientôt dans notre cabane. Boîte d’allumettes posée entre rivière et compresseur. Un jouet pour faire prospérer les fantasmes. On dit que des envahisseurs pourraient arrivent par là-bas, venus des terres que nul n’a jamais explorées… Au fond de la Baie Ratmanoff, avec une pluie insistante, persistante et transperçant. Les plus courageux se ruent en compagnie d’Aymeric vers la manchotière. Ils reviendront complètement rincés deux heures plus tard. Début de soirée : mise en route de la vie commune. Séchage des tenues de gala fumantes autour d’un poêle préhistorique qui dans ce contexte semble diffuser une chaleur somptueuse. Au menu : carpaccio de légine [de pas loin] / carpaccio de truite fumée [de Kerguelen] / pâté de rennes [de Kerguelen]. Et puis une crème de sucre aux marrons bien luisante. Il faut savoir que, mise à part cette crème de marrons qui l’aurait pourtant bien mérité, les espèces introduites [lapins, rennes] sont systématiquement transformées en boustifaille. Les chats, pas encore. Les truites, les saumons et… les moules [voir cabane suivante] sont pêchés en rivières et en bord de mer pour le plus grand bonheur des résidents et autres transfuges à Kerguelen. On joue et on rit beaucoup. Épisode dodo-ronflette. »

Monique FA.

Mercredi 27 mars 2013

« Finalement, on peut quitter Laboureur, après une journée supplémentaire coincés par la pluie et le brouillard. Une fois la première partie du groupe envolée, on se balade vers un bras de rivière, pas loin de la cabane. On se promène en s’émerveillant du calme qui nous entoure. A part quelques cris d’oiseaux de temps en temps, pas un bruit, c’est extrêmement paisible, une vraie sensation de quiétude, entourés de ces vallées, collines, lacs magnifiques aux couleurs du petit matin, qui brillent sous les rayons du soleil. Et puis…… comme si on n’avait pas eu assez de chance comme ça…… des souffles se font entendre. On regarde vers l’eau et découvre des dorsales de dauphins de Commerson ! C’est fabuleux ! A cet endroit si retiré du Golfe du Morbihan ! Ils sont trois et tellement paisibles, ils glissent doucement sous l’eau, on les voit par transparence. Puis ils sortent leur dorsale de l’eau dans un manège tranquille. De temps en temps, un des dauphins fait le « spy » en laissant dépasser de l’eau son rostre seulement, pour épier ce qu’il se passe autour de lui. Encore un moment magique ! »

Héloïse A.

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Jeudi 28 mars 2013

« L’hélico est là à 8h30. Beau temps froid. En enfilant mon gilet de sécurité, je déclenche par maladresse son gonflage. Je suis instantanément transformé en Bibendum… Bien sûr, tout le monde rigole, y compris le pilote… Rapide stop à la base pour prendre de la nourriture, et direction « Laboureur ». 30 km, le paysage devient montagneux, magnifique : fjords, lacs, iles, montagnes pelées. Dépose sur une langue de terre entre la mer et un lac marin. Cabane à 200 mètres, au pied d’une falaise, en bordure du fjord. Style chalet, une cascade juste à côté, ce qui permet d’avoir l’eau courante. On s’installe ; Rémy est notre guide (de la Réserve Naturelle). 2 petites chambres. Départ pour la balade. On longe d’abord le fjord, avec une végétation spécifique, les invasives prenant le dessus sur les endémiques - le mal général des iles subantarctiques. Spectacle rarissime selon Rémy : 2 dauphins de Commerson évoluent à 20 mètres de la côte, une femelle et un jeune. C’est une espèce mal connue car très discrète ; on la rencontre parfois en haute mer, mais jamais aussi près de la côte. Rémy en est tout excité ! Photos, mais décevantes ; au mieux, un dos avec un aileron… Puis on remonte une vallée glacière, majestueuse, déserte, vide ; un petit col et une autre vallée, avec des lacs au fond.

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On la descend, mais on débouche en haut d’une falaise : on ne peut plus continuer et rentrer à la cabane par là. Paysage sur les fjords grandiose, une dentelle de montagnes dans la mer. Grand beau temps, peu d’oiseaux mais
des lapins sur toutes les pentes. Retour à la cabane vers 1h et demi. Rémy nous fait un très bon repas, avec les moyens du bord. Excellent cuisinier, il improvise, intuitif et il refuse de l’aide. Après-midi, petites balades, tentative de pêche, infructueuse. Il y a des saumons et des truites, certaines très grosses, mais aussi beaucoup d’algues qui accrochent l’hameçon. Tant pis, pas de poisson au menu de ce soir, mais des moules, des kilos de moules : elles se développent par tonnes, sur plusieurs dizaines de centimètres ; le long de la côte, et en particulier près du canal naturel qui relie le lac marin à la mer. On y va à marée descendantes. Ce canal est transformé en torrent ; le lac se vide dans la mer. En une minute, 2 grandes marmites de moules sont ramassées. Séances photos tout autour, très belles couleurs, contrastes de couleurs. Des oiseaux bien sûr, sternes antarctiques, cormorans des Kerguelen, skuas toujours à l’affût d’une opportunité, d’un mauvais coup, goélands… Retour à la cabane. Corvée, tous ensemble, de nettoyage des moules. Rémy prépare le repas, bien sûr avec les moules. Pas d’oignons, de trucs, de machins, mais du Bourgogne Alligoté ! Une bouteille entière ! Ça fait de très bonnes moules… Repas, puis préparations des lits, dans deux chambres plus petites qu’à Ratmanoff. »

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Jean-Michel A.

« Lever avec la lune. Pleine et brillante au-dessus des mille lacs minuscules qui habitent ce fond de baie. La valse de l’hélico commence à 8h. L’équipe de Laboureur arrive à Ratmanoff par moitié et notre équipe est embarquée vers Laboureur par moitié également. Tout le monde suit ? Survol de panoramas d’une beauté sublime. Des gorges, des canyons, des plateaux feuilletés un peu roses, un peu gris acier, le tout sous un ciel bleu et ennuagé. Saisissement. On ne respire plus. On ne bouge plus. Arrivée à Laboureur. Accueillis par Rémy, lui aussi accompagnateur de la Réserve Naturelle. La cabane est plus petite et plus chaleureuse, toute en bois, au bord de ce ‘lac’, incrustation d’eau de mer, entouré de ces monts qui ne sont finalement pas très hauts mais très majestueux. Balade et repas de midi. Rémi est une sorte de prestidigitateur culinaire qui nous prépare en un temps record un véritable festin. Un peu plus tard, la séquence pêche aux moules à l’autre côté du lac nous permet d’assurer le repas du soir. Petite pleurnicherie : l’autre équipe avait hameçonné une truite délicieuse et un saumon fondant. Pas nous. On discute en sirotant des infusions… Dodo-ronflette avec migration de matelas au milieu de la cuisine. »

Monique FA.

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Vendredi 29 mars 2013

« Reprise par l’hélico pour aller à la base de Port aux Français. Visite de quelques bâtiments, laboratoires, chapelle puis repas pris à la Vie Com. Grande salle, beaucoup de monde (plus de 100 personnes), toujours de bons repas, servis à table. AM : l’agence postale pour les tampons, la coop pour quelques achats, un tee-shirt TAAF…, puis visite de la station du CNES à 3 km, en voiture sur LA route de Kerguelen (baptisée route 66, pourquoi ce terme US ? Nationale 7 aurait été plus astucieux…). Un technicien accueillant, très pointu, mais pas de photo, interdit… Il explique les suivis satellites, l’intérêt stratégique de Kerguelen, mais à l’évidence il ne nous dit pas tout…. Logique ! A 16h visite de la station Météo France. On participe au lâcher quotidien d’un ballon sonde emportant une petite nacelle bourré des détecteurs électroniques. On le suit sur un écran d’ordi. Vitesse ascensionnelle de 300 m/mn, température qui passe au-dessous de moins 50 à 10 000 m…. Pression, humidité relative, trajectoire. Certains ballons montent à plus de 20 000 m avant d’éclater. On assiste à la construction des prévisions pour le lendemain. Grosse dépression au nord, entre ici et Amsterdam. Malheureusement, quand nous y serons le 30, elle se sera décalée vers l’est… Donc toujours pas de tempête en vue…
Retour au Marion à 17 h. »

Jean-Michel A.

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« Retour sur le Marion. En guise de bienvenue, notre sympathique OPEA, Patrice, se bouche le nez à notre descente de l’hélico. Et nous voilà expédié(e)s à la douche avec peu de ménagements. Car nous repartons sans tarder pour la base. Repas à la Vie Com’. Visite du CNES : Réception dans un courant d’air glacial et peu de vrais échanges. Nous apprenons avec délice que le CNES travaille pour le gouvernement chinois. On nous parle des Ovoïdes* de Kerguelen : une vie souterraine mystérieuse et réservée aux seuls initiés semble exister ici. *Renseignements pris, il s’agit simplement d’un réseau de câblages et dédales souterrains à finalité technique où les voix résonnent dans les gaines… Lâcher de ballon-sonde sur le site de Météo France. Jolie petite chose blanche qui emporte ses secrets vers un ailleurs dont il ne reviendra jamais. Équipe sympathique. Sur les écrans, une aurore australe à observer dans la nuit. Pour les courageux. Deux courts–métrages en soirée sur la conquête du Mont Ross. Volcan givré. Sidérant : 1850m et tellement improbable à escalader. Roches pourries, couloirs gelés, pluies torrentielles. Un enfer terrible et fascinant. Ils y sont arrivés, ces acharnés souriants, moustachus et patients. A Kerguelen, la vraie force, c’est la patience. »

Monique FA.

« Dernier jour ici… Très bonne nuit. L’hélico va chercher la trentaine de personnes qui rentrent à la Réunion avec le Marion Dufresne, et on lève l’ancre en fin de matinée, pour un fond de fjord, le golfe Greenland, au sud du golfe du Morbihan, pour déposer des scientifiques et du matériel. Mais le plafond nuageux très bas risque de compromettre cette mission. Puis cap sur Amsterdam, que nous devrions atteindre lundi matin Premier avril… J’espère qu’il n’y aura pas au menu ce jour-là un poisson d’avril, mais des langoustes d’avril ! Langoustes d’Amsterdam, bien sûr… Je rattrape mon retard dans mes chroniques quotidiennes et je vais trier mes centaines de photos de ces derniers jours, particulièrement riches ! »

Jean-Michel A.

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« Nous sommes vendredi. 10h20 Nous reprenons la mer. En longeant la côte et en navigant dans la Baie Magellan. Il faut saisir ce moment de pause pour revenir sur cette semaine à Ker. C’est le voyage à l’envers. Kerguelen, c’est une immensité, c’est absolument – et tant pis pour les clichés – totalement splendide. Bien microscopique adjectif pour tenter d’approcher cette sensation de coup de poing droit dans le plexus. On emporte gravées pour très longtemps, on est même tenté de dire pour toujours, des images incandescentes. Car cette sacrée météo, qui nous a joué des tours dès le lundi, dans le genre crachouillis, vent et brouillasse, nous a finalement servi du rêve à la pelle. 14h50 L’OP/KER est terminée. Nous faisons route vers l’Ile Amsterdam. Arrivée prévue : lundi 1er avril. »

Monique FA.

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Samedi 30 mars 2013

« Amsterdam, notre troisième et dernière ‘escale’ avant la remontée vers Maurice et La Réunion, est maintenant dans la ligne de mire. La vie à bord s’écoule au rythme des conférences et projections de documentaires. Les escapades sur la passerelle et les échanges avec le Commandant sont des jalons incontournables et privilégiés. »

Monique.

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Dimanche 31 mars 2013

« L’arrivée à Amsterdam est prévue pour ce lundi 1er avril. Présentation de l’île et de la base par notre sémillant OPEA. Les préoccupations environnementales sont spécifiques à chaque district. Ici, on met l’accent sur la campagne d’éradication des bovins introduits au début du siècle, terminée depuis 2011. Etrange impression : conduire une réflexion sur les motivations profondes de ces campagnes peut susciter des conclusions inattendues. Disons qu’il y a toujours, au bout du compte, des intérêts économiques en jeu. Nous y reviendrons peut-être. Ou pas. L’escale à Amsterdam se déroulera entre le 1er et le 3 avril. C’est une OP vitale pour la base, qui n’a pas été approvisionnée depuis plusieurs mois, en particulier en eau, en raison du talonnage de fin novembre dernier. Sont prévus au programme : rando au sommet du cratère d’Antonelli ; nuit en cabane ; rando à la pointe Ribaud jusqu’à la cabane du même nom. On prépare les sacs et les duvets. »

Monique.

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Lundi 1er avril 2013

« A l’aube, le Marion arrive face à la base « Martin de Viviès ». Il naviguait depuis deux jours à 11 nœuds pour ne pas arriver dans la nuit. On est héliporté sur la base dans la matinée. Visite rapide de la base et à 12h 30, accueil à la vie com, par le chef de district. Très courtois, affable, le buffet est somptueux, langoustes à gogo, et excellent cuisinier. L’après-midi, départ pour le cratère Antonelli. En principe 1h15 de marche, faite en 50 minutes… Ils sont toujours fous ces touristes, mais en forme ! Petite cabane sommaire mais sympa, au bord d’un ancien cratère très profond planté au fond de cryptomerias, de cyprès et de pins. Et quelques phylicas qui survivent encore. Plus deux pommiers, qui donnent des fruits assez bons. Les toilettes sont dans les herbes alentours, ou entre les touffes d’un jonc endémique, de 2 m de haut ! Très dépaysant, et nous étions prévenus… Je trouve cela génial. On s’installe avec notre guide, puis petite randonnée dans les landes pelées au-dessus. Vue immense sur l’océan (on est à un peu plus de 250 m d’altitude), des orques au loin. Dîner : carry langoustes, minimum 3 par personnes ! Amsterdam est un des hauts lieux mondiaux de pêche à la langouste. Un bateau de la SAPMER, l’ « Austral », assure la prise des 400 tonnes du quota annuel. Et quelquefois fournit à la base des TAAF des langoustes gratuites, en échange de services que lui rendent les TAAF : approvisionnements divers, soins aux marins pêcheurs blessés ou malades sur l’hôpital de la base, etc… Dans ces mers rudes, désertes, la solidarité des hommes n’est pas un vain mot. »

JM.

« Arrivée à Amsterdam. Nouvelles impressions : petite elle est, c’est vrai. De l’herbe, des arbres. La base est lilliputienne et colorée. L’accueil est magnifique : Pierre, le chef de district, nous attend sur la DZ avec un grand sourire et de chaleureuses poignées de main. Et, après un somptueux petit déjeuner, nous guide de bâtiments en bâtiments. Point important : la sécurité. Et, surtout, la présence des otaries qui remontent dans la base et en font leur domaine. Nombreuses et très territoriales. Munies de dents acérées. A surveiller de près. Nous nous retrouvons avec le personnel de la base autour d’un pantagruélique buffet. Amsterdam, c’est le royaume de la langouste. On nous en sert donc à profusion, agrémentée de mayonnaise. C’est le paradis. Une des découvertes de ce voyage, c’est l’exceptionnel esprit de convivialité. Et le sentiment que l’on a en face de soi des personnes hors du commun. Et l’après-midi, on monte à la cabane Antonelli. Herbes hautes, graphiques. Elégantes. Quelques crânes de bovins présentés vaillamment [?] sur des piquets… dépouilles opimes de combats probablement inégaux. Le site du volcan, envahi d’une végétation étonnante, vaut le détour, c’est certain. Et nos guides, Jacques et Jonathan sont adorables. Robinsonnades en cabanes. Un groupe en haut, à Antonelli donc. Un groupe en bas, à la cabane Ribaud, que l’on atteint après un slalom entre des otaries plus ou moins amènes. Nous resterons discrets sur les joies d’une toilette vespérale aléatoire dans un espace largement monopolisé par les pups [bébés otaries] … Vous avez dit aventure ? »

Monique.

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« Dès le réveil nous jetons un œil au travers du sabord et voyons un grand « barbu vêtu de bleu » repousser avec douceur les nombreuses otaries étalées sur la cale de débarquement…. Bienvenus sur le district d’Ams, l’île aux 30.000 otaries à fourrure, l’île aux langoustes dont tout le monde parle à bord du Marion… ! Comme sur les districts précédents Pascal le pilote hélico nous dépose sur la base où nous sommes accueillis par Pierre le chef district et les hivernants. Soleil, douceur des températures et nos premiers arbres depuis le départ donnent à cette base des airs de village vacances… !!! Traditionnelle visite de la base en matinée et observation de nos premières orques au large de la chapelle avant l’ouverture à midi du buffet Langoustes (la présence du bateau de pêche l ‘Austral y est sans doute pour quelque-chose… ! merci à eux). Jonathan et Jacques de la ‘‘Res-Nat’’ seront nos guides pour monter à la cabane Antonneli au bord du cratère du même nom. De là-haut la vue s’étend sur le nord de l’île, paysage de scorie et de scirpes… Cette cabane ne disposant que de 5 couchages, Jonathan, Christiane, Nadine, Jean Michel et moi-même resterons à la cabane pendant que l’autre partie du groupe redescendra sur la base pour rejoindre la cabane de Ribault en bord d’océan. Le vent souffle fort, une petite balade autour du cratère nous fera patienter jusqu’au coucher de soleil en observant une dernière fois le saut d’une orque. Il est temps de prendre un thé, regarder les petites souris gambader sur les poutres, puis nous nous régalons au repas du soir et devinez….. Un carri langouste préparé par le cuisinier de la base… Ambiance bougies avant de rejoindre le duvet. »

Jacques.

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Mardi 02 avril 2013

« Descente sur la base, en 1h, arrivée à 8h30 pour le petit déjeuner, copieux. Puis randonnée jusqu’en haut d’une falaise, dite « la piscine », sur la côte nord-est, après avoir traversé un bois de phylicas, replanté par les botanistes de la base. Ils sont beaux, sains, en fleur pour certains. Après la quasi-disparition de ces petits arbres endémiques de l’île, ce spectacle est réjouissant. Des orques arrivent. On les admire et on les photographie pendant une heure. Fascinant. Retour et déjeuner à la vie com. Au menu… ? Langoustes à gogo ! Après-midi : rando au labo de prise et analyse de l’air. Le plus pur du monde, servant d’étalon « zéro » pour les climatologues du monde entier. Des otaries partout, sur le sentier, partout… Retour en une heure. Puis départ pour la cabane Ribault à 20 min de la base. Des otaries partout sur le chemin, alentour, dans les rochers. Agressives, il nous faut avoir un bâton. Et des centaines de bébés, les « pups », adorables, qui se regroupent en nurseries. Cabane sur un site de début du monde, une robinsonnade chez les otaries, partout, y compris dans l’enclos de la cabane pour les bébés ; ils passent sous le grillage. Ca crie, hurle, bêle, chevrote, aboie, et ça pue très fort… On descend dans les rochers vers l’océan. Photos, vidéos jusqu’à plus soif ; belle fin de journée. Au large l’Austral et le Marion quittent les abords de l’ile par sécurité pour la nuit (pas de mouillage possible, le Marion en positionnement dynamique en permanence). Ils feront « l’hippodrome » au large toute la nuit avant de revenir à poste demain à l’aube. Dîner barbecue, au petits oignons grâce à notre guide Jacques et au talent BBQ de Babis, notre touriste grec. Et quoi au menu ?… Des langoustes grillées, à gogo ! Ensuite, jeu « Uno » ; encore une nouveauté pour moi… Et coucher à 22h 30. Je suis un peu fatigué, mais c’est bon… Fraîcheur, humidité, mais bon sac de couchage. »

Jean Michel A.

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« Aujourd’hui, nous nous retrouvons tous pour botaniser. Et en route pour rendre visite aux phylicas, ces petits arbustes odorants, emblématiques de l’île. Belle balade. Petites mousses marrantes et panoramas adoucis par ces grandes herbes un peu blanches, un peu dorées. En chemin, quelques rencontres, vestiges d’un passé pas très éloigné : un chaudron, un équipement d’exploitation de la pouzzolane. Et touffes de ciguë. Il y en a pour tous les goûts. Buffet magnifique. Merci, merci, merci, Pierre. »

Monique FA.

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Mercredi 03 avril 2013

« Réveil à l’aube, mais j’attends 7 h pour me lever, avec les autres. Ce matin, on a le temps… Dernières photos… de quoi ? Mais d’otaries, bien sûr… Café au soleil dehors, face à l’océan, au milieu des otaries… Magnifique ! Petit déjeuner à la base. Puis balade à la « mare des éléphants », haut lieu « otaries » avec le spécialiste de ces animaux. Passionnant ; il explique son boulot, le suivi des animaux, la lente compréhension de leur mode de vie étonnant, la gestion des bébés par leur mère, le comportement des mâles et la constitution de leur harem… En bord d’océan, spectacle étonnant de tout ce petit monde jouant et se nettoyant dans des piscines naturelles. Photos… vidéos. Océan magnifique, houle magnifique, écume magnifique. Amsterdam est l’ile la plus éloignée des continents, son air est le plus exempt de pollution. Retour à la base. Déjeuner. Tiens, pas de langoustes !… Il est temps de partir ! En attendant notre taxi hélico, un peu en retard, petite sieste d’une heure dans les fauteuils très confortables de la petite salle de cinéma de la base. Hélico à 15h15. Dernière vidéo « aérienne ». Douche divine, change de linge divin… 18h30, le Marion s’apprête à partir, cap sur l’ile Maurice. Il fait nuit, nous ne verrons pas les falaises d’Entrecasteaux. »

Jean Michel A.

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« On découvre les otaries de plus prés. Un peu de temps libre pour échanger avec le Disams [Chef de District Amsterdam = Pierre] et s’initier au fonctionnement de la base, ses bonheurs, ses heurs et ses [petits] malheurs. Comme sur tout district, chacun a ses tâches spécifiques : météo, sismo, magnéto, ornitho. Et il y a les mécanos, et les responsables d’appro. Mais, le moment venu, l’ornitho devient pompier sur la DZ. La sismo et le météo sont à la plonge, et le mécano donne un coup de balai dans la Vie Com’. Nous laisserons aux participants des OP à venir le privilège de découvrir le langage TAAFien. »

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Encore une dernière scène d’émotion lors du départ d’Amsterdam, comme dans toutes les autres bases des TAAF, aujourd’hui une « famille » perd quelques uns de ces membres. Une page se tourne et le voyage continu.

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Jeudi 04 avril 2013

« Lever à 5 heures pour avoir une chance de trouver un sèche-linge disponible pour ma lessive faite la veille au retour d’Amsterdam.
Mer houleuse, avec une grosse houle par le travers. Le bateau bouge un peu, roulis et tangage. Il faut se cramponner aux main-courantes.
A 10h00, conférence. District Antarctique, Dumont-Durville et Concordia. Intéressante la vie des hivernants, leurs missions. Animaux : manchots empereur et phoques de Weddell.
A 16h00 : Antarctique et l’odyssée de Shackelton en 1914. Quel exploit humain incroyable ; quelle force de caractère, quel mental ! On ne peut être qu’admiratif…
Il y a un concours de photos sur 5 thèmes : animaux, portrait, Marion Dufresne, insolite, paysage. J’ai commencé une présélection, mais il va falloir ne retenir qu’une photo par catégorie… Difficile ! »

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Vendredi 05 avril 2013

« Nous sommes sur le chemin du retour. Calme remontée vers Maurice, où nous arriverons ce lundi. Puis, après une nuit sur le Marion, ce sera le Quai 8, côté Ouest, à La Réunion. Il est bien sûr un peu tôt pour faire un vrai bilan de cette expérience. Un voyage pour certains. Une initiation pour d’autres. Comme le fait remarquer Jean-Paul Kaufmann, ‘on n’en revient jamais indemne’. Il a, quant à lui, tenté de parler de son séjour à Kerguelen à sa famille et à ses proches, mais, dit-il, ‘ je bafouillais et ils n’ont rien compris : alors, j’ai décidé d’écrire un livre.’ »

Monique FA.

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« HOMMAGE AUX SCIENTIFIQUES
Comme un vol d’Albatros
Hors de leur Terre natale
Ils allèrent conquérir
Des îles lointaines
Pour la France qui
Les garde et les protège. »

Christiane J.

« A 10h00, conférence sur des animaux antarctiques (léopard de mer…).
Film magnifique de prédation de léopard de mer sur les manchots, et presque sur les hommes !
15h00. Une petite sieste, mais il commence à faire chaud…
Visite de 1h30 des ponts inférieurs, des machines, par le chef mécanicien. Un dédale impressionnant, parfois très bruyant, très chaud. 30 tonnes/heure de consommation de fuel, 3 moteurs Diesel de 7000 KW au total. Des cales pour 120 conteneurs. Tout est automatisé, la nuit il n’y a personne en bas. »

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Samedi 06 avril 2013

« Lever 7h30, une grasse matinée pour moi…
10h00 : film sur un hivernage en Terre Adélie.
16h00 : topo par des scientifiques de la Réserve naturelle sur le suivi des oiseaux à Kerguelen. Procédures rigoureuses, respectueuses des oiseaux, dans des décors grandioses, approchés et vus par peu d’êtres humains…
J’ai commencé à faire mes bagages, mais je ne retrouve pas mes lunettes de soleil…
En fin d’AM : pot offert par le préfet sur la DZ du Marion, suivi d’un barbecue géant. Langoustes à gogo, chipolatas, etc… bib de vin de toutes les couleurs… L’ambiance, sympathique et chaleureuse, comme toujours sur le Marion, est devenue plus animée…
26° dans l’air et dans l’eau, on approche de la zone tropicale ! »

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Dimanche 07 avril 2013

« A un jour de navigation de l’ile Maurice…
Ce matin je me suis fait piéger par le changement de fuseau horaire. Levé à 7 heures, tard pour moi, je descends au restau, désert… Il était 6 heures !…
Une lessive en cours, la dernière, avec Jean-Pierre pour ne pas faire des 1/3 de machine.
On va arriver à Port- Louis vers 8h. 2h pour les formalités d’immigration, faites à bord. Puis descente à terre. On va louer un taxi à plusieurs pour se balader, en commençant par le jardin de Pamplemousse.
Retour sur le Marion en fin de journée et départ pour Bourbon vers 22h. »

Jean-Michel A.

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La Croix du Sud est maintenant dans notre dos, accompagnée de quelques étoiles filantes pour clôturer ce beau ciel austral et nous voilà déjà sur l’île Maurice.
Belle escale pour faire le plein de carburant ! (il n’y a pas de port pétrolier à la Réunion)

Les OP se suivent et les sourires se ressemblent : crispés lors du premier vol hélico, excités lors du premier pied à terre, béats de par les spectacles de cette nature hors du monde, complices et même rigolards avec tous ces hommes et femmes qui vivent si loin et qui, pendant cette expédition, sont devenus si proches.

Il est déjà temps de se dire au revoir et les passagers « touristes » ont du mal à quitter le Marion Dufresne qui les avaient accueillis.
C’est un personnage de premier ordre qui marque et qu’on n’oublie pas.
De par cette longue expédition, intense et complète au sein des Terres Australes Françaises, nos ‘‘touristes’’ sont maintenant devenus des ‘‘ambassadeurs’’ des TAAF.

Philippe Mistral.

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