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8 novembre 2012

Journal de bord du Marion Dufresne - Novembre 2012 (OP3)

Une rotation particulièrement mémorable !

Journal de Bord du Marion Dufresne par nos « passagers spéciaux » :

Vendredi 9 novembre 2012 :

"Enfin le jour tant attendu depuis trois ans est arrivé. Nous rejoignons Philippe notre accompagnateur au Port Est où est amarré le Marion Dufresne. Il sera avec nous lors de notre périple de 4 semaines qui nous conduira aux TAAF. Nous nous installons dans nos cabines pont F et nous en profitons pour commencer à ranger nos affaires. Nous avons un premier briefing avec les autres touristes (nous sommes 9 au total). Philippe nous explique le fonctionnement du bateau. Il s’en suit une visite guidée pour nous aider à nous repérer. L’accueil du personnel de l’équipage est vraiment très chaleureux. Nous ne perdons pas de temps, tout le monde est sur le pont pour voir et immortaliser le moment du départ qui est annoncé par la corne.
L’hélicoptère fait un « tour d’honneur » avant de se poser à l’arrière du
bateau.

A 19h15 tapante, l’heure du repas est annoncée. Deux services sont nécessaires pour servir 97 personnes dont 55 scientifiques. Il y a 50 personnes d’équipage.

20h30 : on ne voit plus les lumières de la Réunion, on commence à sentir les vagues et à tituber dans les coursives où il y a des barres pour se tenir. Il fait chaud dans la cabine.

21h : Nous éteignons les lumières et nous endormons en pensant à ce qui nous attend et qu’il fait noir dehors et à toute l’eau qui nous entoure déjà."

Monique R.

Samedi 10 novembre 2012 :

"Après une première nuit passée en haute mer nous commençons le 2ème jour de voyage par un copieux petit déjeuner (à prendre entre 7h et 8h30). Puis la journée commence par une présentation des consignes de sécurité à respecter sur le bateau. La matinée se termine par une conférence sur les TAAF et ses 5 districts conduite par le directeur de cabinet et DRH du préfet des TAAF. Nous arrivons au restaurant avec quelques minutes de retard. Toutes les tables sont prises. Le maitre d’hôtel nous dirige vers un petit salon où nous pouvons nous restaurer. Il fait beau temps et la mer est peu agitée.
Mais pourquoi suis-je ici à me faire bercer sur le Marion Dufresne ?
L’histoire a commencé il y a bien longtemps. A l’école primaire quand un instituteur m’a fait apprendre le poème de Charles Baudelaire « L’Abatros ». J’ai trouvé ce nom très joli. AL-BA-TROS. Et dans ma tête de gamin je me suis dit que l’oiseau devait être beau pour porter un si beau nom. Alors je me suis juré de lui rendre visite un jour dans ses terres lointaines. Et bien c’est aujourd’hui !
J’espère que je vous verrais tous : toi le hurleur, toi à sourcil noir, toi le fuligineux, toi à bec jaune et toi l’endémique d’Amsterdam. A très bientôt !!! A tous, j’espère.
Cet après-midi quelques puffins à pieds pâles rasent les vagues. Il est
possible qu’ils effleurent l’eau de l’extrémité de leurs ailes.
A 16h15 nous avons effectué un exercice de sécurité. Le but était de se regrouper sur le pont H avec chacun son sac contenant la combinaison de survie. Puis pour conclure la journée, Philippe nous a réunis en salle de conférence où nous avons regardé un documentaire sur les îles CROZET, KERGUELEN, SAINT PAUL ET AMSTERDAM. Plusieurs d’entre nous sont allés à la boutique acheter des cartes, des enveloppes et des timbres dans le but de les poster à Crozet.
Après un bon dîner, nous sommes prêts pour passer notre 2ème nuit à bord."

Bernard G.

Dimanche 11 novembre 2012

"Ce matin nous sommes le dimanche 11 novembre, mais sur un bateau d’expédition ce n’est ni un dimanche ni le 11 novembre tout au plus sont apparus des croissants au petit déjeuner.
A la passerelle nous allons constater la progression du Marion sur la carte papier. Bien sur de nombreux écrans délivrent toutes les informations possibles sur notre marche. Mais une carte papier reste plus évocatrice pour des anciens. Celle-ci est astucieuse : on installe une carte papier sur un support en verre, style table traçante et un petit point de lumière éclaire par dessous en transparence les way-points, et progresse avec le bateau, cela n’empêche pas les annotations au crayon des heures de passage sur la carte par exemple. Nous suivons toujours un cap de 185°, soit un peu plus que le grand Sud, la 1ère île Crozet étant légèrement à l’Ouest dans le grand Sud de notre point de départ.
Nous faisons petit à petit la connaissance des scientifiques que nous allons déposer au fil de la rotation. Nous avons diné hier avec un chercheur de la fac de Rennes qui vient par ici depuis 25 ans. Il étudie en ce moment le comportement des vers de terre dans le terreau local. En sa compagnie nous avons fait la connaissance de Maryvonne, une de ses collègues qui s’est présentée comme étudiant les mollusques. Mais quels mollusques au juste ? Ce sont des escargots de 5mm de diamètre environ, qui voyagent principalement dans les plumes des oiseaux. Une des principales questions posées est de connaître l’influence de la couche de neige qui recouvre ces petites bêtes sur la température de congélation de leur métabolisme.
Parmi les travaux zoologiques certains consistent à éradiquer des espèces apportées par l’homme sur ces îles et qui menacent les espèces endémiques locales : vaches (sur Amsterdam), moutons, chats, rats et BLO.
Particulièrement pour les vaches qui avaient été introduites en vue
d’élevage et qui ont épuisé rapidement la maigre et fragile végétation, par broutage et piétinement. Par contre une mission est constituée pour savoir si le piétinement des rennes est plus préjudiciable que celui des bovins.
Sur un plan botanique, on essaie de réimplanter sur Amsterdam le Phylica, seul arbre des TAAF.
Cet après midi, initiation à l’embarquement en hélicoptère et aux précautions d’usages depuis le garage réservé à « l’oiseau ». Nous avions l’impression de tout savoir sur l’utilisation de cette machine mais un rafraichissement, même très succinct de nos connaissances n’est pas superflu. Le pilote prend ses futurs passagers 5 par 5 qui est la capacité de l’engin ; il insiste surtout sur l’interdiction de se promener à l’arrière à cause du rotor de queue et même loin car il nous est rappelé qu’au décollage un quart de tour peut être effectué qui balaie une zone assez large. Enfin on nous confirme qu’il s’agit du célèbre écureuil qu’on rencontre partout, en montagne par ailleurs.
La dernière remarque pour justifier sa présence à bord « ce n’est pas le dernier modèle, la compagnie en possède des plus modernes, mais vous comprenez, celui-ci embarque bien moins d’électronique que les nouveaux et dans ces régions on n’a pas les pièces de rechange indispensables, alors les caprices de l’électronique… »"

Françoise P.

Lundi 12 novembre 2012

"Ce matin le lever a été moins problématique. Le mal de mer ne m’a pas épargné. Cela va mieux mais ce n’est pas encore la grande forme. J’ai d’ailleurs vu le médecin en fin de matinée qui m’a mis un patch qui, s’il est efficace sur moi, me permettra d’aller mieux jusqu’à Crozet.
Après le petit déjeuner, nous avons échangé avec Marcel P. qui tient la boutique et vend entre autre, les timbres et les cartes postales. Il nous a parlé de philatélie et nous a précisé que la durée de vie d’un timbre des TAAF est de 2 ans.
Au premier janvier de chaque année une nouvelle collection est émise et les timbres de l’année n-2 sont retirés de la vente et détruits.
Puis le commandant Auvinet nous a fait l’honneur de nous présenter la passerelle en nous expliquant le fonctionnement et l’utilité pour la navigation de chaque machine et chaque instrument présent ici, dans le centre névralgique du Marion Dufresne.
Après le déjeuner, Nathalie Moreigneaux chargée de mission patrimoine aux TAAF nous a présenté sa mission actuelle :
inventorier, répertorier, sur Port Jeanne d’Arc. Travail de longe haleine.
Après le diner, soirée : 13 équipes de 6 personnes devaient reconnaitre les titres de chansons et leurs interprètes, les chansons de films… Ambiance mémorable, et la soirée se termina fort tard dans la nuit."

Pascaline P.

Mercredi 14 novembre

"Just in english, sorry !
On 13 of november we had a nice sighting of humback whales from 200m and commerson dolphins very close to the ship.
On the way to Crozet many albatrosses (5 species).
However… On 14 of november the ship was hit by rocks and made water in 3 compartments.
On 16 of november the "tourist group" will be moved to the base of Possession/Crozet, waiting for evacuation to Cape Town."

Otto P.

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Vendredi 16 novembre 2012

Nous déjeunons et disons au revoir à Jean le maître d’hôtel et le remercions.
Nous sommes appelés vers 9h30, le commandant nous attend à la drop zone, il a tenu à nous saluer avant notre départ. Tout le monde est très ému et nous lui formulons nos encouragements. Nous prenons l’hélico pour la dernière fois. Le temps est plutôt beau. Nous sommes accueillis à la base par Alizée. Nous découvrons notre nouvelle résidence qui est la bibliothèque, des matelas ont été installés.
L’après-midi, nous récupérons nos bagages et descendons à la manchotière. Nous prenons notre temps au bord de la plage à regarder les milliers de manchots, éléphants de mer … ce qui nous permet de nous aérer de la base. C’est un spectacle en direct. On nous dit que depuis 3 mois, il n’a jamais fait 15° !

Samedi 17 novembre 2012

Nous montons au mont Branca environ 600 m d’altitude à travers des roches volcaniques. Il fait un temps splendide. Après le repas, tous les habitants de la base sont conviés pour une photo de groupe, avec pour fond le Marion et l’île de l’Est pour immortaliser le fait que CRO soit devenue pour un temps donné la capitale des TAAF. L’après-midi, chacun vaque à ses occupations, certains sont en recherche d’une douche, d’autres se font embaucher pour tamponner le courrier…. Tout le monde se retrouve à l’apéro devant un TI PUNCH ou planteur, ce qui détend l’ambiance. Le DISCRO nous informe qu’une tempête est annoncée pour demain et qu’a priori, aucune sortie ne sera autorisée en dehors de la base.

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Dimanche 18 novembre 2012

"Le vent est pour l’instant un peu moins fort que prévu, nous avons l’autorisation d’aller à la manchotière accompagnés par quelques membres de l’équipage du Marion. Pour certains, c’est la première fois qu’ils approchent une colonie de manchots. Tout le monde en profite pour faire quelques photos. Par ailleurs, le grésil fait que nous avons du mal à ouvrir les yeux. Nous finissons notre marche à reculons.
Thierry fait une conférence sur la pêche et la réglementation en vue de préserver la biodiversité aux TAAF (présence de contrôleurs sur les bateau, quotas de bateaux et de tonnage, diminution de la mortalité des oiseaux).
Nous regardons la tempête des fenêtres du CRO NI BAR et pensons très fort au reste de l’équipage qui est demeuré à bord de Marion. En début d’après-midi, Jacques et Nathalie du Service Patrimoine des TAAF, interrogent Pascaline, Michel, Thibaut haut savoyard (POP CHAT) et d’autres personnes à bord sur la motivation de leur voyage aux TAAF. Le but étant de garder ces témoignages pour les générations futures, en écho au reportage de 5 colonnes à la une qui avait été tourné en 1963.
Des spécialistes se proposent de nous faire un exposé sur leurs recherches pour essayer de meubler le temps :
Franscesco fait une conférence très intéressante sur la reconnaissance olfactive des oiseaux entre eux pour éviter la consanguinité.
Bart sur les diatomées qui sont des micro-organismes.
La journée se termine au bar autour d’un Rhum en attendant le repas. Nous nous rendons compte que le temps a changé au cours de la journée : il y a eu la pluie, le vent, la neige et un peu de soleil."

MR

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Vendredi 22 novembre

"Aujourd’hui c’est le dernier jour sur Crozet. Je regarde le Marion Dufresne et j’espère que l’avarie n’est pas grave et qu’il pourra recommencer ses rotations…
Et nous espérons, Babis et moi, être les premiers touristes à revenir sur ces îles."

Pepsi B.

Dimanche 25 novembre

"Première nuit à bord du Léon Thévenin. Contrairement à celle du Marion, la cabine ici est sur l’arrière et on entend bien plus le ronron des générateurs. De plus les bannettes sont en travers, on est alors bien plus « bercés ». Mais après une semaine en « dortoir » sans sanitaire, une cabine individuelle avec douche et WC, même si son utilisation d’une seule main, l’autre servant à se maintenir debout, semble être un luxe hors de prix ; comme quoi toute appréciation est toujours relative.

Nous sommes sur un câblier, bateau de travail assez éloigné d’un paquebot de croisière. Quand on arrive à bord, c’est le nombre d’outils et agencements spécifiques qui peuplent les plages avant et arrière qui frappe l’imagination. On ne pourrait pas faire son footing autour d’elles. Il n’y a plus beaucoup d’endroits dégagés ; toute la place est occupée. Outre les bossoirs supportant les vedettes annexes, les canots de sauvetage et les survies, une multitude de treuils, winchs, grues, tambours d’enroulement annoncent bien qu’ici on a de forts démêlés avec des câbles et autres bouts. De plus on navigue sur un bâtiment France Telecom qui est fièrement attesté par le logo apposé sur les cheminées, il est hérissé d’antennes en tout genre.
Ce matin, dimanche petit déjeuner agrémenté d’un cake frais. A notre table un des ingénieurs CNRS et le chef de la mission IPEV qui rentrent avec nous après avoir failli effectuer leur mission sur les 3 archipels. On comprend que tous ces gens qui n’ont vu Crozet qu’une semaine comme nous soient frustrés.
Pour aller de Crozet à Cape-Town, il faut faire un peu de nord et beaucoup d’ouest. Mais ici il faut composer avec les vents, les courants et les dépressions qui en découlent ; d’autre part, si on s’attarde un peu trop au Sud on peut faire de mauvaises rencontres : les derniers icebergs qui arrivent du continent antarctique et viennent finir de fondre, dans ces eaux. Nous allons décrire un angle pour contourner autant que possible la dépression au lieu de tracer une route droite.

Ici le commandant Guillaume LE SAUX est un jeune commandant. Pas de chemise blanche à épaulettes, mais une combinaison de travail agrémentée de son gilet jaune. Le capitaine en second est notoirement plus âgé, tout aussi disponible et disert, ses explications sont précises malgré une économie de mots remarquable. Le baromètre est tombé bien en dessous de 1010 millibars, nous sommes dans une « confortable » dépression qui nous cantonne à une vitesse de 9 nœuds sur le fond, Pour tenir un cap de 304°, le timonier barre à plus 350°, à cause d’un vent d’Est à 40 nœuds.
Le second nous éclaire sur les régimes de courants de la région : Les eaux chaudes du canal du Mozambique dévalent vers le Sud pour rencontrer les eaux froides qui contournent le Cap de Bonne Espérance. Elles rencontrent en même temps les courants subantarctiques ; la configuration chaotique des fonds ajoutent leurs effets de tourbillons pour créer une zone très « dynamique » à naviguer, c’est pourquoi il y a peu de gens sur cette route à part les dépanneurs tels que le Léon Thévenin.

Cet après-midi, il n’est pas question de sortir sur les ponts pour admirer le paysage, qui n’existe pas ; la mer est gris sale, les vagues sont rabotées d’écume, les creux sont conséquents, le ciel est de la même absence de couleur, nous sommes déjà loin des terres, donc presque plus d’oiseaux, l’étrave de bateau plonge joyeusement dans la plume et éclabousse jusqu’à la passerelle, les ponts sont balayés de paquets de mer qui courent vite vers les dalots. Ce sera donc conférence et cinéma.

Le commandant vient nous expliquer son bateau et son métier à l’aide de photos et vidéos qu’il transporte sur une clé, tout le monde est intéressé et attentif.
La pose de câbles téléphoniques d’abord, remonte au milieu du XIXe. Initialement cantonnés à la liaison Europe Etats-Unis ils couraient de l’Irlande à la côte Est, puis de la France et du reste de l’Europe de L’ouest vers l’Amérique. Dans l’autre direction, de la vieille Europe est parti un réseau vers le Moyen et l’extrême orient, vers la côte Ouest de l’Afrique, c’est-à-dire les anciennes colonies de ces pays. Depuis quelques temps, l’émergence des pays du Sud voit se créer des lignes Amérique du Sud, Afrique du Sud, pays du Golfe, Indonésie. Aujourd’hui c’est la fibre optique.

Le Léon Thévenin n’est pas un poseur de câble mais effectue les réparations. Construit en 1981, il est plus vieux que Marion qui est né en 1995. Dans le monde entier une quarantaine seulement d’unités ont cette fonction, dont trois en France. Comme tout dépanneur il attend la demande en stand-by dans son port d’attache. Pour l’heure, et tant mieux pour nous, il était là au Cap dans l’attente de sa mission.
Les câbles de fibres optiques sont devenus très fins ; avec leurs habillages leurs diamètres varient de 17 mm à 50 mm. Aujourd’hui le plus petit peut transporter à l‘instant « T » toutes les communications d’un pays comme la France. Pour conserver l’intégrité du signal ces fibres sont excitées par un autre câble qui transporte le courant électrique et sont équipés de relais tous les cent ou deux cents km appelés répéteurs.
Ils sont détériorés ou carrément coupés par des agressions mécaniques humaines ou naturelles. Près des côtes ils souffrent surtout des chaluts et des ancres. Plus loin il s’agit de glissements de terrain, ou modifications plus radicales dues aux tremblements de terre sous-marins.

Quand le propriétaire du câble, opérateur Telecom ou autre constate une baisse ou coupure de signal sur sa ligne il appelle les « dérangements » que sont les sociétés exploitant les câbliers. A l’aide de signaux envoyés le long de la ligne on détermine l’endroit de la perte de signal. C’est facile à exprimer mais on se rend compte que ce travail très compliqué fait appel aux dernières connaissances technologiques naturellement inaccessibles aux profanes. Une fois l’endroit localisé le câblier se rend sur les lieux et cherche. Ne perdons pas de vue qu’il ne s’agit pas de repérer une coupure dans une goulotte ou à l’intérieur d’une prise mais sous une couche de 100 à 5 000m d’eau et qui peut bouger furieusement. De plus le câble est quelques fois ensouillé de 1 à 2 m dans le sable, ce qui le protège plutôt. Une fois le bateau immobilisé en stationnaire à l’aide ses 4 propulseurs et jusqu’à 2 000m est utilisé un ROV, sous-marin robot qui voit, pince, coupe, remonte le bout de câble. Celui-ci est plus gros et rustique que ceux utilisés par les archéologues de la COMEX en Méditerranée par exemple. En effet les travaux nécessitent beaucoup d’énergie pour les bras articulés, les propulseurs.

Une fois la partie abîmée localisée on coupe et on remonte un bout qui est localisé par une bouée. Puis on part chercher l’autre bout qu’on remonte également. Ces deux opérations nécessitent fermeté, mais délicatesse et patience. On doit alors faire les soudures aux 2 bouts du rajout. Le bateau doit avoir en réserve un échantillon de tous les types de câbles susceptibles d’être rencontrés si l’opérateur n’a pas pu en préciser la nature. A l’intérieur du laboratoire du bord qui tangue et roule commence une opération minutieuse sur des fils plus fin qu’un cheveu : l’aboutage et la soudure de chaque fibre. Cette opération terminée on vérifie que le signal passe bien à nouveau. Parfois une autre détérioration subsiste plus loin et tout est à recommencer. Le câble est ensuite enfin immergé à nouveau, en lui laissant une large boucle de la profondeur du fond où repose le câble. C’est pourquoi un chenal de sécurité de 500 m est laissé de chaque côté. Si ce dernier était volontairement enterré, on utilise une charrue munie d’un dévidoir. Cet ustensile est une dent de 2 m de haut très comparable au chisel poseur de drain utilisé en agriculture ; il fait d’ailleurs le même travail.

Nous n’imaginions pas que ces missions faciles à imaginer en théorie mettaient en œuvre des procédures inchangées depuis les origines. Mais les difficultés d’exécution sur le terrain doivent être vaincues, car là il faut y aller on n’est pas derrière un écran ou sur une carte."

Georges P.

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Crédit photo : S. Légeron - B. Marie

Lundi 3 décembre :

"Spectateurs d’abord, puis au fur et à mesure acteurs de cette rotation, les passagers payants dits « touristes » d’OP3 retiendront dans leur mémoire d’intenses souvenirs.
L’improvisation réussie d’une communauté extraordinaire sur Crozet qui fera entrer l’OP3-2012 dans l’histoire des TAAF. 150 personnes au pays des manchots et des orques regroupées sur la petite base scientifique d’Alfred Faure c’est quand même quelque chose !
Les incursions nouvelles et nombreuses dans cette nature brute de l’île de la Possession où l’on a pu prendre le temps de découvrir des panoramas grandioses et de s’émerveiller devant des scènes animales sauvages à travers les 4 saisons de l’année en l’espace d’une demi-heure.
Des moments angoissants où, calfeutrés dans la « Vie-Com » nous regardions à travers les fenêtres embuées le Marion Dufresne blessé, lutter dans la tempête contre des vents à 160km/h pour tenir son mouillage.
Plusieurs dizaines de scientifiques qui ont perdu leurs missions et projets professionnels suite aux annulations de leurs programmes mais qui n’ont pas hésité à nous dispenser de pas moins d’une trentaine de conférences et exposés au total.
Les nombreuses et conviviales occasions de réunir tout le personnel autour d’un pot, d’un concert, d’un anniversaire…
Une pensée enfin à tout le personnel de Kerguelen et Amsterdam qui nous attendait venir, de ces autres terres du bout du monde qui resteront secrètes à nos yeux.

Toutes ces aventures ont donc créé des liens forts entre nous mais il faudra encore une fois se séparer, se dire au revoir, espérer se revoir…
L’aventure humaine continua donc encore avec l’arrivée du Léon Thévenin, navire cablier français venu nous « secourir » jusqu’aux fins fonds des quarantièmes rugissants.
Un départ difficile d’abord, de par la séparation émouvante avec Crozet et surtout avec le commandant du Marion Dufresne et son équipage, mais soulagé par un nouveau partage enrichissant avec le Léon Thévenin. Une nouvelle semaine de mer pleine de rencontres et d’échanges sur un autre rythme de vie, accompagnée par les albatros et les baleines.

Cape Town, destination australe certes, mais carrément africaine cette fois-ci !
L’arrivée par la mer depuis le Léon Thévenin prit tout son sens : Nous sommes maintenant dans l’Océan Atlantique. L’Océan Indien est derrière nous et à notre droite s’illumine le Cap de Bonne Espérance sous les rayons du soleil couchant.
Décidément ce cap porte bien son nom, il symbolise pour nous l’endroit, dans l’espace et dans le temps, où notre périple touche à sa fin.
Arrivés sur la terre ferme notre accueil fut impeccablement organisé et la venue du préfet des TAAF, de l’adjoint au consul de France à Cape Town ou encore de représentants CMA-CGM donna une dimension encore plus grande à notre expédition.
Le rapatriement final à destination de la Réunion et de la métropole se fera en avions après avoir passé 2 jours et demi de récupération dans un hôtel très confortable de la ville.
Cerise sur le gâteau, les touristes comme les autres passagers profitèrent d’excursions et de visites guidées pour découvrir cette belle région exotique.

L’expédition Australe d’OP3-2012, malgré toutes ses péripéties n’aura, soulignons le, essuyé aucune victime et su transformer ses mésaventures logistiques en une formidable aventure humaine qui redonna encore plus de saveur au mot « Expédition »."

Philippe Mistral

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La Vallée des Branloires
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Les manchots royaux
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Le Mont Branca
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La Roche Percée
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Le cirque aux mille couleurs
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