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28 août 2012

Journal de bord du Marion Dufresne - Septembre 2012 (OP2)

Journal de bord de la rotation OP2-2012

Mis à jour le 19/09/12}
Mis à jour le 14/09/12}
Mis à jour le 03/09/12}

Téléchargez le journal de bord du Marion Dufresne de la rotation août-septembre 2012

Journal de Bord du Marion Dufresne par nos « passagers spéciaux » :

+ Journée 1 :

Jeudi 23 août 2012, île de La Réunion, Port Est, Quai 20. Le Marion
Dufresne, navire ravitailleur des TAAF, embarque à son bord les 84 passagers pour l’OP2 de l’année 2012.
Une « OP » est une rotation d’un mois environ au cours de laquelle le Marion naviguera sur les mers du Sud de l’océan indien à destination des bases scientifiques des îles Australes françaises afin d’en assurer le ravitaillement et la relève des personnels.

Parmi nous, 8 « touristes » privilégiés ont choisi de nous accompagner : Hélène C, Marie-France, Françoise, Hélène R, Delphine, Véronique, Gabriel et André.
Ils vont témoigner ici de cette expérience unique, dans un cadre
extraordinaire, que promettent les Terres Australes et Antarctiques
Françaises.

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Le temps des adieux du haut du pont du navire rappelle celui des grandes époques transatlantiques. Pour la plupart des passagers, le voyage ne durera pas qu’un mois, mais ensuite un an d’éloignement géographique extrême.
L’émotion est palpable, l’excitation du départ reprend le dessus et
même les dauphins sont venus accompagner le bateau dès sa sortie du port.
Notre hélicoptère nous rejoint, nous voilà armés, fins prêts à prendre le
grand large.

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+ Journée 2 :

Vendredi 24 août, cette rotation australe commence étrangement par un cap plein Nord. Pas d’erreur du Commandant mais des raisons logistiques nous poussent vers l’ile de Tromelin pour ravitailler cet ilot isolé appartenant au district des Iles Eparses, géré par les TAAF.
Evénement supplémentaire nous pourrons descendre quelques heures sur cette île tropicale minuscule.

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Au beau milieu de cet océan infini apparaît alors une minuscule tache à
l’horizon. Comme une impression d’un mirage sauf qu’il ne s’agit pas ici
d’une oasis. Ce discret petit îlot d’1km2 à peine est perdu au milieu des
grands courants océaniques, en plein sur la route des cyclones, écrasé par le soleil, constamment balayé par les vents et ne possède que très peu de végétation, pas d’eau douce, pas de ressources naturelles.
Une épreuve terrible pour ces esclaves abandonnés ici après l’échouage de l’Utile en 1761. Ils survivront seuls pendant 15 ans, se nourrissant de tortues de mer, d’oiseaux marins avant que le chevalier de Tromelin n’aperçoive cette île minuscule aux abords si dangereux mais avec des rescapés à sauver.

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Aujourd’hui, une équipe Taaf / Météo-France se relaie sur Tromelin. Passée la relève et les opérations logistiques, nous goutons à notre premier vol d’hélicoptère pour débarquer sur l’îlot légendaire.

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L’ancre de l’Utile est toujours présente dans les premières vagues de
l’île. Il est difficile de faire abstraction de l’Histoire mais la faune
locale éveille une curiosité mutuelle. Les fous qui nichent sur l’île
n’hésitent pas à nous accompagner en planant à nos côtés, les baleines à bosses applaudissent de leur énorme caudale la surface de l’eau pendant que les baleineaux sautent comme des dauphins et que les tortues vertes surfent dans les vagues attendant que la nuit tombe pour venir pondre sur les plages.

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Voici le témoignage de Françoise : " Heureuse qui comme (fille d’) Ulysse entre mer, ciel et terres de TAAF qui nous bichonnent chaleureusement, tous.
Surprise, nous commençons vers le nord, la MTO et les baraques n’attendent pas. Mais bientôt, demain ce sera cap plein sud, pour tous, Préfet itoo. On a beau faire, quelques tromelins restent accrochés aux semelles de vent, petits poucets coraux de cette terrible île des sables.
Salut du soleil de plomb, des oiseaux fous, des baleines dont on devine au loin le beau ballet, des tortues impatientes déjà là, et même des morts … Paix à tout cela, surtout vous les Malgaches des hautes terres.
Sud, puissance sud ; la mer est étale mais ça ne va pas durer, nous allons danser bientôt comme des ivres. Des poissons volent et l’horizon est à 360°, loin, très loin du Marion Dufresne. Les cerveaux travaillent quand même un peu malgré les vacances et les coeurs doucement se délient malgré les distances.
Si l’on m’avait dit un jour Homère que je ferais ce beau voyage, je ne l’aurais pas cru.
62-62 ici LUISHI ; m’entendez-vous KER ?

+ Journées 3, 4, 5 :

Samedi 25 août, le cap est mis vers le Sud, le grand Sud.
Après cet aparté tropical exceptionnel, le Marion Dufresne se remet en route vers les différents archipels austraux à rallier. Presque une semaine de navigation sera nécessaire pour atteindre les 40èmes rugissants.
Au programme de ces journées d’attentes : formations, exercices,
conférences, documentaires. Tous les embarqués pour cette relève prennent leurs marques sur le navire.
Malgré ce soleil encore magnifique éclairant cet horizon marin calme et
infini, ces nuits claires, douces et étoilées, tous les regards sont portés
vers le Sud, le Sud Austral qui nous attend de pied ferme.

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+ Journée 6, 7 :

Le passage des 40èmes rugissants est fidèle à sa réputation. D’abord l’arrivée sur le front subantarctique fait brusquement chuter la température de la mer d’une bonne dizaine de degrés en l’espace de 24h.
L’air austral est très frais, on range les tee-shirts on sort les blousons.
Le ciel bleu prend des teintes métalliques et le vent puissant se renforce jusqu’à atteindre plus de 50 nœuds formant cette grosse houle que tant de personnes ici attendent et redoutent.
Le Marion Dufresne vogue enfin dans son élément. Pour les passagers c’est une autre histoire… Nous essayons de rire de notre équilibre précaire plutôt que de le subir.

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Certains viennent s’initier à la navigation en passerelle d’où s’opère le commandement du navire, d’autres profitent du panorama immense, glacé et tumultueux de l’océan Austral.

Jeudi 30 août, arrivée à Crozet

C’est avec un ciel bleu dégagé que nous découvrons Crozet et sa base ‘‘Alfred Faure’’, doucement baignée par la lumière du matin. Un temps exceptionnel ici, qui plus est en hiver !

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L’hélicoptère transporte les passagers touristes vers la « baie U.S. »,
soit B.U.S.
Une excursion guidée par l’agent de la réserve naturelle pour une immersion dans ce ‘‘bout du monde’’ sauvage.

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Témoignage de Véronique :
"Baie des Américains, île de la Possession, Crozet
Me revient cette question récurrente ‘‘mais enfin ? Quelle idée d’aller
dans un endroit pareil !?’’.
La réponse est là devant moi, partout où je pose les yeux, la réponse est là. Sans doute dans un langage inconnu de celui qui pose la question.
Définitivement impossible à traduire pour celui qui est sourd, aveugle mais malheureusement pas muet.
Ce que je vois, vis, ressens rend la réalisation de cette aventure
parfaitement évidente.
Je comprends également qu’ici je ne suis qu’une touriste, une invitée. Je dois nettoyer mes souliers en entrant, suivre les règles du lieu, ne rien déranger, ne pas faire de bruit, repartir sans laisser de trace, ne pas voler le maitre des lieux et accepter son cadeau : un instant de plénitude et d’humilité. »

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Le lendemain, alors que les opérations de ravitaillement continuent leurs norias aériennes et marines grâce à cette météo toujours clémente,
plusieurs personnes descendent à la ‘‘manchotière’’.
Un ornithologue explique les recherches complexes en cours sur cette colonie de manchots royaux.
Les scènes de tendresses animales du manchot royal sont cruellement ponctuées par les attaques de l’assassin nécessaire, le pétrel géant.
L’archipel de Crozet compte la moitié de la population mondiale de manchot royal : plus d’un million d’individus estimés.

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Le climat ‘‘Crozétien’’ reprend enfin ses droits et le retour au Marion se révèle bien compliqué pour tous les hivernants qui terminent aujourd’hui leurs missions. Le vent devenu trop fort et la visibilité quasi nulle empêche l’hélicoptère de récupérer le personnel attendant sur la base.
C’est en Zodiac et avec beaucoup de courage que l’on pourra ‘‘évacuer’’ la vingtaine de personnes à travers cette mer difficile.

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Une fois tout le personnel à bord et au chaud, le Marion reprend sa route, faisant sonner la sirène dans le brouillard de la nuit tombante pour saluer une dernière fois les nouveaux hivernants de la base Alfred Faure de Crozet.

Et maintenant direction, Kerguelen !


Mardi 4 septembre  :
Arrivée à Kerguelen. Un vent puissant, étranglé par les vallées de l’île, siffle en rafales sur la baie du Morbihan à plus de 80 nœuds ! Le Marion Dufresne face à la base de « Port aux Français » est impuissant, aucune opération de ravitaillement ne peut commencer avec une météo pareille.
Toute la journée et toute la nuit, le bateau tournera au loin attendant l’accalmie du lendemain.

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Le spectacle est néanmoins impressionnant vu de la passerelle de commandement du navire. Le vent hurlant arrache toutes les crêtes des vagues. La mer entière est rabotée et le soleil ne passe pas un seul rayon de lumière.

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La nuit calme petit à petit les éléments, laissant apparaître les étoiles et même une petite aurore australe pour les plus chanceux.

Journée 14 :
Et la lumière fut. L’aurore claire illuminant le célèbre mont Ross, plus haut sommet de cette région océanique, promet une belle journée.

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Les manœuvres de ravitaillement du Marion Dufresne commencent enfin. Une logistique lourde qui nécessite plusieurs jours de travail. Pendant ce temps là, les passagers touristes sont débarqués dans des parties isolées et sauvages de l’île.
Le site de ‘‘Laboureur’’, région minérale et immense, propose des randonnées à couper le souffle.

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La journée se termine en véritable hiver austral. D’énormes flocons de neige propulsés par le vent glacé envahissent rapidement l’espace et la chaleur du refuge du soir promet une belle récompense.

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Témoignage de Véronique :"Kerguelen, l’indomptable.
Sans jamais quitter son air froid, elle sait se mettre en valeur d’un rayon de soleil austral pour apparaître sous ses plus beaux atours.
Se laissent alors entrevoir des vallées profondes, des aplombs abrupts et solides, quelques douces et molles plaines où il est dangereux de s’enliser… et puis, comme elle donne, elle reprend. Le vent se lève, les nuages recouvrent ses charmes, les précipitations horizontales tentent de chasser l’intrus. Et s’il résiste à ses humeurs changeantes, alors il aimera toujours.
Au matin tout est blanc, pur, silencieux. Quelques manchots papous nous regardent repartir en hélicoptère en direction de la plage de Ratmanoff, à l’extrémité Est de Kerguelen."

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Journée 15 :
Ratmanoff. Ses plages immenses inondées de colonies de manchots et d’éléphants de mer sont impressionnantes malgré la pluie-vent-neige-soleil.
Le circuit passe au milieu de cette faune sauvage jusqu’à une cabane de scientifiques pour mieux comprendre les études de populations et les enjeux de conservation.

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Toute la journée est dédiée à l’observation de cette multitude d’animaux pour le moins exotique.
Le soir, nuit en cabane également et la neige recouvre doucement ce paysage que la lumière du matin rendra une nouvelle fois, grandiose.

Journée 16 :
Départ pour la base où nous allons rencontrer les hivernants de ‘‘Port aux Français’’ et leurs voisins, les ‘‘pachas’’.

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Retour pour tous sur le Marion en même temps que la tempête. Les yeux émus pour ceux qui quittent leur base et écarquillés pour ceux qui ont eu le privilège d’assister ici au spectacle d’une cette nature intense. L’île immense de Kerguelen, sous les 50èmes hurlants, est décidément riche d’émotions.

Témoignage de Gabriel :"Nous apprécions pleinement le privilège de visiter des lieux qui ont un parfum de premier jour du monde. Bravo les Taaf pour le travail effectué dans des conditions souvent périlleuses. Un grand merci à l’équipage du Marion et aux organisateurs de cette rotation pour leur gentillesse et leur disponibilité."

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Le cap est mis sur l’archipel de Saint Paul et Amsterdam, dernier district des Australes.
Après une traversée normalement mouvementée, Saint Paul s’offre à nous, ensoleillée et dégagée. Ce qui est bien rare de mémoire de « Taafiens ».
Ce superbe bouclier volcanique au cratère mi-immergé présente des lignes parfaites qui n’ont rien à envier à son homologue Santorin. Un survol en hélico permettra de profiter pleinement de cette île unique et interdite d’accès car classée en réserve naturelle intégrale.

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Mardi 11 septembre :
Arrivée à l’île d’Amsterdam. L’acclimatation est particulière, de la végétation de partout, des odeurs d’herbes et une température bien plus douce. L’hiver austral est pour ainsi dire terminé.
Bénéficiant d’un climat océanique tempéré et d’un air parmi les plus purs du monde, l’île d’Amsterdam est une île où il fait bon vivre.

Malgré les nombreuses espèces animales et végétales introduites qui ont transformé le visage de l’île, Amsterdam peut s’enorgueillir d’accueillir des espèces très rares d’albatros, mais aussi des populations d’otaries d’Amsterdam en croissance depuis leur quasi-disparition au cours du XVIIIème siècle.

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Ici aussi passation de pouvoir entre l’ancien chef de district et le nouveau, excursions nature et nuitées en cabane. Le départ est encore une fois émouvant, des hivernants se quittent, une page se tourne.
Le Marion reprend le large et remonte l’océan vers les eaux tropicales des Mascareignes. Nous quittons Amsterdam par ses majestueuses falaises d’Entrecasteaux qui font face aux éléments.
Le vent, renforcé par le relief, soulève carrément les cascades d’eaux à les faire chuter vers le ciel !

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Témoignage d’Hélène : "Amsterdam.
J’attendais cette île puisque j’y ai retrouvé mon fils VAT et « pompeur d’air » qui nous a présenté sa mission à la Pointe Bénédicte où on trouve un air très pur.
Comme partout sur ces territoires entre nature et météo, ciel, terre et otaries, la magie s’opère, effaçant les quelques désagréments d’un crachin digne d’un ciel breton."

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L’expédition "Australes" arrive à son terme, les opérations se sont bien déroulées, maintenant les pots et les anniversaires se succèdent et ne se ressemblent pas. Le chemin du retour prend des airs de fêtes.

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Journée 28 :

Une dernière étape à l’île Maurice pour un ravitaillement en carburant conclut en beauté ce voyage exceptionnel.
Demain, retour à La Réunion, fin des opérations, rendez-vous à OP3 !

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