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2 septembre 2013

Journal de bord du Marion Dufresne - Août 2013 (OP2)

Vendredi 23 août 2013

Le Marion Dufresne appareille une nouvelle fois de la ville du Port qui porte décidément bien son nom. La rotation « OP2 » est celle qui relève la plupart des militaires travaillant sur les bases.
Les nouveaux sont là, prêts à partir pour l’aventure, les yeux écarquillés à la vue de ce navire immense et spectaculaire pour qui est déjà monté sur le pont supérieur, mais aussi les yeux mouillés à la vue des nombreux proches qui les saluent une dernière fois du quai.
Beaucoup de passagers partent pour un an sur les districts austraux. Le Marion Dufresne va donc aussi relever les personnels présents sur les bases depuis un an. Cette rotation sera alors émouvante sur le plan humain, car s’il n’y a pas d’habitants permanents sur les terres australes françaises, ceux qui y vivent plusieurs mois en restent imprégnés à vie et revendiquent fièrement d’avoir habité ces contrées extrêmes.

La Réunion s’éloigne déjà, les fenêtres des habitations reflètent brillamment le soleil couchant son relief surdimensionné nous exhibe une dernière fois ses falaises, ses canyons, ses pitons… Notre hélicoptère de type écureuil vient se poser sur la DZ du navire, l’équipe est au complet, nous mettons le cap au Sud, au grand Sud !

Il est 22h00, la lune éblouissante observe calmement passer le Marion Dufresne sur cet océan noir. Elle monte doucement rejoindre les étoiles et éclaire notre route. La nuit promet d’être calme et préparatrice à cette semaine de mer qui nous attend.
Nous allons voir défiler les jours et les nuits sans nulle autre compagnie qu’un immuable horizon vide sur 360° jusqu’à arriver aux confins de l’océan indien délimité par le courant circumpolaire antarctique. Ce sera alors les portes de l’océan austral, là où l’horizon se courbera sous les mouvements de la houle des 40èmes rugissants. Un océan bleu acier au froid cinglant peuplés de créatures immenses tel que les albatros, les éléphants de mer, les orques… Mais pour l’heure, profitons du moment présent qui va être riche.
½ tour !
Le lendemain du départ, nous sommes prévenus d’un problème technique qui nous oblige à retourner sur la Réunion… Pas le temps de s’amariner, une escale supplémentaire est nécessaire pour réparer le navire avant de repartir pour de bon.
Décidément les expéditions se suivent et ne se ressemblent pas. Elles sont surtout à chaque fois une nouvelle aventure.
Philippe M.

Lundi 26 août 2013

Avant l’heure, ce n’est pas l’heure : même si je suis à La Réunion, sans être sur le bateau, il est difficile de lancer la machine à rêver.
Voilà le jour J, l’embarquement a débuté, ambiance de rentrée des classes, les uns les autres se retrouvent, se bisent. Les familles restent sur le quai, les grues chargent les palettes, les bagages encombrent les coursives
On est 8 touristes sur un bateau de 150 places, plusieurs attendent ce privilège depuis plus de 3 ans. Quelques éléments de notre programme nous sont donnés avec notamment nos séjours à terre : 3 jours à Crozet et à Amsterdam et 5 jours aux Kerguelen.
Dès la sortie du port, après que l’hélicoptère soit venu nous rejoindre, cap au Sud et nous passons en revue, au soleil couchant toute la côte Ouest de La Réunion.

Déjà 18h de navigation, nous sommes samedi à 11h00. Le commandant du navire annonce que le navire fait demi-tour, retour Réunion ou Maurice, on ne sait trop, une infiltration d’eau serait la cause de ce changement de route. Rien qu’un choix technique, après un désordre technique…Oui sauf que la part de rêve c’est tout sauf de la technique !!!…
Dimanche matin, à nouveau à l’entrée du port, la pilotine dépose son pilote, les moteurs sont remis en route.
On poursuit la vie à bord normalement, mais en attente au quai. Le scaphandrier est sorti de l’eau, tout le monde attend le diagnostic ; bon pour le départ ? Certains plus chanceux ont vu ce matin les dauphins, certains les baleines ? Moi j’ai expérimenté la buanderie…Tout doit se faire !
Lundi matin, toujours à quai, les procédures semblent en place. Nature de la réparation à soumettre à un bureau de vérification agrée, réparation, réception, normalement entre 17h00 et 18h00 on reprend la mer, entre temps le programme de conférences, projections poursuit son cours.

Et puis le mardi tout change, plus de départ annoncé, débarquement de tous ceux qui le veulent, le peuvent. Pour ce qui concerne notre catégorie, les “personnels spéciaux“ ou “touristes“, les TAAF nous payent une chambre d’hôtel à saint Gilles, la station balnéaire de référence de La Réunion. Sur ce coup ils ont bien assuré. On laisse en suspens nos programmations aériennes retour et l’on vaque aux loisirs classiques des vacanciers. Un survol hélicoptère de l’ile me rappelle toutes nos marches passées.

Et puis, jeudi 29 aout, la consigne du retour au bateau nous est passée et le soir à 18h00 on réembarque : j’ai un peu la sensation d’un collégien qui rejoint son internat ! On reprend possession de sa chambre, c’est déjà l’heure du diner, et l’on attendra le lendemain, vendredi, pour appareiller à 8h00.

Ce deuxième passage en revue de la côte Ouest de La Réunion permet de voir, fugacement des baleines, quelques dauphins, des embarcations de plaisanciers. Sur le pont supérieur, au-dessus de la passerelle, tous les regards se tournent vers le Sud, contemplent quelques oiseaux toujours dans le ciel et sont attirés par les crêtes des vagues qui animent le paysage.
Pierre L.

Samedi 31 août 2013

Visite de la passerelle ce matin proposé par le commandant Masson qui nous explique que, malgré les latitudes isolées où nous nous rendons, nous croisons toujours des déchets flottants. Nous sommes par contre rassurés sur la consommation du Marion Dufresne qui reste plus de 10 fois inférieure à celle des gros porte-conteneurs.
L’eau bleue continue de glisser invariablement sous le bateau. Nous avançons, nous avançons, toujours rien à l’horizon.
Philippe M.

Dimanche 1er septembre 2013

3ème jour de mer sur ce célèbre et unique bateau qui traverse les 40èmes rugissants pour atteindre les mythiques terres australes françaises. Le Marion Dufresne taille sa route en direction de Crozet, notre première étape sur une mer calme, sous un bon soleil, l’air commence à fraichir. Cabine côté bâbord, c’est le soleil levant qui fait office de réveil matin et la journée commence rythmée par les 3 repas et les conférences passionnantes et diverses visites du bateau. Hier c’était le poste de commandement où nous avons découvert les multiples écrans de contrôle et de pilotage du navire.

La salle de conférence au confort douillet est propice aux siestes surprises dans le doux bercement du bateau… Quel que soit le grand intérêt du sujet : organisation des TAAF, écologie et réserve naturelle, études scientifiques menées à bord, la pêche, la philatélie…
C’est le début mais nous savourons déjà à travers les récits, photos et vidéos, nos futures découvertes sur ces îles du grand Sud.
Ces premiers jours de mer au rythme lent nous permettent de rencontrer différents types de passagers, militaires, scientifiques, équipage, cadre des TAAF… dans une très bonne ambiance conviviale. J’ai la sensation de vivre un moment d’une qualité rare… comme j’en rêvais.
Michèle R.

Lundi 2 septembre 2013

La magie du premier départ a disparu, sur le quai personne, le Marion part en catamini comme si la déception du retour de lundi dernier n’était pas dissipée. Néanmoins la pesanteur de l’attente interminable s’est estompée mais ne peut faire resurgir l’enthousiasme et la profonde émotion ressentie vendredi dernier. La profondeur du bleu de l’océan reste la même mais pourtant elle a déjà un goût de déjà vu !!! Heureusement le vent et la mer forte de samedi nous donnent un petit aperçu de ce qui nous attend dans le Sud, et les conférences et entretiens avec les scientifiques et avec l’équipage remplacent la contemplation bienfaisante de l’océan infini du premier jour passé en mer, j’ai hâte d’arriver dans l’océan austral et ses furies et de débarquer à Crozet, j’ai le sentiment que seule la communication avec les éléments et la nature me laveront définitivement de la déception du faux départ. En attendant je ronge mon frein, j’observe les premiers oiseaux, guette le passage du front subantarctique, et suis avec intérêt les observations de la faune des myctophidés dont la présentation nous a tous fasciné. Vivement mercredi matin.
Robert G.

Mardi 3 septembre 2013

La mer a changé mais le soleil nous accompagne toujours. Les polaires sortent des placards.

Les oiseaux marins nous accompagnent, nous les observons depuis la passerelle. Certains ont même réussi de beaux clichés de l’albatros hurleur en vol, des damiers du cap, des pétrels noirs… que nous devenons capable de reconnaitre grâce aux spécialistes du bord, aux livres et films que l’on nous a proposé. Ce soir nous avons reçu les instructions du pilote de l’hélico en vue de nos futurs débarquements sur Crozet : ça se précise !

Notre groupe « passagers touristes » a offert un pot à l’ensemble des passagers tandis que nous franchissions le 40ème parallèle. Occasion de saluer les hivernants qui vont débarquer à Crozet pour des périodes de plusieurs mois à un an. Le cuisinier avait préparé pour l’occasion de succulentes spécialités réunionnaises pour accompagner le punch excellent. Tout ceci nous a permis de passer une bonne nuit malgré le bercement parfois brutal du bateau. Oui la mer a changé, nous sommes dans les quarantièmes rugissants et à J-1 de Crozet, le vent souffle, il fait FROID.
Michèle R.

Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas. La mer est calme, le ciel est bleu, de conférences en films scientifiques et divers briefing, chaque journée a son agenda particulier. Et puis il y a la lecture, le sport, les repas et l’apéro du soir ! Ce lundi soir, avec l’aval du commandant, ce sont nous, les touristes qui avons payé l’apéritif aux passagers et membres de l’équipage : nous apprécions tous leur ouverture et les partages de cultures diverses et variées qu’ils permettent, comme ceux qui sur le bateau sondent les fonds pour connaitre la répartition des poissons, ou encore ceux qui a terre vont régler les antennes du futur système européen Galileo, ou encore celui qui va aller poser des balises sur les éléphant de mer… aperçu non exhaustif !

Depuis hier soir lundi, la mer est plus formée à l’approche du 40ème parallèle et les sorties sur les différents ponts sont interdites. La température de l’eau comme de l’air a chuté fortement. Mais les journées passent malgré tout vite car remplies d’activités ; notamment faire la procédure de biosécurité sur toutes les affaires que l’on débarquera : Laver les semelles de chaussures et bottes, aspirer les fonds de poches d’habits, de nos sacs, bref, faire en sorte que plus aucune petite graine de La Réunion ou de la métropole ne risque de polluer la flore de l’île.
Pierre L.

Mercredi 4 septembre 2013

L’île de Crozet est en vue, première étape de notre traversée depuis la Réunion : mer calme et soleil rare dans cette région. Mais le brouillard retarde le 1er vol. Christian, le pilote hélico, nous dépose sur la base Alfred Faure. Il est impressionnant dans la qualité de son pilotage et surtout des atéros. 1ère escale sur Crozet, j’attends depuis longtemps ce jour mais je ne peux descendre ! En fait nous sommes passés pour récupérer Mathieu, l’agent de la réserve naturelle et nous filons sur B.U.S, vaste plage de sable noir.
Mathieu nous invite dans sa cabane où tout est bien organisé avec des vivres pour plusieurs semaines.
Départ vers la baie des manchots, sur le trajet, des éléphants de mer mâles et femelles se rejoignent. Puis, sur le flanc de la montagne, une petite colonie de manchots papous avec un petit. Le sol, que l’eau essaie de protéger est plein de couleurs dues aux mousses et autres herbes. Plus loin un nid d’albatros hurleur avec son petit qui nous regarde sans bouger.
Enfin, le bruit s’intensifie, c’est la manchotière avec les adultes mais surtout de nombreux petits qui forment une grosse tache marron car ils n’ont pas perdu leur duvet. C’est un merveilleux spectacle que j’ai du mal à quitter et un peu « un rêve de gosse ».
Retour le soir à la base Alfred Faure en hélico. Anaïs, le médecin de l’île est sur le tarmac. Des milliers de kilomètres pour revoir la fille : « mission accomplie ». C’est irréel, chaleureux et pourtant presque comme si on s’était quitté hier.
Après la passation de pouvoir entre les deux chefs de district, la soirée continue au « CroNiBar » avec les nouveaux arrivants et ceux qui partent, mélange de joie, d’inquiétude de l’inconnu, mais aussi de tristesse et de pleurs. On laisse toujours une partie de son cœur à Crozet.
Marie-Christine P.

Comme par miracle, le vent comme la houle sont tombés et au petit matin, dans une brume nous apercevons la terre, au large de Pointe Basse où l’hélicoptère déjà démarre ses rotations pour la dépose de caillebotis, nécessaires sur les chemins en zones tourbeuses.

Puis le bateau relance ses machines jusqu’à la baie US (baie américaine) et l’hélico, en deux rotations dépose les 8 touristes et notre accompagnateur Philippe, bientôt rejoint par un chercheur, agent de la Réserve Naturelle : Mathieu, entomologiste de spécialité et traqueur des mouches sans ailes, perdues au cours des siècles de son évolution, car ce sont des appendices encombrants dans des vents à 150 km/h ! Mais il connait tout de la flore et de la faune, qui seront le menu de cette journée.

Dès nos premiers pas, les paysages sont un enchantement : des jeux de couleurs, de nuances, des verts, des jaunes, des gris, de massifs et de vallées, sans aucun arbre - ce qui pousse, pousse ras, en forme de mousses, de lichens. Et le tout sous un beau soleil, comme les hivernants n’en ont que trop rarement eu. Des paysages pour des peintres qui ne sont pas passés ici : un Matisse, un Van Gogh…

On y verra beaucoup d’images tellement neuves et belles ; du placide éléphant de mer à la querelleuse otarie, ou encore des attentifs parents manchots en sentinelles immobiles qui couvent leur œuf ou leur bébé sur leurs pieds. Mais cette beauté de la nature n’empêche pas la lutte pour la survie et le skua en embuscade plonge profitant d’un instant d’inattention du parent manchot pour lui voler son petit et le dévorer à 10 m de là, en savourant d’abord les viscères. Nous passons à 10 m d’un albatros hurleur sur son nid, encore tout garni de duvet même s’il a déjà la taille d’une belle oie, avant d’arriver au dessus d’une manchotière, où quelques pétrels géants sont en embuscade pour dévorer quelques dépouilles de manchots morts.

Un parent parti 8 jours à des centaines de km vers l’antarctique revient vers son groupe, appelle son petit qui le reconnait et dans la multitude court vers lui, et alors il peut enfin le nourrir.

Pique-nique à la cabane des chercheurs, puis « pèlerinage » au village des phoquiers qui travaillaient là il y à plus d’un siècle, abattant sans relâche éléphants de mer et baleines quasiment jusqu’à épuisement des espèces.

Un bon vin chaud pour nous réconforter et déjà l’hélicoptère vient nous récupérer pour nous redéposer sur le Marion Dufresne.

Jeudi 5 septembre 2013

Une nouvelle journée ce jeudi 5 septembre, mais les cieux sont moins cléments. Un vent de 40 nœuds n’empêche pas le pilote de faire son ballet, mais sur le visage découvert, la bise de 3 degrés est piquante, surtout avec ses gouttes d’eau, ou de grésil, cinglantes. Nous retournons voir les 8000 manchots royaux, bébés et adultes, en attente dans la manchotière, toute proche de la base Alfred Faure que nous visiterons l’après midi, retour au bateau par l’hélicoptère qui remmène les personnels, à côté de leur relève, arrivée la veille. Ils ont terminé leur séjour d’un an et l’émotion est forte. Des larmes ont coulé.

Il n’y aura finalement que deux jours d’escales à Crozet, et il est mieux d’être loin des terres quand nous aurons à subir les vents annoncés de 150 km/h et des creux de mer de 8 m. Dès cette nuit les consignes pour bien accrocher nos affaires dans la cabine nous sont données.

Normalement dans trois jours nous seront aux Kerguelen. Il est 17h56 le Marion Dufresne appareille, donne ses coup traditionnels de corne, quitte la baie du marin et déjà nous ne voyons plus la base Alfred Faure.

Oui, mais si tout est normal, rien ne se passe comme prévu, ce qui est le propre des voyages au long cours dans des mers difficiles. Pour éviter la dépression qui nous rattrape depuis l’ouest, le commandant met le cap au Sud pour que cette dépression nous double par le Nord sans trop nous secouer. Arrivés près des 50èmes hurlants, au 49 ° 23 minutes exactement, le commandant répondant à un appel de détresse d’un bateau de pêche Sud Africain, en panne de compresseur, met cap…. plein ouest, opposé à notre destination des Kerguelen, pour le rejoindre après au moins 37 heures de navigation.
Même si l’on est plus bas que la latitude de la dépression, on commence par une grosse mer, avec sans doute des creux de plus de 8 m. On n’a pas mis le nez dehors car il neige avec un vent très fort qui met les flocons à l’horizontale. Un voyage aux Kerguelen, cela se mérite vraiment ! Enfin on en reparlera quand on y sera !
Pierre L.

Nous nous éloignons des Kerguelen, notre but, mais l’océan démonté nous a offert un spectacle grandiose. Hier toute la journée nous étions au poste de pilotage (la passerelle) pour mieux admirer cette mer en furie. Le clou du spectacle ça a été le passage tout près du bateau d’un cachalot qui a sondé juste devant nos yeux ébahis… Là je n’ai pas la photo mais je l’ai dans la tête c’est le principal.
Le Marion Dufresne passe dans cette mer folle avec une aisance étonnante alors qu’il roulait de façon exagérée il y a quelques jours dans une mer peu agitée…
Les vagues comme des montagnes dans tous les sens, des chutes de neige avec de gros flocons qui se précipitent sur le bateau à l’horizontal en raison de la force du vent (plus de 100Km/h dans les rafales).
Puis la mer est devenue tellement forte que le bateau a réduit sa vitesse il est resté plusieurs heures à 2,3 Nds une sorte de "mise à la cape" comme on dit en voilier…

Au programme d’hier il y a eu aussi d’énormes séances de fou-rires, au bar ou à la salle à manger avec des candidats aux glissades plus ou moins contrôlées, puis j’ai découvert dans ma cabine les déplacements incontrôlables de ces objets réputés inanimés que sont valises, chaussures, bottes, livres, échelle, chaise, contenu de la poubelle…
Après un amarrage sérieux de ces divers éléments, la nuit fut mouvementée et le sommeil en pointillé tandis que les vagues d’écumantes venaient lécher notre hulot.

Notre position ce matin à 9h : 49°2S - 48°2E ; le bateau à la dérive auquel nous devons porter assistance se trouve à 20h de mer de notre position actuelle mais nous ne marchons qu’à 5-6 Nds.

La blague du jour :
Cette rotation, ce n’est pas l’OP-2 c’est l’OP-2mitour !
Bon puis j’ai la nette impression que nous, les passagers payants sommes la risée car nous avons payé pour ces galères contrairement à tous les autres… qui sont payés pour ça !!! On nous dit : " alors satisfaits ??????" Toujours dans la bonne humeur quelques soient les préoccupations voir angoisses secrètes des uns ou des autres tant l’incertitude est grande pour à la suite.
Et puis nous sommes bien au chaud dans notre bateau, il y a du bon whisky et du bon rhum au bar tandis que les marins pêcheurs en difficultés sur leur bateau, privé d’énergie donc de propulsion, doivent trouver l’océan bien impitoyable !!!!
Le soleil est revenu ce matin entre deux chutes de neige (les dernières ?). La mer est encore forte avec quelques vagues qui précipitent encore nos déplacements par surprise. Garder l’équilibre, garder l’espoir… mes deux buts pour cette journée.
Michèle R.

Samedi 7 septembre 2013

Dantesque.
Voilà le résumé de la tempête que nous avons affronté hier.
Jeudi 5 en fin de journée, sur demande du CROSS Réunion, le Marion Dufresne change brusquement de route pour porter assistance au « El Shaddai », un navire de pêche Sud-Africain en détresse. Panne de compresseur, donc plus de moteur, donc plus d’électricité ni de chauffage. 37 personnes à son bord dérivent dans l’océan glacé au large de l’île Marion.
Pour les rejoindre, le Marion Dufresne a dû retourner sur la tempête que nous avions essayé de fuir en partant plus tôt que prévu de Crozet. Nous avons eu beau essayer de contourner le cœur de cette dépression par le 50ème parallèle Sud, la mer était déjà en guerre lorsque nous sommes rentré sur zone vendredi 06 septembre et le navire peinait pour avancer à plus de 2 nœuds.
La pression atmosphérique est descendue si bas que le baromètre était en butée. Du jamais vu pour bon nombre de marins. Jusqu’à 950Hpa enregistré par ordinateur.
Avec une température d’1°C pour l’air comme pour l’eau, quelques albatros hurleurs traversaient encore les bourrasques de neige sous nos yeux effarés. Jusqu’à même croiser un cachalot juste devant notre nez et qui a sondé dans les profondeurs océaniques.
Puis, le vent établi à 70 nœuds a continué de forcir avec des rafales allant jusqu’à 86 nœuds (160 km/h) ce qui correspond à l’échelon maximal de l’échelle de Beaufort : force 12 !
D’abord chaotique, la mer, très grosse, s’est formée d’énormes creux de 12 mètres.
Le Marion Dufresne semblait mener un combat de titan, seul contre l’Océan
Austral.
Attaqué par des montagnes d’eau glacées, il esquivait tant bien que mal les grosses déferlantes, amortissait les coups de béliers puis frappait de sa proue des murailles d’eau gigantesques qui envoyaient voler des tonnes d’embruns par-dessus le navire.

La tension était largement palpable, nous pensions à la coque, nous pensions à la nuit qui commençait à tomber, nous pensions surtout au bateau de pêche en détresse dans cette océan en furie… Dantesque !

Demain matin, nous devrions enfin arriver sur la zone du Del Cano Rise où est en train de dériver le « El Shaddai » certainement impatient de nous voir !
Philippe M.

Dimanche 8 septembre 2013

Finalement pour des raisons de très mauvaise météo, la route pour rejoindre le bateau en panne a été plus longue que prévue initialement et nous sommes arrivés ce dimanche matin sur une zone enfin calme à 46 degrés 20 mn en latitude et 48 degrés 50 en longitude si ma mémoire ne me trompe pas !

Aussitôt un zodiac a été mis à la mer et les mécaniciens ont été voir ce qu’il y avait. Puis c’est le docteur du Marion Dufresne qui a rejoint le « El Shaddai », un bateau palangrier sud-africain qui pêchait la légine dans la zone avec à son bord 37 hommes dont un capitaine vénézuélien, des marins philippins, mozambicains, nigérians.
Deux marins souffraient d’hypothermie et un troisième était blessé. On a transféré le plus malade sur notre bateau, il remontera avec nous à La Réunion après avoir effectué nos étapes initialement prévues.
En fait avec son moteur en panne, le bateau n’avait plus de groupe électrogène pour produire l’électricité, et cela faisait 6 jours qu’ils étaient ballottés, sans lumière ni chauffage avec 3 jours de tempête et une température de 1 degré environ ! Il a fallu aux mécanos toute la journée pour réparer un bateau de 37 ans mal entretenu, et vers 17h00 le « El Shaddai » réparé, est reparti… pêcher sur zone !!!

Une heure après, notre bateau avec un homme de plus à bord, reprenait son cap à l’Est, droit sur les Kerguelen que l’on atteindra – si tout se passe comme prévu – dans environ 4 jours !
On aura d’ici quelques jours sans doute de la légine au menu avec les 50 kg de légine que le commandant du « El Shaddai » a donné à celui du Marion Dufresne !

L’aventure continue donc mais avec une mer redevenue normale. Je n’ai sans doute pas assez insisté sur l’ampleur de cette tempête : des vents avec des pointes de 160 km/h et des trous de mers de 10 à 15 m. En regardant par les hublots par devant, on voyait les murs d’eau se dresser encore et encore et le Marion Dufresne toujours passer de l’autre côté. Le commandant avait mis à la cape, c’est-à-dire que l’on n’avançait quasiment plus, moins de 2 nœuds, il s’agissait seulement de maîtriser la direction pour fendre, toujours en biais ces vagues énormes. Les photos témoignent et l’on visualise bien le caractère impressionnant de cette tempête.
Pierre L.

Vendredi 13 septembre 2013

Nous sommes dans une nouvelle dépression, la troisième de cette expédition ! Elle monte en puissance et à 3h00 du matin, en passerelle, le spectacle est irréel : les vagues surgissent du lointain, séparées par des creux profonds de 10m et s’écrasent sur le Marion. Le navire semble être comme un bouchon d’acier dans l’eau qui essaie de se frayer un passage entre des montagnes.
Lorsque la pleine lune passe derrière un nuage, tout s’éteint et on ne peut plus anticiper les coups de bélier qui frappent et font vibrer, résonner la structure du navire. Même si cette tempête n’est pas de catégorie « Ouragan
 » comme celle subie à Crozet, les essuie-glaces de la passerelle tournent régulièrement pour essuyer les éclaboussures de vagues éclatées par la proue du bateau 60 mètres au-devant.
Cette nuit encore agitée, beaucoup auront du mal à dormir.
La mer nous aura décidément bien démontré sa puissance. Par trois fois elle aura contraint le Marion Dufresne a changé sa route, à le mettre à la cape et même à le pousser à reculons malgré ses 120m de long et ses 10 000 tonnes de déplacement.

Nous laissons derrière nous un océan austral impétueux, glacé par les vents et le front polaire antarctique, constamment balayé de dépressions que nulle terre n’arrête et qui mérite bien sa réputation de mers les plus difficiles du monde.
Pas étonnant que les rares îles volcaniques qui émergent de ce monde inhospitalier soient synonymes de nature sauvage brute, sources de légendes et d’aventures à travers toutes les époques.
La Réunion prendra bientôt des airs trop doux, trop ensoleillés, trop faciles…
Les terres australes possèdent en cela une puissance, un caractère et une intensité unique qui marque au fer rouge tous les « fous » qui ont pu s’aventurer dans ce bout du bout du monde.
Philippe M.

Vendredi 13 septembre, l’hélico nous prend du Marion Dufresne, en effet en tant que "touristes", nous n’avons pas pu dormir à la base, pour des questions d’intendance, les chambres étant prises à la fois par les personnels "montants" mais aussi encore par les personnels "descendants". Mais pour nous, cela ne change rien, sauf le plaisir d’avoir dîné dans un bateau à l’atmosphère beaucoup plus intimiste !
Cap sur la péninsule Courbet, vers la plage de Ratmanoff dans sa partie appelée la Camargue et l’on peut comprendre pourquoi vu l’immensité marécageuse de la zone.

A la vue d’une épave d’hélicoptère russe, on nous charrie en nous indiquant que ce nom vient de "raté manoev" avec l’accent qui va bien, mais bien sûr ce n’est qu’une blague et Ratmanoff a bien existé, mais j’attends un accès Internet pour tout savoir de lui !
On prend possession de la cabane des TAAF conçue pour 10 personnes et c’est parfait pour nous, les 8 touristes et nos deux guides. Les provisions pour notre pique-nique sont là également avec tout pour le diner, qu’on améliorera de quelques truites pêchées en attendant la tombée de la nuit.

Arrivées aux Kerguelen on ne sait comment, elles font partie avec les rennes, les "bêtes à longues oreilles" - BLO - animal bien connu en métropole mais dont il est interdit de prononcer son nom sur un bateau, car ce rongeur, dans les siècles passés, embarqué sur les navires à voile, a provoqué de grandes catastrophes en rongeant les cordages des gréements.
Aussitôt, nous partons, sac à dos, pour une petite marche vers la manchotière de cette plage : énorme ! On nous dit que quand elle est pleine il y a environ 80 000 couples, adultes et bébés compris. On n’est pas encore en pleine saison, mais finalement c’est un peu comme toute une ville qui serait dehors de sa maison, ou un concert à Woodstock (c’est un peu "daté" comme référence, mais des concerts de cette taille, on n’en fait plus !).

Midi approchant, nous posons les sacs à la cabane des scientifiques qui l’utilise pour observer les manchots et éléphants de mer, entre autres, et nous pique-niquons. Et comme la nature est généreuse avec nous, elle nous offre en spectacle la mise bas d’un petit éléphant de mer, et l’on prend pleinement conscience de ce qu’est le combat pour la vie, avec une mère qui ne doit pas se reposer, mais doit d’abord défendre son petit contre pétrels géants et skuas, charognards en attente de festin ! Et ce sera une première curée après la délivrance de la femelle pour se faire voler le placenta : un combat à la Goya. Nous partirons avant que le petit n’ait trouvé le chemin des mamelles de sa mère et l’on ne peut rien dire de son avenir, mais s’il n’est pas écrasé par un mâle en rut - un pacha, en se trouvant par inadvertance sur le chemin qui mène à une femelle - alors une longue vie pourrait s’ouvrir à lui !

Nous remontons sur près de 1,5 km la manchotière à pied et au nombre de cadavres de bébés manchots que nous croisons, cette notion de combat pour la vie nous apparaît comme des plus pertinentes. Quelques manchots papous semblent perdus et errent dans cette multitude de manchots royaux et nous arrivons à leur habitat perché sur une petite falaise qui longe la plage au pied de laquelle quelques belles otaries grises se reposent à côté d’éléphants de mer.

Une bonne nuit réparatrice - quelques éléments mâles de la chambrée principale s’exerçant au ronflement, sans pour autant se confondre avec les grognements des pachas qui reprennent au petit matin ! Surprise, cerise sur le gâteau, une petite neige a recouvert toute la "plaine" d’un manteau blanc, superbe sous le soleil.
Mais nous sommes déjà prêts pour embarquer à bord de l’hélicoptère qui est venu nous rejoindre pour nous emmener à la prochaine étape, la cabane "Laboureur". Il est vrai que si Ratmanoff est à 5/6 heures de marche de la base, Laboureur, du côté opposé en est à 2/3 jours selon performances du groupe et nous apprécions à sa juste valeur cette "commodité" !

Samedi 14 septembre 2013

Nous voilà donc à la cabane Laboureur, on prépare les chambrées, et glissons dans le sac à dos le pique-nique du midi. Nous partons pour une marche de 5 heures dans des paysages féeriques, fait de fjords échancrés, d’étangs d’eaux bleues, grises ou argentées, nourris de cents petites rivières et ruisseaux drainant l’eau de toutes ces vallées spongieuses. Il n’est pas besoin d’être géologue pour suivre la route des glaciers qui ont façonné le paysage de montagnes façon Colorado, marron ou dorées, mais sans aucune végétation visible qui ne vienne verdir le paysage, sauf quelques touffes d’azorelles, ici ou là , comme un début de tapis de mousses, le tout enserré dans des sommets enneigés .

Un petit groupe de rennes, puis un deuxième, puis un renne esseulé, des goélands et toujours des BLO ! Une averse de neige sur notre retour nous indique qu’il n’y a plus de temps à perdre pour rentrer et profiter… du dernier rayon de soleil pour voler encore de superbes images et pour ramasser la platée de moules pour le soir, et en ramasser pour stocker sur le Marion Dufresne. On en ramènera près de 75 kg, ramassées à la pelle en 15min ! Un bon vin chaud, improvisé avec les ingrédients trouvés sur place, réconforte tout le groupe. Une cabane est toujours bien achalandée avec suivi par la base, pour que les passants soient assurés d’un bon gîte et d’un bon couvert !

La vacation radio du soir avec la base nous informe que notre séjour à terre est raccourci et que nous devrons rentrer sur le Marion Dufresne pour le dimanche 15 septembre au matin et l’hélicoptère sera bien là à huit heures pour nous ramener. En effet le temps se dégrade, le ciel est rempli de nuages, le vent froid s’est déjà levé, et personne ne regrette de ne pas passer par la cabane St Malo. Il est prévu que le Marion Dufresne appareille dès le soir pour essayer d’échapper à la nouvelle tempête qui s’annonce.
Un départ de bateau est toujours rempli d’émotion. Ce fut d’abord l’Osiris, le bateau des affaires Maritimes de La Réunion, en activité de surveillance de la pêche illégale dans la zone des Kerguelen qui est venu pour avoir le recours d’un médecin pour l’un de ses marins. Il ne manquera pas de nous saluer à grands coups de trompe en repartant.

Il en sera de même pour, à 16h30, le départ du Marion Dufresne. La chaîne de l’ancre est remontée et à terre tous les véhicules des pompiers sont sortis et sirènes allumées, feux de bengale fumants, tous les bras se sont agités pour se saluer, jusqu’aux coups de trompe marquant notre départ effectif. Malgré seulement trois jours de vie sur cette île, nous sommes, pour ceux qui sont sur le pont, tous émus. Je suppose que bon nombre des descendants sont restés dans leur chambrée pour essuyer discrètement leurs larmes. Cet archipel est sans nul doute rude, mais d’autant plus attachant, et on ne peut s’y intéresser sans en rester marqué.

Mais nous n’échapperons pas à cette tempête annoncée, et dès le dîner la houle se renforce et nous avons une nuit "bousculée", là encore avec des creux sans doute de dix mètres. Nous penserons certainement demain à bien ranger nos affaires et attacher tout ce qui peut bouger ! Finalement, au petit matin du lundi 16 septembre, nous n’aurons pas beaucoup progressé, tout juste d’un degré vers le Nord, et tout reste donc à faire pour rejoindre St Paul et Amsterdam, avec une mer qui sera - nous promet-on - remplie de houle jusque-là !
Pierre L.

Au matin du 12 septembre à 6H le Marion Dufresne a jeté l’ancre dans la baie du Morbihan en face de PORT AUX FRANCAIS la base des TAAF.
Paysage fantastique : tous les reliefs sont recouverts d’une couche fine de neige fraîche qui étincelle au soleil matinal. Sur le pont gelé nous nous sommes retrouvés à quelques-uns complètement extasiés devant le décor. Après nous être pris en photo pour immortaliser cet instant tant rêvé puis espéré et tant attendu silence et recueillement… Bonheur !

Depuis 4H du mat je scrutais la côte car le bateau avait ralenti l’allure et longeait les côtes Sud, le ciel très clair permettait de distinguer les reliefs… vers 5H un phare à éclats signalait l’entrée de la grande baie "du Morbihan"…
Vers 9H30 l’hélico nous a déposé sur la terre ferme pour découvrir la base en pleine effervescence avec les manœuvres de déchargement ravitaillement en tout genre carburant, engins, matériaux, nourritures… De plus un gros contingent d’hivernants se prépare au départ, les nouveaux s’installent. Notre groupe "les touristes" partons pour une ballade à L’ANSE DES PACHAS découvrir ces gros mâles éléphants de mer qui commencent à arriver sur les plages pour se reproduire.
L’appareil photo est chargé les polaires enfilées bonnets cagoules gants moufles, il n’y aura rien de trop car la petite bise qui souffle n’a rien d’un doux zéphyr !!! Temps clair et neige fraîche le décor est somptueux !!!

Ça valait le coup d’en rêver, espérer, attendre, partir, revenir, repartir, dépanner un chalutier, récupérer un marin pêcheur malade… 5 jours de mer… Le Marion Dufresne est un bon bateau, mes "camarades touristes" pas tristes, les manchots… ROYAUX, les éléphants : étonnants…

2ème journée : l’hélico nous dépose à RATMANOFF : entre la base et ce site en bord de mer, nous survolons une étendue désolée et plate à perte de vue…
Mais arrivée sur la plage, la vie foisonne…. Une grande manchotière de manchots royaux, les jeunes serrés les uns contre les autres forment des taches brunes alors que les adultes resplendissent dans leur élégant plumage blanc et gris… masqué d’orange. Observer le va-et-vient des adultes nourrissant leurs petits est un spectacle inoubliable et passionnant (la caméra en témoigne toute chargée d’images de nos amis manchots à la démarche comique). Toute la journée nous restons au plus près des éléphants de mer, avons même eu le privilège d’assister à une naissance : sous nos yeux ébahis avons vu le manège des pétrels, skuas qui attendent la délivrance et se jettent sur le placenta avec avidité tandis que la mère et son petit poussent des cris puissants pour éloigner leurs becs voraces prêts à s’attaquer au nouveau-né…

Aujourd’hui, la femelle était très vive et nous avons assisté à un beau spectacle (les femelles éléphant de mer sont des championnes de l’accouchement). Plus loin une petite colonie de manchots Papou, 2 otaries de Kerguelen, un pacha entouré d’un début de harem, dont 2 femelles avec leurs petits. La VIE FOISONNE, ça piaille, ça grogne, ça pue… Mais je suis honorée d’en être le témoin.

Au retour certains iront pêcher des truites saumonées énormes et délicieuses crues ou cuites une fois préparées par des mains expertes…
Soirée aux chandelles… Jeannot nous gratifiera même d’un chant camarguais d’une voix puissante…

3ème jour au réveil, nous découvrons notre décor sous la neige fraîche et le soleil toujours.

L’hélico vient nous chercher à 8H et nous emmène à "Laboureur" changement total de décor. Au fond d’un fjord, une jolie cabane de bois… (malodorant baptisé bois-caca), au pied d’une cascade, au bord de l’eau où nous ramasserons de quoi faire un bon plat de moules excellentes que nous dégusterons à la bougie le soir.
Puis nous partons crapahuter avec nos 2 guides de la réserve naturelle Axel et Aymeric toute la journée dans la caillasse ou les sols spongieux, nous pique-niquerons au bord d’un lac, passerons des cols où le vent nous rappelle si besoin que nous sommes bien à Kerguelen…

Nous avons vu de loin des rênes, des lapins partout ! C’est la plaie de Kerguelen car la végétation se raréfie à cause d’eux. Belle lumière, décor magique, ces iles sont somptueuses… Beaucoup plus belles que je ne l’imaginais.

Dimanche 15 septembre 2013

Nous sommes donc arrivés aux Kerguelen au soir du 11 septembre. J’ai donc fêté mon anniversaire sur le MD et à l’endroit de mon rêve ! Nous avons, notre groupe, marqué le coup et surtout, Philippe a fait en sorte qu’au dîner, j’ai droit au gâteau d’anniversaire, avec les 6 bougies de mes 60 ans et des cadeaux ! (un polo et une cravate des TAAF et un beau livre sur le Marion Dufresne). Tout le monde a été attentionné pour moi, c’était touchant. La veille, à l’instigation de Michèle et Marie-Christine, aussi passagères touristes, qui savaient que je grattais la guitare et chantait et qui se sont démenées pour trouver une guitare à bord, j’ai fait un petit concert de mes chansons. Je crois que les gens ont aimé… ils me l’ont dit !
Le jeudi 12 septembre au matin, nous avons débarqué du MD par hélicoptère et nous avons d’abord visité une partie de la base de Port aux Français, avec l’église, moderne bien sûr mais agréable aussi. Un certain nombre de plaques témoignent que l’on peut mourir aux Kerguelen. Même s’il n’y a qu’une seule tombe à proximité de cette église, près d’une dizaine de personnes sont décédées ici. Nous sommes ensuite allés voir l’anse des pachas, avec quelques manchots royaux et papous et aussi quelques éléphants de mer. C’était bon de marcher sur la terre ferme, car on se sentait tous un peu engourdi ! D’autant plus que le temps était au beau. La base descend sur le bord d’une combe vers la baie et étale ses nombreux bâtiments, pour encore un grand nombre, anciens et là depuis les années 50/60, phase de création de la base. Ces bâtiments ne sont pas tous charmants, notamment les vieux préfabriqués métalliques appelés « Fillod » parfois encore fonctionnels mais pour bon nombre désaffectés. J’imagine et je rêve que j’aurai pu parcourir ce site 40 ans plus tôt quand en septembre 1973 j’aurai pu venir comme VSNA ici. Cette visite n’était pas pour moi que technique…

Depuis ces années de nombreuses améliorations ont été apportées et la base a vu récemment un de ses bâtiments transformés en une superbe bibliothèque, avec une belle charpente bois œuvre de compagnons du devoir que leurs routes ont amené ici. Au total c’est un vrai village peuplé de 40 à 120 personnes selon les saisons, avec sa « mairie », sa caserne des pompiers, et toutes les fonctionnalités techniques pour assurer la production d’électricité, de stockage des carburants et des déchets et un parc de véhicules, tracteurs et engins de manutention et terrassement. Le chef de district en est le responsable et officiel avec qualité d’officier d’Etat-Civil. Mais si l’on peut donc se marier sur la base, il est interdit pour les femmes d’y tomber enceinte sinon ce serait le retour en métropole ! On conçoit facilement que ce n’est pas un site idéal pour pouponner, et les personnes affectées ici pour effectuer des missions bien définies ne peuvent pas avoir de congés maternité sur place ! Nous avons poursuivi par la visite de la station météorologique, à deux kilomètres de là, avec en prime le lâcher d’un ballon sonde. En effet cette station capte avec ces matériels les données de la haute atmosphère pour, avec la somme des informations captées de la même façon dans de multiples endroits de la planète, permettre à Météo France de nourrir et d’affiner ses modèles de prédictions du temps. Mais les trois agents permanents font néanmoins des prévisions de météos locales et ils nous annoncent du beau temps pour les deux prochains jours, avec une dégradation qui s’amorcera dimanche. La suite nous montrera qu’ils auront été très bons ! Un retour au MD par hélico pour la nuit, avant le plat de consistance des visites de l’île.
Pierre L.

15 septembre : retour à bord, la 3ème journée est supprimée car le mauvais temps arrive… Nous partons pour St Paul et Amsterdam. C’est court mais nous venons de passer 3 jours de pur émerveillement cette île est magnifique surtout découverte sous le soleil avec des conditions de froid tout à fait supportable. Soleil et quelques chutes de neige poudreuse, on ne pouvait espérer mieux. Je craignais le brouillard qui aurait pu nous priver de la vision des sommets et des cotes découpées des lacs des ilots mais il nous a épargné.
Michèle R.

Mardi 17 septembre 2013

Depuis que nous avons quitté les Kerguelen nous naviguons dans la brume et même la pluie. La mer encore très forte a freiné notre progression la 1ère nuit mais maintenant sur une mer belle (le bateau roule bien sûr mais bon) nous avançons à bonne allure : cap au Nord-Est, bientôt nous repasserons dans les 40° rugissants pour arriver demain matin au lever du soleil devant l’île ST PAUL : caldera effondrée, classée réserve naturelle intégrale où personne ne va sans autorisation spéciale. Le « Mar-Duf » va y déposer quelques hommes et du matériel pendant quelques heures. Nous, les "touristes" aurons droit à un tour de l’île en hélico à 8H00 : magnifique ! Quand on a lu des épopées ayant eu pour cadre ce lieu c’est impressionnant !!!

Ensuite, départ sur Amsterdam où nous dormirons sur terre dans des "cabanes" pour 3 nuits. Je viens d’aller faire un tour sur le pont alors que le jour se termine il fait déjà beaucoup moins froid…

Jeudi 19 septembre

Ça y est fini ! Nous venons de regagner le bateau après notre expédition sur Amsterdam il y a plus de 40Nds de vent et je craignais que l’hélico ne puisse nous ramener à bord… Le séjour a été raccourci (ENCORE UNE FOIS) pour cause de dépression annoncée (depuis ce matin le vent ne fait que se renforcer et nous avons dû fournir beaucoup d’efforts pour atteindre l’ancien petit cratère "Antonelli" où une charmante petite cabane devait nous accueillir pour une 2ème nuit).

Mais, nous n’avons passé qu’une nuit sur Amsterdam, (cabane Ribault) en bord de mer en compagnie de centaines d’otaries. Nous avons eu tout loisir de les observer, les photographier et écouter leurs cris rauques et perçants, là encore les petits attendent la nourriture des femelles, les mères viennent les allaiter parmi les cailloux où ils ont élu domicile.

On pourrait baptiser Amsterdam l’île aux langoustes car nous avons dégusté ces délicieux crustacés aussi bien le soir en cabane, froides ou en rougail (chaudes).

Ambiance chaleureuse sur cette île, où l’accueil et la réception de départ ont été très sympathiques humainement et gustativement… AU REVOIR chargés d’émotion… Nous avions eu le temps de faire la connaissance depuis La Réunion avec les hivernants d’AMS…

Vendredi 20 septembre

MAINTENANT l’arrivée à La Réunion est annoncée pour le 25 septembre au matin nous n’avons pas beaucoup dormi cette nuit à cause des mouvements désordonnés du bateau qui cogne dans une mer chaotique… Avons-nous vraiment échappé à cette forte dépression ?
Voilà il n’y a plus que quelques jours de mer et l’aventure se termine… Je trie les photos et vidéos, les émotions ressurgissent avec elles… Ce voyage plein d’imprévus, de temps forts et de contre temps a comblé mes attentes bien que les 3 escales furent toutes écourtées. Les Kerguelen en sont le temps fort… elles se sont laissées entrevoir… 3 jours !!! Mais une année suffirait-elle ????
Michèle R.

Ce que les belles séquences de ce voyage ont de plus beau, c’est qu’elles se répètent, et notre arrêt à Saint Paul n’aura pas dérogé à la règle ! Hier, mardi 17 septembre, le temps fut brumeux toute la journée, et la réunion de présentation des activités du mercredi 18 septembre avec à l’affiche en point d’orgue, lors du court arrêt devant l’île de Saint Paul, un tour de 10 mn de l’île en hélicoptère, a montré que soit l’on était avec la météo optimiste et l’on y croyait, soit on était pessimiste et l’on se refusait à rêver de ce survol !
A 5h30 du matin, réveil au naturel, nous sommes déjà aux abords de l’île et le temps… est clair ! A 6h10, sur le pont déjà de très belles photos de ce volcan effondré peuvent être prise avec des rayons du soleil qui jouent dans les nuages. Ce sera encore le cas quand à 8h00 l’heure est arrivée de monter dans l’hélicoptère et de faire le tour de cette île, qui est en protection totale, c’est-à-dire que l’on ne peut qu’exceptionnellement y venir, que sur arrêté préfectoral, et bien sûr ce n’est accordé que pour des scientifiques qui ont des programmes validés ou pour des travaux de maintenance d’une cabane comme c’est le cas aujourd’hui. Nous on en restera au survol, à 300 m d’altitude, à l’extérieur du volcan, pour ne pas déranger les otaries et albatros, principaux habitants de cette île. Elle eut une histoire avec les hommes qui ont eu des ambitions de colonisation pour l’exploitation de la langouste, mais si la langouste est toujours ramassée dans la zone, plus aucune personne, depuis les oubliés de Saint Paul n’y habite, et sa dératisation réussie encourage à préserver sa biodiversité.
Un peu plus tard, accoudés au bastingage, on regardera cette île disparaitre dans le lointain, avant d’attendre de voir Amsterdam en début d’après-midi, laquelle nous nous empresserons de découvrir, à terre et pour plusieurs jours cette fois-ci.

Amsterdam est là, nous sommes en train de déjeuner et nous regardons défiler toute sa côte jusqu’à la base de Martin de Viviès où le MD prend son mouillage, à un coup de fusil de la côte. Le mécanicien de l’hélicoptère met les pales, les grues sortent la « portière », sorte de radeau qui sera remorqué par une vedette et les caisses des soutes. Tous les hommes d’équipage s’affairent pour que le maximum des livraisons, y compris de l’eau et du fuel puissent se faire en un minimum de temps, le temps que la mer reste bonne et l’on sait déjà que cela ne devrait pas durer.

Comme toujours, la première rotation de l’hélicoptère est pour le courrier – les hivernants l’attendent depuis longtemps et dès 14h30 nous sommes à terre et partons pour une visite de la base ou quelques activités scientifiques se déploient : recherches sur les otaries et leur mode de vie, observation du magnétisme terrestre, observations de l’atmosphère, travaux botanistes autour de la replantation de l’espèce locale, le phylica, arbre endémique ayant en grande partie disparu en raison de différents incendies de ces dernières décennies, pour la plupart indus à l’homme.

Notre programme est établi en prévisionnel pour un séjour sur l’île de 4 jours, mais nous savons déjà qu’il peut être raccourci si la perturbation annoncée s’avance trop vite !
Nous ferons en fait une nuit dans une cabane à proximité de la base parmi les otaries, qui sont aussi nombreuses que les cailloux de ce pied de falaise, et quand l’on sait que l’identification des mères et de leur petit se fait au travers de cris, on imagine facilement le niveau sonore. Nous avançons parmi elles avec beaucoup de prudence et avec notre bâton pour tuer dans l’œuf toutes les velléités agressives dont elles nous témoignent !

Le diner du soir nous est livré prêt à consommer essentiellement composé de langoustes, spécialité locale qui est exploitée par le bateau « Austral » de la Réunion pour fournir le marché français ; elle est succulente et nous nous couchons en en ayant tous bien trop mangé ! Le lendemain nous visiterons deux autres sites, la cabane Antonelli, placée au sommet d’un petit cône éruptif, dans laquelle nous ne pourrons pas dormir car c’est confirmé, le mauvais temps arrive, et dès le soir il nous faudra quitter le mouillage, et la mare aux éléphants, bien mal nommée puisqu’en fait elle est remplie d’otaries, qu’un scientifique étudie à l’année. L’après-midi du jeudi 19 septembre sera consacré aux rotations retour des personnes au bateau, dans un vent de plus de 40 nœuds et une mer qui se forme déjà et à 16h30 nous sommes partis cap vers la Réunion.
Cette escale aura été courte, trop courte pour par exemple pouvoir décharger l’eau attendue – se sera pour une prochaine rotation, mais nous n’arrivons pas à le regretter, car partir plus tôt signifie pour nous tous ne pas cumuler d’autres retards dans notre arrivée à La Réunion. Il nous fait bien penser quand même qu’après les vacances il nous faudra reprendre nos occupations et travail !

En repartant vers le Nord-Ouest, l’OPEA et le Commandant nous font faire un tour complet de l’île pour nous permettre de découvrir la haute falaise d’Entrecasteaux qui s’élève à plus de 730 m à la quasi verticale : un beau cadeau que cette vision, entre embruns d’une mer déjà creusée et une brume épaisse qui noie le sommet, vision pas forcément propice pour les photos, mais qui témoigne bien de la rudesse du climat de cette île même si les températures à cette latitude de 37°50’ tant de l’eau que de l’air ont bien remonté depuis les Kerguelen pour s’établir respectivement à 13° et 11°.
Pierre L.

Mercredi 25 septembre 2013

Le Marion Dufresne est arrivé au Port de La Réunion le matin du mercredi 25 septembre 2013 après avoir effectué sa deuxième rotation logistique de l’année.