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17 août 2014

Journal de bord du Marion Dufresne - Août 2014 (OP2)

Appareillage du Marion Dufresne, le 21 août dernier en direction des terres australes françaises pour sa 2ème rotation de l’année avec à son bord, le préfet administrateur supérieur des TAAF, la relève des chefs de district et des militaires.

Jeudi 21 août 2014

"OP2-2014 : la grande relève annuelle.
Militaires de l’armée de terre, de la marine, de l’armée de l’air, au total plusieurs dizaines d’hommes attendent sur le quai face à la coque bleue du Marion Dufresne II. Ils vont embarquer sur le navire ravitailleur des TAAF à destination des bases subantarctiques françaises à Crozet, Kerguelen et Amsterdam pour relever le personnel présent depuis un an. Parmi eux, quelques scientifiques, journalistes, agents du siège des TAAF et une poignée de passagers visiteurs venus eux aussi découvrir ces contrées lointaines.
Mais avant de descendre dans l’Océan Austral, le programme des opérations commencera par une escale technique à Port-Louis (île Maurice) : ville cosmopolite hyper-active et contrastée où l’on croise des palangriers douteux et rongés par la rouille, des banques et hôtels de luxe, des marchés très animés et non loin de là, les plages paradisiaques…
Enfin, une fois n’est pas coutume on continuera à faire route vers l’équateur pour s’arrêter sur une île exceptionnelle : Tromelin, destination excessivement rare et troublante. Ce détour tropical original, narré par nos passagers visiteurs, intensifiera encore plus le choc austral qui se produira dans une semaine au point de rencontre de l’archipel Crozet dans les tempétueux Quarantièmes Rugissants."

Philippe M.

"12h00, Le Port. Tout le monde est consigné à bord du Marion Dufresne II, interdiction d’accéder aux ponts extérieurs. Sur les quais, policiers, gendarmes, barrières, contrôles… Sur l’eau, vedettes de sécurité et plongeurs. Et, parait-il, sur les grues, invisibles, tireurs d’élite. Une heure passe, deux… et les suivantes. Enfin quelques flashs bleus précèdent un discret cortège de voitures sombres qui longent le navire. A une vitre arrière on reconnait François Hollande. La première pierre des travaux d’agrandissement du port va pouvoir être posée, les invités parqués sous les tentes vont pouvoir entendre un beau discours et le Marion Dufresne II va – peut-être – pouvoir appareiller ce soir si la cérémonie est menée bon train. Mais si les choses trainent et l’embargo sur le port n’est levé qu’à la nuit, il nous faudra rester jusqu’au lendemain à attendre que la visibilité soit suffisante pour l’hélicoptère qui doit nous rejoindre en mer."

"17h00 salle de conférence du Marion Dufresne II, Philippe Mistral le responsable tourisme des TAAF, passe le temps en nous présentant les Terres Australes et Antarctiques Françaises et la rotation ‘‘OP2-2014’’. Il est interrompu par les haut-parleurs :
« Tous les accompagnants sont priés de quitter le bord »
« Membres de l’équipage, à vos postes de manœuvre, parés pour l’appareillage »
18h00 enfin, le Marion Dufresne II passe entre les balises du port qui viennent juste de s’allumer. Sur l’arrière, sur fond des lumières de l’île, un projecteur grossit : l’hélicoptère nous rejoint. Il atterrit sur son pont, les pales sont repliées sur l’arrière, l’appareil vivement amarré dans son hangar. Nous sommes en mer, nous entendons pour la première fois l’annonce de « maitre Jean » qui rassemble son monde à la salle à manger : « Premier service du diner, premier service, bon appétit »"

Laurence C.

"Au matin nous arrivons au port du Port. Le Marion Dufresne II nous attend et parait bien petit derrière un énorme porte-containers suédois. L’agitation au pied de la passerelle nous surprend, les accompagnants nombreux croisent les hivernants, le personnel des TAAF, les militaires, les touristes…
Après avoir été accueillis par Philippe Mistral, notre guide, nous prenons possession de nos cabines et nous attendons avec impatience le départ conditionné aujourd’hui par la visite à la Réunion du Président Hollande qui vient poser la première pierre d’un nouvel équipement sur le port. Le départ peut enfin s’effectuer vers 18h00, le bateau glisse le long des quais, la nuit commence à tomber et l’hélicoptère peut enfin atterrir sur le pont à la sortie du port.
Nous naviguons vers l’île Maurice que nous devrons atteindre demain matin pour faire le plein de fuel lourd. Nous visitons un peu l’île et regagnons le ‘‘MD’’ le soir par la navette portuaire. A 22h00 nous appareillons pour l’île de Tromelin (îles éparses). Samedi après-midi l’exposé très complet du Préfet nous apprend beaucoup sur les TAAF et leur importance stratégique pour la science, la pèche, la météo…"

Hubert L.

Samedi 23 août 2014

"7h00, le Marion Dufresne entre à Port-Louis, île Maurice. Le pilote est déjà à bord, pas de visiteurs à la passerelle pendant les manœuvres, je monte à l’extérieur sur le pont supérieur. Le Marion Dufresne se met à quai et restera en escale technique toute la journée : plein de fuel lourd et embarquement de « L’AVENTURE II », la barge de travail des Kerguelen qui était ici en carénage.
Presque tout le monde, équipage, personnels des TAAF, passagers, fonce à terre. Je reste à regarder le trafic du port : appareillage d’un gros pétrolier, passages éclair du hors-bord des douanes, remorquage d’un navire de pêche coréen, rouillé, donnant de la bande, les pompes de cale à plein régime. Le navire avitailleur en fuel se range le long du Marion Dufresne. A midi, nous sommes une petite dizaine à la salle à manger, maître Jean n’a pas pris la peine de faire son annonce."

"L’après-midi, la navette me mène au quai du centre-ville, tout près du marché. Grands immeubles de banques, voitures, mobylettes, odeurs de gaz d’échappement, étals sur les trottoirs, foule, accroches des vendeurs et marchandage, couleurs et senteurs tropicales du marché couvert, certainement un contraste fort avec la solitude et le gris bleu des hautes latitudes.
Certains ont rempli leur journée autrement que moi : tour de l’île en taxi ou en bus, petit resto, shopping. Un passager revient avec un gros oreiller bien moelleux, peut-être pour se caler dans sa couchette en prévision du gros temps à venir ? Les acharnés rateront la dernière navette et devront trouver un bateau-taxi pour regagner le bord à temps. L’appareillage se fait à 22 heures
."

Laurence C.

Dimanche 24 août 2014

"7h00 nous débarquons avec l’hélicoptère à Tromelin qui fait des rotations incessantes de matériel pendant 4h. Sur l’île corallienne, existe une station météo sur cette route des cyclones, gérée par 3 personnes relevées tous les 45 jours. Nous pouvons voir très facilement des oiseaux : fous masqués, fous à pieds rouges, sternes gygis qui, très curieuses, nous survolent. En marchant autour de l’île nous nous rendons compte du calvaire enduré pendant 15 ans par les naufragés de l’ « Utile » sur cet îlot battu par les vents et les cyclones.
Les repas pris à bord sont soignés et conviviaux, le personnel de service attentif et le bar un lieu de rassemblement fort apprécié. Nous, les ‘‘touristes’’ sommes bien acceptés par les autres passagers très divers du bord et les échanges sont riches. Nous avons aussi découvert l’importance de la philatélie dans ces territoires si éloignés de la métropole."

Jean-Pierre F.

"Tromelin, île exceptionnelle des TAAF, classée dans le groupe des îles éparses bien qu’éloignée de ses sœurs paradisiaques toutes situées dans le canal du Mozambique. Un petit bijou vu du ciel qui a la forme d’une goutte d’eau au milieu de l’océan, un enfer aride et brulant pour les célèbres esclaves naufragés abandonnés sur son rivage et qui durent survivre pendant 15 ans avant que le chevalier de Tromelin ne passe par hasard par là et les secourent. Cette île minuscule, 1km², dépourvu d’eau douce et d’ombre (avant l’introduction récente de quelques cocotiers) est pourtant un sanctuaire pour la faune et la flore marine ainsi que, plus visible, l’avifaune essentiellement composée de nombreux fous masqués, fous à pied rouge et la présence aujourd’hui confirmée (!) de la magnifique sterne ‘‘Gygis Alba’’, sorte de blanche colombe marine au plumage éclatant, au ‘‘nez’’ retroussé, au regard curieux et qui vient se reproduire ici sur les branches des veloutiers."

"Située à 560km au Nord-Ouest de la Réunion, Tromelin est idéalement placée sur la route des cyclones, ce qui en fait un excellent point d’étude avancé pour Météo-France, et une épreuve de plus pour les esclaves condamnés du XVIII° siècle. Ce n’est pourtant que la 5ème fois que le navire des TAAF peut se rendre dans ce bout du monde. Une équipe de logisticiens et de techniciens doivent y descendre afin de faire des travaux sur la base automatisée et prévoir des systèmes qui protègeront les instruments météo tels que les girouettes et anémomètres perçus comme des perchoirs de choix par les oiseaux…"

"Nos passagers touristes profitent de l’escale technique pour découvrir cette île plate battue par les vents, les courants et le soleil mais qui possède ce charme indescriptible de bout du monde. Les oiseaux curieux volent juste au-dessus des têtes, ici une tortue verte fini de pondre, par terre d’innombrable bernard-l’hermite ratissent le sable et tout autour l’océan qui encercle de vagues puissantes ce bout de corail perdu et si particulier."

Philippe M.

"Lever à 5h30 pour assister à l’arrivée sur Tromelin depuis la passerelle. Sur l’horizon à peine éclairci, se détache le profil de l’île, longue de 1,5 kilomètre et ‘‘haute’’ de 7 mètres. L’approche se fait à vitesse réduite jusqu’à voir les déferlantes sur la côte. 15° 53‘ Sud, 54° 70‘ Est, le Marion Dufresne se met en positionnement dynamique par 200 mètres de fond, juste en face de l’endroit où s’est échoué en 1776 « L’Utile », un navire transportant des esclaves de Madagascar à la Réunion dont subsiste toujours l’ancre fichée dans les premières vagues du rivage."

"Pas de chance, 500 mètres à droite ou 500 mètres à gauche, la petite île était parée. L’équipage périra en mer en tentant de regagner une terre habitée sur un radeau de fortune. Des 80 esclaves laissés à Tromelin, 8 survivront et ne seront secourus que 15 ans plus tard."

"L’hélicoptère commence ses rotations. Entre 8 heures et midi, à raison de 5 minutes par rotation, cela fait quelque cinquante allers-retours entre le Marion Dufresne et la base météo à terre. Administrateurs, gestionnaires, techniciens, passagers par paquet de 5 dans la cabine. Tôles, poteaux électriques, fûts de gazole, palettes, déchets à évacuer… par élingues, les « slings ». Au milieu de la matinée, le pilote éprouve sans doute le besoin de se défouler et fait un petit sprint en ligne droite au-dessus de la piste d’aviation."

"Pendant ce temps, les « écotouristes » qui ont été parmi les premiers débarqués font le tour de l’île et prennent des MILLIERS de photos des pattes rouges et du crâne duveteux des fous, des gerbes de sable lancées par une tortue verte creusant son trou de ponte et de l’idyllique pointe de sable blanc au nord de l’île."

"Retour à la base météo pour attendre notre tour de passage vers le Marion Dufresne. Le matériel débarqué est en cours de rangement. Les techniciens des TAAF travaillent avec une énergie difficilement égalable : le cariste plonge la fourchette de son manitou dans les bouteilles d’eau minérale d’une palette ou dans le béton de la terrasse d’un magasin avec le bel enthousiasme que les TAAF semble générer chez tous, personnels et visiteurs.

Appareillage à midi. Direction plein sud pour 6 jours de mer. Température de l’eau et température de l’air : 24.2°C. Le soir au forum, anniversaire du chef mécanicien : somptueux !"

Laurence C.


Mardi 26 août 2014

"9h00. 26° 08’ S, 53° 58’ W, nous sommes au niveau du cap Sainte-Marie au sud de Madagascar. Premier jour ‘‘animé’’ avec un vent W de 25-30 nœuds et des vagues de 3-4 mètres que l’on prend par le travers. Le Marion Dufresne les avale en s’appuyant d’un bord sur l’autre. Les tapis antidérapants sont de sortie sur les tables de la salle à manger et sur le bar du forum. Au petit déjeuner, on zigzague avec son plateau, l’œil sur l’horizontalité de la tasse à café. Température de l’air 22.6°, température de l’eau 23.1°. Ambiance encore "tropicale". Il y a un avis de tempête force 8 à Crozet mais d’après les prévisions, la dépression devrait s’évacuer avant notre arrivée et on passera peut-être avant la suivante… De toute façon, "Force 8, c’est rien du tout" me dit un habitué de ces coins mal famés."

Laurence C.

Mercredi 27 août 2014

"9h00. 31° 19’ S, 53° 29’ E. Même vent et mêmes vagues que la veille mais les températures ont chuté : 16.6° pour l’air et 17.6° pour l’eau. Quelques grains croisent notre route. Les premiers oiseaux sont chassés à la jumelle et identifiés grâce au guide ornithologique de la passerelle.
Le rythme des journées de mer est pris : annonces de Maître Jean, visites (passerelle, hôpital), conférences, rencontres… L’OP du mois d’août assure la relève des hivernants et nous pouvons côtoyer avant et après chaque escale ceux qui arrivent et ceux qui partent. Parmi les passagers, il y a aussi les personnels des TAAF qui font la rotation complète ou des techniciens qui interviendront juste le temps d’une escale. Tous passionnés par leur métier et prêts à en parler, Stéphane le bosco de L’Aventure II qui a plongé dans le monde entier, Thierry qui vient à Kerguelen faire la maintenance de la station CNES de poursuite de satellite, François le futur gérant postal d’Amsterdam, Philippe le chargé du "Soutien de l’homme" aux TAAF ou Nolween la scientifique qui "écoute" les bancs de poissons en continu depuis notre départ de la Réunion. Parmi les touristes, il y a aussi quelques collectionneurs d’îles rares qui ne dénotent pas."

"Pour occuper vos journées, vous pouvez, selon vos principes d’hygiène de vie :

  • faire comme le hamster dans sa cage en courant sur le tapis roulant de la salle de sport (avec vue sur mer) ;
  • assister à la messe dite par l’aumônier militaire (horaires pour lève-tôt ou couche-tard) ;
  • piocher dans la bibliothèque de grands classiques fournie par l’armateur (bien rangés dans les vitrines) ;
  • consommer du polar laissé sur les rayonnages par les passagers (là, il y a du désordre) ;
  • assister à un film (si vous n’avez pas peur de tomber sur ce petit tubercule délicieux dans un pot-au-feu) ;
  • NE PAS avoir accès à internet, on a (enfin) l’impression d’être loin de tout (mais je crains que ce luxe ne soit plus disponible lors des prochaines rotations).
    Le temps passe, on est en mer, sans penser encore à notre prochaine destination : Crozet."

Laurence C.

Jeudi 28 août 2014

"9h00. 36° 31’ S, 52° 59’ E. Vent d’Est 16 nœuds, mer calme, température de l’air 14°, température de l’eau 15.2°. Nous sommes deux degrés au sud du cap de Bonne-Espérance. Les teintes grises ont envahi ciel et océan. Les premiers albatros filent le long du bord. Comme le jet d’un évent aperçu hier à la tombée de la nuit, c’est le signe que nous avons franchi un premier front, que nous sommes dans les eaux subtropicales."

Laurence C.

vendredi 29 août 2014

"Une journée à bord entre les îles.
On se lève vers les 7 heures et hop une petite douche, puis montée au pont H (8e étage) pour aller à la passerelle de commandement. De là, une vue panoramique sur tout l’avant du bateau et on obtient des informations sur la météo du jour et les prévisions pour le lendemain. Cet endroit est parfait pour observer les éventuels animaux nageant (baleines, orques, …) ou volant (albatros, pétrels, sternes, …). Discussion avec les personnes présentes, des marins, des scientifiques, des militaires et des voyageurs (les « touristes embarqués »). Puis descente au pont E (pour Estomac) pour le petit déjeuner vers 7 heures et demi. Un bref retour dans la chambre et on remonte à la passerelle. A 10 heures généralement une conférence, un film sur les espèces animales (cachalot, orques,…) ou par exemple une information sur les mesures de biosécurité pour éviter d’apporter des graines, insectes ou autres sur les îles que l’on va visiter. Puis à 12h15, repas de midi et l’on se trouve presque chaque fois avec d’autres personnes. Les discussions permettent de faire connaissance et de connaître leurs parcours professionnels et ce qu’ils vont faire ces prochains jours ou pour l’année qui vient. Ces discussions sont particulièrement enrichissantes.
L’après-midi, retour sur les coursives ou à la passerelle. A 16 heures, il y a généralement des présentations ou des informations sur les activités futures.
Fréquemment à 18h45, un apéritif conséquent offert, soit par le commandant, soit pour l’anniversaire d’un officier de bord ou par les « touristes ». 19h15 c’est l’appel pour le repas du soir. Les repas sont de très bonne tenue, par exemple une salade de crudité, suivie par un tendre filet de bœuf aux cèpes avec des pommes allumettes bien croustillantes, un plateau de fromages et pour le dessert des profiteroles avec glace vanille et crème au chocolat.
Avec ce régime, il ne faut pas trop regarder la balance. Ensuite discussion au bar ou sur le pont extérieur en sirotant des produits adéquats.
Et pour terminer, retour dans sa cabine pour faire dodo."

François R.

"Voici déjà cinq jours que nous avons quitté l’Ile Maurice. Du calme olympien des eaux de l’océan Indien qui pouvait nous laisser penser que nous étions à bord d’un train, nous avons connu un petit épisode de mer légèrement formée, qui nous a donné un avant-gout de ce que pourrait être la traversée après Crozet. La météo nous annonçant en effet une mer… plus agitée.
A bord, les visages commencent à être connus, et chaque occasion de repas ou d’un verre au Forum est bonne pour rencontrer les hivernants. Boulangers, cuisiniers, pompiers, responsable énergie, logisticiens, chefs de district.
Autant de métiers différents, d’hommes, de femmes, qui ont décidé de tenter l’aventure d’un hivernage pendant un an. Passionnant.
Tous les jours, des conférences sont organisées, des films présentés. Acoustique, cachalots, analyse du dialogue des manchots… Une conférence particulièrement intéressante aura été la présentation de la protection de la biodiversité sur les îles où nous nous rendons.
Nous réalisons au fur et à mesure de l’avancée de la conférence, l’importance des équilibres fragiles qui se sont établis au fur et à mesure des millénaires sur ces iles. Une simple graine collée sous une chaussure, cachée au fond d’une poche ou au recoin d’un gant peut remettre en cause ces iles et les espèces d’oiseaux qui y ont trouvé un havre de paix.
Le pissenlit en étant le meilleur exemple : lui qui était inexistant est arrivé sur toutes les îles australes, et n’ayant aucun prédateur, a commencé à en recouvrir toute la surface, au mépris des plantes locales, qui sont étouffées.
Nous découvrons également l’importance de la gestion des mammifères également : des rats avaient réussi à rentrer sur les îles et se multipliaient à toute vitesse. Des chats ont alors été introduits pour tenter de juguler l’augmentation du nombre de rats. Mais c’est une ile où les oiseaux n’ont jamais connu d’ennemi terrestre, et pondent donc à même le sol… Pourquoi les chats iraient-ils chasser les rats alors que les oisillons sont à même le sol dans les nids, proies si faciles et vulnérables… Corriger un mal ne risque-t-il pas d’aggraver le mal ?
C’est donc en toute compréhension et en connaissance de cause que le lendemain, nous nous sommes tous rendus à la salle de décontamination, située dans le pont scientifique du Marion Dufresne. Ici, pas de scaphandre ni bouteille d’oxygène, pas de gyrophare qui tourne, de sirène ou d’écran qui afficherait des alertes rouges apocalyptiques.
Ici, deux armes absolues règnent : l’aspirateur et la brosse. Tous les vêtements, bottes, cirés et autres sacs d’appareils photo qui vont être utilisés lors du débarquement sur l’île sont impitoyablement retournés, aspirés, brossés. La moindre parcelle de terre, la moindre graine grattée, retirée. Les bottes et autres chaussures impitoyablement brossées. Que ce soit sur le tissu ou coincé dans les velcros, rien ne doit rester pour éviter le risque que nous contribuions à l’apparition d’une nouvelle espèce qui pourrait être préjudiciable à l’écosystème.
Un passager avait dans ces affaires, à l’occasion d’une rotation précédente, 300 graines représentant près de 22 espèces de plantes différentes. Chacun peut imaginer les conséquences d’un tel arrivage de graminées.
Nous ne reviendrons donc pas de ce voyage qu’avec la mémoire pleine de souvenirs merveilleux. Nous en reviendrons également enrichis d’une sensibilisation pragmatique à la fragilité des équilibres en jeu. Équilibre au niveau du microcosme d’une ile, transposable à l’équilibre de la planète qui nous accueille. Nous ne sommes que de passage sur Terre : il nous appartient à tous de prendre garde et ainsi léguer aux générations futures l’occasion de s’émerveiller encore devant ces îles, au-delà des mers, à la frontière de l’océan austral."

Pierre-Yves M.

"9h00. 41° 53’ S, 52° 25’ E. Vent de nord 25 nœuds. Température de l’air 11°, température de l’eau 10.8°. Nous sommes toujours dans les eaux subtropicales malgré la légère baisse des températures. L’après-midi, une grande séance d’oblitération est organisée au PC scientifique. Autour d’une longue table, une bonne quinzaine de postiers stagiaires tamponnent le courrier mis « à la boîte » du Marion Dufresne. Attention, faire loger 15 tampons sur une enveloppe 110x220 n’est pas facile. Chacun doit être horizontal, bien rangé avec son voisin et parfaitement LISIBLE. Le plaisir des stagiaires, tout à leur application et leur responsabilité, est palpable."

Laurence C.

Samedi 30 août 2014


"Durant ce périple nous avons eu de bonnes conditions de navigation, même si le vent a soufflé un peu plus fort pendant un ou deux jours avec des creux de trois mètres. Pendant ce trajet nous avons facilement occupé notre temps libre par la visite détaillée du navire, les conférences, de superbes documentaires, le sport (vélo), le cinéma du soir…et nous avons aussi passé pas mal de temps à la passerelle à surveiller la mer. La restauration est de bonne qualité et nous avons passé d’agréables moments au bar à discuter et lier facilement connaissance avec tout un tas de gens très différents. Ce samedi 30/8 en fin de nuit, nous arrivons enfin à Crozet, après environ six jours de navigation. Nous mouillons par trente mètres de fond dans la baie du Marin devant port Alfred. Un brouillard dense ne nous permet pas de débarquer à l’heure prévue avec l’hélicoptère. Par chance un peu plus tard, le ciel s’éclaircit et un soleil radieux nous illumine de ses rayons. L’hélicoptère nous dépose à la base Américaine au NE de l’ile. Nous marchons vers le sud vers le Morne Rouge, que nous escaladons en marchant sur une végétation très spongieuse. Nous passons devant plusieurs nids d’albatros occupés par un poussin gros comme un dindon et qui ne sait pas encore voler. Un peu plus tard nous surplombons la manchotière des manchots royaux survolée par des pétrels géants. Les petits manchots, à la fourrure brune, sont tous rassemblés en rangs serrés pour se protéger. Après un repas sandwiches à la cabane, le vin était excellent, nous observons les éléphants de mer, qui se prélassent sur le sable noir. Ce sont surtout des jeunes, les « bonbons » qui font le régal des orques, alors que les adultes sont en mer."

Jean-Pierre F.

"6h00. 46° 26’ S, 51° 52’ E. Température de l’air 2.1°, température de l’eau 3.6°. Nous avons franchi le front des eaux subantarctiques. Le Marion Dufresne mouille, ancre et positionnement dynamique, par 30 mètres de fond. Devant nous, de hautes falaises fuligineuses (j’ai appris le mot il n’y a pas très longtemps, "couleur de suie" comme l’albatros du même nom) englouties dans une brume noire elle aussi : nous sommes à Crozet, baie du marin. L’OP débute aussitôt par la mise en place du long tuyau qui va ravitailler l’ile en gazole. L’île de l’Est, simple profil à l’horizon, se fait de plus en plus précise avec le lever du jour. Nous guettons les éclaircies de ciel bleu qui laissent une vision fugitive de la base Alfred Faure sur le plateau. Mais il faudra attendre encore pour aller à terre que le temps soit entièrement dégagé. A 10 heures, c’est gagné, l’hélicoptère attaque ses rotations, c’est parti pour TROIS jours de grand beau temps. Je l’ai fait : j’ai attrapé un coup de soleil à Crozet !"

Laurence C.

"6h00, arrivée dans l’archipel de Crozet devant la base Alfred FAURE. Le Marion Dufresne mouille au large et ils mettent à l’eau un grand radeau appelé la « portière » formé de gros boudins utilisés par l’armée pour faire des ponts et un plancher. Le tout est tiré par une petite vedette mise à l’eau depuis le bateau. Sur ce radeau est mis des containers qui sont amenés à un quai de débarquement. Tout ce qui pèse moins de 750 kg est transporté par l’hélico lors « aller-retour » incessants.
Le temps est beau avec un léger brouillard. L’hélico a dû attendre 10h00 pour que le brouillard se lève et, alors et pour 3 jours, un temps magnifique sans un nuage. Il semble que ce soit rarement vu en hiver. L’hélico a pu nous amener de l’autre côté de l’île principale (île de la Possession). Atterrissage sur la plage, à côté d’une cabane pour les scientifiques, en faisant s’envoler ou fuir un grand nombre de pétrels géants (envergure environ 2.5 à 3 mètres) et d’éléphants de mer. Le parcours en hélico (15 min) est spectaculaire en longeant la côte (falaise, cascade, plages, …). Sur la plage il y a deux manchots royaux, des jeunes adolescents qui vivent en dehors des colonies jusqu’à leur maturité sexuelle, ainsi qu’une dizaine d’éléphant de mer, dont un gros mâle (pacha d’environ 2 tonnes. On peut passer à côté d’eux à 2 à 3 mètres sans qu’ils bougent. Si l’on vient trop près, ils ouvrent la bouche en grognant avec une vision sur leurs dents !
On grimpe sur une falaise en bord de mer en passant entre des poussins d’albatros hurleurs sur nids. Ces poussins ont tout de même une taille respectable de l’ordre de 50 à 60 cm. Après environ une heure on surplombe une manchotière de plus d’un millier de jeunes manchots royaux avec leur fourrure brune et d’adultes. Le bruit est impressionnant et l’odeur aussi ! Retour sur la plage et pique- nique devant la cabane qui est bien équipée (sandwiches, bordeaux, fruits, biscuit et café) et déplacement vers une autre crique, avec également des éléphants de mer, mais en plus une otarie. En fin d’après-midi, retour en hélico vers le bateau en traversant l’île. L’appontage est toujours spectaculaire."

François R.



"Nous sommes arrivés aujourd’hui à Crozet, dans des conditions presque uniques… il pleut ici plus de 300 jours par an, et c’est un ciel bleu à rendre jaloux la côte d’azur qui nous a accueillis.
Personne n’en revient à bord. La semaine dernière, il est tombé 20cm de neige, de la pluie, de la grêle, et le brouillard était à couper au couteau. Aujourd’hui, la mer est presque d’huile, et nous pouvons voir parfaitement une ile juste en face de notre point d’ancrage. L’Ile de l’Est, à 15km de la côte de Crozet. D’habitude noyée dans la brume et les nuages, elle dévoile ses falaises abruptes, coupées par la serpette des effondrements volcaniques. Elle dégage un mélange de fascination et d’austérité redoutable."


"Nous sortons sur le pont supérieur du Marion Dufresne, et c’est un froid mordant qui nous accueille.
Tromelin est bien loin…
L’hélico nous emmène en volant au ras de la mer jusqu’à une baie à quelques kilomètres du Marion Dufresne. La Baie Américaine, également ‘‘Baie US’’. Nous Longeons des falaises volcaniques cassées par les vagues, dans lesquelles les marées ont creusé des grottes où viennent se réfugier manchots papous, royaux et autres pétrels.
L’hélico nous pose sur une grande plage de sable volcanique noir.
Deux cahutes sont posées là, où viennent manger et dormir les scientifiques lorsqu’ils viennent étudier la population des oiseaux, des manchots ou des orques. A l’intérieur, tout ce qu’il faut pour affronter le froid, la pluie habituelle de Crozet : vêtements, duvets, un stock de nourriture permettant de tenir un siège. Un des membres de l’expédition sur site, une hivernante nous accueille : Mathilde sera notre guide pour la journée, pour nous décrypter et nous faire découvrir cette nature qui s’est acclimatée à cette contrée hostile."

"Le comité d’accueil nous met tout de suite dans le bain : deux petits manchots sont tranquillement assis sur le sable, un peu en recul de la plage. Ils sont en train de se lisser et graisser leur plumage magnifique.
Nous prenons la route vers la manchotière, une baie à une petite heure de marche où les manchots viennent trouver refuge à l’abri des orques qui viennent "beacher", se jeter sur la plage pour attraper un imprudent qui serait resté trop près du bord de l’eau.
Pour l’atteindre, nous montons sur le Morne Rouge, un éperon rocheux qui sépare la Baie US de la manchotière.
En montant, nous prenons garde à ne pas sortir des pas de celui qui nous précède. Ici, les mousses poussent au ralenti, et les piétiner peut les abimer, ruinant en quelques secondes des années de pousse.
Arrivés au sommet du Morne, nous croisons le "Lac sans Nom", qui s’est créé à l’intérieur d’un cratère volcanique effondré.
Nous croisons au passage de notre marche des nids de goélands, d’albatros hurleurs (bébés à peu près aussi gros qu’un cygne), qui ne font que nous regarder avec curiosité à notre passage à 2 mètres de leur nid.
Les hommes ne sont vraiment pas des prédateurs ici, et les animaux n’ont aucune peur ici."

"Du haut du Morne, nous voyons une grande langue de sable noir qui remonte dans la terre : la manchotière. Des centaines de manchots sont visibles, avec leur uniforme noir et blanc, et leurs petites marques orange.
De loin, je ne prête d’abord pas attention à de grandes plaques brunes posées sur le sable. En nous approchant, nous réalisons qu’en fait elles bougent… ce sont des milliers de bébés manchots, encore dans leur duvet brun, qui sont serrés les uns contre les autres pour échapper au froid, qui attendent patiemment le retour de leurs parents pour manger. Le fait d’être serrés les uns contre les autres leur permet également de se protéger contre les pétrels géants, qui sont leur principal prédateur ici."

"Un pétrel a réussi à séparer un petit qui était probablement plus faible que les autres et a commencé son petit déjeuner sous le regard d’autres manchots, immobiles. Ici, aucune solidarité animale devant l’adversité et le prédateur.

Sur la plage, des éléphants de mer se prélassent au soleil, profitant de ces rares moments de soleil à Crozet."

"Nous prenons le chemin du retour pour explorer la plage sur laquelle nous avons atterri ce matin. D’autres éléphants de mer sont allongés sur la plage. Véritables montages de graisse, nous pouvons nous en approcher, mais laissons quelques mètres de distance de sécurité, afin de pouvoir se retirer en cas de mouvement d’agressivité.
Qu’ils soient mâles ou femelles, leur cou est couvert de cicatrices, traces des combats de constitution des harems qui se passent chaque année à l’approche de l’été. L’un d’entre eux se déplace lourdement à notre passage, et laisse derrière lui une empreinte de la taille de son corps. Laissant un sable fumant et chaud.
Un peu plus loin, nous retrouvons les restes d’une ancienne usine. Les hommes ont failli faire disparaitre les éléphants de mer, les chassant à outrance pour collecter leur graisse et l’exporter.
De leur campement, il ne reste que quelques emplacements carrés. Les hommes n’ont tenu que quelques mois, emportés par la maladie. La nature a gagné et repris ses droits, l’herbe et les plantes ont à nouveau tout recouvert.
En contrebas, un phoque se prélasse sur un rocher aux côtés d’un bébé éléphant de mer.

Nous retournons aux cabanes où nous mangeons un sandwich, essayant de le défendre d’oiseaux qui viennent monter sur nos bottes pour essayer de nous piquer une bouchée. Nous retrouvons les deux manchots qui nous avaient souhaité la bienvenue.

Vers 16h00, l’hélico revient nous chercher. Les pales soulèvent un nuage de sable noir à son approche. Nous montons à bord et retrouvons la magie du vol que connaissent les oiseaux. En quelques minutes de vol, nous passons cols, plaines, nous traversons le brouillard et les bancs de nuages qui commencent à se former à nouveau en cette fin de journée et plongeons vers le Marion Dufresne, nonchalamment ancré dans la baie.
Le pilote se pose en douceur sur le pont, nous enlevons nos gilets de sauvetage et déjà, l’hélico repart pour chercher le reste de notre groupe.

Une journée extraordinaire. Et nous ne sommes que le premier jour à Crozet."

Pierre-Yves M.

Dimanche 31 août 2014


"Aujourd’hui nous découvrons la base Alfred Faure, le temps est radieux, il n’y a pas de vent et il fait presque chaud sur cette ile où il pleut ou neige 300 jours/an. Nous descendons par l’unique chemin qui mène à port Alfred vers la manchotière. Nous observons avec beaucoup de plaisir les manchots royaux. Il y a plusieurs centaines de petites boules brunes qui réclament à grands cris, un peu de nourriture régurgitée à leurs parents. Ils sont agglutinés pour se protéger des prédateurs, surtout des pétrels géants, assis ou qui marchent en se dandinant, en attendant le moindre faux-pas pour se régaler des plus faibles. Le midi un pot nous est gentiment offert par l’ancien et le nouveau chef de district (Discro) qui cumulent les fonctions de sous-préfet, de maire, d’officier de police judiciaire, de douanier, et de responsable de la police de l’air et des frontières. Nous partageons ensuite un repas en self- service avec les 23 hivernants et tous leurs visiteurs. L’après-midi nous partons avec Philippe escalader le mont Branca qui nous laisse découvrir une belle vue sur l’ile."

Jean-Pierre F.


"Alors que le pilote de l’hélico a déjà commencé depuis longtemps son travail de « sling » (aller-retour avec l’héliport pour apporter toutes sortes de marchandises), nous montons à bord et dès notre atterrissage, nous prenons la route qui descend vers le port, où se trouve la manchotière.

Nous pouvons enfin nous approcher de ces petits oiseaux, si lents et maladroits à terre, mais qui semblent voler dès qu’ils sont dans l’eau.

Notre première réaction est de penser « mais ils se ressemblent tous… comment font les parents pour reconnaître leur bébé et inversement ? »
Petites boules de fourrures, ils sont adorables, mais leur innocence doit en faire le délice des orques lorsqu’ils prennent leurs premiers bains.

Les manchots prennent un soin particulier à l’entretien de leur plumage. Lissant méticuleusement celui qui couvre leur poitrail, ils lissent méticuleusement leurs ailerons. Le tout lorsque, bien sûr, leur petit les laisse tranquille.
En touchant le bec de leur parent avec le leur, ils piaillant aussi fort qu’ils le peuvent afin de recevoir une partie de la pêche. Des chionis sont à quelques centimètres de là, profitant de la chute du moindre morceau de poisson à terre, ou encore essayant de chiper à même le bec du parent la nourriture destinée au bébé.

La manchotière n’est pas un paradis, loin de là. La vie n’y est pas tendre.
Les spécialistes des manchots qui hivernent à Crozet n’interviennent pas du tout dans leur environnement. Un peu partout, des restes de bébés manchots sont à même le sol. Dès qu’un bébé s’éloigne ne serait-ce que de quelques centimètres des groupes serrés les uns contre les autres, un pétrel lui saute dessus, rejoint rapidement par d’autres pétrels, et commencent à lui donner de violents coups de becs.
Si les parents sont à proximité, ils vont immédiatement intervenir pour essayer de séparer les prédateurs de leur progéniture… sinon le petit va se faire dévorer sous le regard impassible des autres parents et des autres bébés, à quelques mètres de là."

"Nous ne pouvons pas nous attarder, car nous sommes attendus par le chef de district, le "patron" de la base. Il est le représentant de l’Etat et des TAAF dans à peu près tous les domaines : il est officier de police judiciaire, douanier, percepteur, officier d’Etat Civil…
Il nous explique le fonctionnement de la base et le mode de financement des opérations. Très intéressant.

Puis nous nous sommes séparés en deux groupes après le repas.

Un repas pris dans une ambiance chaleureuse, dans une salle dont tous les murs sont recouverts de photos de groupes, souvenir de toutes les expéditions passées. Assis sur des bancs en bois, chacun mange sur ses genoux dans la bonne humeur.

Après le repas, un groupe monte au sommet du Branca, la montagne qui surplombe le camp, tandis qu’un autre groupe descend pour aller voir les nichées d’albatros géants.

Pas un nuage à l’horizon, et du haut du mont Branca, nous découvrons encore mieux l’Ile de l’Est. Elle fait penser à l’ile de Jurassic Park ou à l’ile Noire de Tintin. Personne n’y va, n’est autorisé à y aller. C’est une réserve totale, où une visite environ tous les 5 ans est faite par des scientifiques, afin d’y faire un état des nichées et des groupes d’éléphants de mer et autres manchots.

Le Branca et tous les reliefs de l’ile de Crozet attestent de l’origine volcanique de l’ile. Désert de scories ou de bombes volcaniques, où les pierres sont recouvertes de rares lichens et de mousses, dont certaines mettent des dizaines d’années à pousser, tant leur rythme de croissance est lent en raison des conditions extrêmes de température, et la quasi absence de lumière solaire. Le paysage pourrait être lunaire si ces quelques lichens n’étaient pas là.

En redescendant, nous visitons les laboratoires. Les scientifiques, comme les autres, passent ici un an à étudier leur spécialité : oiseaux, plantes, et même escargots. En fin de journée, nous reprenons l’hélico pour rejoindre le bateau, ne pouvant dormir à terre."

Pierre-Yves M.

Lundi 01 septembre 2014

"Troisième et dernier jour sur l’ile de la Possession, nous revisitons pendant un long moment la manchotière de port Alfred. Nous assistons à quelques scènes de prédation de la part des pétrels. Nous observons de très près les manchots royaux et quelques éléphants de mer. En début d’après-midi nous nous dirigeons vers la falaise pour observer les nids d’albatros géants, au loin deux albatros adultes déambulent avant de s’élancer vers la mer. La ronde de l’hélicoptère reprend pour nous ramener à bord avec tous les hivernants qui ont fini leur mission."

Jean-Pierre F.


"Aujourd’hui sonne le glas du beau temps : après deux nuits très calmes où le bateau n’a pour ainsi dire pas bougé, c’est une petite houle qui nous a réveillés, nous ballottant dans nos lits. Nous avons encore une matinée de temps à peu près calme, et cet après-midi, le vent devrait commencer à souffler. La date de notre départ de Crozet n’est toujours pas définie. Nous allons essayer de laisser passer la plus grosse dépression qui devrait arriver, pour nous glisser entre elle et celle qui va suivre, et faire une sorte de petit train.
Je sens que nous allons devoir faire le dos rond pour les deux ou trois jours de route qui nous attendent à Kerguelen… Cela va être plutôt mouvementé.

Nous avons commencé la journée tôt, en descendant à la manchotière juste en bas de la base de Crozet.
Autant la veille nous n’avions pu nous approcher réellement des manchots et voir à quoi ressemblent leurs conditions de vie, autant aujourd’hui, nous sommes à quelques mètres d’eux, certains venant nous voir à quelques centimètres, tellement ils sont curieux.

Un manchot adulte, probablement blessé par une otarie, est immobile, sa robe blanche tachée de rouge. Autour de lui, quelques onze pétrels attendent le moment fatidique où sa blessure le rendra incapable de se défendre d’une attaque rangée. Pas de cadeau pour le blessé, le faible, l’âgé, le fatigué.

Nous avons retrouvé sur la plage d’autres éléphants de mer. Véritables masses dont nous apprenons que certains "pachas" (mâle dominant) peuvent peser jusqu’à 5 tonnes, et plonger jusqu’à 2000 mètres de profondeur lors de leur voyage vers le grand sud. Ils y descendent afin de chercher les bancs de certains poissons très riches en graisse, dont ils se gavent pour se faire une réserver pour affronter l’hiver ou allaiter les petits.

Des scientifiques sont là toute la journée, à observer le comportement des manchots, à les baguer, à essayer d’analyser d’établir des arbres généalogiques."

"La consigne avait été lancée : retour impératif à bord à 15h00. Passé cette heure, un vent fort est annoncé.
Prévision exacte. Même si le temps est toujours parfait, un vent soufflant en bourrasques a commencé à souffler.
Nous revenons à l’abri bien au chaud dans le Marion Dufresne, et ne tardons pas à quitter notre point d’ancrage pour aller nous réfugier dans le nord-est de l’Ile de Crozet, bien à l’abri des vents qui sont déjà de plus en plus sensibles. Nous allons y passer la nuit puis la matinée et effectuant des manœuvre en « hippodrome » (boucle dont la forme est un rectangle aux angles arrondis) et reprendre notre route en direction de Kerguelen, une fois la tempête passée."

Pierre-Yves M.


"La base de Crozet, par les couleurs vives de ses bâtiments, ses friches de ferraille et de gravas, ses matériaux dégradés par les intempéries, ses antennes et ses haubanages, tient de la base antarctique et de la station de ski en été. Notre-Dame-des-Oiseaux, la chapelle lilliputienne (contenance 5 personnes max) fait exception. Un texte émouvant y raconte son édification à la mémoire de Pierre Frigola, jeune ornithologue décédé accidentellement au Cap Gauss le 22 avril 1984 ; ses compagnons l’ont vu glisser sur la pente abrupte et disparaître dans les vagues ; son corps n’a jamais été ramené par la mer. Tous les ans, à la date de sa mort, le chef de district ordonnance une cérémonie au lieu de sa disparition où une stèle a été édifiée.
J’ai aimé l’agence postale qui m’a rappelé un bureau des "Postes et Télécommunication" quelques dizaines d’années en arrière : odeur de papier, guichet de bois fermé par une grille en dehors des heures d’ouverture au public, balance à aiguille avec ses poids de laiton brillant, boîtes en carton semblables à celles d’avant les Collissimos et autres Chronoposts quand envoyer un colis ne coûtait que quelques francs, casiers en bois où sont rangés les courriers des philatélistes en attente d’être convoyés par un improbable voilier.
La manchotière de la Baie du Marin nous a beaucoup occupés. Ca circule de partout, ça appelle et ça répond, ça se lisse les plumes, ça se dispute avec son voisin, ça régurgite et ça ingurgite… Mais le plus cocasse, c’est le manchot-sac-à-dos ; au repos, le manchot constitue un trépied parfaitement stable entre ses talons et les rémiges de sa queue ; les palmes sont repliées en position verticale contre l’abdomen, la tête rangé sous l’aile ; la position peut être tenue plusieurs heures dans une évidente décontraction.
Pendant que nous excursionnons, l’hélicoptère travaille dur. Dans le sens navire-base, nous voyons passer des palettes de sacs de ciment, parfois avec l’option "Patrouille de France" ; mais on nous jure qu’il s’agit de poussière stérile et que la biosécurité contrôle, en plus de nos petits paquetages, tout le contenu des cales. Dans l’autre sens, nous voyons partir les encombrants et les déchets, principalement de démolition.
Le jour du départ, la météo annonce des vents de SW force 8 avec une "sea rough to very rough". L’Aventure II amarrée sur le pont devant la passerelle constitue un risque par mer de travers et le commandant Dudouit décide de passer le plus fort de la dépression à l’abri. Le Marion Dufresne appareille en fin d’après-midi et se positionne au Nord-Est de Crozet devant la Baie Américaine pour établir des legs à une distance d’environ un mille de la côte. Toute la nuit, le Marion Dufresne fera des allers-retours longs de 3.6 milles, une dizaine au total. Les marins parlent d’ "Hippodromes". Pour les passagers, ce sera une nuit de calme parfait, "L’arrêt de bus" dira l’un d’eux (BUS pour Baie Américaine ou Baie U.S. !!!) Nous mettons en route en fin de matinée, cap 106° sur Kerguelen, en longeant l’île de l’Est par sa côte sud. Nous quittons l’archipel de Crozet sur la vision de rochers noirs déchiquetés et de vallées perdues dans les rideaux de pluie. A midi, une fois quitté l’abri de l’île, partie de rigolade à la salle à manger quant au premier coup de roulis un peu fort, les chaises (et leurs occupants) s’entassent à une extrémité de la table, puis repartent de l’autre côté en grillant l’arrêt devant les assiettes."

Laurence C.

"Départ à 9 heures, toujours en hélico pour la base principale qui surplombe la baie d’environ 150 mètres. La base est formée d’un ensemble de bâtiments assez disparates et très colorés. Nous sommes directement descendus à la manchotière qui se trouve à l’emplacement du débarcadère. Il y a là des milliers de manchots royaux. Les bébés, avec leur manteau de fourrure brune regroupés serrés en d’immenses pouponnières et les adultes autour avec pour certains leur petit qui réclame la nourriture. Le bruit (chant) des adultes et des petits est très intense et l’odeur envahissante.
Tout autour, il y a des pétrels géants, principal prédateur des bébés manchots et des chionis, oiseau qui ressemble à un gros pigeon blanc, en permanence à l’affut d’un larcin, étant un charognard. Tous ces oiseaux surveillent le « garde-manger ». Il y a un grand nombre de cadavre ou carcasse de bébés manchots. Fréquemment un pétrel essaye de séparer un petit et l’attaquer. Il y avait un adulte qui a été blessé par une otarie et qui avait le bas ventre rouge de sang. Des chionis viennent lui piquer dans la plaie et il doit se défendre. Autour de lui à 1.5 mètre en cercle une douzaine de pétrels attendent couchés de passer à table. La nature est particulièrement dure.
Sur la plage et parmi les manchots, cinq éléphants de mer mâles, dont un « pacha » énorme de plus de 3 tonnes vautré.
Au retour en fin d’après-midi, la moitié du personnel de la base est relevé (13 personnes) après une année de séjour et reviennent avec nous sur le bateau. Il n’est pas rare de voir quelques larmes et il y a de grandes embrassades sur l’altiport. Le départ du bateau se fait après de longues minutes de sirènes.
Ensuite et pour voyager si possible entre deux dépressions, le bateau contourne l’île et se met pour toute la nuit en attente au Nord-Est de l’île. Le départ pour l’archipel de Kerguelen a lieu le mardi (02.09) à 10 heures. Nous devrions arriver vendredi matin. La mer est particulièrement agitée avec des creux de 7 mètres.
L’écriture de texte sur l’ordi dans sa cabine est assez sportive. L’ordi ne bouge pas sur le bureau, par contre la chaise avec son occupant se balade d’un mur à l’autre ! Les repas de midi et du ce soir sont assez drôles, lors de certaines oscillations du bateau tous les occupants glissent le long des tables se retrouvent plaqués contre la paroi et ensuite on repart dans l’autre sens. On entend les plats qui giclent en cuisine. Le personnel malgache qui nous sert est heureusement particulièrement agile."

François R.

Jeudi 04 septembre 2014

"Nous quittons Crozet après nous être abrités dans la baie Américaine pour éviter une dépression météo le mardi 2 septembre vers 11h00. Nous contournons l’île de l’Est avec ses falaises battues par les vents et fonçons dans la brume par bonne houle vers Kerguelen. La zone subantarctique nous confronte à des changements brusques de températures qui avoisinent à présent le 0°C et à des creux de 6 à 7 mètres qui provoquent sur le Marion Dufresne des scènes cocasses de glissades de chaise et de marches en crabe.
Deux jours plus tard, nous apercevons en début d’après-midi dans la brume, la péninsule Rallier-Du-
Baty, presqu’île du Sud-ouest des Kerguelen. Nous voilà devant ces fameuses îles mythiques pour tout marin mais aussi pour nous, les voyageurs épris de ces terres australes semblant inaccessibles.
Philippe nous présente le programme toujours au conditionnel avec la météo. Le soir, le « Padre » offre à tous les passagers un apéritif pour l’anniversaire de son frère. Le bar, lieu de rassemblement convivial, est très apprécié et les quelques pots offerts depuis notre départ sont toujours copieux, succulents et bien présentés.
Vendredi matin, neige et ciel bas qui décalent le programme des cabanes ; nous allons visiter la base, accueillis par le « disker » Christian, mari de Françoise, ils vont se retrouver après un an de séparation, séquence ‘‘émotion’’ comme lors de toutes les relèves d’hivernants. Visite complète de la base avec quelques giboulées neigeuses glaciales suivies de belles éclaircies lumineuses furtives, c’est ça les Kerguelen. Plus de 100 personnes mangent ensemble dans le réfectoire, service rapide et bien réglé, et fréquentent le fameux bar « Totoche », endroit indispensable pour la bonne ambiance de la base.
Après le repas du soir, des giboulées de neige n’annoncent rien de bon pour le lendemain mais, au réveil, caprice météo favorable, nous partons sous un ciel plutôt dégagé vers notre première cabane :
Ratmanoff sur la péninsule Courbet point le plus à l’Est de l’île."

Hubert L.

Vendredi 05 septembre 2014

"A Port-aux-Français nous progressons sous des bourrasques de neige piquante, cherchant refuge d’un bâtiment à l’autre. Refuge que n’accorde pas Notre-Dame-des-vents, structure froide en béton que ne réussit pas à humaniser la statue d’une Vierge à l’Enfant ; les visages durs, d’un marin pêcheur pour la Vierge et d’un vieillard pour l’Enfant, dérangent comme si cette curieuse interprétation d’un symbole du catholicisme ne pouvait être attribuée à la maladresse du sculpteur. Le grand bâtiment de vie commune abritant la salle à manger et le bar procure presque la même impression de rejet : salles immenses, très modern style des années 60, à base de carrelage, éclairage néon, angles aigus et association de couleurs pastel et flashy. C’est pourtant là que les hivernants laissent trace de leur passage. Chaque mission s’affiche aux murs, avec la photo et les noms de tous ses membres. On sent qu’il existe une véritable compétition pour concevoir une présentation originale, humoristique, souvent complexe et toujours parfaite dans sa réalisation. La 55ième mission a choisi de s’exposer sur le Marion Dufresne, la 59ième à la bibliothèque.


La bibliothèque, justement, c’est ici que se trouve le véritable refuge de la base. De loin, elle semble étrange avec sa forme triangulaire mais de près, c’est une proue avancée en direction du Golfe du Morbihan. Les deux lettres R et M sur les façades rappellent la première affectation du bâtiment : radio et météo. Ces services ont été par la suite transférés dans de nouveaux bâtiments et la belle structure en bois, classée au Patrimoine des TAAF, abrite maintenant livres et lecteurs. Elle a été restaurée à l’extérieur et aménagée à l’intérieur en deux fois, il y a 5 et 4 ans, par les Compagnons du Tour de France ; les travaux, 50 000 € au total, ont été financés par le Sénat. Dans cet espace réduit, tout est en bois : plancher, murs, charpente apparente, escalier, rayonnages, les essences choisies et le travail sont admirables. Dans cette "caverne aux livres", les intempéries sont tenues à distance, visibles sans se déplacer depuis un confortable canapé, sur un impeccable 360° que procure la structure triangulaire.

Peu, très peu paraît-il, de visiteurs parmi les hivernants. Il y aurait plus de monde à la salle de sport ou au bar Totoche (quel nom !). Les hivernants… il est de bon ton de les admirer, passer 1 an dans un isolement complet, dans de dures conditions météorologiques… Mais quel isolement, quelles conditions difficiles, quand on profite d’une logistique sans faille, qu’on ne s’occupe de rien, de se nourrir, de se loger et d’entretenir sa maison, de se soigner, de se transporter, quand des procédures ultra-sécurisantes encadrent les missions de terrain, quand le Marion Dufresne fait escale 4 fois par an, quand sont disponibles courriel et téléphone ? (et quand on a une belle bibliothèque !). Il peut y avoir ailleurs des conditions de vie et de travail bien plus dures. L’aventure et le "loin de tout" me semblent très relatifs et je crois qu’il y a erreur sur l’endurance des hivernants. Ce n’est pas l’isolement qui est insupportable, c’est absence de solitude et de liberté individuelle. Hiverner, c’est abdiquer toute initiative, toute décision, on pense pour vous, on s’occupe de tout, c’est se couler dans le cocon de la sécurité. Ah, il y a aussi les pommes, seuls fruits pendant 6 mois. Mais c’est ce que font tous les convaincus d’écologie, n’est-ce pas ? Aucun d’entre eux n’oserait manger en métropole au cœur de l’hiver des ananas de la Réunion, des raisins du Chili ou des abricots conservés en chambre réfrigérée ! Les mythes ont la vie dure, après celui de Tahiti, celui de l’hivernage dans les TAAF…

Pour le reste de l’escale, nous avons fait les grands classiques, semblables aux passagers payants qui nous ont précédés et qui se sont déjà longuement exprimés dans leurs journaux de bord. Je garderais une image, celle de la belle lumière de soleil couchant à la cabane Ratmanoff et du gros poussin albatros faisant des essais de musculature sur son nid."

Laurence C.

Samedi 06 septembre 2014

"Vol superbe en hélico au-dessus d’un paysage de lacs et de landes brûlées par l’hiver. La cabane est bien isolée au bord d’une rivière turbulente et poissonneuse. Nos trois gentils accompagnateurs nous
amènent vers la plage et sa manchotière de plus de 100 000 manchots royaux mais aussi de plusieurs éléphants de mer, skuas, pétrels géants, goélands… Tout le monde se côtoie dans un vacarme important et au milieu des cadavres des très jeunes manchots décimés par la dernière tempête, il y a l’embarras du choix pour ces charognards effrontés. Au beau milieu de cette colonie, nous apprécions les scènes de vie de ces oiseaux tels des hommes déambulant vers des buts imprécis.
Après, pique-nique à la cabane du Guetteur de l’IPEV, bien garnie en réserve de vivres, nous relongeons la plage sous un beau ciel bleu mais par vent glacial pour voir les manchots papous plus craintifs qui montent dans les dunes en se dandinant.

Retour à la cabane après un détour important suite à la montée des eaux qui empêche la traversée de la rivière et soirée festive avec truites fumées et viande de renne.
Les quelques essais de pêche à la truite de la veille étant restés infructueux, nous repartons le lendemain à 6h00 sous un beau lever de soleil bien décidés à vérifier que les truites ne sont pas des mirages : quatre belles truites sont prélevées de cette rivière tumultueuse entre les plaques de glace qui dérivent dans le courant. Le départ est un peu décalé dû à une météo brumeuse sur le bateau et ce n’est que vers midi que tout le groupe se retrouve à la cabane de Laboureur, située à l’intérieur des fjords dans un décor de montagne totalement différent de la veille.

Le beau soleil du matin s’estompe doucement et la neige commence à tomber quand nous décidons de partir. Deux heures de rando dans la neige dans des conditions difficiles surtout en arpentant les chemins de montagne mais vues sublimes sur le paysage hivernal d’une grande beauté minérale.
Accueillis par un vin chaud, nous poursuivons la soirée aux chandelles dans la bonne humeur malgré l’humidité importante qui nous refroidit l’atmosphère et par une nuit au son des ronflements gutturaux de quelques éléphants de mer qui ont confondu la cabane avec leurs ‘‘souilles’’ ! Au petit matin, soleil et spectacle superbe sur la baie offrant des paysages enneigés resplendissants. Nous quittons à regret cet endroit, rapidement consolés par le grandiose retour en hélico dans les vallées enneigées des fjords mené de main de maître par Pascal, le pilote."

Hubert L.

Lundi 08 septembre 2014

"Mémoires de bottes

Nous sommes nées en Chine, dans une province dont le nom ne nous fut jamais communiqué. Tige verte, semelles beige, nous avons été rapidement encartonnées, et transportées sans trop savoir où nous allions. Nous avons ouvert les yeux sous les néons d’un magasin Décathlon à la Réunion, à Sainte Suzanne, au fond à gauche, à côté des bottes pour enfants.
Alors que nous nous attendions à barboter dans les rochers des plages de la Réunion, en compagnie de petites sœurs au pied d’enfants, ou au pied de cultivateurs de lentilles à Cilaos, c’est à un grand voyage que nous étions invitées. Une légende court dans la communauté des bottes : certaines partiraient au-delà des mers, sur des terres reculées, dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises. Mais nulle paire de botte ne fut jamais revue pour raconter son histoire. Ainsi naquit la légende.

Pour la première fois, nous, botte droite et botte gauche, humble paire de bottes sommes revenus de ce voyage et nous allons pouvoir témoigner de ce que nous avons vu, vécu.

Journal de bord : La légende est-elle vraie ?
Botte Gauche. : La légende est véridique. Il existe bien des terres au-delà des océans, où peut de bottes sont allées et d’où nulles ne sont revenues. Nous avons bien croisé quelques paires là-bas. Nous avons brièvement pu discuter avec elles. Mais elles ont pris un étrange accent, et nous avons quelque mal à les comprendre. Botte Droite : Oui, leur langue ressemble à celle de petits animaux blanc et noir, à peine plus grands qu’elles.



JDB : Il y a donc des animaux qui existent là-bas et pas ici ?
B.D : Oui, les humains les appellent des manchots. Ces bottes-là passent beaucoup de temps avec les manchots. Les humains semblent porter grand intérêt à ces oiseaux qui ne peuvent plus voler, mais qui semblent voler dans l’eau, d’après ce que nous avons compris. Ces humains partent pendant des semaines complètes et dorment dans des cabanes au bord de la plage. Leurs bottes ne les quittent pas.
B.G : Il faut dire aussi qu’il y a beaucoup d’eau dans ces contrées, et les bottes sont indispensables aux humains. Le terrain sur lequel les humains travaillent est recouvert de mousses, de marécages, de mares et autres souilles, où les éléphants de mer viennent se poser la saison venue.
Les bottes sont les meilleurs amis de ces humains scientifiques. Ils sont très embêtés quand, après avoir marché de nombreux pas, celles-ci sont fatiguées et rendent l’âme.

JDB : Et le voyageur qui vous a emmené, avait-il vraiment besoin de vous ?
B.D : oui, sans être arrogant je pense qu’il n’avait besoin que de nous, et d’aucune autre paire de chaussures. Surtout en voyant le nombre de rivières que nous avons dû traverser.
B.G : Le guide qui le conduisait les a emmené dans les mêmes endroits que ceux ou ces humains travaillent. Ils ont passé des heures complètes dans la manchotière, au milieu des poussins qui attendent ou appellent leurs parents. C’était magnifique.

JDB : vous avez eu l’occasion d’observer d’autres animaux ?
B.G : Oui, nous avons longuement marché sur la plage, sur les algues et les rochers. Nous avons pu voir des éléphants de mer, des otaries, d’autres espèces de manchots, et toutes sortes d’oiseaux.
B.D : Nous avons également beaucoup marché sur des sentiers. Sur l’ile de Crozet, nous avons marché sur une plage de sable noir à un endroit appelé « la Baie américaine ». Nous sommes montées au sommet d’un ancien volcan maintenant effondré. C’était superbe. Nous avons également marché jusqu’au sommet d’un autre volcan, le Branca, qui nous a permis de surplomber la base. Par chance, le temps était radieux, et nous avons très bien vu l’Ile de l’Est.
B.D : il est important de noter que nous avons dû prendre un bain avant d’arriver sur chaque ile. Nos humains avaient peur que nous n’emportions des graines dans nos crampons, qui auraient pu polluer les autres îles.

JDB : Qu’avez-vous vécu à Kerguelen ?
B.D : Nous avons été particulièrement utiles dans la manchotière. C’est un endroit où les manchots naissent, vivent et meurent. Nous voyons ici le cycle complet de la vie. Certaines bottes nous ont raconté que régulièrement, des orques viennent au bord de l’eau pour essayer de manger des bébés manchots ou éléphants de mer maladroits. On les voit arriver avec leur aileron qui dépasse de la surface de l’eau d’1m80.
BG : Le troisième jour à Kerguelen, nous avons fait une belle marche dans les fjords du centre de l’ile, à une cabane appelée « Laboureur ». Nous sommes montées en haut des sommets qui surplombent les fjords. La vue était magnifique. De plus, une tempête de neige a commencé à souffler. Le même paysage sous la neige était superbe. Et le lendemain, au lever du soleil, le ciel était d’un bleu éclatant. La vue de la région recouverte de neige était magique. Les bottes en caoutchouc voient rarement telle beauté. C’est en général réservé à leurs cousines chaussures de marche.

JDB : Si vous deviez faire à nouveau ce voyage, le feriez-vous à nouveau ?
B.D : Sans hésitation. Je crois que toutes les bottes auxquelles nous raconterons cette histoire n’auront qu’une hâte, celle de visiter également ces iles. Il sera peut-être aussi intéressant de lancer une étude de grande envergure sur la répartition des bottes sur ces iles, ainsi que leurs trajets habituels. Il y a également des périodes de migration en été, où les bottes se déplacent encore plus qu’à l’accoutumée, pendant l’été austral.
B.G : Bien évidemment. Nous avons vraiment eu le sentiment d’être utiles. Sans nous, notre humain aurait eu les pieds détrempés et gelés.

JDB : Merci à toutes les deux."

Pierre-Yves M.

Mercredi 10 septembre 2014


"Nous sommes à nouveau sur le bateau après deux jours merveilleux sur terre. La tempête au large nous empêche de partir comme prévu et ce n’est qu’aujourd’hui que nous quittons les Kerguelen vers Amsterdam, escale qui sera raccourcie pour maintenir les délais. La météo nous rappelle une fois de plus que c’est elle qui décide du programme sous ces latitudes extrêmes."

Hubert L.

Mercredi 10 septembre 2014

« Hier c’était le dernier jour d’escale à Port-aux-Français. On nous avait promis une journée à la cabane du Val Studer mais la météo refusait de coopérer : le baromètre enregistreur est en butée, c’est à dire en dessous de 955 hPa, la visibilité nulle, l’air balayé d’averses de neige. Au nord des Kerguelen, les cartes de prévision météo montrent une zone violette, c’est-à-dire avec des vagues d’une hauteur supérieure à 14 mètres. Le Golfe du Morbihan reste un bon abri, même si le fetch est suffisant pour lever la mer. Le Marion Dufresne encaisse des rafales à 50 nœuds et résiste, toujours immobile, sur sa zone d’ancrage. Les rotations de l’hélicoptère sont suspendues et nous resterons à bord toute la journée. L’Aventure II continue les liaisons base-navire entre deux grains dès que l’état de la mer le permet. L’équipage du poste avant décharge, charge, amarre et, entre deux rotations, fait un bonhomme de neige avec nez en carotte, grands yeux noirs et bâtons de randonneur sous les appareils photo des passagers planqués au chaud à la passerelle.

L’après-midi, les conditions se sont améliorées, permettant les dernières rotations de L’Aventure. Nous voyons arriver de la base des bennes à déchets et des containers pleins de ferraille provenant en partie du démantèlement des fameux fillods, ces premiers abris métalliques des années 1950. Le Marion Dufresne de navire ravitailleur se transforme en navire poubelle. Avec les escales de Tromelin et celles inhabituellement prolongées de Crozet et Kerguelen le temps de laisser passer le plus mauvais de deux dépressions, tous les gros déchets en attente dans ces îles ont pu être évacués. Nous devons appareiller dans la nuit.
10 septembre, retard à l’appareillage. L’ancre ne parvient pas à s’engager correctement dans l’écubier en raison du blocage à 90° de l’émerillon entre la manille de la verge et le premier maillon de la chaîne. Au matin, L’Aventure vient se mettre à couple, l’ancre (6,5 tonnes) est soulevée par la grue, déposée sur le chaland, ce qui suffit à débloquer l’émerillon. On quitte Port-aux-Français vers 9h. Une fois en plein océan, les ponts extérieurs sont interdits aux passagers. Le Marion Dufresne reçoit les vagues de trois-quarts arrière sur bâbord et passe la plupart sans à-coup mais comme dit la chanson des crevettes "La mer monte, elle descend et nous qu’est-ce qu’on fait pendant ce temps ?" Et bien, ça valdingue dans les cabines, les coursives, la salle à manger et même à la passerelle. Nous passerons quelques heures à la cape pendant la nuit. Au matin, une vague plus grosse que les autres déclenche les mécanismes de sécurité commandant l’arrêt du moteur tribord. Il faudra quelques heures pour se remettre en route à plein régime. »

Laurence C.

Vendredi 12 septembre 2014

« Les aléas climatiques et techniques nous retardent d’une journée à Kerguelen, ce qui réduira l’escale à Amsterdam à une seule journée afin de maintenir la date du retour le 18 septembre à La Réunion. La mer, calme dans le golfe du Morbihan (beaucoup de noms bretons sont repris aux Kerguelen), devient plus forte en doublant la péninsule Courbet, ce qui provoque des creux de 8 à 10 mètres, les restes de la dépression. Le tangage important décide le Commandant à se mettre à la cape, à vitesse réduite à 5 nœuds environ au lieu de 15. Sur le Marion Dufresne, les verres « volent », les chaises « glissent »… Situations cocasses qui amusent les passagers, mais moins la nuit, où nous sommes ballotés dans nos couchettes.
Nos journées sont rythmées par des conférences et des films divers et instructifs sur le monde austral, la réserve naturelle, la pêche, les animaux… Nous fréquentons également la passerelle, le cœur du navire, avec vue panoramique sur l’océan Austral, mais aussi lieu d’échange et d’information sur la navigation, la météo ou bien les « news », quelques pages quotidiennes sur les nouvelles en métropole. Le bar, appelé le forum, est aussi un lieu de rencontre agréable où les consommations peu chères pourraient nous inciter à boire plus mais nous sommes raisonnables… »

Jean-Pierre F.

« Ce temps se maintient sensiblement le même pendant 2 jours, jusqu’à notre arrivée devant Amsterdam le 12 septembre à minuit. Manœuvre maintenant bien connue des hippodromes devant la base Martin-de-Vivies pendant toute la nuit. Au lever du jour, le Marion Dufresne se positionne un peu à l’Est pour chercher une zone légèrement plus calme. A Amsterdam, il n’y a aucun abri, pas même une petite encoche dans la terre comme la Baie du Marin à l’île de la Désolation. Aujourd’hui, la cale de débarquement à la pointe nord de l’île est régulièrement balayée par les vagues, les conditions ne permettent pas de décharger à l’aide de la portière, ni de mettre en œuvre la manche à gazole. Il y aura seulement les "slings" de l’hélicoptère pour le matériel et l’approvisionnement indispensables à la base ; 80 au total, plus les rotations pour les passagers. Pascal, le pilote de l’hélicoptère, terminera la journée épuisé. Oui, une seule journée devant Amsterdam, conséquence de nos escales prolongées à Crozet et à Kerguelen. Ce n’est pas encore cette fois que les déchets lourds de ferraille qui attendent depuis trois ans pourront être évacués. Notre escale à Amsterdam en quelques lignes : une jolie petite base-vie qui commence à la DZ (Drop Zone de l’hélicoptère) avec des cyprès immigrés pas du tout clandestins et un gazon apparenté à son homologue anglais. L’air ni trop chaud, ni trop froid avec juste ce qu’il faut d’humidité pour la santé des poumons. Une promenade revigorante sur le haut des falaises, entre océan et volcan. Je sais, après trois semaines de leçons données par la Réserve naturelle des TAAF, que ce n’est pas bien de se sentir si bien grâce à tous ces végétaux importés, les vilaines espèces invasives ! »

Laurence C.

Samedi 13 septembre 2014

« Au lever du jour, nous apercevons l’île d’Amsterdam sous un ciel gris avec une pluie menaçante et un vent trop fort qui retarde notre transfert par hélico vers la base de Martin-de-Viviès. Une heure plus tard, nous sommes accueillis sous la pluie par Éric, le Disams, responsable de cette petite communauté d’une vingtaine de personnes sur cette base ressemblant à un petit village aux bâtiments colorés. Nous remontons la rue principale en évitant les otaries pour atteindre le bâtiment de vie commune bien décoré pour notre arrivée. Après le petit-déjeuner, nous partons sur le chemin du tracteur vers le volcan Antonelli situé à une heure de marche et à 200 m d’altitude, la pluie nous accompagne et ne nous lâchera pas de la journée. La végétation, très différente des autres îles, nous est bien expliquée par notre guide et composée de nombreuses espèces importées volontairement ou non. Une tentative d’élevage de 6 bovins en 1870 s’est révélée être un échec. Les bêtes ont alors été abandonnées et en 1980, on en dénombrait 2000 ! Ce qui a perturbé fortement la végétation en détruisant l’endémique au détriment de l’herbe.
Nous arrivons à la cabane au bord de ce petit cratère et nous respirons l’air le plus « pur » de la terre sur cette île très éloignée des continents. Descente dans ce cratère pour observer le phylica, arbre emblématique et endémique ici.

Retour à la base pour la très officielle cérémonie de passation de pouvoir entre les chefs de districts. Chacun y va de son discours, en costume cravate et le préfet des TAAF en chemisette avec épaulettes et barrette. Celui-ci remet les clés d’Amsterdam et passe l’écharpe tricolore à Alain, chef de la 66ème mission pour un an. Le cuisinier et son équipe ont dressé une table digne d’un grand buffet avec en vedette la langouste, spécialité de l’île, présentée sur un immense plat au centre de la table.
Nous apprécions ce met tant attendu ainsi qu’un magnifique plateau de dessert.

Après cette somptueuse réception, nous descendons vers le quai au milieu des otaries qui somnolent dans les herbes en faisant très attention à ne pas toucher ces pinnipèdes plutôt agressifs. Nous ne verrons pas les gros mâles actuellement en mer, ils reviendront bientôt constituer un harem qu’ils défendront farouchement contre les intrus.
Visite de la pépinière de phylicas où des centaines de pousses sont élevées minutieusement par Hugo qu’il replantera en altitude à l’abri des vents violents. Le bref séjour sur l’ile se termine avec un regret, ne pas avoir vu les gorfous sauteurs absents en cette période, ils reviendront nicher dans les falaises vers la fin octobre. Nous n’avons pas pu voir également l’albatros d’Amsterdam, dont la population de 200 individus est très surveillée ; l’accueil et la cérémonie ayant compensé ces manques.

Dernier transfert en hélico et départ illico pour 5 jours de voyage vers la destination finale : Le Port à La Réunion. Les températures de l’air et de la mer remontent progressivement et nous sommes heureux de quitter le froid. Nous avons apprécié pendant ce voyage l’accueil, la qualité des repas servis et préparés avec soin, le professionnalisme du personnel et de l’équipage et aussi les échanges fructueux et cordiaux avec les personnes de tous horizons. Cette rotation OP2-2014, nous a permis de mieux comprendre la complexité de la logistique de ravitaillement des bases australes dans des conditions climatiques qui décident toujours du déroulement des opérations.

Merci à tous pour cette belle aventure. »

Hubert L.

Dimanche 14 septembre 2014

« Nous faisons route vers la Réunion où nous devons arriver le 18. Sur les 28 jours de l’OP 02-2014, nous sommes descendus à terre 8 jours et 2 nuits. Les journaux de bord des précédentes rotations que j’ai pu lire, pleins d’albatros, de manchots et de soirées-cabane, expriment mal à mon sens ce ratio escales/navigation. La plupart du temps, il s’agit bien plus d’un "journal de terre" que d’un journal de bord. Pourtant, pour embarquer sur le Marion Dufresne, il faut s’intéresser à la navigation et aux opérations portuaires et j’espère que ma petite chronique maritime aura trouvé quelques lecteurs. »

Laurence C.

Lundi 15 septembre 2014

« On est maintenant presque à la fin d’un voyage merveilleux aux TAAF, les Terres australes et antarctiques françaises et j’apprécie beaucoup l’occasion d’avoir fait ce voyage inoubliable par mer à une région très peu visitée.
Pendant presque un mois nous avons visité l’Ile Tromelin, l’Ile Crozet, l’Archipel de Kerguelen et l’Ile Amsterdam sans aussi parler de voir une partie de l’Océan indien très lointain. Nous avons vu des merveilles de la nature telles que les manchots royaux dans leurs manchotières, les otaries, les éléphants de mer et de nombreux oiseaux de mer y compris les albatros majestueux et autres. En plus je me suis trouvée dans une compagnie très amicale avec les autres passagers de plusieurs pays, les gens des TAAF et notre équipage, officiers et commandant si capable du navire. Avant le voyage on a prévu peut-être le mauvais temps mais vraiment ce n’était pas si mauvais….
Et les paysages ! Nous avons eu plusieurs jours de beau temps, du ciel bleu et du soleil. Et si nous avons eu un peu de pluie et de neige, ce n’était pas grave. Nous devons tous aussi dire "Merci beaucoup" à Pascal, notre pilote d’hélicoptère, expert en la matière. Merci beaucoup aussi à mes compagnons de voyage pour leur patience avec mes efforts de parler français avec eux.

Now if I may say a few words in English, my own language, thank you very much to all the OPEA team and to Philippe Mistral, to the crew, Captain and officers of the ship and my travelling companions for a fantastic journey !”

Valerie M. Godsalve
Saskatoon, Saskatchewan, Canada

Mardi 16 septembre 2014

« Pour terminer, l’épisode de cette nuit. Vers 3 heures du matin, un appel général est lancé, dans tous les haut-parleurs du bord, y compris ceux des cabines où nous dormons tranquillement : "Monsieur X.Y. est prié de se rendre de toute urgence à la passerelle, Monsieur X.Y. est prié de se rendre de toute urgence à la passerelle". L’appel est répété quelques minutes plus tard. Une seule signification : quelqu’un a disparu, la pire des hypothèses : un homme à la mer. Je me représente la veille de l’état-major à la passerelle, les recherches de l’équipage dans tout le navire… Vers 3 heures et demie, nouvelle annonce : "Le passager manquant a été retrouvé, je répète, le passager manquant a été retrouvé". Ouf, on peut se rendormir, imaginant les raisons pas très avouables de cette "disparition". Malgré mon habitude d’interroger à droite et à gauche sur les évènements du bord, je ne chercherai pas à en savoir plus sur les aventures nocturnes de Monsieur X.Y. car je sens que "quelque part", il doit y avoir "quelqu’un" qui n’est pas très content !

Je referme ce journal de bord de l’OP 02-2014 : à ceux du Marion Dufresne, bon vent. Car ils sont tous du Marion Dufresne, les navigants CGM-CMA et passagers, les hivernants qui ne pourraient pas tenir sans lui et les personnels des TAAF dont il est le bras armé ! »

Laurence C.