Facebook Twitter Viadeo LinkedIn You Tube Daily Motion Flickr
Accueil > S’informer > Toutes les actualités > Journal de bord du Marion Dufresne - Novembre 2013 (OP3)

25 novembre 2013

Journal de bord du Marion Dufresne - Novembre 2013 (OP3)

Mercredi 30 octobre 2013

« Départ pluvieux » ?
« Départ heureux » comme dirait l’autre.
OP3-2013 commence donc sous une pluie tropicale à la Réunion. Ses passagers s’empressent de monter à bord. Ils sont souriants, enthousiastes et même excités à l’idée d’enfin commencer cette expédition australe annoncée comme étant la plus exceptionnelle lancée par les TAAF depuis longtemps.
Peu de larmes sur le quai, seulement la pluie. Il faut dire que la majorité des passagers sont de jeunes scientifiques dont la mission durera le temps d’une campagne d’été (austral), c’est-à-dire quelques mois tout au plus.
Juste le temps qu’il faut pour découvrir, pas assez pour se languir. Six passagers privilégiés vont accompagner cette rotation unique et découvrir tout ce que les Terres Australes ont de plus secret et d’inaccessible.
17h00, appareillage du navire puis de l’hélicoptère.
Le Marion Dufresne commence sa route alors que la nuit tombe. Tout le monde est maintenant réuni au forum autour de l’OPEA (le chef d’expédition), du Commandant mais aussi du Préfet des TAAF qui sera également parmi nous. Le programme et les consignes sont lancés, les lumières de la Réunion s’éloignent à l’horizon, l’aventure commence.
Philippe M.

17h10, nous appareillons de la Réunion direction Crozet l’ambiance à bord est chaleureuse, nous avons constitué notre groupe de touristes, 6 personnes plus notre guide. Peu après le départ nous sommes rejoints par l’hélicoptère qui va faire le voyage avec nous.
Après les présentations et le discours de bienvenue de Monsieur le Préfet des Terres Australes et Antarctiques Françaises, le repas est servi et tout le monde s’attable, le bateau bouge un peu mais pas trop, pour le moment il n’y a pas de victime. Soirée tranquille, cinéma ou lecture et puis dodo (pas la bière).
Christian S.

Ce jour tant attendu depuis plus de 4 ans arrive enfin. Des sentiments de stress, d’angoisse, d’excitation se mélangent. Les six touristes de la rotation OP3-2013 sont bien arrivés à bord (les familles et amis peuvent être rassurés). Après un tour du bateau et une présentation rapide, l’aventure commence. La petite équipée a pris possession de ses quartiers au pont F, comme France.
17h30, la Réunion pleure notre départ et a le cœur gros avec ses nuages noirs.
Tout le monde est sur le pont H, comme Haut pour un dernier regard vers l’île et aussi pour admirer le ballet de Notre Oiseau, qui nous accompagnera jusqu’à notre retour. A peine posé, les palles de l’hélicoptère sont démontées afin de le mettre à l’abri. Il est maintenant du voyage.
Dès 19h, rendez vous au pont E, comme Estomac pour dîner. C’est aussi le
pont de la Boutique, bientôt ouverte. La soirée se poursuit entre jeux de fléchettes et discussions. Certains hivernants en sont à leur dixième expédition, alors que certains n’en sont qu’à leur première. La durée variera de 1 à 5 mois. Les profils sont divers. Les échanges s’annoncent riches. Le tangage berçant, la prise de repères dans ce nouvel environnement n’est pas facile pour tous. Le médecin est sollicité dès les premières heures, mais rien de grave. Un efficace massage de micro-kinésithérapie de la nuque aura suffit.
La première nuit commence, où Morphée est concurrencée par les rêves d’enfants devenus grands en train de se réaliser.
Laure M.

Jeudi 31 octobre 2013

Après une bonne nuit pas mouvementée du tout, au réveil, ouverture des rideaux et surprise le bateau est à l’arrêt. Nous fonçons aux nouvelles et par les ouvertures de l’autre coté nous apercevons la terre. C’est la Réunion !
L’OPEA (Officier Portuaire des Expéditions Australes) nous explique, après une théorie sur les chats noirs que nous avons détecté un problème moteur, retour à la case départ.
Bon, le problème devrait se régler demain matin et nouveau départ dans l’après midi.
Christian S.

La nuit a été calme. Le bateau avance lentement sur une mer d’huile. Surprise !!! Des côtes sont en vues. Sachant que Crozet est à 7 jours de mer, les questions voire les craintes sont dans toutes les têtes. Y aurait-il 1 (ou plutôt 10) chat noir à bord, serait-ce du à la présence des ex passagers d’ « OP catastrophe » ou OP3-2012 ?
Lors du petit déjeuner la nouvelle tombe : PANNE. Un élément du moteur est défectueux. Il a été décidé dans la nuit notre retour au port pour réparation. Dans l’attente de la livraison de la pièce, quartier libre, tout en étant joignable, est proposé.
Alors que le bateau se vide, les 6 touristes deviennent plus que 4 ! Des documentaires sont projetés pour passer le temps. Le forum est vide, l’ambiance est morose. La panne et les prévisions sont dans toutes les discussions du dîner.
Contrairement aux autres rotations qui ont connu des pannes, les 4 touristes n’ont pas la chance de dormir une dernière fois dans un bon lit, mais plutôt dans leur couchette dans un bateau vide.
Laure M.

Vendredi 1er novembre 2013

Une fois n’est ‘‘presque’’ pas coutume ; à peine partis de la Réunion nous devons regagner le Port suite à un souci technique détecté sur l’un des moteurs qui propulse le navire. Incident mineur mais qui doit être réparé. Nous retrouvons donc notre île tropicale, sous le soleil cette fois-ci et puisqu’il faut garder le moral, nous nous autorisons une ballade incongrue pour une expédition australe : la visite de l’aquarium de Saint-Gilles ainsi qu’une baignade dans son lagon bleu turquoise pour prolonger le plaisir.
Philippe M.

L’ambiance est tendue au petit déjeuner. La Panne est dans toutes les
discussions. Après la projection d’un nouveau documentaire, il est enfin proposé aux
touristes la sortie du bateau, mais avec obligation d’être de retour à 13h30 précises !
En route pour l’aquarium de Saint Gilles. Les petits poissons et les oiseaux nous permettent d’avoir un aperçu de notre environnement. Un déjeuner dans un restaurant sur la plage fait l’unanimité. Il est vrai que les documentaires projetés ne nous ont parlé que de pluie et de froid. La vue imprenable sur la mer bleue a poussé 2 touristes à se baigner dans l’Océan Indien. Sachant surtout que la plage était surveillée et protégée par la barrière de corail (personne n’avait envie de jouer les sandwiches à requins). Masque et tuba ont permis de revoir les poissons de l’aquarium.
De retour au port la nouvelle tombe, pas de départ ce soir… Un espoir est laissé pour demain, sans heure précise. Tout le monde dormira à bord cette nuit et interdiction de quitter le navire demain.
Laure M.

Retour à bord après une excursion de 24h à terre. Cette parenthèse a été rendue possible par notre retour intempestif suite à une avarie technique. Nous avons eu juste le temps d’atteindre le bout de l’île. De mémoire de TAAF c’est la plus courte OP jamais réalisée. La suivante mais toujours la notre pourra s’appeler OP3bis.
Détail amusant partagé avec beaucoup d’autres dont la cabine est côté bâbord, nous n’avions pas vue sur les lumières de la côte. Ce n’est donc qu’au lever en allant faire un tour sur le tribord que nous avons pris connaissance de notre demi-tour. Il y avait bien une forte diminution de la vibration des moteurs mais l’inexpérience ne savait pas interpréter ce signe.
Cependant rien n’est jamais perdu, le renfort de Marion François directrice de la logistique des TAAF mais armée d’une forte expérience mécanicienne a permis de faire avancer la réparation du palier défectueux. Classique affaire de rupture du bain d’huile, le régule ayant fondu mais sans entraîner une dégradation de l’arbre d’hélice ce qui aurait autrement été plus grave en compromettant toute la croisière.
Bref, tout le monde reste consigné à bord pour éviter des dispersions, le départ pouvant survenir demain matin mais ceci permet à tout un chacun de découvrir ses compagnons, ses motivations et ses programmes. L’ambiance autour du bar rend compte par les conversations animées qui s’échangent. À suivre. 23h00.
Bernard F.

Samedi 2 novembre 2013

Bon début de croisière, merci à notre accompagnateur Philippe Mistral pour sa disponibilité et sa gentillesse, ainsi qu’à ses supérieurs. Bravo aux cuisiniers et aux hommes de salle, pour leur savoir-faire et leur gentillesse.
A mon avis, il y a beaucoup à apprendre de la mer. Entre autre l’humilité, la ténacité, la patience, la collaboration et la vigilance. Mais avant tout la liberté.
Jacques M.

La Réunion a sorti son plus beau soleil, poussée les nuages et arborée une mer calme pour notre départ version 2. Les 3 jours de retard sont dans toutes les têtes.
Comment rattraper ce retard ? Quelle opération, visite, expérience ne se fera pas ?
La mer d’huile et les verres en verre nous rassurent. Beaucoup d’habitués parlent de
tapis anti-dérapant pour les verres, puis de verres en plastiques dans les mers les plus agitées. Le baromètre météo influencera donc les récipients au restaurant.
Laure M.

Deuxième nuit à bord, bien que le bateau soit à quai le ronronnement des machines est le même sans qu’il y est le bercement. En fait le navire produit son énergie en permanence même au port. Première action au réveil s’enquérir du départ pour être fixé sur le programme de la journée. Il semble cette fois ci qu’il soit certain mais aucune agitation ne le traduit. Je profite de l’heure (très) matinale pour explorer mon univers et je rencontre un marin qui m’invite à boire un café à leur carré. C’est bien venu d’autant qu’il s’avère de qualité meilleure que celui du restaurant, typique des restaurations collectives. Pour les amateurs il y a une autre façon de s’en sortir en achetant des capsules Nespresso au bar.
Parfaitement réveillé cette fois-ci je descends sur le quai après accord du marin de garde sécurité et je fais quelques photos du Marion coté poupe et proue parfaitement éclairées par un soleil levant resplendissant.
La matinée se passe par diverses activités et enfin c’est le départ vers 11 heure. Le Marion gagne rapidement le large puis après avoir libéré son pilote met cap au sud. Peu après le déjeuner la pointe de l’île se dissout lentement et le réseau téléphonique s’interrompt mais auparavant je n’ai pas manqué de passer les derniers coups de fil aux proches.
Le temps est magnifique, la mer est calme et bleue comme sur les cartes postales, l’arbre d’hélice ne semble pas manifester de geste d’humeur et les exercices d’abandon avec essai de la combinaison de survie se déroulent.
Je parlerai une autre fois des repas mais sachez qu’ils sont bons et trop copieux, avec un personnel aimable et efficace malgré une charge de travail importante du au plus de 150 personnes à bord. Mes contacts avec les autres passagers se multiplient et il est étonnant de voir le nombre de métiers représentés sur ce navire sans compter l’équipage. Un petit tour à la passerelle après le dîner pour vérifier le cap et la vitesse 180° et 15 nœuds, une discussion avec le lieutenant de quart m’apprend les subtilités du pilotage automatique géré par un programme informatique des années 80 sur un écran monochrome !
Pour clore cette soirée je monte admirer sur le pont supérieur le ciel austral qui m’est complètement inconnu. La température est douce, le ciel est clair, il n’y a aucune pollution lumineuse il faut que je trouve à bord un astronome pour me donner quelques rudiments de cartographie céleste car il y plusieurs étoiles ou plus certainement planètes vraiment lumineuses. Un passage au bar pour apprécier l’animation puis retour vers la chambre avec mon colocataire. 23h00.
Bernard F.

Dimanche 3 novembre 2013

6h00 à la passerelle matinée toujours très belle, une batterie d’ouvrages scientifiques d’identification d’oiseaux et de mammifères marins est étalée sur le rebord tribord. Comme à l’accoutumée je m’intéresse et apprend de la bouche du jeune scientifique qu’il procède à un relevé de comptage des oiseaux ; une fiche est remplie à chaque observation mentionnant les caractéristiques principales et le nom de l’espèce. Il procède selon un protocole précis à savoir dans un angle de 90°, un rayon de 300m et à vue c’est à dire sans recours à des jumelles. Là où nous sommes dans notre parcours il y a encore peu d’oiseaux mais lors de ma présence deux pétrels de Barau sont observés, ce sont ces oiseaux qui nichent sur le piton des neiges à la Réunion. Plus tard dans la matinée seront observés un albatros et un damier du cap entre autres.
Premier passage à la boutique surtout pour acheter des cartes postales et des timbres. Sa responsable est très gentille et souriante mais les produis vendus sont peu mis en valeur et difficile d’accès par le manque d’espace. J’ai aussi acheté un droit de mail malgré ma réticence à verser cette obole de 15 euros.
11h00 à l’heure de la messe les passagers payants se retrouvent à la passerelle pour une présentation de la commande du navire.
Le commandant, au demeurant très sympathique et accessible, résume de façon claire les moyens de commande du navire. Pilotage automatique, navigation, propulsion, cartographie, positionnement, systèmes de communication etc. sont présentés. Retenez qu’à l’heure de la visite le cap est 180° plein sud, la vitesse 16 nœuds la température extérieure 25° celle de l’eau à 23°(eh oui encore). J’ai oublié celle du vent mais elle est quasiment nulle et je peux à tout moment retourner à la passerelle pour le savoir mais l’heure de passer à table survenant nous quittons ce lieu emblématique. 14h00 retour à la passerelle mais supérieure cette fois ci, personne sauf un jeune homme. La conversation s’engage sur des banalités puis devient sérieuse. C’est un thésard parti finir sa thèse sur la géologie des Kerguelen. Il a un vaste programme d’échantillons à prélever entre les deux OP. Il m’explique la présence du granit sur Kerguelen ce qui me surprend sur cette île volcanique. En fait, il se pourrait que l’on soit en présence de la naissance d’un continent par la formation d’une croûte terrestre. Je n’ai rien compris mais nous sommes à l’échelle des temps géologiques, alors mes lacunes sont sans importances… Soirée bar, les boissons sont à des tarifs imbattables et facilitent la consommation. Le barman est débordé. Je clôture ma soirée par un dernier tour à la passerelle puis je gagne ma cabine pour rédiger ces lignes. 23h20
Bernard F.

Petit à petit nous allons vers le front froid. La mer change peu à peu. Les pulls commencent à sortir. Nous avons été prévenus, que comme nous mangions de bons petits plats, nous risquions de nous élargir pendant le voyage. La salle de sport voit donc sa fréquentation augmenter.
Des conférences et le visionnage de DVD rythment nos journées. Le soir, les parties de cartes, discussions au forum ou soirées improvisées au pont inférieur les ont remplacés. Les échanges sont plaisants et riches. Chaque moment est l’occasion d’échanger sur des sujets divers et variés avec des passionnés.
Notre arrivée à Crozet est prévue pour mercredi 6 novembre. Nous sommes tous impatients, bien que nous sachions que la pluie y est 300 jours par an. Marches sous la pluie, dans la boue et pique nique en refuge sont au programme…
Il faut profiter de chaque moment, car les premières séparations ne vont pas tarder.
Laure M.

Passerelle à nouveau avec les compteurs d’oiseaux, je m’immisce dans une conversation car on y parle de tiques ! Une étude est entreprise pour comprendre les échanges de tiques dans les populations d’oiseaux par des analyses génétiques. Ceci implique de recueillir les échantillons. Elles sont malines ces bestioles car elles se mettent sur la tête et le cou pour la plupart s’épargnant ainsi les attaques du bec car les oiseaux passent beaucoup de temps à se nettoyer. Ces tiques sont semblables aux nôtres : une vie larvaire dans les sols puis une émergence et enfin pour les femelles trouver l’animal qui va lui fournir le sang nécessaire à la maturation de ses œufs. Ces tiques sont aussi porteuses de nombreuses bactéries et virus qu’elles inoculent ou transmettent d’individus en individus et qui font l’objet de programmes de recherches. Et durant cette conversation un pétrel à menton blanc est observé !
Je suis un peu à court d’inspiration sur les activités de la journée je passe donc sur la sécurité hélicoptère que nous allons emprunter pour nos séjours sur les îles, la photo destiné au trombinoscope, le film sur la signature acoustique des manchots la conférence sur la remarquable adaptation des mêmes aux conditions extrêmes auxquels ils sont confrontés.
Pour me rendre à la passerelle supérieure ou maintenant à la salle de la messagerie puis que j’ai une adresse mél je passe obligatoirement par la salle des sports où quelques engins de torture trônent près d’une table de ping-pong. On ne peut pas dire
que ces engins souffrent d’une hyper fréquentation et devant un vélo abandonné je me décide à l’adopter. C’est parti pour un quart d’heure de pédalage. La mer grossit comme disent les marins mais elle n’est pas la seule grâce au régime que nous suivons. Je me dis qu’un peu d’effort me fera du bien et alimentera ma bonne conscience. J’ai toujours apprécié de faire du vélo mais
celui ci est disposé latéralement et la seule vision qu’il offre c’est l’avant d’un canot de sauvetage, pas rassurant. Je m’imagine mieux face à la mer j’aurais l’impression d’être le propulseur du navire…
Suite à mon idée de l’avant veille Philippe notre accompagnateur s’avère avoir une bonne connaissance des étoiles et nous propose de nous retrouver sur le pont supérieur pour une petite explication de texte compte tenu de la clarté du ciel de ce
soir. Nous voici sur la passerelle avec un vent déjà assez frais et plutôt fort et une bonne houle. Bref l’observation du ciel s’avère un peu délicate mais rapidement Vénus, la Croix du sud, Alpha et Beta du Centaure, la constellation du Scorpion, les
nuages de Magellan et d’autres sont identifiés. Et nous voici confrontés très vite avec les profondeurs du temps et de l’espace déclenchant en nous les interrogations de l’homme depuis qu’il réfléchit. Qui sommes nous, d’où venons nous, où allons nous ?
Pour finir je paraphrase Pierre Dac un grand bonhomme, je m’appelle Bernard, je viens de Paris et je vais me coucher ! 22h30
Bernard F.

Mardi 5 novembre 2013

C’était pas prévu, mais je suis sur le bateau le jour de mon anniversaire. Alors ce matin réveil avec plusieurs personnes que je croise et qui me souhaitent bon anniversaire. Mais comment ont-ils su ?
Apres une enquête rapide (en fait il me suffit, guidé par la faim, de descendre au petit déjeuné pour découvrir la clé de l’énigme), c’est Jean le maitre d’hôtel le responsable : il a écrit sur le menu affiche sur la porte du forum « bon anniversaire a MR »
Du coup, ceux que je connais déjà (Thierry, Philippe, Caro et d’autres) me tapent la bise, les autres cherchent à savoir qui est ce type dont on souhaite l’anniversaire. Alors quel programme pour aujourd’hui ? Chargé si l’on en croit l’affichage : 2 conférences, la séance philatélique et l’atelier bio sécurité avec vérification des
semelles des bottes et des revers de poches et de sacs. Côté extérieur, le ciel est gris mais la mer ne bouge pas trop. Pas très froid non plus.
Les oiseaux ont fait leur réapparition dans le ciel du navire, et les ornithos sont aux anges. On n’a pas encore cette sensation de descente vertigineuse des températures en très peu de temps. Cependant, cela ne saurait durer car une carte météo affichée devant le bureau de l’OPEA accompagnée de consignes claires
(arrimez vos bagages, déplacez-vous avec un sac en plastique, voyez le toubib si vous redoutez le mal de mer) affiche la couleur : nous nous dirigeons vers une dépression qui risque fort de déprimer nos estomacs et donc de nous déprimer tout court.
Mais basta, on verra bien, et pour l’instant on va aller se taper un ti-punch au forum avec les collègues touristes histoire de passer le cap des 52 et de se préparer à passer celui de la tempête. On vous racontera tout demain, ou après demain si nous sommes en état de le faire.
Michel R.

Passerelle avant le petit déj avec les zoziophiles dirait un de mes amis. Premier albatros, un peu loin mais c’est normal il se dénomme timide (sic). Je ressens une certaine émotion à la vue de cet oiseau emblématique qui
hante les récits des navigateurs. On dit que les oiseaux n’ont pas de d’odorat puisqu’ils communiquent par
les sons, le plumage, les attitudes. Rien n’est plus faux et les travaux de Francesco Bonadonna du CNRS le démontrent. Les pétrels ont du nez et avec ils suivent les pistes olfactives qui les conduisent vers la nourriture ou les ramènent aux nids, mais plus fort ils se reconnaissent entre eux !
Ils ont ainsi bâti des stratégies qui les empêchent de s’accoupler et malgré une forte proximité il n’y pas de consanguinité. C’est un très très bref résumé de cette conférence qui montre combien l’ambiance est studieuse à bord. Deux fois par jour nous abordons des thèmes que nous allons pouvoir illustrer dans les îles.
Activité intéressante en fin de soirée, peu d’entre vous sont encore concernés dans leurs voyages par une opération de bio décontamination. Il s’agit d’éliminer de toutes nos affaires toutes les formes de vie susceptibles de devenir des espèces invasives. Les territoires des TAAF essaient de limiter les apports de graines et larves ou œufs d’insectes dissimulés dans les replis de nos poches et fonds de sac. Par équipes nous sommes convoquées dans une salle dédiée à cette opération, nous y aspirons tous nos effets puis brossons nos semelles de chaussures et bottes.
Dîner anniversaire, un de nos collègues fête ses éternels printemps. Pomerol et gâteau spécial sont fournis, une coupe de champagne termine cette affaire. Détail amusant Michel acteur principal fait partie des passagers qui ont du interrompre l’an passé leur croisière à Crozet suite au talonnage du Marion Dufresne. Cette mésaventure ne l’a pas découragé puisque il est de retour et compte bien finir son tour des îles. Grande soirée au bar, ambiance, déguisements, jeux puis fatigues matinales pour certains ! 23h00
Bernard F.

Mercredi 6 novembre 2013

Les mouvements du bateau s’amplifient horizontalement et latéralement, les scènes comiques se multiplient. Chaque geste, chaque déplacement se doit d’être réfléchi. Par exemple la douche se révèle un exercice délicat j’ai rapidement transformé l’espace en baquet et le tapis de bain en serpillière. J’ai donc par prudence renoncé à me raser. Ce matin j’ai aussi réussi un exploit. Faire bouger le vélo d’exercice sur lequel je me donne bonne conscience de la largeur de la coursive. En fait
il n’est pas fixé au sol ce qui explique tout. Question : et si j’essayais un rameur !
Maintenant c’est une vraie tempête celle dont je rêvais et que je craignais à la fois. Le navire n’avance plus qu’à deux ou trois nœuds. De la passerelle, seul endroit qui nous reste pour voir la mer les creux et les crêtes se suivent et emmènent le bateau dans une sarabande endiablée. Il ne reste plus qu’à se coucher et attendre un jour meilleur. Il reste à se bâtir un nid douillet dans sa bannette pour éviter d’être ballotté dans tous les sens. 21h30
Bernard F.

Les creux de 5 mètres sont là, les 10 ne tardent pas… Nous bougeons ainsi que les objets dans un sens puis l’autre. Les repas sont épiques, comme les déplacements : Avant chaque geste, attente du meilleur moment pour le faire selon les mouvements du navire. Nous sommes comme des enfants qui commencent à marcher. Nous devons réfléchir et calculer chacun de nos mouvements à venir.
Alors que j’écris actuellement, ma chaise bouge selon les mouvements du navire. Au restaurant, les chaises sont attachées, les tapis antidérapant se multiplient un peu partout, des places se vident. Nous avons encore de la vaisselle… L’échelle va après des verres plastiques pour finir au sandwich…J’avoue ne pas être pressée de l’atteindre. Le froid a envahi le bateau. Afin de me réchauffer, il m’est recommandé de
prendre… une douche bien chaude, avec des creux de 10 mètres…
Procédure :
1. Se déshabiller allongée sur son lit, position et endroit où les mouvements sont les moins dérangeant et une semi stabilité peut être trouvée.
2. Atteindre la salle de bain, en évitant de se heurter aux murs, chaise, bureau, faire attention à ses pieds par rapport à tous les « objets volants et/ou translatant » de la chambre, car même attachés certains se libèrent.
3. Bloquer son dos dans l’angle de la douche, en appuyant des pieds contre le petit rebord auquel on a passé sont temps à se cogner le pied par mer calme, et s’accrocher à la poignée.
4. Une fois calé, la douche chaude peut commencer.
5. Le rideau valse, l’eau déborde, la rigole du contour de douche prouve son utilité.
6. Une fois ce bon moment passé, reste la sortie…
7. Sachant qu’une main ou une partie de notre corps nous sert à nous caler, le séchage sera revu, le brushing plus light.
Malgré ces difficultés, ses bosses, ses hématomes, quel plaisir cette douche chaude lorsque l’on sait qu’aussi bien l’eau que l’air extérieur sont à peine de 5°C !
Avant le diner, le médecin passe dans toutes les cabines pour évaluer et « porter secours » à tous les malades.
Nous devrions atteindre Crozet ce soir, mais ne débarquerons que demain matin.
Laure M.

Jeudi 7 novembre 2013

Beaucoup d’écumes très blanches. Déferlement des vagues et trainées blanches à la surface de l’eau orientées dans le sens du vent.
Sous la crête blanche, l’eau est verte ; puis progressivement, elle devient bleue, non pas le bleu profond des mers chaudes, mais bleu vert, celui des mers froides.
Jacques M.

Etonnant et paradoxal malgré tous les coups de boutoirs, j’ai excellemment bien dormi. Le retard s’accumule et nous n’arriverons probablement à Crozet que vers 14h00. Les programmes se modifient constamment il faut prendre ceci avec philosophie. Nous avons quand même essuyé une tempête de force 10 avec des pointes à 11 selon les dires du commandant. Finalement pas de débarquement à Alfred Faure les éléments sont contre nous. La grue arrière a des velléités de fuite et échappe au contrôle de son pilote et vient heurter violemment la passerelle d’appontage. Des dégâts et sur la grue et sur le pont s’ensuivent qu’il faut réparer. Ceci fait l’hélicoptère est prêt à décoller avec le courrier et le préfet à bord mais une petite fuite de liquide oblige le mécano arrêter le vol et vu l’heure tout est remis au lendemain aux aurores. 21h00.
Bernard F.

Vendredi 8 novembre 2013

OP3-2013 abonnée à 2 essais : départ de Saint Denis de la Réunion, prévu le 30, suite à souci moteur, appareillage le 2.
Arrivée à Crozet : prévu le 6, suite à tempête vue des cotes le 7.
Débarquement dans l’archipel Crozet, île de la Possession : prévu le 7, mais la grue qui doit manier les conteneurs se bloque, une fois réparée c’est une fuite carburant de l’hélicoptère qui est détectée, report au 8.
Mission à Crozet : avec le retard, les soucis, et une escapade à l’île des Apôtres, un retour est prévu à l’île de la Possession le 9. Sachant que le navire doit absolument être de retour le 26, pour partir le 27 pour Maurice, des questions se posent, sachant qu’il devient abonné à 2 essais…

Une certaine nervosité règne à bord car il va falloir faire en un jour ce qui est fait en deux. Thierry, l’OPEA du bord, en charge de la gestion du trafic ajuste à tout moment son plan de charge sans se laisser influencer car il reçoit beaucoup de pression dont la nôtre ! Finalement nous nous insérons entre les rotations pour être emmenés à 5 min du bateau à la baie US ainsi dénommée à cause du navire America qui y séjourna pour la chasse au phoque. Je ne décrirai pas les orgies des éléphants les scènes cruelles des repas de pétrels etc. je renvoie aux films animaliers qui décrivent
parfaitement et réellement ce que j’ai vu mais j’aimerais pouvoir vous rendre compte de cette étonnante ambiance induite par ce paysage et ce lieu. Je me contente de faire l’éponge et la stocke dans mes tréfonds.

Banal pour certains maintenant mais l’héli-pontage est un moment fort que j’apprécie. A la cabane dite ARBEC les deux agents de la réserve naturelle nous naccompagnent. Alizé qui vient relever Mathieu pour une année. En raison des circonstances le pauvre Mathieu n’a pu faire tous ses adieux à ses collègues de l’île et boucler tranquillement ses bagages. Ils sont avec nous pour la journée et répondent à nos questions perpétuelles en les complétant d’informations nouvelles. Connaissez-vous l’Azorelle et l’Ascaena magellanica ? Eh bien moi si ! Mais depuis peu. Mathieu est aussi un entomologiste spécialiste des diptères (mouches et moustiques) et il ne manque pas de nous montrer ses petites bêtes qui ici sont sans ailes… peut être à cause du vent. Très doué ce jeune homme il manie aussi le pinceau et le fusain avec grande dextérité et il va nous exposer ses œuvres.
Il y a derrière la cabane un énorme chaudron à moitié enseveli qui sert de baignoire aux éléphants parfois. Imaginez la cuisson infernale qui était faîte dans ce récipient ; le gras bouillonnant à grosses bulles épaisses des animaux massacrés je suppose avec peu de délicatesse. Tout ça pour l’huile de nos chandelles. Pire, il n’y a pas de bois sur l’île pour alimenter le foyer alors les hommes avec leur capacité à s’adapter n’ont rien trouver de mieux que d’empiler les manchots en les compressant avec une machine pour faire des espèces de briques qu’ils enflammaient. J’en reste là.
22h00
Bernard F.

Depuis hier nous sommes à Crozet. Pour moi, il s’agit d’un retour, point final de mon 1er voyage et donc point de départ d’une nouvelle aventure.
Ça commence avec quelques avaries techniques qui modifient le programme, une vieille habitude dans les TAAF. Aujourd’hui, journée a bus, que j’avais déjà eu l’occasion de voir l’année dernière.
Et toujours le même enchantement, avec éléphants de mer a 1m, skuas, pétrels, manchots a foison, albatros, gorfous, jusqu’aux orques qui nous font la grâce de leur présence.
Bref, les TAAF comme on en rêve, et le rêve qui se réalise. Journée fantastique donc, avec en plus une météo relativement clémente ; tout ce qu’il faut pour entretenir la légende, et donner envie d’aller plus loin.
Alors demain, cap vers d’autres rendez-vous : l’ile de l’est, les iles froides, cap sur Kerguelen ?
Qui sait, tellement un voyage ici est toujours plein d’imprévus et d’aléas de toute sorte. C’est cela aussi un voyage aux TAAF et ça se savoure comme un met
d’exception. Alors je vais aller dormir avec les images d’aujourd’hui, et faire confiance à demain pour de nouvelles aventures et de nouvelles images magnifiques.
Michel R.

Vrai faux départ de la Réunion, puis vrai fausse arrivée à Crozet, mais enfin vrai grand bonheur que d’être descendu en baie américaine « BUS » sur l’ile de la possession après toutes ces péripéties. Notre premier survol en hélicoptère fut magique, et l’ile de Crozet malgré sa réputation de très pluvieuse (300 jours de pluie par an) s’est faite pardonnée pour les difficultés rencontrées les jours précédents. En somme « presque » une journée de grand beau temps avec une température « presque convenable ».
Enfin un peu de chance, 3 jours auparavant il neigeait.
La rencontre avec 2 scientifiques et les présentations sur la flore typique de Crozet ainsi que la faune (mammifères, oiseaux, insectes) des animaux vivant ou se reproduisant sur la base ou sur l’ile en général furent captivantes.
Les retrouvailles avec les manchots (royaux, macaroni, papou) et les éléphants de mer réservent toujours le même charme et le même bonheur. La démarche chancelante des manchots et le regard attendrissant des jeunes éléphants de mer, c’est trop craquant. Je crois que je ne me lasserai jamais. Et puis nous avons eu droit au spectacle des orques venus chasser les « bonbons » (les jeunes éléphants de mer) dans la baie.
Notre petit groupe de privilégiés, 6 « touristes » pour 2 scientifiques et un guide profite pleinement de cette expérience unique et les questions fusent de toute part ; à noter l’humilité de nos guides à répondre à nos questions parfois déroutantes devant notre curiosité. Le soir retour sur le MD en hélico par un des derniers vols, et toute la soirée à rêver en triant les photos et les vidéos du jour.
Noël L.

Samedi 9 novembre 2013

Nous avons été informés dès notre arrivée que sur le Marion tout le monde « s’élargissait »… Les raisons sont dues au manque d’exercice, mais surtout au Chef cuisinier, qui nous prépare d’excellents plats quotidiens. La gourmandise est alors difficile à maîtriser. Toutefois, nous avons beaucoup ri, car le jour où la tempête était la plus forte, nous avons eu une jardinière de légumes avec… des petits poids. Lorsque les meubles bougent au grès des vagues, les petits poids dans votre fourchette ne le font pas mieux. Comment manger les petits poids qui sont sur votre fourchette, sans les éparpiller dans les assiettes de vos voisins, tout en espérant pouvoir en manger quelques uns ? Là était l’épreuve du moment !
Ayant aussi bien mangé pendant notre séjour, le retour à la vie terrestre sans les bons petits plats quotidiens risquent d’être difficile.
Les plus téméraires d’entre nous auront visité une ou plusieurs fois la salle de sport. La vue sur les canots de sauvetage est particulière. Entre eux, l’horizon rassure et évite le mal de mer. Selon les mouvements du bateau votre exercice physique penche d’un côté puis de l’autre. Les appareils sont fixés au sol, sauf… un vélo. Le plus prisé pour son ergonomie. Ce dernier fait de petits sauts lorsque nous sommes dessus et que l’océan est remuant. Gare aux chutes.
Pour les chutes, il n’a pas été nécessaire d’attendre l’utilisation du vélo par gros temps, les mouvements du bateau nous y incitent suffisamment. Plusieurs d’entre nous ont divers hématomes et/ou écorchures, alors que nous n’avons traversé pour le moment qu’une seule perturbation, et même pas encore fait la moitié du voyage. Ces petits bobos nous feront sans doute bien sourire dans quelques mois.
Laure M.

Après bien des difficultés logistiques dues aux impondérables techniques s’acharnant sur le sort de l’OP ajoutés aux humeurs très houleuses de Poséidon, le Marion Dufresne quitte l’île de la Possession pour naviguer de nuit vers le groupe des mystérieuses îles froides.
Ces îles volcaniques de légende, perdues à l’extrémité Ouest du groupe des îles Crozet sont constamment cachées par un impénétrable brouillard. Leur éloignement, leur isolement, la quasi absence de photographies et même de cartes de navigation les ont fait sombrer dans l’oubli, tout comme les navires du XVIIIème et XIXème siècle qui ont également sombré en s’écrasant sur leurs hautes et sinistres falaises cachées.
Nous atteignons donc au petit matin du 09 novembre la fameuse zone où doivent se situer ces 3 îles voisines : l’île des pingouins, l’île des cochons et les îlots des apôtres. Nous commencerons aux Nord par les îlots des apôtres. Le navire n’est pourtant qu’à 2 nautiques et nos yeux ne parviennent pas à percer l’épais brouillard qui hante les lieux. Les îlots gigantesques doivent être là, derrière ce rideau blanc, tels des hautes dents acérées s’érigeant de la mer et pointant vers le ciel, refuges de tellement d’oiseaux qui viennent nous narguer. Pétrels géants à l’œil bleu glacé, albatros hurleurs démesurés, fuligineux, prions, sternes, cormorans de Kerguelen, damiers du cap…
Nous ne pouvons nous attarder plus longtemps sur ces lieux et devons quitter avec d’énormes regrets les mythiques falaises escarpées des apôtres restées secrètes. Nous plongeons vers le Sud en laissant la grande île des Cochons sur tribord où une légère courbe à l’horizontale semble planer dans le ciel blanc. Est-ce un mirage, l’ombre du dôme de l’île ou un nuage plus foncé dans le brouillard ?
Nous atteignons alors l’île des pingouins. L’atmosphère est toujours froide, ventée et opaque. L’horizon est bouché par le brouillard à quelques centaines de mètres à peine du bateau. Pourtant l’île est là. Son écho-radar apparait aussi sur les écrans et l’omniprésence d’oiseaux volant tout autour de nous indique que cette île, qui n’abrite pourtant aucun pingouin de l’hémisphère Nord (les anglais appellent en fait les manchots, pingouins), est bien là et nous fait face. Se dessine alors une ligne montant à l’horizon, puis deux. Une teinte plus grise les rejoint et des brisants apparaissent au loin dans la mer. L’île se dévoile. Petit à petit les épaisses couches nuageuses remontent enfin et laissent transparaître une terre colossale, sombre et violente. Surgissent alors des vagues, des falaises qui la borde et y interdisent tout accès. A travers les jumelles on peut apercevoir d’immenses colonies de gorfous macaroni qui s’y accrochent. A l’extrémité Nord, des pointes rocheuses acérées s’élancent vers le ciel comme des épées. La partie haute de l’île, ainsi que son sommet, le « mont des manchots » restera cachée dans les nuages. Déjà, le plafond nuageux redescend et enveloppe de légende l’aperçu qui nous a été offert.
Les survols hélico prévus pour l’exploration, les prises de vue et les comptages faunistiques espérées depuis tant d’années devront attendre à nouveau…
Malgré la frustration, nous avons l’impression de refermer un livre d’aventure de Jules Vernes, en souriant car le mystère reste entier.
Philippe M.

Le MD profite de la nuit pour rejoindre les iles froides plus à l’ouest, plus particulièrement l’ile des Apôtres, de façon a être sur zone le matin de bonne heure pour des mesures scientifiques ; ces fameuses iles froides et nuageuses bien nommées. Notre arrivée sur zone à moins d’un mile des côtes de l’ile des Apôtres, un épais banc de brume (ou de brouillard ?) à couper au couteau masquait complètement les côtes, et malgré un stand-bye de plus d’une heure au large de l’ile, ce banc de brume n’a rien cédé, même pas un petit bout de côte, décidément cette ile gardera bien ces secrets (la dernière fois où le MD a croisé dans cette zone remonte à 4 ou 5 ans). Las, nous sommes repartis voir du coté de l’ile des Pingouins plus au sud, et là rebelote, le banc de brouillard ne nous a révélé qu’un « vague » découpage de la côte, impressionnant tout de même, on aurait dit une cathédrale de pierre avec ces tours pointues, à cela il faut rajouter les albatros et les pétrels tourbillonnants autour de ces pointes rocheuses (un vrai faux château hanté). Décidément ces iles froides méritent bien leur surnom et garderont leur secret encore bien longtemps, jusqu’au prochain passage du MD !!! (à suivre). De guerre lasse, le navire a fini par quitter ces lieux, aucune observation n’étant possible, nous avons alors fait route sur l’ile de la Possession (elle aussi dans le brouillard) puis l’ile de l’Est (idem…).
Actuellement nous faisons route pour l’archipel des Kerguelen, il est 23h30, l’océan est pour l’instant clément, mais une nouvelle dépression nous est annoncée par l’ouest et devrait nous rattraper dans la nuit ou dans la journée de demain, aussi je vais suspendre ma prose pour ce soir afin de prendre un peu d’avance de sommeil… On ne sait jamais, la nuit prochaine risque fort d’être plus agitée.
Noël L.

Lundi 11 novembre 2013

Ce matin la mer est agitée mais pas trop le Marion file ses 15 nœuds ce qui fait que nous arriverons dans l’archipel de Kerguelen vers 14h30. En attendant nous procédons au rituel de tamponnage du courrier qui doit être débarqué au centre postal de la base de port au français pour affranchissement. A midi Monsieur le préfet des TAAF nous lit le discours du ministre des anciens combattants suivi de la minute de silence puis de la Marseillaise.
A 14h00 nous sommes en vue des Iles nuageuses qui malgré leur nom ne le sont pas trop. Après 3 petits tours et pour cause de vent et de mer trop formée l’hélicoptère ne peut décoller et nous partons pour la mythique arche des Kerguelen que nous atteignons à 17h24.
Christian S.

En mer. Journée qui peut se résumer a gastro, Préfet, philatélie et arche. La journée débute avec de nombreux visages fatigués car pendant la nuit, une épidémie de gastro a sévi. Elle se rappellera à notre souvenir toute la journée. Matin calme si l’on peut dire, puis à midi Mr le préfet prend la parole pour nous rappeler qu’en d’autres temps, une guerre se terminait, et rendre hommage au courage de nos ainés.
Début d’après midi, l’heure est à la philatélie, avec la traditionnelle séance de tampons au PC science.
A droite du préfet, j’ai pour mission d’apposer l’un des tampons obligatoires sur le courrier, tache dont j’essaye de m’acquitter avec sérieux malgré les facéties d’un tampon mal encré. Ne pas oublier la gastro !
Puis se sont les iles nuageuses, mais pas trop, et enfin, a 17h24, j’ai regardé ma montre, roulement de tambour avec l’apparition de l’arche des Kerguelen. Grosse émotion, car c’est aussi pour ce rocher mythique que je suis ici, et qu’il est tellement rare de pouvoir contempler de ses propres yeux. Je me souviens de la phrase de JP Kaufmann dans son livre : la manip de port Christmas a été annulée en raison du mauvais temps, je ne verrai jamais l’arche des Kerguelen. Moi j’ai eu cette chance.
Le ciel s’éclaircit, la gastro n’est plus qu’un souvenir, je vais me coucher heureux et comme apaisé ; serait-ce un cadeau de l’arche ?
Michel R.

Kerguelen, cela commence d’abord par l’île de Croy (îles nuageuses) qui précède la Grande Terre. Le Marion Dufresne, par un miraculeux beau temps ensoleillé (si l’on enlève quelques nuages traditionnels, le vent glacial et la forte houle), arrive enfin devant les gardiennes des Kerguelen.
Ces petites îles sont les plus purs reliquats de toutes les Terres Australes et Antarctiques Françaises. Aucun débarquement n’a pu être possible, donc aucune introduction d’espèces allochtones possiblement invasives. La faune et la flore est totalement originelle et constitue un sanctuaire unique pour les scientifiques. Malheureusement le beau temps est trompeur, les vagues soulèvent le bateau créant au niveau de la DZ une amplitude de plusieurs mètres sans parler du gite. Impossible de faire décoller l’hélico dans ces conditions. Le survol est annulé, encore une fois.
Aux jumelles on découvrira alors des parois abruptes battues par des vagues gigantesques et infestées de milliers de gorfous macaroni. Une densité hallucinante ! Le navire contourne prudemment ces îles aux nombreux brisants pour rencontrer enfin les premières côtes de Kerguelen et donc sa grande arche.
Porte d’entrée mythique de cette terre du bout du monde. Notre navire se présente face à elle de la même façon que s’est présenté le premier découvreur de l’archipel : Yves- Joseph Kerguelen de Trémarec, il y a quelque 241 an, suivi par James Cook.

On comprend l’émotion qu’ont pu ressentir ces grands explorateurs du XVIIIème siècle en arrivant, après des milliers de kilomètres de navigation dans cette mare incognita, face à cette immense terre qui se dessine à l’horizon. Gracie Delépine exprime cela justement : « Les marins sont silencieux à la vue de tous ces rochers sans terre, l’atmosphère paraît hostile, et ce désert ennemi et fouetté par la tempête ne comble pas les hommes ». L’arrivée se faisant forcément par le Nord, l’arche qui pointe ici l’extrémité de cette « ile de la Désolation » fut alors le lieu du premier rendez-vous.
Suite à un tremblement de terre il y a près d’un siècle, le plafond de l’arche s’effondra laissant aujourd’hui ses deux colonnes basaltiques noires et monumentales trôner à la pointe d’un cap et qui semblent juger de qui peut entrer ou pas, à Kerguelen. Elles introduisent un monde immense, rude, que l’on ne peut s’approprier. Kerguelen. Rien que le mot sonne dur et amer et reflète parfaitement le caractère brut de ce monde hors du temps. Epurée par le vent, la beauté qui émane des paysages est sombre et intense. Les cascades d’eau sont vaporisées par le vent avant d’atteindre le sol, les roches sont fracturées par le gel, les vallées se perdent dans le brouillard et les sommets enneigés surgissent et disparaissent à l’horizon au gré des nuages.
Jean-Paul Kauffmann écrivait : « Aux Kerguelen, les forts puisent en vigueur ; les faibles s’épuisent ; les rêveurs se retranchent dans leurs chimères. Tout ce qu’apportent les hommes se reproduit trop vite : les lapins, les songes… »
Philippe M.

Mardi 12 novembre 2013

Apres la fastueuse journée de la veille, c’est cabotage autour de Kerguelen pour le Marion Dufresne, car de nombreuses manips scientifiques et ravitaillements de cabanes sont au menu. Pour nous, a priori journée tranquille d’observation depuis le bateau. Mais Mr le préfet nous fait un joli cadeau, et ce sont 2 vols en hélicoptère qui
vont baliser notre journée : l’un depuis l’anse du gros ventre, et l’autre depuis la baie de la table, au dessus du glacier Ampère.
Images magnifiques qui vont maintenant nous accompagner ; décidément, cette escale a Kerguelen tient toutes ses promesses ! Le soir, c’est ronds dans l’eau au large, par sécurité.
Michel R.

Mercredi 13 novembre

4 jours de silence pour laisser refroidir la plume ou plutôt le clavier, une petite flemme devant l’inoccupation, en fait ne croyez pas qu’il ne se passe rien. Outre les nombreuses discussions avec les scientifiques, c’est à la passerelle, lieu unique, qu’il faut aller.
L’exercice y consiste à savoir où nous sommes et où nous allons, quelle est la vitesse du bateau et celle du vent, les températures de l’air et de l’eau. La panoplie des cartes étalées qui se succèdent permettent toutes sortes de rêveries. On n’arrête pas de les photographier afin de pallier à nos déficiences de mémoire et illustrer les nombreux reportages que l’on ne manquera pas de faire à la famille et aux amis.
Tachons ne pas être ennuyeux ! La cartographie de ces contrées n’est pas celles de nos cotes, les cartes sont anciennes, usées et rafistolées par les manipulations successives, pleines de mentions manuscrites avec des annotations telles que : « The Iles nuageuses are inadequately surveyed » ou zone non hydrographiée ou bien encore carte provisoire à utiliser avec circonspection etc… Mais le commandant veille à chaque passage délicat et mène le navire avec grande prudence et dextérité. Nos pénétrations dans les baies sont de grands moments visuels, les côtes se rapprochent, les détails se précisent, des milliers de points blancs se devinent indiquant les colonies d’oiseaux. Tous les ornitho sont de faction, jumelles aux yeux signalant leurs observations, le responsable du programme de recherche des rennes est là aussi pour voir si une harde ne traîne pas dans le coin afin de savoir si leur extension dans l’île se poursuit.
Il existe un ouvrage sur les noms de lieux des Kerguelen, les navigateurs et cartographes ont laissé leur imagination parler. Les frères Rallier du Baty qui œuvrèrent fortement au début du 20ème siècle sont parmi les créateurs importants. Par exemple nous sommes passés devant les nuageuses qui ne l’étaient pas puis par la baie de l’Oiseau où Kerguelen débarqua la première fois avec à bâbord l’arche effondrée symbole de l’archipel. Puis au Sud à l’anse du Gros Ventre probablement à cause de sa forme, la baie de la Table du à l’entablement basaltique à son entrée, la baie Larose et son doigt de sainte Anne, bientôt nous passerons à PAF ou Port aux Français etc. J’arrête là cette litanie qui n’a pas de fin !
C’est fini pour aujourd’hui le déjeuner est servi et nous débarquons tout de suite après. 12h00
Bernard F.

Mercredi 13 novembre 2013

Aujourd’hui, c’est le débarquement à Port aux Français (PAF pour les intimes) de tous les personnels qui vont séjourner ici pendant quelques temps, et quelques interdistrict comme on appelle les visiteurs ponctuels, juste ici le temps de la rotation. C’est aussi une grosse journée de travail pour l’hélico et son pilote, Daniel et toute l’équipe de la logistique car les livraisons vont se succéder.
Pour les touristes, c’est confection du sac à dos avec les insolubles interrogations : qu’emmener pour ne manquer de rien mais aussi quoi laisser pour ne pas être trop chargés ?
Finalement, sans réponse à ces 2 questions, nous nous envolons avec un petit sac à dos vers le site de Ratmanoff.
A peine arrives, dépôt des affaires à la cabane et départ pour une longue promenade très ventilée à la manchotière, immense avec ses quelques 70 000 couples de manchots et ses éléphants de mer.
Paysage lunaire, et toujours ce fantastique spectacle de la vie sauvage en milieu naturel.
Michel R.

Jeudi 14 novembre 2013

Autre lieu, autres paysages, autres animaux. Apres une promenade matinale a la manchotière de Ratmanoff ou une séance de pêche à la ligne pour quelques-uns (les truites sont délicieuses et énormes), nouveau bouclage de sac et nouveau départ en hélico pour la cabane de la baie Laboureur. Paysage de petites montagnes rappelant le far West, à la différence près que les canyons ne sont pas arides mais inondés de lacs ou de bras de mer.
Superbe vue d’un petit lac perché au sommet d’une table rocheuse et surplombant les alentours. Côté faune, c’est au tour des gorfous, rennes, BLO et chats de se montrer. Promenade jusqu’au site de nidification des gorfous, puis le soir dégustation de moules locales ramassées par Jacques et Christian et préparées par notre guide RES Nat.
Michel R.

Vendredi 15 novembre 2013

3 jours seulement (écourtés pour raison météo), dans l’écrin de KER, nous ont permis d’approcher le travail de nos compagnons de voyage.
Les nuits, dans les cabanes, nous ont rappelé des souvenirs d’adolescents. Ils ont aussi révélé l’hétérogénéité des touristes. Après quelques balades 3 touristes sur 6 avaient déclaré forfait ou étaient en passe de le faire. Résultats certaines balades n’étaient plus à l’ordre du jour ou fortement restreintes. Il a été préféré les repas interminables, copieux, arrosés de vins engendrant un concert de ronflement par nos retraités.
La lenteur de certains n’ont pas permis des visites, comme celle de la seule et unique église des Taaf, Notre Dame des Vents, nombreuses fois citée dans des ouvrages, alors que le DisKer (Maire non élu, et responsable de la base) avait eu la gentillesse de mettre à notre disposition son véhicule. Si nous avons traversé et non visité la base, seule la visite d’un des 3 hôpitaux des Taaf, celui de la base a été fait, ainsi que la bibliothèque, elle typique par ces 3 côtés.
Pour les informations sur les objets divers et variés aperçus, nous devrons nous en remettre aux DVD diffusés précédemment. Les explications du patrimoine manquent.

Ce soir l’ambiance est particulièrement lourde sur le Marion. Depuis le départ de Ker, les yeux sont rouges, les silences pesants. Le Marion est parti de la Réunion avec 105 passagers. 24 sont déjà descendus à Crozet.
53 de nos amis sont descendus à KER. Leur départ a soldé : nos repas, soirées, échanges philosophiques, animaliers, faunes, flores, climat, cultures, voyages, tarots… sans oublier les nuits à danser, au gré des roulis. 15 jours en vase clos, tissent des liens. Ces rires, danses, discussions, taquineries vont me manquer. Ils vont me manquer. Merci à eux, de m’avoir permis de partager cette tranche de vie. La bonne ambiance de l’OP3-2013 est partie avec eux.
Laure M.

Au matin, dernière petite balade sous le rare soleil de Kerguelen (eh oui, on aura eu du soleil) et départ pour la base de Port aux Français. Visite rapide de la base, achat de souvenirs et passage à la gérance postale, comme il se doit pour un philatéliste TAAF. Puis séance souvenirs : de l’OP3-2012 d’abord avec les retrouvailles de quelques compagnons d’infortune et surtout la remise solennelle du fromage et du vin promis à Thibault « pop chat » lors de notre départ de Crozet en novembre 2012. Puis, souvenir de la 18e mission Kerguelen de 1968 en retrouvant sur le mur de la vie-com la trace humoristique laissée par les participants de cette mission, avec parmi eux Christian Vitiello, le père d’un collègue de travail qui avait passé ici 18 mois de sa jeunesse. Bonjour Mr Vitiello, je rapporterai quelques photos de cette mission qui vous rappelleront la grande famille des taafiens. Déjeuner à la vie-com, puis départ un peu précipité de la base de tous les interdistricts pour appareiller avant l’arrivée d’une nouvelle dépression promise pour la soirée. Port aux Français et Kerguelen s’éloignent et j’ai le sentiment d’abandonner un monde qui m’est familier et que je ne reverrais pas. Alors que dire à ces 4 hivernants qui remontent sur le bateau après une année passée ici et sur le visage desquels on voit perler quelques larmes, si ce n’est que je les comprends et que décidément cette aventure est bien belle.
Michel R.

Dimanche 17 novembre 2013

14h00. Encore une dimanche marquant par sa répétition que le temps avance. Nous sommes maintenant beaucoup moins nombreux à bord. Un seul service suffit à nous substanter. Heureusement les parts servies n’ont pas augmentées elles restent constantes mais toujours trop généreuses. Après une nuit chaotique due à la traversée des 40èmes nous reprenons route vers Saint-Paul à une vitesse de 10 nœuds ce qui nous permet d’espérer d’atteindre dans des temps raisonnables notre prochaine étape. Un survol du cratère effondré nous est promit si tout se déroule normalement. Sur les deux sites que nous avons visités à Kerguelen, Ratmanoff et Laboureur, je suis resté marqué par l’impact sur la végétation des BLO omniprésents. J’écris sur le navire donc je cite les « bêtes à longues oreilles ». Les endroits inaccessibles à ces petits rongeurs sont visibles par les taches de verdure alors qu’aux endroits où ils sévissent il y a une uniformité de teinte plutôt brune. Il est vrai aussi que nous sommes à la fin de l’hiver et que la végétation est à son réveil printanier. Autrement on y aperçoit furtivement des chats plutôt petits et noirs bien que des taches blanches soit présentes plus ou moins réparties. Il y a autre chose sur ces sols qui m’a surpris, c’est la présence d’ossements innombrables. Si les chairs sont rapidement consommées par les prédateurs ou par les opportunistes comme les skuas, les os restent et les processus de désintégration dans les sols sont lents. Restes osseux de chats, de BLO, d’oiseaux forment des constellations blanches. J’ai pu ainsi observer une carcasse de renne pratiquement entière.
On peut aussi remarquer sur les sols de grandes traînées blanches de 10 à 20 cm, certaines regroupées font comme des empreintes de patte d’oie. Après enquête il s’agit de régurgitation de pétrels émises lorsqu’ils sont dérangés pour repousser l’agresseur. C’est paraît-il extrêmement nauséabond et particulièrement tenace. Mauvais point pour moi, j’ai omis de photographier celle significative vu près de la cabane Laboureur. Le ciel météorologique était en notre faveur sur ce territoire et nos balades aucunement perturbées. J’ai retrouvé à ma grande surprise des plaisirs de jeunesse en participant à une pèche à la truite. En peu de temps et dès les premiers lancers des Farios et des Saumonés se piquent à ma cuillère. Toutes les petites, 20 cm quand même, sont rejetées car peu accrochées ; le leurre est de bonne taille. Mais 5 grosses resteront pour la table du soir dont une de plus de 50 cm ; magnifique chair rose et goûteuse.
Je n’ai pas eu le temps d’avoir des impressions particulières sur Port Aux français. Le passage en accéléré en raison des prévisions météo défavorables (vérifiées en ce moment) dans les sites de la base et auprès de ses résidents ne permet pas de fixer de points particuliers. Motifs pour revenir…
Bernard F.

Lundi 18 novembre 2013

Très tôt le matin, nous arrivons à l’ile St Paul. Escale brève puisque 4 scientifiques disposent de 2h et d’une autorisation nominative du préfet pour effectuer quelques manip, et le Préfet accompagné de Cédric de la res-nat effectuent ce qu’on appelle un acte de souveraineté pour marquer la présence française sur cette île.
Nous contemplons du bateau le cratère et son lagon, jusqu’à ce qu’on vienne nous chercher pour effectuer un survol en hélico de St Paul ; c’est un cadeau des TAAF aux personnes présentes sur le bateau. Et quel cadeau !
Vue d’en haut, ce confetti de 8 km² avec ses coulées de laves recouvertes de végétation et ce si joli cratère presque complètement fermé entourant un lagon d’eau calme est magnifique. 10mn de pur bonheur visuel.
Une matinée qui commence bien, puis environ 3h après notre arrivée, nous repartons en direction d’Amsterdam, que nous atteignons en début d’après-midi.
Les opérations logistiques commencent par la dépose toujours en hélico, de l’ensemble du personnel, district, inter districts et touristes. Ensuite ce sera la noria de l’hélico débarquant les slings de matériel pour la base.
Pour nous, accueil chaleureux du Disams d’abord à la vie-com puis à la résidence, où après les messages de bienvenue, quelques consignes de sécurité nous sont rappelées ; nous verrons par la suite qu’elles sont bien pertinentes.
Puis séparation des touristes en 2 groupes, l’un partant pour la cabane du cratère Antonelli, l’autre pour la cabane Ribault. Je fais partie de ce second groupe, avec
Noel, Laure, Philippe, et 2 res-nat, Jacques « l’ancien » et Hugo, fraichement débarqué.
Chemin au milieu des otaries et arrivée à une petite cabane perchée sur une falaise, entourée par les otaries. L’endroit est particulièrement sympa, avec l’océan au pied des rochers et les otaries entre l’eau et nous. Diner frugal (steaks, langoustes à foison, fromage, fruits, vin) Dodo bercé par le « honk honk honk » des otaries.
Michel R.

Ce matin, tout le monde s’est réveillé de très bonne heure, afin d’apercevoir les premières formes de Saint Paul. L’ilot des « oubliés » s’est paré de son petit nuage pour nous accueillir.
Grâce à un concours de circonstances heureux et exceptionnellement, tous les occupants du Marion sont allés, soit par hélicoptère soit par zodiac admirer cette île de plus près. Seuls 6 privilégiés ont pu fouler son sol. Si son cratère sous les eaux lui délivre une spécificité, sa forme triangulaire avec ses 2 petits rochers devant, ne peuvent s’empêcher de me faire penser à Rapa Nui, la Grande, de mon cher Pacifique sud.
Un peu plus tard dans la journée, sa grande sœur Amsterdam, nous a fait de l’œil. Nous y avons accosté dans le courant de l’après midi. Tous les personnels de la base, réunie autour du DisAms, ont accueilli l’ensemble des passagers pour le verre et surtout les gâteaux de bienvenue.
C’est la première fois qu’un tel accueil nous est réservé, nous sommes touchés. Méfiance là aussi côté cuisine, il est de réputation « taafienne » que le Chef cuisinier a fait prendre 14 kilogrammes en 6 mois à un végétarien. Ce dernier, sans rancune, est revenu à Amsterdam après les avoir perdu.
Après la visite de la résidence du DisAms, la nurserie de phylica (arbuste endémique), nous sommes invités dans la « grotte des amoureux ». Il s’agit d’une coulée de lave dans laquelle un jardin est cultivé, à l’abri des regards. Des roses parfument les abords d’un petit coin aménagé de table et bancs, où il doit faire bon de se retirer. Il nous ait confié que certains hommes n’hésitent pas à cueillir régulièrement une rose (espèce introduite) pour leur belle. De l’autre côté de la base, et bâtie par les hivernants de la 49éme mission (nous en sommes à la 65éme), Notre Dame des Océans domine sur sa colline. Ce soir notre groupe se sépare. Certains d’entre nous irons dormir à la cabane de BMG, les autres à celle de Ribault, mais pour tous, les langoustes d’Amsterdam seront au menu…
Laure M.

Mardi 19 novembre 2013

Après une bonne nuit, visite des otaries en contrebas de la falaise. C’est toujours une joie de côtoyer d’aussi près ces animaux du bout du monde sans ballon sur le nez, mais aussi impressionnant car les bêtes sont nerveuses : la saison de reproduction va commencer et les mâles doivent s’imposer.
Ensuite, il est prévu de retourner à la base, de prendre le petit déjeuner avec l’autre groupe, de repartir en balade et après le repas de midi à la base aussi, de retourner à Antonelli ou Ribault en inversant les groupes. Mais une fois encore, les événements ne vont pas se dérouler comme prévu : en rentrant à la base par le chemin des otaries, un mâle plus énervé que les autres charge en grognant. C’est très impressionnant et nous montrons nos bâtons pour essayer de l’écarter, ce qui suffit habituellement.
Mais celui-ci est particulièrement vindicatif, il fonce sur le groupe, revient sur Philippe malgré le bâton et parvient à le mordre à la main.
L’émotion passée, retour à la base direction l’hôpital pour Philippe et la vie-com pour nous. Le programme est chamboulé et nous apprenons dans la matinée que Philippe devra être opéré à la Réunion. Retour avancé donc avec départ le soir même afin de soigner Philippe au plus vite par sécurité, bien qu’il soit sur place déjà bien chouchouté par les 4 médecins présents sur base ou sur le bateau et que son ordinaire de malade soit aussi à base de langoustes.
Nous profitons de notre matinée devenue libre pour aller à la GP et à la boutique, et avec nos accompagnateurs faire de petites visites à des labos et une balade jusqu’à un bois de Phylicas en bordure de falaise. Grand buffet organisé le midi pour la base, avec langoustes, et quantité d’autres mets savoureux. Vers 16h30, retour au Marion qui lève l’ancre vers 17h30. C’est en regardant l’ile s’éloigner à ce moment là que je réalise que mon séjour dans les TAAF vient de se terminer.
Je monte sur la passerelle et regarde Amsterdam dans les nuages s’éloigner doucement, un rideau de pluie qui arrive sur l’ile depuis la mer est visible ; c’est ma dernière image des TAAF. L’émotion me gagne, cette ile qui disparaît met un terme à un rêve vieux de plus de 40 ans. La parenthèse se ferme, mais quelle belle histoire c’était.
Reste le voyage sur le Marion jusqu’à La Réunion, on va essayer de prolonger l’aventure encore un peu avec les quelques passagers restant sur le bateau. Bye bye les TAAF !!
Michel R.

Mercredi 20 novembre

Date de l’ouverture de la pêche, comme cela nous l’avait été rappelé si souvent. Il n’y aura pas de partie de pêche sur cette OP3-2013, tout comme il n’y en avait pas eu pour l’OP3-2012 pour d’autres raisons. Les OP3 seraient-elles maudites ?
Après la visite des recoins du bateau, le groupe des passagers payants ou touristes, selon les préférences, a aussi organisé son Pot. Portant comme signe distinctif, nos marinières, comme toutes les « congrégations » du navire, notre « DisTour » (chef selon le vocabulaire taafien) a lu un discours, écrit à 12 mains, très apprécié et remarqué.
Laure M.

Vendredi 22 novembre

Le changement d’heure de la nuit a confirmé la fin de notre séjour dans les eaux des Taaf. Nous ne sommes plus qu’à quelques jours de la Réunion. L’OP3-2013 se termine. Elle aura été riche en rebondissements, liées à la mécanique, la météo et l’humain.
Nous avons certes vu, des paysages qui laissent sans voix, approché une faune et flore endémiques, assisté à des conférences passionnantes, mais surtout rencontré et échangé avec des personnes dont la séparation a été difficile tellement l’échange était riche. Il a des mots que l’on hésite à dire, puis que l’on regrette de ne pas avoir dit.
Nous sommes tous conscients de la chance que nous avons eu à vivre cette
aventure. Plusieurs d’entre nous sont prêts à être détachés, ou mis à disposition par leur entreprise, pour vivre une nouvelle fois ce voyage, à quelques fonctions que se soit, pour la durée qui sera nécessaire. L’appel est lancé, à bon entendeur…
Merci à ceux qui ont partagé ce moment de vie.
Laure M.

Après bien des péripéties et contre-temps nous voila en passe d’arriver à la Réunion, nous avons quand même réussi à voir presque tout ce qui était prévu quoique des fois un peu vite, mais c’est la vie de marin. Nous avons eu un peu froid à Kerguelen un peu de pluie à Crozet un peu de tempête avant d’y arriver du beau temps dans l’ensemble qui a rendu nos escales agréables et nos marches pas trop pénibles. Les survols en hélicoptère des différents sites remarquables, qui n’étaient pas prévu au départ, ont été un plus très apprécié par l’ensemble des passagers et des moments intenses et inoubliables.
L’aperçu que nous avons eu de la vie des résidents sur les différentes îles dans les cabanes sur site nous à donné un très bon exemple du rythme de vie des personnes vivant ici à l’année. J’ai aussi apprécié la gentillesse et la disponibilité de chacun des accompagnants pour nous expliquer leurs recherches et les buts qu’ils veulent atteindre dans leur domaine spécifique.
La vie à bord est bien remplie et n’a pas paru trop longue avec un emploi du temps bien étudié pour remplir agréablement les journées. La patience des officiers du bord pour répondre à nos questions pas toujours très pertinente est exemplaire. J’ai beaucoup apprécié la possibilité d’accès permanent à la passerelle pour suivre la route en direct. Dans l’ensemble un très beau voyage qui répond parfaitement à ce que j’avais imaginé.
Christian S.

La fin du voyage se sent à plusieurs indices. Depuis notre départ précipité de Amsterdam en raison d’évacuation sanitaire nous traçons une route rectiligne de plus de 2800km la mer nous fait oublier ses turbulences précédentes et nous offre la surface d’un immense lac bleu. Peu à peu la température s’élève et nous sortons maintenant en passerelle en bras de chemise. Les petites fêtes se succèdent pour marquer les dernières soirées et nous les passagers touristes, nous avons ouvert le bal. Il nous paraissait primordial de remercier l’ensemble du personnel présent sur le Marion Dufresne. Notre Distou désigné pour l’occasion Michel, a livré sur l’estrade du
forum le petit texte ci-après :
« Bonsoir à tous, le district des touristes a souhaité ce soir organiser ce pot pour
remercier l’ensemble des personnels ayant participé à cette rotation. Mr le Préfet Bolot et toute l’équipe des TAAF tout d’abord, plus particulièrement Thierry pour avoir organisé et mené à bien cette magnifique aventure malgré les contretemps qui ont ponctué ce voyage. Nous avons bien sûr une pensée particulière pour Philippe qui n’hésite pas à payer de sa personne pour nous faciliter la vie et nous procurer quelques émotions fortes. Nous souhaitons remercier aussi Cédric et toute son équipe de la Res Nat qui nous ont accompagnés dans toutes nos découvertes, sans oublier les 2 Pascal et leur hélico, très sollicités mais toujours disponibles et souriants. Merci aux toubibs qui prennent soin de nous, mais qu’on préfère consulter autour d’un verre au forum plutôt qu’à l’hôpital de bord ! Merci au commandant Dudouit, à ses officiers et à tout son équipage pour avoir assuré notre bien être sur le bateau et au cours des escales en toute sécurité, et avoir toujours été disponibles pour répondre à nos questions sans doute farfelues parfois, et par leur gentillesse, de nous avoir permis de nous sentir chez nous chez eux. Nous voulons attribuer une mention particulière à l’équipe des cuisines, du bar, du restaurant, et notamment à Jean le maître d’hôtel souriant et malicieux avec son plateau de fromages, à Mr Cornet, le chef cuisinier car s’il est vrai que pour nous touristes le but de ce voyage n’était pas gastronomique, leur performance en matière de repas et de service ont largement contribué à créer l’ambiance formidable qui règne sur ce navire. A vous tous ici, mais aussi à tous ceux que nous avons peut-être oubliés dans notre liste mais qui ont été des rouages essentiels à la réalisation de ce voyage, nous adressons un grand merci pour votre gentillesse, votre disponibilité, votre discrétion et votre professionnalisme. A vôtre santé !! »
Effectivement un cocktail plus que généreux suivait cette manifestation et Philippe notre accompagnateur s’échappait de l’infirmerie avec l’autorisation médicale. Nous sommes réjouis qu’une grande partie de l’équipage que l’on ne voit que rarement partage notre soirée. Hier soir c’était le pot du commandant tout aussi généreux suivi d’une soirée musicale ou Mathieu notre accompagnateur entomologiste à Crozet prouvait ses talents à multiples facettes. Hier soir interprète compositeur il assurait avec Jordan un redoutable et très doué guitariste, un numéro de duettistes. Et ce soir c’est le pot du préfet avec barbecue sur la plage arrière… Enfin si le vent le permet. À suivre.
Bernard F.

Pour télécharger, le journal de bord complet d’OP3-2013, cliquez ici