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30 mars 2016

Journal de bord du Marion Dufresne (OP Eparses-2016)

Suivez au fil de l’eau, la rotation du Marion Dufresne dans les îles Eparses qui se déroulera du 4 au 20 mai 2016.

Mercredi 4 Mai

1, 2, 10, 15…..26.
A 14h30, ils sont tous là, ces 26 passagers qui ont décidé d’embarquer pour cette nouvelle OP.

Chacun s’installe dans sa cabine, prend ses marques sur le navire. Il y a ceux qui, en 1h, ont déjà exploré les moindres recoins du bateau. Ceux qui sont déjà venus et retrouvent leurs habitudes. Ceux qui se perdent, revenant inévitablement à leur point de départ. Ceux qui défont doucement leur valise, consciencieusement, et anticipent sur un mal de mer qui pourrait les assaillir un peu trop rapidement. Ceux qui contemplent l’horizon, rêveusement…

Il y a de tout, dans un groupe de 26 passagers.
Et cela en fait du monde à rencontrer, des parcours à découvrir, des histoires à écouter… une rotation qui s’annonce riche, ensoleillée et animée !

Anne Recoules

© Josiane Volck

Jeudi 5 Mai

Un petit message…

Le Marion Dufresne trace sa route, chargé de son fret et de ses touristes. J’ai embarqué mercredi, comme les autres. Mais je suis un petit nouveau. La prise en charge est rodée, tout le monde est souriant. Mon petit peu d’appréhension s’évanouit.
Ma cabine : grand sabord, grande couchette, grand bureau, grande armoire. Super clim’, pas de bruit de moteur et, bonheur, voisins silencieux !

Philippe

© Josiane Volck

Vendredi 6 Mai

Marion Dufresne, 6è district des TAAF. A son bord, pas de cabane sur une immensité inhabitée, mais une cabine sur l’immensité marine. Île nomade peuplée de rencontres, richesse inestimable qu’aucun pirate n’a encore pillée.

Des coursives à la DZ, de la passerelle aux cales, l’improbable se vit pour qui ose l’aventure. Celle que je réitère encore, avec cette interrogation : pourquoi n’es-tu pas un homme Marion Dufresne ?

Je serai la femme faite mer qui s’ouvre devant ton étrave, qui caresse ton passage, qui frappe ta coque de déferlantes sournoises, qui force ton tangage, qui use ton moteur, qui porte ton poids pour que tu continues de flotter encore plus loin, qui écume après ton passage mais revient toujours contre toi, qui t’accompagne dans les énièmes vieillissants. Et, dans notre sillage, de mers en océans, une multitude de monstres marins témoigneraient de nos amours.

Oui, pourquoi n’es-tu pas homme Marion Dufresne ?

Véronique

© Josiane Volck

Déjà deux jours à bord ! Nous filons à vive allure, vers la pointe de Madagascar. Une bonne houle nous permet de vérifier très vite notre aptitude ou pas au mal de mer. Mais la plupart des passagers - aguerris - et pour beaucoup presque des familiers du Marion Dufresne, profitent de la traversée sans problème.

Immensité de l’Océan Indien, seulement trois bateaux croisés depuis notre départ. Magie du Marion et de tous ses équipements technologiques et scientifiques de haut niveau, sans oublier la grande grue qui déplace les conteners et qui fascinerait mon petit Thomas. On y croise des gens de tous horizons, scientifiques, botanistes, représentants des forces armées de la zone sud de l’océan indien, (on dit FAZSOI) plus passionnants et passionnés les uns que les autres.

Ces professionnels partagent avec nous leurs connaissances : un programme de conférences monté par Anne nous attend chaque matin. Privilège sur cette rotation d’avoir une présentation des TAAF par Madame le Préfet qui nous accompagne et échange avec nous avec une grande disponibilité. Découverte des enjeux scientifiques, stratégiques et géopolitiques, que les TAAF s’emploient à mieux faire connaître et comprendre. Cet après-midi formation à l’embarquement dans l’hélicoptère qui nous débarquera sur les îles. Arrivée prévue sur Europa le 8 mai prochain.

Brigitte

Samedi 7 mai

Journée encore bien remplie. Démarrée pour beaucoup d’entre nous très tôt, car nous n’avions pas noté le décalage d’une heure, changement de fuseau horaire oblige ; nous sommes désormais à l’heure de Madagascar. Ce fut l’occasion de passer un peu de temps sur le pont admirer le soleil levant sur les côtes malgaches.

Après un petit déjeuner toujours apprécié, nous avons enchaîné un programme soutenu. Visite des machines sous la conduite du chef mécanicien - on dit « Le Chef » - qui nous a fait découvrir les entrailles du navire de fond en comble avec une explication détaillée des écrans de contrôle. Puis, de la passerelle où le commandant a eu la patience de répondre à toutes nos questions, parfaites innocentes mais toujours pleines de curiosité et d’admiration.

Et le clou de la journée a été bien sûr la séance de tamponnage, conduite par le commandant lui même ! Un rite d’initiés que l’on regarde d’abord avec étonnement, un peu amusé, et puis on se prend vite au jeu, courant après les tampons pour être sûr de ne pas en manquer un ! Un petit film nous avait expliqué juste avant l’importance de ce courrier et de ces timbres spécifiques aux TAAF pour les hivernants et pour les collectionneurs.

Demain arrivée à Europa.

Brigitte

7 mai

L’envers du décor.

Nous qui piégeons dans nos objectifs les plus belles images, du lever au coucher du soleil, qui livrons aux vents marins nos chevelures ébouriffées, qui guettons les oiseaux et nous laissons nonchalamment bercer par une houle modérée, devons bien rendre hommage à ceux qui travaillent dans le bruit et la chaleur de la salle des machines. En découvrant l’envers du décor je mesure combien la vie du marin peut-être rude. Certes nous n’en sommes plus aux voiliers d’antan mais les cales du Marion ne resserrent pas que des vivres. C’est aussi un atelier où chacun s’active pour que « ça tourne rond », un impressionnant magasin de pièces détachées soigneusement remisées, une organisation rigoureuse que l’on ne soupçonne pas du pont supérieur.
Ces gens discrets quasi invisibles nous permettront, demain encore de nous envoler vers les rivages d’Europa pour goûter les ardeurs du soleil et la douceur de l’océan, observer les oiseaux et la flore unique de ce petit bout de France.

Josiane

Nous ne pourrons plus dire : « La philatélie, je m’en tamponne ».

Il n’y pas à bord du Marion que des marins, des scientifiques, des touristes friands d’aventure, ceux là vous ne les verrez pas… pourtant ils partagent notre passion des voyages, ils nous accompagnent dans nos escales. Ce sont tous les collectionneurs de timbres et de flammes qui confient aux agents des TAAF de mystérieuses enveloppes pleines de rêves invisibles. Ils méritent bien qu’on leur consacre un peu de notre temps en assouvissant nos propres fantasmes de « postier ou de postière’’ car nous avons tous aimé à l’école maternelle jouer avec des tampons, non ?

A l’heure des courriels et des communications satellitaires, eux peuvent attendre des mois le retour de leur enveloppe magique, griffée dans la bonne humeur lors de la séance ‘’philatélie’’ qui fait partie des rituels de ce bateau.

Josiane

Dimanche 8 et lundi 9 mai

Première expérience de débarquement. Suspense du timing, vérification sur le tableau d’affichage « tu es dans quel groupe toi ? » 1 /2 heure de retard ! nous annonce Anne. Normal, priorité aux opérations de logistique. Tout le groupe est fin prêt, masques, tubas et appareils photos rassemblé dans la coursive pont G. Et puis l’excitation de la traversée à bord de l’hélico, la beauté de cette île perdue avec ses récifs qui l’entourent, dégradés de bleu profond, de vert, de blanc.

Les deux balades dans l’île, accompagnés par des botanistes passionnants et par l’équipe des TAAF nous ont permis de découvrir la flore, la lutte contre les chocas envahissants, la beauté des sansouires . Croisé quelques chèvres, vu de magnifiques frégates et ….de belles toiles de grosses araignées …splendides ont trouvé certains, moi qui en ai la phobie, beaucoup moins. Une île tout de même aride et difficile pour le détachement qui y stationne .

Une journée de travail bien remplie par toutes les opérations de logistique et un coup de chapeau à Pierre, notre pilote d’hélicoptère qui a fait près de 10h de vol allers et retours pour transporter passagers et fret - 30 tonnes d’eau en bouteille, par exemple - entre l’île et le navire .

Cérémonie de commémoration à bord du Marion D. le 8 Mai conduite par Madame le Préfet avec l’équipage et les militaires en tenue, et le 9 sur la base pour la journée de l’Europe avec le représentant de la Commission européenne en charge du programme de coopération régionale avec les TAAF, qui participe à cette mission . Hasard heureux du calendrier, cérémonie émouvante sur Europa, avec le détachement qui bientôt sera relevé.

Prochaine étape Juan de Nova demain matin.

Brigitte

Europa

Europa, j’ai posé pied à terre et une colonie de polypes est venue y fixer son corail. Une barrière solide pour réparer mon squelette fêlé. Échouée sur le platier, je rêve d’une colonisation par ses habitants les plus téméraires. La devise du lieux n’est-elle pas : « Qui ose, Gagne » ? Quelques ascidies aux teintes délicates, un couple d’ophiures chatouilleuses, une planaire persanne entichée d’un nudibranche charnu, cette murène juvénile qui se dit qu’elle pourrait, à l’occasion, prendre place dans ma tignasse sableuse, des anémones gracieuses aux bouts de mes doigts de pied, et un poisson clown pour me faire rire de cette situation. Pour celle qui a parcouru une première fois les sentiers de l’île, voir l’envers du décor de la rotation, ou plutôt, en fait, l’endroit de l’Opération Portuaire en cours, est un privilège apprécié. A bord, nous sommes une tolérance, le Marion est ravitailleur et je suis ravie de cet ailleurs.

Véronique

Evasion collective sur le Marion Dufresne !!!

Incroyable ! Et jamais vu jusqu’ à ce jour, une opération très certainement longuement préparée, qui a nécessité des complicités nombreuses à tous les niveaux du personnel des T.A.A.F.

Jugez-en :
Un hélicoptère Hélilagon a réussi à se poser une fois le Marion Dufresne en route. Des professionnels sont en cause. Cet aéronef a vu ses pales démontées et a été caché. Enfin, une fois à Europa, il a exécuté d’innombrables rotations pour débarquer du matériel en quantités impressionnantes. Le tout avec un professionnalisme qui en dit long sur la préparation de ces vols, le mot est le bon.

Encore plus inquiétant, un homme se promenait, l’air de rien, avec un drone ! Quelle est sa cible ? Quelle personnalité doit-il neutraliser ? Madame le Préfet ?

Les militaires semblent tous avoir été abusés. Ils ont laissé les intrus se promener toute la journée, prendre des photos et des vidéos. Quel ennemi se cache ? Quelle invasion se prépare ?

Chacun sait que cette île est ultra-protégée, que nous y avons construit des fortins Mais comment nos soldats résisteraient à une flotte, à une armada Malgache ? Mauricienne ? Mozambicaine ? Il n’est que temps de diligenter une enquête.

Bla-Bla-Radio Dernière

Madame le Préfet aurait été aperçue avec les mutins. Elle est donc toujours vivante. Qu’attend le gouvernement pour réagir vite et fort ?

Blabla-Radio der des der

Concernant les événements d’hier, l’enquête privilégie la piste de la folle rumeur et les passagers sont retournés sur Europa. Une question : qui sont les parents d’Europa ?

Les passagers donc se sont de nouveau promenés, mais sur d’autres sentiers, ont pique- niqué, et pour certains siesté sous les filaos, mais sur des fruits beaucoup plus inconfortables que des noyaux de pêche. Quelques autres plus dynamiques ont eu la grande chance (fortuna audaces juvat) d’assister à une émergence de tortues, jeunes et innocentes. Pas longtemps, les frégates les ont aussitôt toutes dévorées. Comme quoi dame fortune, encore une fois, ne récompense pas les jeunes à leur juste mérite. D’un autre côté, pourquoi infliger à de joyeux touristes un si cruel spectacle ? A mon point de vue, pas de celui des frégates.

Pour le reste, M-D est toujours géostationnaire. L’alizé souffle ses 40km/h, disons 25 petits nœuds ou encore F5/6. C’est rafraîchissant et c’est le meilleur anti-moustique na-tu-rel. Cela m’a évité de regrettables représailles. C’est fou ce que je sais être généreux quand on ne m’importune pas.

J’ai ramassé et transporté trois semelles de tongs, deux bouteilles de plastique. Là aussi généreux que je suis, j’ai laissé le reste aux autres.

Avec ces bonnes actions, et après le pot de Madame le Préfet, je vais passer une bonne nuit.

Vive Marion Dufresne, Vive les T.A.A.F., Vive la République ! Et Vive Europa et Vive l’Europe !

Philippe


Mardi10 - Mercredi 11 Mai

Contraste avec Europa : nous découvrons une île qui ne dément pas la « promesse » des cartes postales vues dans la boutique de Sandra : 5 km2 de paysage de filaos se balançant doucement sous le vent, des cocotiers splendides, un camp militaire qui pourrait servir de cadre au tournage d’un film, une station météo où l’on séjournerait bien quelques jours, fasciné par la vue de la mer, ses dégradés de bleu et de vert et le blanc du sable de corail.

La maison Patureau mériterait d’être restaurée ou au moins préservée, une histoire à elle toute seule avec son escalier monumental et ses balcons de fer forgé en forme de poisson. Un peu mégalo sans doute Monsieur Patureau mais un certain sens artistique. Pas vu de chat mais des traces oui, deux petits requins sont venus dire bonjour à Alexandre, quelques hérons graciles. Ce n’était pas la période pour les sternes hélas, mais de tout façon les allers et venues de l’hélicoptère les aurait probablement tenues à l’écart.

Deux jours de balades autour de l’île, est, ouest, nord sud, nous avons eu le choix des circuits guidés par nos collègues des Taaf, toujours attentifs.

15h30, l’hélico nous ramène à bord, bien fatigués mais heureux. Douche, machines à laver, et mails à nos choupis !

Route vers Mayotte.

Brigitte

Mercredi 11 Mai

Nous avons embarqué depuis une semaine sur le Marion Dufresne. Nous sommes 26 "touristes" ; 10 "solos" (5 femmes et 5 hommes), les autres sont en
couples. Les âges varient de 32 à 79 ans. Trois nationalités sont représentées : une passagère espagnole, un Suisse ; les autres sont français, la grande majorité vit à la Réunion ou à Mayotte. Bien que la diversité des professions soit large, beaucoup d’entre nous travaillent dans l’enseignement (professeurs) ou la santé (chirurgien, dentiste…)

M’accompagnent aussi une cartographe, un muséologue, une archiviste, une
professeure de tennis, un agriculteur, un fonctionnaire en environnement-santé, un biologiste. Une grande proportion d’entre nous profite de la retraite. Ce n’est pas le cas de la chercheuse-sociologue qui est à l’origine de ces lignes. Beaucoup d’entre nous ont déjà beaucoup voyagé avant d’embarquer à bord du Marion Dufresne.

Pierre, le pilote d’hélicoptère, est absolument extraordinaire. Il travaille durant toute la journée à chaque escale, depuis le lever jusqu’au coucher du soleil. Toujours avec un ample sourire et une attention particulière pour chacun des passagers. Parfois, il nous régale en faisant quelques pirouettes durant les brefs trajets entre le bateau et les îles. Il aime son travail.

Sur le Marion Dufresne, la plupart des personnes ayant choisi de participer à cette rotation ont également choisi leur métier/profession.

On continuera de mettre à jour ce journal de bord, car beaucoup d’autres
personnes sont indispensables sur ce bateau (les scientifiques, le médecin,
le cuisinier, la responsable de la boutique, les serveurs, le barman, le
représentant de la Commission Européenne, Madame le Préfet, …)

Pepa Cruz

Vendredi 13 Mai

Mayotte

L’île aux parfums est belle, vue du grand large… avec Le Choungi qui domine à l’horizon et les îlots éparpillés dans le lagon.

Revenir à Mayotte, vingt trois ans après, c’est beaucoup d’émotion.

Tout a changé, à part les bruits de la barge que l’on a empruntée tant de fois pour partir au travail, les mêmes cris des taxis pour haranguer leurs clients « Labattoir, Pamandzi , Labattoir… ». Les mêmes cris des bouinis devant leurs petits tas d’oignons, de fruits ou devant les braseros enfumés où cuisent leurs brochettes… les mêmes lambes chatoyants sur les rondeurs des femmes, les mêmes visages maquillés au santal, les mêmes odeurs douceâtres, la même humidité, la même chaleur et pourtant rien n’est plus pareil !

En arpentant les rues de Mamoudzou à la tombée de la nuit, on ne reconnaît presque rien, pourtant la SNIE est toujours là, la place Mariage aussi mais les constructions se sont multipliées au point que l’entrée de la rue du commerce est méconnaissable. Nous l’avons connue à double sens, sans trottoir, sans caniveau avec les cabris qui venaient se nourrir sur les tas d’ordures au coin des ruelles. Je reconnais cependant quelques boutiques qui ont fait semblant de se moderniser. La Mairie, elle, est flambant neuve. Jusqu’à la pointe Mahabou, ce ne sont que tôles, planches, palettes en bois, pans de murs hérissés de fer à béton, tout ce quartier n’existait pas et c’est un véritable bidonville. L’école des manguiers est toujours là mais il n’y a plus de zébus sur le petit stade et la mangrove aura bientôt disparu.

On risque un œil dans les cours où des enfants s’ébattent, où des femmes bavardent bruyamment sur le pas de leur porte, affalées sur des cartons, comme dans les films de Fellini. Toujours pas un mot de Français !

Les déchets s’accumulent un peu partout, pourtant nous croisons un camion poubelle qui n’existait pas à notre époque. Le nouveau marché couvert s’est construit, à l’entrée de la mangrove, là où les boutres s’échouaient à marée basse en attendant de repartir décharger les cargos ancrés dans la baie entre Petite et Grande Terre.

Au fil de nos pas, des mots de shimaoré me reviennent comme des bulles de souvenirs qui resurgissent : « Moja, bili , trarou, gege mouegné, gege dagoni, djema, caribou, Maharabah, bacoco »…

Le Marion scintille dans la nuit, il est temps d‘y trouver refuge. Nous n’aurons pas ce soir le loisir d’en voir beaucoup plus, mais ça suffit pour me conforter dans l’idée qu’il faudra encore bien du temps pour que le 101éme département français redevienne l’île aux parfums dépeinte dans les dépliants touristiques.

Josiane


Lundi 16 Mai


Dernière nouvelle (imaginaire) de la Grande Glorieuse…

A - Une découverte qui risque de changer l’avenir de l’île.

Ce matin un groupe de chercheurs a découvert inopinément deux carrières de sable blanc. Réunis au siège de la Légion, il est vite apparu l’alternative suivante…

1-Les légionnaires sont pour le secret-défense, et pour le classement de ces deux carrières en matériau stratégique. Ils sont aussi pour le doublement de leurs effectifs.

2- Les chercheurs sont pour la publication de leur découverte, en espérant obtenir des crédits supplémentaires.

Mais ceux qui sont chargés de la défense et de la protection de l’environnement sont contre toute exploitation de ce sable. Vont-ils pouvoir tenir face aux pressions qui ne vont pas manquer ?

B – Un drame évité (de justesse, bien sûr !)

Un cadre des TAAF (c’est l’acronyme pour Touristes Alcooliques et Anonymes Français) a failli se baigner sans enlever sa montre. Heureusement un touriste lui a fait remarquer son oubli à temps. Ouf !

C - Des tâches ingrates mais nécessaires !

  • Ne restez jamais seul(e)
  • Ne fumez pas dans la nature
  • Ne nourrissez pas les animaux
  • Casquette et lunettes solaires obligatoires
  • Ne jetez pas vos sandwiches dans la nature
  • Gardez votre sang-froid si vous voyez votre première tortue
  • Pour les suivantes aussi
  • N’utilisez pas votre flashs
  • Essuyez vos pieds avant de monter dans l’hélico
  • Découvrez-vous aussi (pas de couvre-chef au moment de monter dans l’hélico)

Philippe

Lundi 16 - Mardi 17 Mai

Les Glorieuses

La série « cartes postales » s’est terminée sur des images de cocoteraie avec tous les dégradés de vert. En fond, toujours, cette mer bleue, mais un peu différente de Juan de Nova, on nous avait prévenus ; celle-là est laiteuse en bord de plage à cause des petites algues calcaires broyées

Fraîcheur de la splendide cocoteraie, chaleur torride de la plage, course à l’ombre des filaos, quelques cours d’espagnol au passage avec Pepa pendant la pause pique-nique.

Un peu de déception chez les mordus de la plongée : la présence de requins les a empêchés de s’éloigner de la plage, et du coup, peu de choses à voir. Quelques tortues tout de même, un gros mérou patate, et un bébé tortue cherchant maladroitement son chemin jusqu’à la mer.

Dernier retour en hélicoptère, dernier frisson avec Pierre qui nous a fait survoler le lagon et l’eau turquoise.

Appareillage sous un soleil couchant magnifique. Le temps du bilan approche : échanges de photos, partage d’impressions. On perçoit quand même une pointe de regret de ne pas avoir vu plus de faune et de flore. La brochure qui décrit les îles Eparses nous a fait tant rêver. Mais elle ne dit pas assez que la rotation s’effectue en dehors des périodes de reproduction des oiseaux, qu’il faudrait rester plus longtemps pour voir les tortues pondre, et que les récifs ne sont pas accessibles…

Allez, ne gâchons pas notre plaisir, et profitons de ces derniers jours merveilleux passés sur le Marion D.

Brigitte

Mardi 17 mai

Encore une bonne nouvelle !

Vous vous souvenez tous de ce jour triste où on nous a volé une heure de séjour sur le MD. Et bien, après de discrètes négociations menées au bar du forum, l’OPEA nous a laissé entendre que la restitution était en très bonne voie. Il ne restait plus qu’à régler quelques détails. Cela est réjouissant.

Par contre, le commandant ne veut pas que l’hélico se pose sur l’avant du bateau ? Cela générerait la veille de nuit. Sécurité d’abord. Il est désolé pour les photographes.

Et aussi je vais vous poser une devinette : quelle est la caractéristique qui distingue le MD des autres bateaux ordinaires ? Je vous aide : vous la voyez plusieurs fois par jour…

Philippe

Jeudi 19 et vendredi 20 mai

A peine sortis de la baie de Port Louis, nous avons senti les prémices de ce qu’allait être notre dernière nuit à bord. Pour ne pas en perdre une miette, j’ai pris un café qui allait, à n’en pas douter, m’empêcher de dormir. Qu’à cela ne tienne j’étais décidée à profiter un maximum des ces heures d’agitation que je ne revivrai pas de sitôt. Je guettais les bruits du Marion : les frémissements de sa coque, les craquements de son ossature, le ronflement des turbines, le claquement d’une porte mal fermée, le roulement des objets mal arrimés, la chute d’une échelle dans une cabine plus loin.

Petit à petit, toutes ces résonances se faisaient plus agressives, plus violentes, je finissais même par entendre des instruments de musique dans cette cacophonie maritime, un basson, non un tuba ou peut-être un hélicon ? A croire que cette musique n’avait pour but qu’amadouer les sirènes qui sans doute dansaient une sarabande à la crête des vagues. Par le sabord, je voyais la constellation du scorpion se balancer comme une jouvencelle. Bien calée dans ma bannette je me laissais bercer par le roulis de plus en plus puissant. En fermant les yeux je voyais la proue du bateau s’enfoncer dans l’eau noire puis montant à l’assaut d’une vague pointer vers le ciel dans un jet d’embruns qui recouvraient le pont .

Puis, un peu avant quatre heures, alors que des voiles de nuages masquaient discrètement la course des étoiles, le ronronnement du moteur a repris son souffle habituel. Le rythme du balancement s’est atténué. Les premières lumières de La Réunion pointaient à l’horizon : le phare de Ste Suzanne, les flashes des éoliennes dans les hauts, puis les guirlandes orangées dégoulinant de Montgaillard, de St François, de Bellepierre.

Pas de doute nous étions au bout du voyage. Alors, recrue de sommeil, épuisée d’avoir toute la nuit passé en revue tout le champ lexical des bruits puisé dans ma mémoire, mollement bercée par les sons familiers du Marion, je me suis assoupie pour retrouver en rêve les tortues, les fous, les sternes et les frégates que je n’ai pas vus.

Josiane