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8 mars 2018

Journal de bord du Marion Dufresne OP1-2018 (avril)

MARION DUFRESNE – 29/03/18

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appareillage

© Jean-René Lapierre

Le premier jour vu par Jean-René et Marie-Lise :

"12h45 : nous voilà sur le quai pour le RV de 13H, nous faisons la connaissance de Marielle et d’Eric, de Martine et d’Olivier arrivés avant nous. Quelques photos souvenirs du MD à quai et de nous devant lui et Clémence notre accompagnatrice nous fait monter à bord. Recueil des passeports, attribution des cabines et de leurs clés puis exercice de sécurité obligatoire avant d’appareiller.
La tenue de survie en mer froide de couleur orange me fait penser à un personnage de dessin animé, dans la panique je me demande comment nous arriverons à garder suffisamment de calme pour enfiler cette combinaison néoprène.
Signal d’alarme alors que nous sommes en cabine, pour un exercice d’évacuation : tout le monde avec le sac de survie sur le pont H près de notre couleur de rassemblement : prise des noms des présents.
L’exercice se termine, nous pouvons prendre le large.
Nous accueillons avec une heureuse surprise l’annonce par Clémence que nous montons vers le nord pour récupérer et déposer le personnel de Tromelin : c’est une excellente nouvelle. Nous devrions y être demain vers 12h.
La mer est calme et nous nous laissons bercer par le léger roulis du bateau."

Le premier jour vu par Brigitte :

"Nous y sommes,
Là,
Sur le Marion Dufresne !
Nous faisons la connaissance de Clémence qui a guidé nos pas jusqu’à ce moment tant attendu.
Madame la préfète et le commandant nous accueillent et nous donnent les dernières nouvelles des TAAF, Clémence, les étapes de la rotation !
A notre joyeuse surprise, nous apprenons que la rotation commencera par une escale à Tromelin ( les Eparses), puis nous nous installons et faisons la connaissance de nos compagnons d’aventure.
D’une coursive à l’autre, d’un pont à l’autre, de l’arrière à la proue du navire, nous allons…chacun à notre envie. Nous le faisons nôtre ce MD. "


TROMELIN – 30/03/18

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Tromelin

© Jean-René Lapierre

Le second jour vu par Jean-René et Marie-Lise :

"Tromelin : en cette période de fin de nidification, impossible d’atterrir sur la piste envahie par les oiseaux, le seul lien possible reste le bateau et le transbordage par hélicoptère.
Une île plate, une végétation arbustive de veloutiers et un soleil écrasant qui ne nous empêche pas de faire un demi-tour de l’île. C’est l’île des météorologistes qui sont restés là-bas pendant très longtemps et qui l’ont délaissé après avoir automatisé la station. Les TAAF ont pris la relève dans le cadre de la Réserve naturelle. Ils ont si bien réussi que les oiseaux sont revenus et que les liaisons aériennes ne sont plus possibles pendant certaines périodes : les résidents vont-ils subir le même sort que les esclaves oubliés pendant 15 ans ? C’est vraiment une île de robinsons.
Retour sur le bateau et direction la Réunion pour y déposer le personnel."

Le second jour vu par Brigitte :

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fou à pieds rouges

© Brigitte Conan

"Mer belle, temps chaud,
Le MD vogue vers l’île de Tromelin, ce confetti des Eparses d’un km2.
Sur le bleu de la mer, un trait blanc et vert ceinturé d’écume, c’est Elle !
La biosécurité terminée, nous sommes prêts à embarquer.
Courbés, par 5, guidés par l’équipe, nous montons dans l’hélico qui nous happe dans sa virtuose voltige aussi brève qu’intense.
Tropical, le premier pas sur cet ancien volcan arasé par la mer.
Blanche, la couleur du sable corallien.
En ce début d’automne, nous allons d’un pas lent, curieux entre les arbustes nains de veloutiers où les derniers fous masqués et à pieds rouges nichent. La sterne blanche se don vol soyeux nous salue. Les noddis fières de leur territoire nous rappellent à l’ordre.
Clément, de la réserve naturelle des TAAF, nous vers la plage et nous indique les sillons des passages des tortues. Entre vagues et écume, l’ancre de l’Utile rappelle son naufrage et sa tragédie.
De retour à la base, nous sommes accueillis avec maints délicieux gâteaux et boissons fraîches préparés par les hivernants.
Moment chaleureux et graves d’émotion, heureux de nous faire partager leur expérience.
Demain, les hivernants de Tromelin rentrent à la Réunion.
Prochaine étape Crozet."

"Sueurs chaudes à Tromelin" par Anne :

"Ballade de 2h à Tromelin par 46°C, valant une bonne séance de sauna.
Hitchcock n’y aurait pas reconnu ses oiseaux : ceux d’ici sont bienveillants,
ils prennent volontiers la pose pour les photographes, nous survolent de très près avec curiosité mais sans animosité. Pas d’attaque en règle, ni même de lâcher de fiente ciblé sur les intrus que nous sommes.

Les résidents enfin relevés nous ont préparé une collation bienvenue :
boissons fraîches et différents gâteaux délicieux à la noix de coco.
Les stocks étant épuisés, la ressource locale -introduite donc menacée d’élimination- a été splendidement exploitée.

Les humains qui passent ou séjournent un temps sur ce lambeau de sable écrasé de soleil, eux-mêmes espèce allochtone faut-il le rappeler, apprécient l’ombre légère des quelques cocotiers venus d’ailleurs qui donnent généreusement leurs fruits. Espèce non invasive, le cocotier a-t-il une chance d’échapper à l’éradication à Tromelin ?

Cette brève escale nous fait entrevoir à quel point ce qui est pour nous un bonus inespéré dans notre périple aura été un enfer pour les malheureux esclaves "oubliés" 15 ans sur l’île. "


MARION DUFRESNE – 31/03/18

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Vue sur la Réunion

© Jean-René Lapierre

par Jean-René et Marie-Lise :

"Nous naviguons à vive allure vers le sud et passons au large de St Pierre vers 16H pour une dépose par hélicoptère et maintenant nous partons vraiment vers les terres australes. J’essaie de reconnaître les villes de la Réunion, car nous avons longé la côte depuis St Gilles environ : la route des tamarins et ses ouvrages d’art sont très visibles de la mer, les hauts de l’île sont toujours sous les nuages mais nous arrivons entre 2 trouées, à voir le massif du Piton des neiges.
Direction Crozet et pourquoi pas Europa ?"

par Claudine :

"La première pensée en se réveillant est de regarder la mer, pour l’instant sous le soleil.
Le petit déjeuner ne déroge pas à l’habitude, il est généreux et convivial.
Après une petite lessive, histoire de ne pas se laisser déborder, il est l’heure de rejoindre Clémence en salle de conférence pour un rapide tour d’horizon du programme de la journée.
Nous récupérons nos adresses mails du MD et c’est déjà l’heure de la conférence du jour : présentation des TAAF par la secrétaire générale Anne TAGON, au cours de laquelle nous découvrons les spécificités administratives et juridiques de cette collectivité d’outre-mer.
Il nous reste juste le temps de visiter, silencieusement, la passerelle - nous aurons une visite explicative plus tard – avant d’aller déjeuner.
A 16H, en salle de conférence, un documentaire sur les oubliés de Tromelin, nous relate la tragique histoire du naufrage de l’Utile, où 80 esclaves malgaches ont été abandonnés sur la minuscule île de Tromelin et dont seulement huit survivants seront secourus 15 ans plus tard. Des recherches archéologiques entamées en 2007 ont permis de reconstituer les stratégies qu’ils ont employées pour survivre dans ce milieu hostile. Ce film nous invite à méditer sur la valeur humaine de l’époque et ce que l’homme est encore capable de faire subir à son prochain…
Nous profitons de la proximité des côtes de la Réunion, où les hivernants de Tromelin seront héliportés jusqu’à l’aéroport, pour communiquer avec nos proches. C’est la fin d’une aventure pour eux. A travers leurs sourires, nous sentons la nostalgie poindre.
La soirée s’écoule dans la bonne humeur.
Un film vient clôturer cette journée. La pleine lune illumine la mer."

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premier jour de navigation

© Brigitte Conan


MARION DUFRESNE – 01/04/18

Par Jean-René et Marie-Lise

"Après une nuit de mer toujours très calme, dès 7H Marie-Lise, Anne et Jean-René sont déjà en salle de sport pour un peu de vélo, de marche nordique, et de tractions, afin de réveiller l’organisme. D’autres adeptes du sport matinal les rejoignent très rapidement.

Après le petit déjeuner, une conférence de 2 heures, par Clément, nous explique tous les tenants et aboutissants de la Réserve Nationale Naturelle des Terres Australes et Antarctiques Françaises.

Alors qu’une première conférence la veille, animée par Anne puis Clémence nous avait détaillé la superbe organisation administrative et logistique des T.A.A.F., cette deuxième présentation est très ciblée sur la protection de l’environnement et sur la biodiversité des T.A.A.F.

Le travail effectué par les missions successives afin de dépolluer certains sites, de protéger la faune et la flore, de bâtir et maintenir des infrastructures indispensables aux missions des scientifiques, et ce dans des conditions climatiques très dures, est particulièrement remarquable.

Les prouesses réalisées par ces équipes ont d’autant plus de mérite que la fragilité des écosystèmes de ces territoires impose des protocoles de sécurité vis à vis de la biodiversité particulièrement drastiques.

Remarquable également est la cohabitation d’activités de pêche règlementées avec la Réserve Naturelle, au profit d’un contrôle strict de l’exploitation des ressources halieutiques et de la préservation de la reproduction naturelle en ce milieu.

16H : Un documentaire sur les 40ièmes rugissants nous donne l’historique des diverses actions réalisées au fil des temps sur ces Terres du Sud :
Exploitation des baleines, tentatives d’activités économiques toutes avortées, exploitations anarchiques de ressources et sans aucun souci de préservation de l’environnement.

L’obligation imposée aux pays d’avoir une présence humaine dans les territoires dont ils clament la souveraineté, amène la France à créer l’organisation des T.A.A.F. en 1955.
Cette organisation a depuis procédé à un développement harmonieux et une protection exemplaire de l’ensemble des territoires relevant de son autorité : Terre Adélie, Kerguelen, Crozet, Saint-Paul , Amterdam, Europa, Bassas de India, Juan de Nova, Glorieuses, et Tromelin.

La surprise du jour devait être le croisement d’un porte-avion américain escorté de 12 navires de guerre ! Mais le premier avril passant par là… aussi pour estomper notre déception, le commandant du Marion Dufresne nous a conviés à un bien sympathique pot de l’amitié à 18H45.
Après accueil et présentation de l’équipage, nous avons pu bénéficier de moments d’échanges et de convivialité supplémentaires au Forum."


MARION DUFRESNE – 02/04/18

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pétrel à menton blanc

© Brigitte Conan

par Jean-René et Marie-Lise

"Clément effectue en matinée des séances d’information sur la Biosécurité par petits groupes.
Présentation théorique, suivie de démonstrations au local dédié à la biosécurité.

Le bateau file droit vers les 40ièmes rugissants, la mer est devenue grise sous un ciel nuageux.
Il commence à faire plus frais, les pulls sont de sortie.
Signe des temps, au repas de midi : les verres sont de formes différentes, plus larges à la base, et des "grilles antidérapants" recouvrent partiellement les nappes de nos tables.
Pourtant le bateau est relativement toujours très stable, mais sans doute mieux vaut prévenir que guérir.

16H un film, la "Signature auditive des manchots" nous permet de découvrir l’importance des cris des manchots pour se retrouver en famille (entre mâle et femelle ou entre parent et progéniture). Ce en dépit du tumulte créé par la concentration de milliers d’individus.

Certains d’entre nous bénéficient de séances d’hypnose prodiguées par le médecin de bord pour aborder plus sereinement les effets éventuels d’une mer plus agitée.

Nous profitons de cette 5ième journée pour un peu de lessive à la buanderie, en prévision des journées plus denses une fois à Crozet, notre prochaine escale, dans 2 jours."


MARION DUFRESNE – 03/04/18

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position MD

© Jean-René Lapierre

par Jean-René et Marie-Lise :

"Toujours en route vers le Sud, le temps se rafraîchit bien : sortie des chaussettes et la couette est bienvenue pour la nuit.
10H : visite commentée par le Commandant de bord de la Passerelle, le lieu névralgique de direction et de surveillance du navire.
Divers points de regroupement de tous les outils d’aide à la navigation et de surveillance de l’ensemble des paramètres du fonctionnement des divers équipements du Marion Dufresne nous sont expliqués dans le détail.
Toutes les informations sur les points sensibles : moteurs, énergies, ventilations, incendies, températures, éclairages de signalisation, télécommunications… sont remontées en priorité en ce lieu. Après analyse, des interventions sur place sont éventuellement sollicitées pour vérification, voire action corrective.

Des caméras permettent de surveiller des zones non directement visibles de la passerelle, comme la piste d’hélico, ou le dérouleur de flexible d’alimentation des bases terrestres en gasoil.
Les positionnements du navire fournis de manière électronique, sont systématiquement reportés sur une carte papier, et les informations recoupées.
Passage de la latitude 40° Sud en soirée du 03/04/18.

14H : nous profitons d’un temps mort pour se rendre en salle de biosécurité, nettoyer les affaires que nous emmènerons sur CROZET.

16H : Un film documentaire sur les éléphants de mer.
Eléphants de mer sur lesquels des balises ont été posées et par les informations fournies permettent aux scientifiques d’approfondir leurs connaissances sur les habitudes en mer des éléphants (ils y restent 6 à 8 mois) et par ricochet les océanographes recueillent également des connaissances sur le milieu océanique antarctique."


MARION DUFRESNE – 04/04/18

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séance de tamponnage

© Jean-René Lapierre

Par Jean-René et Marie-Lise :

"Les 40ièmes rugissants somnolent : mer calme, ciel bleu.
A l’approche de CROZET, aujourd’hui c’est la journée philatélie.
10H : présentation de la philatélie dans les TAAF par le vaguemestre suivie d’un film sur les agences postales et le traitement du courrier par les TAAF. Les timbres utilisés ne peuvent être que des timbres émis par les TAAF, ceux de LA POSTE n’ont pas de valeur.

11H : Clémence nous donne le programme des 3j à venir. Nous descendrons à terre en hélico et reviendrons à bord tous les soirs  cela signifie biosécurité tous les soirs en rentrant.

15H : les bonnes volontés sont les bienvenues pour tamponner des divers cachets sur les enveloppes des courriers des philatélistes ou du courrier des usagers normaux. Tous ceux qui ont une responsabilité se sont faits un cachet qui sera apposé s’il y a encore de la place sur les enveloppes. Ce qui est fait en 1er : cachet des TAAF et signature de la représentante des TAAF à savoir sur cette OP1 2018 La Secrétaire Générale Anne TAGAND puis celui du Commandant de bord ESSAUYTIER et de sa signature puis le cachet des coordonnées du district et enfin s’il reste de la place, les autres : médecin, chef des OP, le pilote d’hélicoptère, le bureau de tourisme,….
Le courrier sera descendu à terre pour être oblitéré par l’agent postal et remonté à bord du Marion Dufresne, qui le ramènera à la Réunion (en même temps que nous) pour être distribué suivant les canaux habituels."


CROZET – 05/04/18

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base Alfred Faure

© Jean-René Lapierre

par Jean-René et Marie-Lise :

"MD est au mouillage dans la Baie des Marins depuis tôt dans la matinée.
A 07H les premières rotations d’hélicoptère commencent, nous le prendrons à 08H30.
Nous sommes accueillis par le chef de district Christophe arborant son écharpe tricolore de représentant de l’Etat Français.
Le temps se gâte et sous la pluie nous visitons la manchotière de la Baie des marins avec un agent de la Réserve naturelle. Il y a plein de poussins manchots avec leur pelage marron ; ils ne le perdront définitivement que vers novembre au moment d’aller en mer.
Les skuas et les pétrels sont là aussi pour essayer de prendre un poussin pour leur repas et ce fut le cas. Quelques éléphants de mer se prélassent sur le sable et lancent quelques grognements de temps en temps. Il y a environ 2 semaines, la manchotière a été dévastée par une tempête, et les poussins ont payé un lourd tribut. C’est un lieu bruyant et nauséabond.
A midi, nous mangeons à la base : copieux et bon.
Dans l’après-midi, nous continuons le programme prévu et partons vers le cap Bonnard pour voir les albatros qui y nichent en ce moment à même le sol. Le sentier qui y conduit est sur caillebotis. Un albatros se lève même pour nous laisser voir son petit. Le vent et la pluie ne semblent pas les gêner outre mesure.
Devant la persistance du mauvais temps, la visibilité est nulle, nous ne voyons plus le MD au large et se pose la question de la possibilité de notre retour. Il est envisagé de rester à la base et de s’accommoder et de s’arranger pour nous loger et nous nourrir.
Finalement, le ciel se dégage l’hélicoptère peut reprendre du service.
Contents de rentrer mais maintenant il faut faire sécher tous les vêtements et sacs : on recherche chaque endroit de la cabine qui puisse servir à suspendre le linge.
Avant le dîner, séance de biosécurité."

premier jour à Crozet vu par Eric et Maryelle :

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côte Crozet

© Eric Lubeight

"La première escale de notre périple est Crozet, mais que dis je, il s’agit de la deuxième escale après la merveilleuse surprise de Tromelin. Juste un mot pour exprimer cette forte émotion de fouler le sol de Tromelin. Emotion car c’est par Tromelin que ma compagne et moi même avons découvert les TAAF, un entre filet sur Tromelin dans un journal nous a fait tirer un fil qui a abouti à la rotation dont nous sommes les acteurs privilégiés aujourd’hui, mais ceci est une autre histoire.
Donc je reviens à Crozet que nous abordons de bon matin le 05 avril. L’ile se découpe au fur et à mesure du lever du jour, elle est assez austère mais attirante par mon envie de découverte. Rapidement nous sommes entourés par une nuée de manchots royaux venus nous souhaiter la bienvenue, je ne pensais pas être aussi attendu ….
A compter de 9 heures c’est l’effervescence, chacun s’est équipé pour passer une journée à fort caractère de découverte et surtout humide. Chacun compare ses bottes et son équipement anti pluie.
Décollage par groupes de 5 en hélico vers le district de Crozet perché au sommet d’une colline visible du bateau. Le vent souffle fort mais n’inquiète nullement le pilote qui nous dépose sur la drop zone du District en à peine 30 secondes. Chaque fournée d’hélico est accueillie par le DIRCRO (Directeur du District), représentant de la République avec son écharpe tricolore. Nous sommes bien en France.
Premier contact au lieu de vie ou le DIRCRO nous offre un beau discours de bienvenue, c’est un homme qui inspire confiance et nous sentons que chaque geste et chaque décision qu’il prend est d’une importance capitale pour la vie du District.
Le contact avec les hivernants est d’une facilité déconcertante, avec beaucoup de bienveillance, chacun d’eux répond aux multiples questions et se prête aux explications précises sur son domaine de compétence. Nous serons heureux d’avoir étoffé notre savoir grâce à eux.
Départ illico sous le chaperonnage de Cassandra vers la manchotière de la Baie du marin à 1,4 km en contre bas. Le premier sens qui s’éveille est la vue, la Baie du Marin est envahie par les manchots royaux et leurs poussins encore duveteux. Le deuxième sens qui jaillit est l’ouïe, un brouhaha indescriptible fait de cris que nous percevons comme tous les mêmes, mais non, chaque manchot à son « accent ». Enfin le dernier sens est l’odorat, comment dire ? Les fientes de nos amis manchots sentent très fort.
La matinée se passe à admirer, contempler, s’extasier devant ce spectacle de nature intacte et préservée. Cassandra et ses collègues ne sont pas avares d’explications sur ces drôles d’oiseaux, la passion de leur travail les anime, c’est certain.
Le retour vers la base se fait sous une pluie battante et se sera de même pour le reste de la journée. Après le déjeuner offert par nos hôtes nous partons toujours en bonne compagnie de nos scientifiques experts faire la connaissance des albatros hurleurs nichant à seulement quelques mètres de la base. Aucun soucis de voisinage, la tolérance est la règle dans ces contrées. Retour à la base après une visite des différents points stratégiques de celle-ci, l’hôpital, la résidence, la petite chapelle, etc….
Le temps n’est vraiment pas au beau et l’hélico ne peut décoller dans ces conditions, nous sommes vite informés que tout est prêt pour que nous passions la nuit sur la base le cas échéant, encore une surprise devant laquelle nous faisons bonne figure. Finalement une fenêtre de « beau temps » nous permet de regagner nos cabines sur le MARDUF devenu notre base à nous.
Il est prévu demain une sortie pour la journée vers BUS (Baie Américaine), mais dès le lever du jour un brouillard à couper à la machette s’abat sur Crozet. L’hélico ne décollera pas de la journée donc nous non plus, nous passerons la journée à tuer le temps mais sans aucune forme de frustration. Demain peut être….."


CROZET– 06/04/18

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ravitaillement gasoil

© Jean-René Lapierre

Par Jean-René et Marie-Lise :

"MD est toujours au mouillage dans la Baie des Marins.
Beaucoup de manchots curieux sont tout autour du navire.

L’opération de mise à l’eau du tuyau de ravitaillement des cuves terrestres en gasoil démarre.
Ce tuyau (ou gros flexible) est stocké sur le navire sur une énorme roue.
Une fois le bout descendu, il est tiré par un canot pour dérouler le tuyau, qui est ensuite raccordé aux infrastructures terrestres. Afin que le tuyau ne coule pas, des bouées lui sont attachées tous les 15 m environ. Vers 9H30 une annonce signale le démarrage du transfert de gasoil et l’interdiction de fumer.
Pas moins de 250 m3 de carburant vont ainsi rejoindre les cuves de stockage dans un délai de 8 heures approximativement.

Bien que l’hélicoptère soit prêt sur son pont d’envol, son moteur reste à l’arrêt.
La cause en est la météo qui n’offre pas une visibilité suffisante pour les opérations de transport aérien, ni du fret, ni des passagers : aléa de ces contrées australes.
Vers 10H30 la décision est prise : les passagers resteront à bord la matinée. L’excursion héliportée à la Base Américaine est reportée dans l’attente d’une meilleure visibilité.
Nous nous retrouvons au forum pour passer le temps.
Finalement, ce sera une journée à bord. Le programme est décalé à demain si la météo s’y prête."


CROZET - 07/04/18 et 08/04/2018

La journée du 07 Avril par Claudine et Olivier :

"Le programme de la journée est d’aller à la baie américaine (BUS en langage « taafien ») et de se rendre à pied à la petite manchotière.
La journée a bien commencé avec un lever de soleil magnifique sur l’île de l’Est qu’il n’est pas fréquent de voir aussi bien.
Après quelques minutes d’hélicoptère, le temps d’admirer le paysage, nous débarquons sur une plage de sable noir.
Nous explorons les lieux en attendant le reste du groupe. Côté mer quelques éléphants de mer chahutent. Côté rivière, les manchots sont assemblés et semblent intéressés par notre venue. Nous nous asseyons sur des rochers et ils s’approchent tout près, pas du tout effrayés. C’est un moment exceptionnel.

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manchots à BUS

© Claudine Chauvin

Le temps s’est mis à la pluie et une brume s’est installée. La radio nous apprend que nous resterons seuls, la météo ne permettant pas à l’hélicoptère de voler. C’est donc à cinq, et navrés pour les autres, que nous entreprenons notre marche vers la manchotière, qui débute par la traversée de la rivière et des souilles où une colonie d’éléphants de mer sommeille. Nous nous élevons au-dessus d’une falaise où nichent des albatros hurleurs à distance les uns des autres. Des lichens rouges sont accrochés aux rochers. En longeant le « Lac sans nom », nous observons les roches volcaniques qui ont suscité le nom de « Morne Rouge » donné à cet endroit. Nous traversons des prairies de graminées parsemées de nichées de pétrels géants.
Nous surplombons la « piscine des orques », absentes aujourd’hui, des à-pics où surnagent des algues semblables à de longs cheveux. Au détour du sentier côtier nous découvrons trois otaries à fourrure. Les oiseaux tournoient au-dessus de nos têtes. Nous découvrons la colonie de manchots, avec les poussins au duvet brun. Les voir entrer et sortir de l’eau dans les rouleaux est un spectacle de tous les instants. Des éléphants de mer escaladent avec difficulté un repli de la plage.
Après une pause méditative et émerveillée, nous prenons le chemin du retour. Le pique-nique en terrasse de la cabane achève cette belle échappée. L’hélicoptère profite d’une éclaircie pour venir nous chercher. Dommage, nous étions déjà prêts à passer la nuit dans la cabane."

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petite manchotiere

© Claudine Chauvin

07/04/18 et 08/04/2018

vu par Marie-Lise et Jean-René :

Ciel radieux ce matin en se réveillant, l’hélicoptère commence tout de suite ses rotations avec la base pour continuer la livraison des vivres pour que l’hiver qui vient se passe sans soucis …… et rapatrie les ordures qui doivent être traitées à la Réunion.
Vient le tour des passagers : un voyage de dépose vers la baie américaine (BUS) puis la météo changeante, ne le permet plus ; le reste du groupe est dirigé vers la Base Alfred FAURE pour la journée.
Cette déception a été largement compensée par la présentation qui nous a été faite par les résidents de leurs fonctions ou recherches en cours. Ce sont tous des passionnés.
Nous avons visité la centrale qui produit l’électricité de presque de l’ensemble de la Base, la caserne des pompiers, les garages, la production d’eau chaude.
Christophe ACQUIER, le chef de district nous a reçu dans sa résidence pour le café et nous a expliqué le fonctionnement de la base où chacun a une polyvalence qui permet l’entraide : pompiers, hôpital ; et les moments forts qui viennent créer la cohésion du groupe.
Les chercheurs nous ont expliqué leurs travaux en cours sur les manchots, les albatros et les insectes. Nous avons pu voir leur matériel de travail : les balises, les bagues ; les insectes qui sont dans la nature que nous ne voyons pas.
Nous repartons visiter la petite chapelle de Notre Dame des Oiseaux, minuscule mais avec une bougie toujours allumée.
Merci à Cassandra : son affabilité, son sourire et sa grande disponibilité nous ont accompagnés sur cette journée et aussi celle d’hier.

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chapelle

© Jean-René Lapierre

08/04
Dernière journée au CROZET, le réveil brumeux ne présage rien de bon : un brouillard à couper au couteau qui ne laisse absolument pas deviner que nous sommes près d’une île. Nous sentons tout de suite que la sortie vers BUS va être compromise donc nouvelle journée sur MD.
La pluie qui est tombée toute la nuit a fait grossir les cours d’eau de l’île et la rivière qui arrive sur la manchotière a entraîné les poussins vers la mer où ils se sont noyés et ont servi de festin pour les pétrels et les skuas.
La mer est de couleur marron, les manchots ne sont plus autour du bateau, s’ils s’aventurent c’est pour aller très vite rejoindre la mer bleue.
Plus que notre dépose pour tourisme, il faut envisager les solutions possibles pour rapatrier sur MD 31 personnes dont 1 blessé (jambe cassée).
Après consultation du commandant de bord, l’OPEA nous annonce un début des rotations vers 14H et un départ du MD vers 16H car le mauvais temps nous arrive dessus.
Finalement le brouillard se lève et permet de distinguer la Base, vers 13h30 commencent les 1ères rotations et vers 15h30, l’ancre est levée et avec 3 coups de corne de brume, MD continue sa route vers Kerguelen, en essayant d’avancer plus vite que le gros grain qui s’annonce.
Cette journée a présenté des côtés intéressants : les multiples cascades qui déboulent des falaises et qui avec la force des vents se dissolvent dans les airs ou remontent vers le ciel. L’île de l’EST dont nous n’avions vu que les sommets jusqu’à présent nous a montré ses côtes et ses rochers fichés en mer.
Repas du soir : le roulis s’est accentué sans que cela ne soit encore catastrophique, les filets de stabilisation sont de retour sur les tables et les verres ne sont plus à pied, les couverts de temps en temps prennent la poudre d’escampette mais nous arrivons à manger correctement. Cette nuit, nous serons un peu plus bercés que d’habitude.

vu par Eric et Maryelle :

"Ce matin le programme est alléchant, nous allons à BUS (Baie Américaine), apparemment un lieu magique, destination de la journée pour le groupe de touriste.
Un premier groupe embarque dans l’hélico et doit attendre à destination le reste de la troupe.
Mauvaise surprise, à quelques minutes près, personne ne pourra plus s’y rendre en raison d’une météo capricieuse et très soudaine.
Qu’à cela ne tienne nous ferons cette excursion vers BUS demain. A la place nous avons pu rejoindre la Base à la faveur d’une fenêtre météo favorable et du fait qu’elle ne se trouve pas dans la même zone de l’île. Nous aurons une visite approfondie des installations, commentée avec passion par leurs acteurs. Le DIRCRO nous a fait l’honneur de la Résidence, lieu central de la base ( sorte de mairie ). Le discours de présentation de son activité nous a confirmé son attachement à sa fonction et à son équipe.
De retour sur le bateau, nous retrouvons le premier groupe. Ils ne nous dévoileront rien de leur périple pour nous laisser le plaisir de la découverte.

Le lendemain dès le réveil le premier geste est d’ouvrir nos petits rideaux bleu marine, instantanément nos sourires se figent : un épais brouillard nous entoure. Après quelques hésitations, il est acquis que l’hélico ne décollera pas ce matin. Grosse déception de ne pas aller à BUS, mais c’est le jeu incertain des terres australes.
La journée s’est déroulée pour chacun de façon variée, sport pour les uns, contemplation ou autres activités pour les autres et toujours dans la bonne humeur.
Nous appareillons avec un peu d’avance, en raison d’un grain à venir.
16h00, le MARDUF tourne le dos à Crozet et doucement se retire de cet archipel, nous laissant la certitude que c’était une expérience unique et que plus jamais elle ne se reproduira en ces lieux.
Le passage le long de l’ile de l’Est nous donne l’impression de longer une île fantomatique, elle ne se dévoile que peu et de façon diffuse comme si elle cachait un lourd secret ou des créatures fantastiques, mon imagination me joue des tours et cette île me transporte vers Jules Verne, Tintin ou King Kong.
La houle s’annonce forte cette nuit, tant pis, tant mieux, nous verrons nos mines demain matin. "

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île de l Est

© Eric Lubeigt


MARION DUFRESNE – 09/04/18 et 10/04/18

Par Marie-Lise et Jean-René :

"Première journée entière de traversée entre les îles Crozet et Kerguelen.
Une mer très formée, avec des creux de 8m, des vents moyens de 35 nœuds, 65 nœuds en rafale.
L’impression de sécurité et de sérénité ressentie à bord du Marion Dufresne est formidable.
Peut-être serions-nous plus perturbés si au lieu d’un vent et d’une houle arrière nous avions ces éléments de face, ou de travers !
Jean-René retrouve affichée à la passerelle la position du navire sur une carte Windy, le système de prévision météorologique bien connu des réunionnais, en sus de Météo France. Le plus fort de la dépression est à l’Ouest du navire, celui-ci se dirige Est-Sud-Est pour rejoindre les Kerguelen.
La passerelle à l’avant, et l’extérieur du pont F à l’arrière, sont les positions investies par les passagers pour admirer les déferlantes.

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mer forte

© Jean-René Lapierre

Cette fois-ci, les 40ièmes rugissants et les 50ièmes hurlants sont de sortie ! C’est vrai que le GPS indique maintenant 47° de latitude Sud. Et si certains en doutaient encore, la suppression des plateaux au libre-service du petit déjeuner, fut là pour le leur rappeler.
De 10H à 11H un documentaire sur les orques de Crozet nous apprend énormément sur ces mammifères, chez qui le sens de la famille est extrêmement développé et exemplaire.
A 16H un lâcher de bouée météorologique est effectué bénévolement par l’équipage du Marion Dufresne, pour le compte de Météo France.
Le roulis est beaucoup plus intense et les petites choses non calées ou non rangées dans les cabines se font la tangente. Les déplacements deviennent acrobatiques pour garder l’équilibre : nous marchons penchés de travers ou nous agrippons aux mains courantes.
Cette nuit changement d’heure pour rattraper celle des Kerguelen, nous avançons d’une heure notre fuseau horaire.

2ème journée de traversée vers Kerguelen : le ciel est moins gris et le soleil daigne se montrer quelques fois, le vent souffle toujours très fort et le roulis bien présent.
Nous arriverons à Kerguelen en début de matinée face à Port aux Français, MD se mettra au mouillage dans la baie du Morbihan pour 5 jours.
Cette après-midi, séance de tamponnage du courrier qui sera composté à Kerguelen.
Nous préparons un sac pour notre nuit en cabane : sac de couchage indispensable et vêtements très chauds.
CROZET, 300 jours de pluie/an ; KERGUELEN, ce sont 300 jours de vent/an et pas de petites rafales !"

par Olivier :

"Quelques jours après un passage des 40èmes rugissants étonnamment calme, les mers australes respectent leur réputation entre Crozet et Kerguelen avec une mer qui s’est considérablement agitée avec des creux de 10 à 12 mètres et des pointes de vent à 70 nœuds.

Beaucoup rejoignent la passerelle pour y admirer la beauté et la puissance de la mer et tenter de saisir dans une photo le mouvement du bateau, la hauteur et les couleurs de cette longue houle.

Le roulis devient notre nouveau compagnon de voyage : il transforme en exercice d’équilibre le moindre parcours dans les coursives et les escaliers, il berce les nuits des passagers, il fait suivre les mouvements du bateau aux chaises qu’elles soient occupées ou non, il rend précieux la dextérité dont les cuisiniers et serveurs font preuve lors des repas.

Prendre l’air à l’arrière du bateau devient un exercice très mouvementé, nous expose à un vent glacial mais offre une vue impressionnante sur les gigantesques vagues qui, à cadence régulière, rattrapent et soulèvent le Marion Dufresne.

Loins de toute terre, imperturbables aux éléments, quelques pétrels continuent de suivre le bateau dans sa route vers les iles Kerguelen que nous atteindrons mercredi matin."

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mer agitée 2

© Brigitte Conan

Vers les Kerguelen par Brigitte :

"4H du mat !
Bing !…. Patatra !
Imprévoyants ! Nous avons oublié d’arrimer chaise et autres objets volants.
Les 40èmes rugissants étaient si calmes !

Mais là, au 47ème la mer change et le vent se lève.
7H ! Petit déjeuner !
Nos qualités de sportifs et d’équilibristes sont mises à l’épreuve.

Fin de matinée, la dépression se creuse, les vagues atteignent 8 à 10 mètres,
les rafales 70 nds.
L’écume recouvre l’océan.
Le Marion Dufresne entraîné par la houle d’ouest fait route vers les Kerguelen.

La mer, camaïeu de bleu dentelé d’écume, les crêtes des vagues, émeraude, déferlent couronnées d’une mousse blanche.
Autour du navire, les albatros, ces grands voiliers, planent.

Le Marion Dufresne ronronnant s’enfonce dans la vague australe avec douceur."

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mer agitée

© Brigitte Conan


KERGUELEN - 11/04/18 au 14/04/2018

avec le groupe 1

par Claudine :

"Nous sommes le 11 avril et nous arrivons à Kerguelen, l’île tant rêvée !
Levés tôt pour assister à cette arrivée, nous sommes quelques-uns sur le pont. Le Marion Dufresne longe des îles aux contours découpés puis se stabilise en face de la base de Port aux Français, dans le Golf du Morbihan.

Les rotations d’hélicoptère s’enchaînent et nous sommes déposés près de la cabane Laboureur après une petite dizaine de minutes de vol, le temps clair nous offrant une vue imprenable sur une succession d’îlots et de terres désolées parsemées de lacs couleur turquoise transparent.
Une fois le groupe au complet et une rapide installation, nous prenons le pique-nique et nous engageons sur le sentier qui mène à la corniche où quelques gorfous sauteurs sont installés ; ils prendront la mer avant l’hiver, ce sont les deniers. Leurs aigrettes leur donne un air décoiffé très esthétique. Des goélands dominicains, des cormorans et hirondelles de mer (sternes antarctiques) nous survolent sans s’approcher. Une pluie fine se met à tomber.
Nous nous enfonçons ensuite au cœur des vallées qui conduisent au bras de mer Bodissin. Nous n’irons pas jusqu’à l’embouchure de la rivière où nous aurions pu tenter une pêche à la truite, faute de temps. Nous observons en chemin plusieurs troupeaux de rennes.

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rennes à Laboureur

© Claudine Chauvin

De retour à la cabane, la fin d’après-midi et le dîner préparé par la base nous amènent tranquillement vers l’heure du coucher, dans une joyeuse ambiance.
Le lendemain, la pluie est dense et ne semble pas vouloir s’arrêter. Nous repartons à la faveur d’une éclaircie en direction du plateau qui surplombe la cabane. Nous venons déranger un groupe de canards d’Eaton qui s’ébattent dans un petit lac. De grands albatros tournoient au loin, plusieurs BLO détalent à notre approche, quelques rennes apparaissent au loin.
Le sol, spongieux et glissant, requiert toute notre attention pour redescendre par le lit de la rivière qui alimente la cabane.
Le déjeuner pris, nous rejoignons la DZ pour attendre l’hélicoptère qui nous ramène sur le MD.

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Laboureur

© Claudine Chauvin

Vendredi 13 avril, n’en déplaise aux superstitieux, nous repartons pour une nouvelle randonnée de deux jours à Kerguelen.
Nous sommes déposés près de la rivière du château, après avoir récupéré JC sur la base.
Le temps est beau, les roches sculptées par le vent et les précipitations sont superbes. Nous sommes plongés dans un univers minéral ave le château, sommet crénelé qui surplombe la vallée, des géants de pierre et des dykes comme des murs d’enceinte. Une cascade vient compléter le décor. Nous nous y attardons, goûtons son eau pure, avant de reprendre notre chemin entre prairies détrempées, passages de ruisseaux et éboulis de roches. Le vent se renforce et une giboulée entre grêle et neige nous surprend. Nous mesurons les changements de saison en quelques instants qui font la réputation de Kerguelen.

La fin du parcours domine la côte où nous voyons les précipitations avancer vers nous. La cabane Jacky est en vue, où nous nous réchauffons un peu. Nous ressortons plus tard pour apprécier la dextérité de JC pour la pêche à la truite, qu’il confirmera par la prise d’une énorme truite ; il nous la servira en sashimis.

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truite pêchée par Jean Charles agent de la Reserve naturelle

© Brigitte Conan

Après avoir remis les lieux en ordre, nous partons le lendemain tôt en direction de la côte. L’odeur d’iode, le grondement de l’océan et le cri des oiseaux de mer se précisent. La plage est jonchée d’algues de taille impressionnantes. Ca et là, des ossements de cétacés et de baleines attirent notre regard. En retrait de la plage, de grosses touffes d’arbustes semblent lancer leurs racines aussi loin que possible pour résister aux vents.
Nous rencontrons plus loin quelques éléphants de mer, dont un gros mâle qui est revenu là pour muer. Un groupe de manchots papous est aussi là pour la pour mue. Ici encore, c’est le royaume des BLO. Un chat sauvage croise notre chemin. Plus loin, ce sont des otaries à fourrure qui nous attendent. Pas ravies de nous voir, elles filent vers la mer avec une rapidité étonnante.

Nous nous rapprochons de Port aux Français. Passée la petite église Notre Dame du Vent et sa vierge à l’enfant, c’est le port pétrolier de Kerguelen et enfin les bâtiments de la base.
Après déjeuner, nous sommes reçus par Annabelle, la DISKER, ceinte de l’écharpe tricolore. Elle nous dit son souci de perpétuer les traditions qui donnent sens à la présence françaises dans ces îles australes et à la vie isolée des hivernants.
Le retour sur le Marion Dufresne est émouvant, la fin de mission d’une dizaine de personnes marquera le début d’un long hiver, la prochaine rotation n’intervenant qu’en août prochain."

KERGUELEN - 11/04/18 au 15/04/2018

avec le groupe 2

par Marie-Lise et Jean-René :

"Kerguelen : Première journée.
L’Hélico, après avoir récupéré Raphaëlle notre guide sur Kerguelen, nous dépose à 400 m de la Grande Cascade. Petite randonnée pour aller admirer cette cascade d’environ 30 m de haut.
Le vent est très fort, cagoule, bonnet, capuche, coupe-vent, tout l’attirail afin de se protéger des rafales de vent glacial est déployé.
La rivière qui serpente dans la vallée offre un beau paysage.
Direction ensuite la cabane Jacky, distante d’une douzaine de kilomètres, sur un sol caillouteux.
Pause déjeuner piquenique à midi et demi, après avoir trouvé un abri derrière un talus, afin de se protéger quelque peu du vent.
Plus loin un véritable mur de pierres naturelles étonne dans le paysage, c’est un dyke juste une zone plus dure qui au fil de l’érosion durant des millénaires donne cette impression de mur construit par la nature.

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dyke au cirque Château

© Jean-René Lapierre

La suite du chemin traverse des zones de mousse et des zones de cailloux. Pas de sentier, on marche à vue sur des repères visuels.
Nous arrivons à un point de vue sur une vallée façonnée par un ancien glacier : la vallée Studer. Le spectacle sous un vent de cyclone est grandiose. Nous ne nous attardons pas, force du vent oblige.
La descente vers la cabane nous fait bénéficier d’un relief nous protégeant davantage du vent, la progression est moins pénible.
La cabane Jacky, bien que rustique, est un refuge bien apprécié de tous. Eau courante, électricité solaire, chauffage radiant à gaz, tout le nécessaire pour cuisiner, se toiletter, dormir… bref de l’inimaginable dans cet endroit perdu sur ces terres lointaines. Nous y retrouvons nos sacs avec les effets pour la nuit et les rechanges, déposés par hélicoptère.
Vers 17H un goûter nous réconforte de notre journée de marche, et vers 19H un repas de roi comble nos estomacs affamés par la marche sous le vent violent.
La nuit dans nos sacs de couchage sur les matelas de la cabane se passe sans souci.

Kerguelen : Deuxième journée.
Nous réveillons tôt le matin vers 05h pour un départ à 07H, par des effluves de viennoiseries : pains au chocolat aux amandes que Raphaëlle a mis à réchauffer. Un petit-déjeuner royal nécessaire pour le long trajet de retour vers la Base où nous sommes attendus pour le repas de midi.
Rangement de la cabane et départ pour une matinée pluvieuse, heureusement sans vent.
Direction le bord de mer que nous allons longer jusqu’à la base et nous rencontrons les gorfous et des éléphants de mer. Nous restons à les admirer faire leur vie : les jeunes éléphants de mer s’amusent à se battre entre eux pour rire, les gorfous se dandinent avant de plonger dans la mer.
Nous restons étonnés de voir les éléphants de mer qui arrivent à hisser leur masse à plus de 50 m du rivage et se prélasser dans les mares qui jalonnent la plaine côtière.
Sur le trajet, nous traversons de multiples fois des rivières peu profondes et regardons les lapins détaler devant nous et se réfugier dans leur terrier.
Brusquement, nous débouchons sur un chemin de terre qui nous conduit à la base. Le 1er bâtiment rencontré est l’église Notre-Dame des Vents, qui à mon avis mérite bien son nom.
Nous remarquons que la livraison de gasoil a débuté en voyant les bouées oranges parsemées la mer.
Accueil chaleureux avec café, thé et petits gâteaux pour nous réchauffer en attendant le repas.
Grosses journées pour les cuisiniers de la base pendant ces 4 jours d’arrêt entre les arrivants et les partants : presque personne n’étant resté sur le MD.
Nous sommes accueillis à la résidence de la cheffe de district Annabelle : thé, café et petits gâteaux. La vue par les grandes baies vitrées est superbe sur la base et au-delà vers la mer.
Ce soir nous sommes retournés dormir sur le MD avant de repartir pour 2j en cabane.
L’alimentation en gasoil de PAF se poursuit jusqu’en soirée.

Kerguelen : Troisième journée.
Nous passons prendre Raphaëlle à PAF puis direction la Cabane LABOUREUR à 15 mn d’hélicoptère. Débarquement avec toutes nos affaires sur la fin d’une presqu’île puis nous voilà seuls au monde pour 2j. Nous nous acheminons sur un étroit sentier vers la cabane avec son toit rouge postée en pied de falaise, à côté d’une rivière qui l’approvisionne en eau.
Nous en repartons presqu’aussitôt pour une grande ballade sur les hauteurs, à admirer les paysages, à traverser les souilles (sorte de marécages moussus). Un paysage d’eau avec des lacs, des petites rivières, un troupeau de rennes au loin, des lapins qui détalent en nous voyant arriver de loin, qui nous amène jusqu’à un fjord. Et là, sur la plage de sable, un renne solitaire s’approche, nous restons immobiles pour ne pas l’effaroucher : il nous dévisage puis s’en va. Le temps des Kerguelen : 4 saisons en 1 journée n’a pas été démenti : nous avons eu droit à des alternances de grand ciel bleu, de chutes de grésil, de flocons de neige.
La fin de la ballade nous a emmenés sur le rivage à peu de distance de la cabane sur un site de manchots gorfous sauteurs : quelques jeunes retardataires qui n’avaient pas encore fini leur mue avant de partir vers le large et de nouveau un renne à la ramure imposante qui galope vers nous avant de nous remarquer, de nous dévisager et de s’en aller avec ses 2 autres compagnons.
Goûter réconfortant pour nous réchauffer en rentrant : chocolat chaud, infusion, thé et petits gâteaux.
Repas du soir toujours bon et copieux préparé par la base puis séance de jeu « le pérudo » dont Raphaëlle nous explique les règles : des dés et du bluff.
La nuit sera très froide malgré les sacs de couchage normalisés 0° et moins ; par mesure de sécurité les radiateurs au gaz sont éteints pendant la nuit.

Kerguelen : Quatrième journée.
Pas de timing si ce n’est celui d’être en milieu d’après-midi sur la zone d’héliport, donc nous prenons le temps de nous réveiller, de petit-déjeuner avant de repartir vers une ballade toujours sur les plateaux qui surplombent la cabane. Il fait beau mais froid, la vue dégagée et nous pouvons voir très loin l’enchevêtrement d’îles, les montagnes au loin couvertes de neige et cette nature faite de pierres et d’eau : pas de caverne pour s’abriter aux Kerguelen.
Déjeuner à la cabane : il y fait plus chaud à l’intérieur qu’un sandwich dans le vent puis retour sur le MD.

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point vue sur le bras Jules Laboureur

© Jean-René Lapierre

Kerguelen : Cinquième journée.
Au tout début de matinée, le MD s’est déplacé pour se positionner face à l’île Longue pour que puissent se faire l’héliportage des rouleaux de grillage de l’ancien élevage de moutons : Réserve naturelle oblige.
A midi, nous avons été transportés à Port Jeanne d’Arc, l’ancienne station baleinière ouverte en 1906, fermée en 1926. 3 bâtiments ont été restaurés pour laisser la mémoire de cette unique usine baleinière de France, construite par les norvégiens spécialistes en la matière : un long bâtiment qui servait d’administration et maintenant transformé en cabane refuge pour les chercheurs, un bâtiment d’usine avec d’anciens moteurs et plus loin la porcherie aux boxes et auges bien propres.
Nous restons admiratifs du courage de ces aventuriers venus s’installer dans ce bout du monde et des aménagements effectués : la foi des entrepreneurs.
Retour sur le MD à 14H15, nous n’avons pas eu le temps de visiter le cimetière de ceux qui ont laissé leur vie sur cette terre difficile.
19H : MD sonne la corne de brume direction St Paul & Amsterdam pour dans 2j.

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PJDA

© Jean-René Lapierre

L’escale à Kerguelen vu par Eric et Maryelle :

"Le trajet entre Crozet et Kerguelen fut rude, la mer ne nous a pas épargnés et nous a rappelés à son bon souvenir. Un vent de dos et une houle avec des creux de 10 à 12 mètres nous rendent humble face aux éléments.
Au petit matin le voilà enfin l’archipel mythique, celui qui m’a fait rêver depuis quelques années, mon petit graal.

Le programme est chargé, 2 excursions sont prévues avec couchages dans 2 cabanes utilisées par les hivernants du District. Nous sommes organisés en 2 groupes de 6, chacun devant faire les excursions à des moments différents.
Notre groupe est déposé près de la Grande cascade en hélico, le chemin pour y accéder fut déjà un ravissement par le survol d’un paysage aride et austère. Dès la sortie de l’hélico le ton était donné, un vent fort et plus tard, des rafales continues à prés de 120 kms heure. Il en faut plus pour décourager la petite troupe qui entame son chemin vers la cabane Jacky que nous atteindrons en tout début de soirée. Entretemps, la progression est délicate à cause du vent et du terrain accidenté et parsemé de roches de toutes tailles. Le chemin n’existant pas, il convient à chacun de nous de bien savoir où il met les pieds. Nous sommes émerveillés par ces paysages grandioses et presque extra terrestres.

La soirée à la cabane Jacky se déroule dans une bonne ambiance autour d’un bon dîner préparé par nos 2 anges gardiens, Clémence et Raphaëlle.
Le lendemain, sitôt le petit déjeuner dégusté, nous reprenons notre chemin vers la base de Port aux Français où nous sommes attendus pour le déjeuner. La pluie est avec nous et ne nous quittera plus de la matinée. Le périple longe la côte et nous croisons des éléphants de mer, des manchots et 2 otaries qui nous ignorent, elles sont chez elles.

Notre arrivée à la base est un soulagement, compte tenu de la pluie qui ne nous a pas lâchés. Après un déjeuner animé de discussions toujours enrichissantes, nous avons droit à une visite guidée de la base. Il s’agit là d’une vraie petite ville avec ses bâtiments bien entretenus et plutôt coquets. Nous sommes reçus par Annabelle la DISKER (Directrice du District), une femme débordante d’énergie et qui mène sa mission avec passion.

Le lendemain, départ toujours en hélico vers la cabane Laboureur. Le survol des fjords et autres paysages lunaires est fascinant. Notre petit groupe passera 2 jours inoubliables à randonner à travers cette terre de France si lointaine. Nous y avons croisé des manchots papous et des rennes. Nous avons eu toutes les saisons en quelques heures, de la pluie, de la neige ou plutôt du grésil, du soleil. Tous nos sens ont été mis à contribution lors de ce magnifique périple constitué d’une marche le long de bras de mer dessinant des fjords, d’une ascension vers des plateaux surplombant des canyons à perte de vue. Le retour sur le MARDUF me laisse un goût d’émerveillement, j’avais envie que le temps s’arrête, j’avais envie de passer une semaine complète à Laboureur, afin de profiter encore plus de ce rêve éveillé.

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vers Baudissin

© Eric Lubeigt

Nous avons la chance le lendemain de faire une courte halte à Port Jeanne d’Arc, le seul port baleinier que la France ait possédé. Il est maintenant à l’abandon et les installations attaquées par la rouille nous font bien ressentir les difficultés qu’ont dû endurer ces travailleurs vivant et oeuvrant dans des conditions inhumaines. Il y règne une atmosphère étrange, comme si la souffrance y avait imprégné l’air à jamais. Une question revient sans cesse : comment ce fut possible ?
Tout comme le départ de Crozet, le départ de Kerguelen me laisse un sentiment de mélancolie, nous nous éloignons de ces terres que nous ne reverrons plus, laissant ces hommes et ces femmes passionnés à leurs missions. La France a bien de la chance d’avoir de telles compétences à sa disposition."


MARION DUFRESNE – 16/04/18

par Marie-Lise et Jean-René :

"Réveil sous un ciel gris et brouillard qui durera toute la journée. Une mer forte avec des vagues arrivant de travers nous fait tanguer et rouler : haut les cœurs.
Pour couper la monotonie, en matinée 2 documentaires : un sur la mémoire de Port Jeanne d’Arc et l’autre sur les otaries d’Amsterdam, elles m’ont paru plus agressives que les éléphants de mer : c’est peut-être le montage du film.
En après-midi, présentation de la pêche dans les TAAF : une part importante de son budget par la délivrance des licences de pêche sur la légine et la langouste dans les terres australes et du thon autour des îles éparses. La présence des bateaux de pêche a changé les méthodes de recherche de nourriture des orques et des oiseaux marins : les pêcheurs ont dû s’adapter pour ne pas perdre le résultat de leur travail et réserve naturelle oblige à limiter leur impact sur l’environnement (mortalité aviaire, destruction des fonds).
Nuit agitée, ce n’est plus le doux bercement de la mer et des rafales d’eau de mer viennent parfois s’écraser sur le hublot. "

MARION DUFRESNE – 17/04/18

par Marie-Lise et Jean-René :

"Le ciel bleu et l’horizon dégagé du lever du jour n’ont pas duré : le ciel est de nouveau plombé mais sans pluie.
A Amsterdam, nous devrions avoir une accalmie avant de rencontrer une autre dépression.
Le programme est prévu pour 4j mais suivant la météo, il pourra être raccourci : 3 nuits en cabane sans retour à terre, sinon 2 nuits."


AMSTERDAM DU 18/04/18 AU 21/04/18

Par Marie Lise et Jean -René :

1ère journée.
Amsterdam est la plus petite des bases, avec 22 personnes en hiver.
Vues d’hélicoptère, les bâtiments sont chacun d’une couleur pastel, différentes les unes des autres.

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La base

© Jean-René Lapierre

Nous sommes accueillis à la descente d’hélico par Mathias REGNIER, le DisDam (Chef du District d’Amsterdam) et une partie des résidents de la base Martin-de-Viviès.
Rdv au SKUA, nom de l’espace commun, pour le mot de bienvenue, un rappel de consignes tant de sécurité comme de modération dans l’utilisation de l’eau, suivi d’un petit déjeuner.
Le SKUA est aussi le lieu où sont pris, tous les repas sous forme de buffets, toujours bien garnis.
Le temps est très variable : grains de pluie glaciale, vents puis ciel bleu, le tout en moins d’une heure.
Visite du jardin météo au fond d’un effondrement d’un tunnel de laves. Ces jardins installés un peu partout dans l’île ont servi pendant longtemps de potagers mais le classement en Réserve naturelle a entraîné leur abandon. Ces endroits abrités sont propices au développement d’espèces exotiques, qui ne survivraient pas aux conditions naturelles de l’île : rosiers, capucines, géranium, salades, persil.
Au retour nous apercevons les trois citernes de stockage d’eau de pluie, d’une capacité unitaire de 150.000 litres. Pas de rivière sur l’île : l’eau utilisée est celle de la pluie récoltée par tous moyens puis rendue potable.
Escapade à la cale, plateforme bétonnée permettant le déchargement de petites embarcations, la mer agitée donne une idée de la difficulté d’y accoster.
Les otaries se prélassent au soleil, depuis la sortie de la base jusqu’à la cale, qu’ils utilisent comme tremplin entre la terre et la mer en marée haute.
Chloé, ornithologue qui s’est vue également confiée l’étude des otaries nous explique le mode de vie de ces animaux : cycle de reproduction, alimentation, comportements, …
La visite de l’hôpital est sidérante : on se sent en sécurité entouré de tout le matériel indispensable en cas d’accident : labo d’analyses biologiques, labo de radiologie, bloc opératoire de chirurgie, bloc dentiste, 3 lits médicalisés, …
Départ pour la cabane Ribault pour notre groupe de 8 touristes, en compagnie de Gabriel, chacun muni de son bâton pour dissuader les otaries de vouloir nous mordre. Leurs petits, appelés Poops, ont de jolies fourrures noires et des yeux attendrissants, de véritables peluches vivantes.
Quelle surprise au repas du soir de déguster un délicieux carri de langoustes d’ … Amsterdam !
La température la nuit à la cabane, sans chauffage mais avec son duvet, ne pose pas de problème.
Le MD est parti sur St Paul déposer des scientifiques pour 3j et reviendra les chercher avant de mettre le cap sur la Réunion.

Amsterdam : 2ième journée.
Visite de la pépinière de Phylicas, plante endémique d’Amsterdam qui a failli disparaître.
Tout le processus de sélection des graines, de germination, de pousse en pépinière, ainsi que les travaux de replantation réalisés durant deux décennies nous sont expliqués.
Puis nous passons à la plantation ; chaque touriste choisit son phylica en pépinière et le plante sous les conseils avisés du pépiniériste.

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phylica

© Jean-René Lapierre

Le DisDam nous accueille à la Résidence pour l’apéro.
Historique de la découverte de l’île, sa géographie, sa faune et sa flore, l’installation de la base, son fonctionnement avec la particularité de missions multiples prises en charges par chacun, tout cela nous est commenté de manière détaillée.
MD devait être de retour de St Paul, finalement, il reviendra plus tard : le programme n’est jamais appliqué à la lettre. Dans ce milieu austral difficile, tout peut changer en 1 minute ; il faut alors tout replanifier : qu’il est dur le métier d’OPEA !
L’après-midi nous visitons la station d’étude de l’air. Amsterdam étant le lieu le plus éloigné de tout territoire habité est considéré comme ayant l’air le plus pur du monde. Son air sert de base de référence pour les comparaisons avec les autres endroits de la planète. L’air y est disséqué et analysé sous plusieurs paramètres : CO2, Mono Oxyde de carbone, Méthane…en air naturel et en air déshumidifié. Le taux de CO2 y est de l’ordre de 400 ppm.
Nous nous séparons en deux groupes ; les autres retournent vers la base, alors que notre groupe de 4 (Olivier, Martine, Jean-René, Marie Lise) toujours accompagné de Gabriel notre guide et agent de la Rés Nat, continuons notre escapade jusqu’à la cabane Antonelli.
A l’arrivée à la cabane on escalade une petite colline afin de profiter de la vue panoramique exceptionnelle sur la mer, la base au loin, le plateau des bovins, la cabane, les cratères Olympe et Vénus. Le temps nous permet de faire une cueillette de succulentes pommes bio, appréciées par tous les « cabaneurs » en fin de repas du soir. En effet la cabane surplombe un cratère effondré où diverses plantes exotiques, dont des pommiers, ont pu se développer.
Nuit calme à la cabane Antonelli après de très délicieux et tendres pavés de viande.

Amsterdam : 3ième journée.
La journée s’annonce belle après la pluie de la nuit, nous voyons au loin le MD qui arrive et se positionne devant la base.
Nous quittons tôt la cabane car nous allons faire une excursion assez longue avant le déjeuner.
Après le petit déjeuner excursion à BMG, initiales de 3 précédents résidents qui ont signé ainsi ce lieu. Sur le chemin nous voyons les vestiges d’un concasseur de scories pour les constructions.
Idem pour l’époque des bovidés introduits par un réunionnais Heurtin en 1870 : abreuvoirs et poteaux de clôtures sont encore visibles.
Nous traversons ici et là des bosquets de Phylicas plantés à différentes époques. Les plus vieux permettent de récolter des graines pour la pépinière.
Au loin une grande plantation de Phylicas où les graines sont laissées sur place pour le suivi de l’auto régénération. BMG est un point de vue depuis la falaise. Une « via ferrata » permet aux pêcheurs de descendre jusqu’à la mer.
L’après-midi, nous visitons un deuxième effondrement de tunnel de laves colonisé par des capucines et continuons vers le monument aux morts, gardé par les otaries.
L’Austral, seul navire autorisé à pêcher la langouste dans la zone d’activité économique exclusive d’Amsterdam et ses petits canots, sont présents au Nord Est de la base.

Partis plus tôt dans l’après-midi vers la cabane Ribault, nous eûmes tout le loisir d’observer en fin d’après-midi le va et vient des petites barques de l’Austral pour déposer ou relever les cageots de piège à langoustes.
Depuis l’un des canots un pêcheur nous brandissait dans chaque main une langouste pour nous allécher. Le petit canot du Marion était lui aussi à l’eau en quête de cette denrée très prisée.
La nuit à la cabane fut agréable en termes de température, plus mesurée en termes sonores.

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barque de l Australe

© Jean-René Lapierre

Amsterdam : 4ième journée.
Cette après-midi, départ vers le MD pour la suite de notre périple.
En matinée, présentation de son travail par l’agent de la RésNat : l’étude des populations de rats et de souris : marquage, recensement. A première vue, cette population est assez nombreuse car nous en avons vu plusieurs se promener dans la base elle-même et sur les chemins de randonnée.
Cette étude est un préalable incontournable avant de lancer l’éradication simultanée des rats, souris et chats sur l’île une fois que le budget sera acquis.
Certains ont la chance d’apercevoir des petits orques au large de la cale.
L’après-midi, les derniers achats à la coopérative sont réalisés. Les hivernants qui rentrent en profitent pour ramener des souvenirs de l’île qui les a accueillis 4, 6, 9 mois, voire 1 an.
15 H, c’est l’heure du rassemblement pour rembarquer tout le monde sur le Marion par rotations successives d’hélicoptères.
Adieux lointains depuis le Marion à celles et ceux restés à la base. Puis le Marion a longé les côtes durant une heure afin de nous montrer les fameuses falaises d’Entrecasteaux avant de continuer sa route vers le Nord : merci à l’équipage de nous avoir fait cette faveur.
Nuit calme très étoilée comme toutes les nuits du Sud quand le ciel est clair, avec un léger roulis pour une bonne récupération après ces 4j intenses.

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départ de la base

© Jean-René Lapierre

L’escale à Amsterdam vu par Eric et Maryelle :

"Arrivée à Amsterdam au petit matin après 2 jours de mer déchaînée et des vagues de travers, le MARDUF attaqué se comporte en bon soldat et fait face à ce déchainement des éléments envoyés par Neptune.
Le débarquement sur l’île qui sera notre dernière étape est un ravissement. La température est douce, la luminosité agréable, la végétation est bien présente, des arbres, des fleurs, le contraste est saisissant avec ses 2 sœurs précédentes. L’accueil par le Directeur du District est comme toujours chaleureux, c’est la République qui est toujours présente. Lors des présentations, les discussions avec les différents acteurs du District d’Amsterdam vont bon train.
Notre programme sur l’île est chargé, 3 nuits en cabanes. Deux à cabane Ribault et une à cabane Antonnelli. Toutes les 2 sont différentes, mais tellement attachantes. Ribault au sommet d’une falaise rocheuse et volcanique habitée par une colonie d’otaries bruyantes dont les petits ou pups (orthographe à confirmer …) nous font fondre de tendresse. Antonelli est plus en altitude, en haut d’un cratère riche de plusieurs essences d’arbres. Il s’y trouve même des pommiers et un prunier, découverte improbable en ces lieux. D’ici, la vue sur l’ile s’étend jusqu’à la côte et est à couper le souffle.

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cratére Antonnelli

© Eric Lubeigt

Amsterdam nous donne l’occasion de nous familiariser avec les otaries et leur comportement placide, mais très vif et agressif si nécessaire.
Comme d’habitude, nous apprenons beaucoup au contact des jeunes scientifiques de la base. Ainsi, compte tenu de son éloignement de tout continent, nous avons absorbé l’air le plus pur du monde ! Autre moment fort à Amsterdam, sous l’œil bienveillant de Dominique, Monsieur Phylica sur l’ile, chaque touriste a planté un petit arbuste non loin de la base. Ce geste s’inscrit totalement dans le plan d’action de reboisement de l’ile à l’aide de cet arbre endémique et que l’on trouve sous une autre espèce à Tristan Da Cunha, sous la même latitude.

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otarie

© Eric Lubeigt

Le départ d’Amsterdam est un réel déchirement, tout le monde est sur la DZ (Drop Zone) pour assister aux diverses rotations de l’hélico vers le bateau. Les poignets de mains sont appuyées et chaleureuses, les embrassades sincères et les yeux humides ne cachent pas les émotions du départ.
Nous même sentons un pincement au cœur en réalisant que notre voyage tire à sa fin.
Nous nous éloignons de cette dernière escale et en même temps de tous ces hommes et femmes admirables, qui ont eu la gentillesse de nous consacrer du temps à chaque escale, en nous faisant découvrir leur passion, leur investissement et ce, quelque soit leur rôle sur les bases. Chacun semble indispensable et on sent que la solidarité est constante afin de faciliter le bon déroulement de la vie quotidienne dans ce petit monde, qui se referme après chaque départ du MARDUF.
Le Commandant du MARDUF nous fait un dernier cadeau en longeant la côte jusqu’aux falaises d’Entrecasteaux, hautes de 700 mètres, avant de prendre le cap vers La Réunion et la fin de notre extraordinaire voyage."

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