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7 septembre 2015

Journal de bord du Marion Dufresne (OP2-2015)

Port Est, poste 21 : le Marion Dufresne est à quai, flambant neuf après sa cure de jouvence de quatre mois à Dunkerque. Anne, notre référente pour le voyage, nous accueille en haut de l’échelle de coupée. Premier contact avec le navire, installation dans les cabines.

Jeudi 3 septembre 2015

Rendez-vous au bar-forum, nous sommes douze passagers-touristes pour cette rotation de l’hiver austral. Nous apprenons que nous aurons la chance de faire escale à Tromelin avant le départ pour le Grand Sud, et aussi que nous apercevrons peut-être le volcan de la Fournaise en éruption ce soir…

C’est l’heure des briefings : comment se repérer sur le bateau, les horaires des repas, et bien sûr, l’exercice de sécurité. Passer la combinaison de survie semble assez sportif, mais le lieutenant qui nous fait la démonstration s’en sort bien.

Avant de monter sur le pont supérieur pour l’appareillage (on se perd dans les ponts, mais c’est normal, bientôt nous serons comme chez nous), nous rejoignons la salle de conférence (Pont F ? Oui, pont F, c’est là aussi que se trouvent nos cabines). Christophe, le sous-préfet des TAAF nous y souhaite la bienvenue, et donne quelques informations sur les territoires et sur cette rotation, la première depuis décembre 2014 : relève des personnels militaires et scientifiques, avec installation de trois nouveaux chefs de district. A cette occasion j’apprends que les badges que nous portons ont chacun leur logo, pour les personnels des bases : le rouge pour Kerguelen, le vert pour Crozet, le bleu pour Amsterdam.

Appareillage ! Nous sommes partis pour un mois, en essayant d’imaginer ce que va être ce voyage, et en réalisant déjà à quel point nous sommes privilégiés d’y participer. Nous quittons le port au coucher du soleil, et quelques minutes plus tard, l’hélicoptère du bateau nous rejoint : il sera notre chaloupe de débarquement, les îles n’ont pas de port, c’est avec lui que nous gagnerons et quitterons la terre ferme…

Déjà l’heure du dîner, l’occasion de premières discussions avec les passagers et de réaliser la diversité des profils, scientifiques, militaires, personnel d’entreprises privées en mission de travaux sur les îles… Nous croiserons aussi l’aumônier présent sur cette rotation.

Rendez-vous sur la coursive tribord à 21h, pour le spectacle du piton de La Fournaise en éruption, puis cap au Nord, vers Tromelin. Première nuit à bord.

Jean-Paul.


Le quai est vide. Sans âme. Pas de regards qui se croisent, de mains qui s’agitent, de dernières paroles qui se perdent dans l’air, de sourires échangés. Et pourtant… le besoin de partager ce moment unique où les amarres sont larguées, où sans un bruit, discrètement, imperceptiblement, le Marion s’éloigne du quai, est bien réel. En témoignent les nombreux portables sur les ponts pour échanger via les satellites !!!…

J’aurais aimé, les amis, emporter avec moi vos regards où brillent les étoiles des rêves de chacun. Je garde précieusement vos SMS et ce mail de Delphine, une des jeunes réunionnaises de l’OP4 2014, que je partage avec vous tous, témoignage de l’émotion, de la magie d’une rotation dans les Australes sur le Marion, avec toute la fraîcheur de sa jeunesse :
« Je sais qu’en ce moment vous sortez du port sur le Marion et que débutera un de vos plus grands voyages. Alors, je voulais vous dire d’en profiter à fond, chaque heure, chaque minute, chaque seconde car quand vous n’y serez plus, vous allez le regretter.
Vous verrez, vous allez passer un mois magique alors prenez-en plein les yeux. Vous allez rencontrer le commandant que nous avons connu. Super sympathique !!! N’hésitez pas à aller à la passerelle c’était mon endroit préféré du bateau !
Je vous souhaite encore un très bon voyage et puis, que vous en profitiez un max ! » Delphine.

Anne D.

Vendredi 4 septembre 2015

Rendez-vous à la passerelle où le commandant nous accueille pour nous donner des indications sur le bateau et son équipage. Il nous présente l’équipe de quart puis nous explique les spécificités du Marion Dufresne, à la fois bâtiment océanographique, ravitailleur et transport de passagers. L’équipage est composé de trois nationalités : Français, Roumains et aussi Malgaches (tradition remontant à l’origine des TAAF, où les opérations s’effectuaient à partir de Madagascar). La jouvence du bateau, quatre mois de travaux, a permis de moderniser les équipements scientifiques, passer à un carburant moins polluant et refaire certaines parties communes. Nous regardons la route des jours à venir et les cartes météo.

On s’y retrouve peu à peu dans les ponts et coursives qui semblent tous identiques… Premier réflexe, regarder le programme du jour affiché au bureau de l’OPEA. La journée commence par une session philatélique : vente des timbres des TAAF pour ceux qui souhaiteraient envoyer un courrier avec le tampon de Tromelin. La philatélie fait partie de l’histoire des TAAF, chaque événement dans chaque district est l’occasion d’une émission ou d’un tampon particulier, recherché par les passionnés…

Comme on ne peut plus se passer de mail et que nous sommes privés d’internet et de téléphone tant que nous sommes en mer, nous nous précipitons dans le bureau de Patrice, le responsable des opérations, pour obtenir une adresse temporaire valable pour toute la rotation, puis trois ponts plus hauts à la bibliothèque où se trouvent les deux postes informatiques pour essayer cette bouée de sauvetage multimédia. Elle devrait nous permettre de patienter jusqu’aux bases où, paraît-il, on pourra de nouveau se connecter…

En prévision de notre visite du lendemain à l’îlot isolé de Tromelin, décontamination obligatoire à grands coup de brosses et d’aspirateurs des chaussures, sacs et autres affaires que nous apporterons demain sur l’îlot de Tromelin : pas question d’y amener des hôtes microscopiques indésirables, qui pourraient perturber l’écosystème.

On ne chôme pas sur ce bateau : le secrétaire général nous convie en début d’après-midi à une conférence sur l’histoire des TAAF. Un peu plus tard c’est Anne et Luc - agent de la Réserve Naturelle -, qui nous expliquent ce qu’il faut savoir sur la visite de quelques heures à Tromelin demain. Le Marion Dufresne ancrera au lever du soleil, vers 6 heures, avis aux courageux ! Quelques conseils : comment ne pas déranger les oiseaux, attention au soleil qui frappe fort sur la petite île, nous sommes loin des Australes. Et instruction de respecter à la minute les horaires de l’hélicoptère qui doit nous déposer sur la terre ferme.

La journée se termine au forum, entre autres passagers de tous horizons, nous discutons au dîner avec un aumônier militaire en visite dans les différents districts. Au déjeuner, c’était avec deux journalistes que nous échangions…

En réalité, la journée n’est pas encore terminée : on peut aller au cinéma. En effet, chaque soir une projection a lieu en salle de conférence. Ce n’est pas un bateau de croisière, mais ce n’est pas la galère non plus… Aujourd’hui c’est « Un Bonheur n’arrive jamais seul » (clin d’oeil à la visite imprévue de Tromelin ?) !

Jean-Paul

Samedi 5 septembre 2015

Tromelin se découvre au lever du soleil, le Marion Dufresne est à l’ancre au large. L’île est toute petite et bien perdue : quelques arpents de sable et de corail entourée d’une ligne d’écume. On aperçoit une végétation rase, quelques palmiers et de petits bâtiments. Patience, à 10h l’hélico nous y amènera en trois rotations de quelques minutes. A l’heure dite, décollage de la plate-forme arrière, à peine le temps de prendre quelques photos et nous voici sur Tromelin.

L’endroit est magnifique, nous mesurons la chance de pouvoir y accéder. Les visites du Marion Dufresne sont peu fréquentes, c’est par avion tous les deux mois environ que les personnels sont relevés et le matériel livré. Aujourd’hui il s’agissait de débarquer une équipe en charge d’améliorations de la piste d’atterrissage. Accueil à la base autour d’un café par le secrétaire général des TAAF et Marion, directrice des services techniques. Etonnant petit coin de France, le drapeau et un portrait du Président… 3 habitants permanents sur l’île, personnels en charge de l’entretien de la base et de l’accueil des scientifiques en mission.

Puis c’est la balade autour de l’île, Luc nous commente la faune et la flore, quelques espèces d’oiseaux, fous, sternes… et peu d’espèces végétales. Il s’agit d’éviter de déranger les oiseaux dont beaucoup nidifient au sol ou dans la végétation basse, à quelques pas du chemin. Très nombreux et peu farouches, sans prédateurs, ils sont partout et nous regardent passer, nous survolant parfois en rase-motte.

Le sol est fait de sable et de corail mort, le soleil tape fort, pas d’ombre dès qu’on s’éloigne des quelques bâtiments qui entourent la base. Les plages sont fréquentées par des tortues vertes qui viennent s’y reproduire, laissant derrière elles une sorte de champs de mines, les trous qu’elles creusent pour y enfouir leurs oeufs.

Ces quelques heures passées sur Tromelin ont un côté irréel, nous étions partis pour les Terres Australes et nous retrouvons sur cet îlot tropical préservé, avec son histoire singulière. Déjà temps de regagner le Marion Dufresne, que nous n’avons jamais perdu de vue pendant la balade, car Tromelin a une altitude maximum de 7 mètres !

17 heures, l’hélicoptère, pales démontées, a regagné son hangar. Le Marion appareille, cap plein Sud pour Crozet, 6 jours de mer…

Jean-Paul


Extrait du journal intime de « Nanar » L’hermite
Ce matin, lorsque je suis sorti de ma coquille, j’ai vu que la journée allait être différente, un gros bateau, immobile, se trouvait à quelques encablures de la côte Ouest de mon île. Il faut dire que d’habitude je ne vois personne. Mon île, elle s’appelle Tromelin ; dans la famille L’hermite on raconte qu’elle fait partie des Eparses et qu’elle se situe quelques centaines de kilomètres au Nord de l’île de La Réunion. Toujours est-il que mon île mesure 1600 mètres de long sur 700 mètres de large et son plus haut sommet culmine à 7 mètres au dessus de la mer ; cela est amplement suffisant lorsque je voyage d’une extrémité à l’autre avec ma coquille !

Chez les L’hermite, on raconte une drôle d’histoire : bien des générations de L’hermite avant moi, un bateau transportant des esclaves en provenance de Madagascar, L’Utile, se serait échoué en 1761. Son commandant, le capitaine Laffargue, se serait alors enfui avec son équipage abandonnant sa cargaison à un funeste sort. Ses pauvres diables passèrent quinze années avant de voir leurs secours arriver sous le commandement d’un jeune Enseigne, le chevalier de Tromelin. Seul sept femmes et un nouveau-né eurent la chance de survivre. L’île fut baptisée en mémoire du nom de ce jeune officier, sauveur des naufragés de L’Utile.

Depuis, la famille L’hermite n’a connu que bien peu de monde. Il a fallu attendre les années 50 pour voir arriver de nouveaux voisins : les météorologues. Ils ont même construit en 1954 une station météorologique et planté des cocotiers. Une véritable aubaine pour ma famille qui, depuis, affectionne particulièrement les installations des nouveaux venus. Aujourd’hui ils ne sont plus que 3, mais leurs locaux restent conviviaux et nous les apprécions toujours autant.
Il faut dire que le reste de notre voisinage est plutôt limité, il y a les volatiles avec les fous masqués, les fous à pattes rouges, les sternes et quelques autres amis volants, puis les tortues avec lesquelles nous nous fréquentons très peu.

Pourtant aujourd’hui c’est différent. Un hélicoptère n’arrête pas d’aller et de venir, de nombreuses personnes débarquent. De mémoire de L’hermite, je n’en avais pas vu autant depuis des mois. Certains travaillent et d’autres se promènent. Ils sont bizarres ! Ceux qui se baladent marchent lentement, ils n’arrêtent pas de prendre des photos de mes voisins volants, les surprenant parfois même dans leur plus grande intimité. Ils ont l’air en vacances, heureux mais… tout rouges avec le soleil !

Pouffff !!! Ils sont fatigants, ils font même le tour de l’île et je les suis difficilement avec ma coquille. Tiens ! J’aperçois mes voisines tortues entourées par ces envahisseurs d’un jour en train de se faire photographier comme des stars. Même Miss L’hermite 2014 n’a pas bénéficié d’un tel succès !

Le soleil commence à descendre doucement sur l’horizon, et nos invités de passage semblent se regrouper. Les uns derrières les autres ils embarquent dans l’hélicoptère qui les ramènent sur leur bateau. Le soleil est bas sur l’horizon, l’île est vidée de ses visiteurs, je retrouve ma solitude, je rentre dans ma coquille, un dernier regard vers leur gros bateau qui s’éloigne cap au Sud. A dans quelques mois amis voyageurs ! Saluez bien mes cousins d’Europe ou d’ailleurs !

Bernard L’Hermite de Tromelin, interviewé par Christophe .H


Souvenir de Tromelin (peut se chanter sur un air connu) :

J’me baladais sur le chemin, le cœur heureux, à Tromelin,
Quand soudain j’entendis un bruit, plainte à l’infini.
C’était toujours le même son, comme un « Maison, maison, maison ! »
Alors je me suis approché à pas feutrés.

Oreilles tendues et cœur battant j’imaginais un revenant,
Un fantôme déguisé ou une jolie fée…
Et soudain je suis tombé sur E.T. décomposé
Il ne restait plus que son crâne, mon Dieu quel drame !

Oh, chant langoureux, oh, chant langoureux,
C’est donc ici, mon pauvre E.T. que ton chemin chez les Terriens
S’est terminé, qui le savait ?
A Tromelin…

Didier F.

Dimanche 6 septembre 2015

7h45 comme tous les matins nous nous retrouvons au resto pour le petit déjeuner. La mer est relativement calme et le soleil bien présent.
Depuis le départ de Tromelin, hier soir, nous faisons route vers le sud au cap 180°.
1800 milles nautiques (environ 3000 Km) nous séparent encore de notre prochaine étape, l’archipel Crozet soit 6 ou 7 jours de navigation à travers l’océan Indien.
Solitude des mers du sud oblige, nous croiserons 2 ou 3 navires venant de nulle part et faisant route on ne sait ou….
Quelques rares oiseaux se montrent à proximité du bateau.

On pourrait penser que les journées à bord seraient interminables…..eh bien que neni, le programme qui nous est proposé est chargé.
Conférences et projections de vidéos sont organisées tout au long de ces journées.
A chaque fois des intervenants de qualité nous font partager leurs passions, qui sur la vie des orques de Crozet, qui sur la protection des écosystèmes, qui encore sur le fonctionnement de la réserve naturelle englobant les terres australes.
A cela s’ajoutent des présentation des différentes entités (TAAF, Réserve Naturelle, Amicale des Missions Australes et Polaires Françaises…).
Chacun peut, selon l’intérêt qu’il porte au sujet, participer ou non à ces présentations.

Le programme est bien sur adaptable en fonction des évènements : ce matin par exemple Patrice l’OPEA a fait irruption dans la salle de conférence pour annoncer la présence d’orque et de baleine à tribord. Aussitôt telle une volée de moineau tout le monde a regagné le pont supérieur, laissant Luc tout seul avec ses manchots et pétrels. Un quart d’heure plus tard nous avions tous regagné nos places, les cétacés ayant choisi de nous bouder…..

Il y a aussi des séances d’information directement liées au programme (information sécurité pour l’embarquement en hélicoptère, briefing avant de débarquer sur un site, décontamination biosécuritaire du matériel débarqué…..).

Les heures passent vites mais heureusement la journée est ponctuée par le déjeuner, l’apéritif au forum, le diner.
La convivialité des lieux permet de nombreux échanges avec l’ensemble des passagers embarqués issus de milieu et d’horizon différents (militaires, techniciens d’entreprise,membres d’équipage, scientifiques, aumônier militaire…..). La magie du MD opère.

De passionnantes visites nous ont permis de découvrir les entrailles du navire (salle des machines,cales, services techniques….) ainsi que la cuisine sans oublier la passerelle ou nous pouvons nous rendre à loisir quelque soit l’heure du jour ou de la nuit.

Dans tous les cas nous sommes très bien accueillis par les membres d’équipage qui se font un plaisir à répondre à nos nombreuses questions.
Pont supérieur, proue et coursives nous permettent à loisir de prendre l’air et les embruns.

Un office religieux, célébré tous les jours par Arnaud aumônier militaire : moment particulièrement émouvant en ces lieux.
Et puis il y a encore la boutique, le coin des philatélistes et puis la salle de sport mais il nous manque du temps pour profiter de tout…

Jef A.

Ce jour, mardi 8 septembre est un jour « très propre » ! En effet, le linge de Josette et Bernard est resté plus de 12h à tourner dans la machine à laver du pont F, machine refusant obstinément de terminer sont programme rapide de 30mn !!!!!
P……. de machine s’exclame Bernard ! qui avec Josette sont donc devenus les plus propres du groupe !!!!

Lors de la visite des cuisines, Mag a voulu débaucher les cuisiniers, Didier souhaitait se faire enfermer dans le frigo afin de faire un sort au saumon fumé, tandis que Catherine posait un regard plein d’admiration et d’envie sur les réserves de la cave à vin.
Bref, le groupe de touristes que nous sommes commence sérieusement à prendre ses aises…….

Christine A.

Mercredi 9 Septembre 2015

Le temps du bateau

Quel jour sommes-nous ?
A la passerelle, nous prenons nos habitudes. Souvent le matin pour la météo, la route, mais aussi les nouvelles de France et du monde. A la nuit, pour l’ambiance particulière, seule la faible lumière des écrans apparaît dans l’obscurité, insuffisante d’abord pour reconnaître les lieux ou les personnes… Les yeux s’habituent, on devine peu à peu la proue du navire et la ligne d’horizon. On discute avec l’équipe de quart, on s’informe sur tel ou tel instrument…

Quelle heure est-il ?
Le quotidien est rythmé par les évènements affichés sur le tableau du bureau des opérations : conférences (des techniques de chasse des orques aux antennes de suivi des satellites à Kerguelen, sans oublier un passionnant compte-rendu d’hivernage, nous bénéficions de la présence à bord d’experts dans de nombreux domaines), visites du navire (des machines aux cuisines !), les repas à heures fixes, la détente au bar forum avant le dîner, les balades sur les différentes coursives extérieures (hier à l’avant du navire, sur autorisation de la passerelle), les photos, le journal de bord, les discussions avec les passagers et l’équipage,… On a à peine le temps de lire, on ne voit pas le temps passer.

Florian, qui fait un reportage à l’occasion des 60 ans des TAAF, me demande si cette semaine en mer, de Tromelin à Crozet, ne nous paraît pas longue ou ennuyeuse. Tout le contraire : la descente progressive vers le Grand Sud est un préalable à la découverte. Ce mercredi, à 21h30, nous avons franchi le mythique quarantième parallèle. On prend la mesure de la distance, on sent la température baisser, on voit la mer changer.
Des Tropiques aux Australes, ce temps de la traversée du désert bleu nous prépare et nous facilite le passage.

Jean-Paul


Passage des quarantièmes rugissants

Mercredi, nous naviguons toujours, et depuis samedi soir, vers le Sud, en direction de l’Archipel de Crozet. Très belle journée, on se croirait en Corse. Toutefois, en début de soirée, le ciel se couvre, je ne verrai pas de coucher de soleil. Et, cela est sensible, le Marion Dufresne remue de plus en plus, la mer commence à se fâcher.
Seul du groupe de touristes, je me trouve à la Passerelle avec Fanny, l’officier de quart, une gentille Marseillaise, lorsque nous passons les quarantièmes rugissants. Il est 21h36. Ce n’est pas la première fois que je franchis cette latitude, mais c’est la première où j’ai l’occasion de prendre l’écran de navigation en photo.

Vers 4h du matin, grand bruit dans ma cabine : ma bouteille d’eau, heureusement en plastique et fermée, est tombée de l’étagère. Ca bouge méchamment maintenant, la mer est en colère. Du coup, je me lève, enferme tout ce qui traîne et attache ma chaise. Mais impossible de me rendormir !

Plus tard, au petit-déjeuner, c’est en équilibre et avec beaucoup de précaution que je porte mon plateau. Le commandant Marjak annonce alors qu’il est interdit de sortir sur les ponts. Eh oui, les quarantièmes rugissants portent bien leur nom !

Didier F.

Jeudi 10 Septembre 2015

Une affaire de timbré : la philatélie aux TAAF
Coller un timbre sur une enveloppe, un geste simple qui aujourd’hui, à l’ère du courrier dématérialisé et de l’internet, relève plus du paiement des factures ou autres tracasseries de la vie quotidienne, qu’il n’évoque le rêve ou le voyage. Pourtant, dans les Terres Australes, il prend une toute autre dimension, celle du partage et de l’évasion.

L’histoire postale des TAAF commence à la fin du XIXème siècle. La philatélie des Terres Australes débute avec l’arrivée des Frères Bossière dans leur concession de Kerguelen et leur statut de Résident de France à Kerguelen, en 1896. Un nouveau statut qui leur permet d’utiliser leur propre cachet pour le courrier administratif.
L’activité postale est effective à partir de 1908 avec la création de l’usine baleinière de Port Jeanne d’Arc : les timbres utilisés étaient français et cependant oblitérés du tampon Résidents de France à Kerguelen. A partir de 1924, les timbres malgaches les remplacent mais les cachets restent spécifiques aux Terres Australes. Il a fallu attendre 1955 et la loi relative à l’autonomie financière et administrative pour que les TAAF puissent émettre leurs propres timbres.

Dès lors se succèdent des collections plus ou moins rares qui connaissent un véritable engouement chez les collectionneurs. Avec plus de 800 timbres émis depuis 1950, certaines pièces rarissimes s’échangent pour quelques centaines, parfois même, des milliers d’euros.

La marcophilie n’est pas en reste pour autant et les collectionneurs de marques postales n’ont que l’embarras du choix. Les plis postaux racontent, au travers de leurs tampons, leur histoire. Le pli marin, Posté à bord, se différenciera de celui posté sur un district. Tel un tatouage, chaque enveloppe pourra porter des marques personnalisées. Le tampon occupe une place de choix chez les hivernants, désormais chacun dispose de sa propre armoirie, sur laquelle le manchot a bien souvent remplacé le lion. Cette spécificité renforce le caractère exceptionnel du courrier posté depuis le Grand Sud. Certains passionnés n’hésitent pas à écrire pour obtenir tel ou tel tampon.

A quelques heures de navigation de Crozet, la séance d’oblitérations des timbres occupe un bon nombre de passagers et du personnel des TAAF. Des dizaines d’enveloppes sont oblitérées avec minutie car chaque lettre est unique. Passionnés ou proches, les uns briguent le timbre ou le tampon rare tant recherché, les autres attendent d’avoir le plaisir de lire l’être cher, mais tous espèrent cette bouffée d’air frais que seuls ces voyageurs du bout du monde peuvent leur envoyer.

Christophe H., Timbré du jour

Vendredi 11 Septembre 2015

Crozet, Ile de la Possession

D’abord une ombre. Puis une île qui se découpe, doucement, dans la lumière du matin. A mesure que le soleil se lève, l’archipel de Crozet se dévoile lentement. Certains ont fait sonner le réveil un peu plus tôt, pour ne rien rater de l’arrivée. Les plus courageux ont même enfilé un blouson, pour mieux admirer l’île de la Possession, depuis les ponts extérieurs. D’autres, moins téméraires (ou plus avisés) sont restés à l’abri, le nez collé contre les vitres de la passerelle. Tout est calme. Le bateau entre en Baie du Marin, l’équipage est concentré. Le commandant, aux aguets, fait tout de même un petit aparté : « Vous voyez les cascades, là-bas ? Et bien les jours de grand vent, elles remontent ! C’est le seul endroit au monde que je connaisse où les cascades coulent à l’envers ! ». Le tableau est posé. L’ancre jetée. Nous voici face à Crozet.

Une douce agitation envahit le navire. Chacun à son poste. Après 5 jours de mer, l’hélico reprend du service et notre petit groupe attend avec impatience que l’OPEA nous appelle pour décoller vers la Base Alfred Faure. Alain, le chef de district, chapka sur la tête et écharpe tricolore par-dessus la parka, nous accueille un par un. On fait rapidement connaissance avec les hivernants et, d’un simple coup d’œil, on sent l’émotion qui les gagne. L’arrivée du Marion Dufresne marque pour eux la fin d’une aventure. Le cocon qu’ils s’étaient formé depuis un an va bientôt se désintégrer mais, en attendant, chacun y met du sien et fait en sorte que tout se passe bien. Pas de temps à perdre, les allers-retours pour débarquer vivres, personnel et matériel démarrent sans tarder et rythmeront, au son de l’hélico, ces trois jours d’escale australe.

Pendant ce temps, notre groupe entame son programme crozétien : observation amusée des manchots royaux, rires et sourires devant la nonchalance des éléphants de mer, contemplation du paysage. Ca mitraille à tout va. On nous avait annoncé 300 jours de pluie par an à Crozet, il faut croire que nous sommes chanceux, nous n’en verrons pas une goutte. Juste quelques rapides passages de flocons (à l’horizontale !) alors que nous déjeunons, au chaud, dans la base (le cuisinier est passé de 24 bouches à nourrir à plus de… 70. Il a mis trois jours pour tout préparer !).

Le second jour, le ciel est encore clément. Il y a certes du vent mais cela ne nous empêche pas de découvrir la Baie Américaine (BUS, pour les initiés) à pied. Le temps de croiser quelques éléphants de mer, de découvrir des lumières et des paysages inhabituels, de sauver nos sandwichs de l’appétit sans répit des skuas et nous voici de retour sur le bateau, heureux mais rincés. Du vent, encore et toujours du vent… ça vous use les passagers !

Le troisième et dernier jour, ascension du Mont Branca pour les uns, perfectionnement dans l’art de photographier les manchots royaux pour les autres, déjeuner à la base pour tous. Puis sonne l’heure du départ. Un appareillage dont les hivernants de la Mission 52 présents à bord se rappelleront longtemps, alors que le bateau longe la mystérieuse et majestueuse Ile de l’Est… Seul repère à l’horizon, pendant un an ils l’ont observée, au loin, sous tous les temps et par toutes les lumières. Ils peuvent enfin la voir de près. Percer le mystère ou le contempler… Petit coup d’œil en arrière avant que l’Ile de la Possession ne disparaisse totalement. « Hey Momo, on aperçoit encore l’île de l’Ouest ! » lance, en la désignant et en riant, le chef de district de Crozet à l’un de ses hivernants. Enfin… le désormais ancien chef de district. Nous avons troqué le nouveau, resté à terre, contre l’ancien. La mission 52 vient de se terminer. La mission 53 peut commencer. Et pour nous, le voyage peut continuer. Direction Kerguelen. La vie à bord du Marion Dufresne reprend paisiblement son cours : conférences, projections, discussions, sport, sieste, lecture, écriture, apéro,… la vie en mer, en somme.

Samedi 12 Septembre 2015

Papous, éléphants et léopards (Ile de la Possession, Crozet)

C’est bien connu, chez les manchots papous il y a les manchots papous papas et les manchots papous pas papas… Suivis par leur poussin de l’an passé presqu’aussi gros qu’eux, les manchots papous papas en ont assez de les nourrir, et tentent de les semer, sans succès. Manchots papous pas papas ! Sur la plage des binômes adulte/petit claudiquent d’un bord à l’autre. Bientôt, les poussins d’un an devront se jeter à l’eau pour faire place aux nouveaux, mais, ça tombe bien, ils auront entre temps troqué leur épais duvet pour une tenue select noire et blanche, tout comme les grands. Moins chaud mais plus imper (pour être précis, ce sont les manchots royaux que j’ai observés se comporter ainsi, leurs confrères papous font sans doute de même… ils vivent sur les pentes au-dessus de la plage et se montrent moins, la timidité sans doute).

L’éléphant de mer donne des coups de trompe, mais de trompe musicale, quand il éternue ou rugit contre un congénère. Entre deux bagarres, il est plutôt tranquille. Quand le « pacha » (grand mâle) se déplace sur terre, c’est la corvée : il faut traîner plus d’une tonne, ça ne vaut pas le coup, c’est pourquoi il a développé un art efficace de la sieste, ne sortant de sa léthargie que pour jeter un œil curieux aux envahisseurs.

Le léopard de mer n’est pas une légende, l’un d’entre eux était signalé ce matin aux abords de la base. Suzanne, notre accompagnatrice de la Réserve Naturelle, m’en fait un portrait inquiétant, version marine de son collègue de la brousse… Il ne s’est pas montré, se méfiant de cette petite caravane de bêtes bizarres enveloppées de Goretex© bariolés.

Jean-Paul

Dimanche 13 Septembre 2015

C’est l’hiver (Ile de la Possession, Crozet)

Au sommet du Mont Branca (393 m) qui domine la base Alfred Faure, une rencontre givrée. Pour finir le nez de notre bonhomme de neige, nous cherchons une carotte dans la serre. Nous ne trouvons qu’un pommier, le plus austral du monde à ce qu’on dit.

Jean-Paul

Mardi 15 Septembre 2015


A bord du Marion Dufresne, il y a souvent des conférences sur des thèmes divers et variés : les orques, les éléphants de mer, la philatélie dans les TAAF,… L’une d’entre elles a d’ailleurs fortement et étrangement inspiré l’un de nos voyageurs…

« Les parfums de la femme qui tourmentent à jamais
Les recoins de mon âme souvent désespérée… »

Ces vers de l’immense poète (que vous aurez sans doute reconnu) me sont revenus en mémoire quand, hier soir, prenant connaissance du programme de la journée, mon œil, à défaut du nez, s’est attardé sur : 14h, « Le choix du partenaire sexuel : le rôle de l’odorat », conférence de Sarah Leclaire.

Ah, ai-je pensé, voilà un programme fort intéressant pour moi qui, à 60 ans, suis toujours célibataire sans aucune expérience dans le domaine proposé ! Je ne suis pas nez de la dernière pluie mais rien de mieux pour me mettre au parfum ! J’ai donc mené ma petite enquête : qui est donc cette Sarah, est-elle célibataire, quels sont sa vie, ses goûts, son odeur préférée ? Je dois être un mauvais détective et le temps m’était compté. Sujet à sinusites répétées, mon flair ne m’a que peu aidé. Et c’est découragé que je suis allé me coucher (sans me laver bien sûr).

Au petit matin, pas de douche non plus : il s’agit de garder mes relents de la nuit. Je ne suis pas nez de la dernière pluie ! A midi, au déjeuner, j’ai évité le Rouy et le Munster, qui pouvaient un brin, à peine dois-je avouer, dénaturer mon odeur véritable. Pas question de me laver les dents, l’haleine doit rester naturelle elle aussi. Que de gens autour de moi se cachent derrière des parfums qui ne sont pas les leurs !

Le temps venu, je me suis installé au second rang de la salle de conférence, assez loin toutefois de l’endroit où se tiendra Sarah. Il faut un peu de suspens quand même ! Qu’elle ne me repère pas au premier reniflement !
La voilà ! Un peu austère d’aspect (une scientifique !) mais toutefois charmante.

Elle commence son exposé, aidée d’un Powerpoint amusant ; ma photo à la place de celle de Brad Pitt aurait eu, je pense, le même effet. Mais Sarah ne me connaissait pas encore, je lui pardonne ! Et voilà qu’elle parle d’animaux, de Suricates du Kalahari (Afrique du Sud) et autres espèces. J’ai été abusé, qu’ai-je donc en commun avec le suricate si ce n’est… (non, je ne peux pas vous le dire) ! Je me suis, je crois, volontairement laissé tromper, genre lapsus imaginatif. D’hommes et de femmes il n’est point question si ce n’est de consanguinité…

Je me laisse toutefois emporter par la voie chaleureuse de Sarah, par ses démonstrations et ses expériences diverses (sur les animaux), elle connaît son sujet sur le bout du nez et c’est fort intéressant. Sarah m’en bouche un groin ! Au bout des 45 minutes de la conférence, je suis maintenant au parfum : oui, les animaux ont du flair, et le flair paie ! A vue de nez, comme ça, ils savent qui leur est proche ou non et choisissent en conséquence leur partenaire sexuel. C’est ainsi que, quelques mois plus tard, le petit naît…

Je comprends mieux les chiens maintenant, toujours à se renifler le derrière. Frustré, je n’ai jamais osé faire la même chose ! Je suis ressorti ravi de cette conférence, un peu moins bête qu’avant, si je puis dire ; toujours célibataire (mais, qui sait, je vais attendre encore quelques jours avant ma prochaine douche…) et avec un début de réponse à une question qui me taraudait depuis longtemps : pourquoi ai-je tendance à fuir les femmes qui abusent du cassoulet ?

Didier F., dit Re-nez Le Top (j’ai écrit ça un peu au pif, j’ose à peine signer…)

Mercredi 16 et jeudi 17 septembre 2015

Maison… maison…

Nous arpentons les étendues austères de la planète Kerguelen, où nous venons d’atterrir.

Les créatures que nous croisons nous regardent passer, dubitatives, avec nos scaphandres de gore-tex©, nos appareils photos et nos jumelles. A chaque fois que nous en découvrons une, nous lui donnons un nom : éléphant de mer (pacha pour les plus gros, bonbon pour les plus petits), manchot papou, goéland dominicain, renne…

Au milieu de nulle part, l’épave d’un autre vaisseau spatial, quelqu’un a donc été ici ?

Sur cette planète, les extraterrestres, c’est nous.

Alors, nous avons construit une grande antenne pour appeler : maison… maison…

Jean-Paul

NB : l’antenne est celle du Centre National d’Etudes Spatiales. Installée près de Port-aux-Français, elle suit le fil d’Ariane et des satellites.

Deux journées à Laboureur…

Depuis le Marion Dufresne, un survol magnifique de 10 minutes en hélico nous amène jusqu’au lieu-dit Laboureur : collines saupoudrées de neige, étangs, lacs et bras de mer se succèdent. Nous descendons près de la cabane, spacieuse et bien équipée : salle à manger avec coin cuisine et deux chambres de quatre lits superposés par deux. Ce lieu au bord de la mer est magnifique : j’y habiterais bien s’il faisait du soleil et 25° toute l’année.

Après une tasse de thé, balade jusqu’à une rivière à environ 7 km de là. 3h de grimpette, descente et plat sur un terrain rocailleux et extrêmement humide. Les bottes sont vraiment indispensables. Il ne fait pas très chaud, à cause du vent surtout. Le soleil fait son apparition de temps en temps. Tant qu’il ne pleut pas…

De petites cascades gelées témoignent de la météo. Le paysage, austère mais parsemé d’étangs, est tout simplement sublime. Nous avons la chance d’apercevoir à 200 m un troupeau de rennes, qui s’enfuit à notre approche. Nous verrons aussi quelques squelettes : rennes, lapins… Et d’innombrables terriers, bien sûr, mais aucun lapin ne se montre.

Splash, splash, nos bottes s’enfoncent quelquefois de quelques centimètres dans la mousse et l’acaena. Des giclées de boue salissent les pantalons. Et il nous faut faire attention : il est arrivé que des hivernants s’enfoncent jusqu’aux hanches dans ces terrains ; ils appellent ces endroits des souilles (je n’ai pas de dictionnaires sous la main : souilles, ça s’écrit avec un S ou avec un C ?). Nous évitons les passages de terre, qui glissent trop, et préférons les rochers.

Après avoir longé un bras de mer nous arrivons à la fameuse rivière, connue des hivernants pour ses truites saumonées. Il est déjà 14h15, vite, le pique-nique ! Puis Baudouin, notre jeune et sympathique guide des Kerguelen, ainsi que Jeff et Jean-Paul vont pêcher à la cuillère avec les cannes apportées. Olivier, l’autre jeune qui nous accompagne, préfère s’abstenir. Baudouin et Jean-Paul sortent chacun, rapidement et à priori facilement, une très belle truite, entre 60 et 80 cm de long. Le pauvre Jeff reste bredouille.

Il est 15h15, il nous faut repartir pour être sûr d’arriver à la cabane avant la nuit. Même chemin. Deux heures plus tard, alors que nous arrivons sur les hauts, en vue de notre refuge, il se met à neiger. A 17h30, nous sommes à l’intérieur, chauffage au gaz allumé. Alors que nous installons nos affaires, Baudouin et Olivier préparent la truite en carpaccio. A l’apéritif, elle se révèle excellente, accompagnée de pain aux algues tartiné de beurre salé. Puis repas avec notamment un super gâteau à la crème de mangue et aux fruits rouges. Nous irons nous coucher assez tôt, peu après 21h.

Le lendemain, 7h : des rennes, juste au-dessus de la cabane, s’enfuient à notre sortie, seul Jeff a pu les photographier. Il fait beau ce matin, mais le vent souffle toujours. Après un copieux petit-déjeuner, que Baudouin et Olivier nous ont préparé, nous sortons ramasser des moules sur le rivage à quelques centaines de mètres ; il y en a tellement, et des grosses, qu’on pourrait les ramasser à la pelle.

Quelle chance, deux manchots papous sont perchés sur un rocher. Nous pouvons nous en approcher à 10 m. Nous voyons aussi, outre les skuas et les pétrels géants qui rôdent autour de la cabane, de nombreux goélands dominicains, noirs et blancs, et des cormorans de Kerguelen, majestueux.

Un peu plus tard, nous partons en balade sur les hauteurs où reste un peu de neige. La grimpette est rude au départ, puis nous traversons de petits plateaux, longeant des étangs et des lacs. La vue sur la mer et les îlots est splendide. Nous revenons par un autre chemin et sommes à la cabane vers midi.

Tout le monde ou presque (sauf moi) s’affaire pour préparer les moules et les cuire avec du vin blanc. Reste du carpaccio de truite saumonée en apéro, puis moules à s’en faire éclater la panse, suivi d’un bœuf en daube accompagné d’haricots verts et de riz et, enfin, du délicieux gâteau au yaourt.

L’hélicoptère a pris du retard : ce matin, à cause du vent, il n’a pas pu faire de rotations, il arrive vers 15h30. Encore un superbe vol de 10 minutes avec, à l’arrivée, une belle vue sur Port-aux-Français et le Marion Dufresne, toujours ancré dans le golfe. Baudouin et Olivier ont été des guides et hôtes exceptionnels, merci. Nous les retrouverons demain.

Didier F.

Jeudi 18 et vendredi 19 septembre 2015

Emilie 11677 kms

Au bout du monde, il y a des gens. Les bases forment de petites communautés de 20 à 120 personnes suivant les îles et les saisons, de tous âges et de tous métiers. Pour nous, touristes de passage le temps de l’escale du Marion, il est difficile de mesurer ce que représente pour un hivernant une arrivée ou un départ. L’isolement au sens propre, l’éloignement de la famille et des amis, pour recomposer une équipe avec qui partager une année durant travail et loisirs.

Sur le bateau, nous discutons avec ceux qui vont débarquer à Crozet, Kerguelen ou Amsterdam, ou bien qui regagnent qui La Réunion, qui la métropole après leur long séjour loin de tout. Ils évoquent leurs souvenirs, leurs attentes, mais l’hivernage est une expérience personnelle qui se vit plus qu’elle ne s’exprime.

Sur les districts, nous arrivons au moment de la séparation des équipes, et nous essayons de nous faire tout petits. Ils doivent avoir tellement de choses à se dire, ayant vécu et travaillé ensemble pendant des mois dans des conditions extrêmes. Nous pourrions nous sentir importuns, mais l’accueil amical nous met à l’aise. Dès le départ du Marion, le quotidien va reprendre son cours.

Devant la base Alfred Faure, les traditionnels panneaux indicateurs de distances pointent, de l’autre côté de la mer, vers telle ou telle ville de France ou d’ailleurs : la patrie de cœur qui à certains moments doit manquer.

Sur un panneau on lit : « Emilie 11677 kms ».

Jean-Paul

Samedi 19 et dimanche 20 septembre 2015

A la cabane de Jacky
C’est une cabane près de l’eau qui coule sur des cailloux, mais elle n’est pas au fond d’un jardin et on n’y va pas chaque fois que l’on a besoin.

Située à 3 heures de marche de la base de Port aux Français à Kerguelen, ce petit havre de paix vous attend. Non, ce n’est pas une cabane où l’on va chaque fois que l’on a besoin, mais bel et bien un chaleureux lieu de repos dans lequel l’Hibernatus Kerguelenus Bipède, appelé plus communément Hivernant de Kerguelen, vient se ressourcer. Elle offre un confort d’exception digne de toute bonne maison d’hôte de bonne facture.

Ami voyageur, après avoir passé l’église, deux chemins s’offrent à vous, le premier situé à droite vous amènera par un sentier bucolique où la lande de la désolation et ses souilles, plus connues sous le nom de tourbières par les non-initiés, seront là pour vous faire apprécier vos bottes et votre équipement imperméable. Toutefois, le comité de tourisme local vous conseillera d’opter plutôt pour le sentier littoral. Au cours de cette promenade aux embruns au goût salé, quelques manchots papous, éléphants de mer et volatiles marins en tout genre sauront vous divertir. Avant la rivière, tournez à droite et traversez la plaine caillouteuse sous l’implacable regard du Mont Crozier, visez le petit pont derrière lequel la cabane de Jacky vous attend.
Une cabane tout confort dans laquelle électricité, eau courante, toilettes avec même son papier hygiénique et autres commodités sauront vous faire pleinement apprécier le paysage local. Son système de chauffage, le radian, vous permettra de vivre des soirées dans une ambiance quasi-tropicale subtilement qualifiée par François G., testeur cabane de l’OP2-2015, d’atmosphère « royal manchot ». Cette prestation de qualité a été reconnue comme un établissement « 3 manchots » par l’écolabel des logements de passage de Kerguelen.

Dans cet environnement exceptionnel, l’invité de passage pourra même se confier au Livre d’Or de la cabane, véritable mémoire de la vie subantarctique, mais attention, la cabane de Jacky où l’eau coule sur des cailloux, sait garder ses secrets.

Christophe H.

De jeudi 17 à lundi 21 septembre 2015

Cinq jours à Kerguelen. Ker-gue-len. Trois syllabes pour une île mythique. Et pourtant, nous avons failli ne pas la toucher. Un vent violent, une mer agitée, un bateau qui fait des ronds dans la Baie du Morbihan en attendant de pouvoir jeter l’ancre… l’arrivée n’était pas gagnée. Puis tout s’est calmé. Et nous avons débarqué.
Le vent, les herbes rases, les paysages de pierre ou de terre, les lumières hypnotisantes…Tout. Absolument tout nous rappelle que cette île ne se laisse pas aborder par le premier venu. Farouche. Fascinante. Mystérieuse.

De balades le long du bord de mer en randonnées dans les hauteurs en passant par quelques soirées conviviales dans les cabanes, serrés autour d’une table et d’un bon repas, nous avons passé cinq jours à tenter de l’explorer, de l’apprivoiser, de la comprendre. De la sentir, tout simplement. Les cinq sens en éveil, nous avons observé les derniers rennes de l’île, entendu les cris des bébés éléphants de mer qui venaient de naître, nous sommes régalés d’une truite saumonée fraîchement pêchée et de moules collectivement ramassées, humé les embruns glacés et touché, du bout du doigt, cette terre du bout du monde.

Neige le soir, bourrasques de vent la nuit, grand soleil le lendemain. Changeante et fascinante, Kerguelen nous a secoués et nous laisse mi-groggy, mi ébahis. Un peu comme un lendemain de fête entre amis où tout s’est parfaitement déroulé, où l’on a bu juste ce qu’il fallait pour se laisser enivrer… sans se laisser pour autant griser. Où l’on a rit, on a causé, on a partagé des discussions avec de vieilles connaissances et rencontré de nouvelle tête. Où l’on se dit, après coup, que c’était bien. Vraiment bien. Et qu’il faudra remettre ça, une nouvelle fois, à Amsterdam…

Anne Recoules.

Jeudi 24 au samedi 26 septembre 2015

Deux jours, deux nuits. Entre Saint Paul et Amsterdam.
La première, nous l’aurons juste aperçue au large, entre les nuages. Elle restera un mystère pour nombre d’entre nous. Tant pis. Ou tant mieux… Laissons-là à ses secrets.

La seconde, nous y avons posé le pied. Une nuit en bord de mer, bercés par les cris des otaries. Une autre dans les hauteurs, perchés dans une cabane avec petit balcon et vue sur l’horizon.

Une journée pour visiter la base, faire connaissance avec les hivernants, partager un buffet généreux et animé. Une autre pour longer la côte, passer entre les herbes hautes, regarder les phylicas pousser et… prendre un coup de soleil sur le nez.
Amsterdam, moins rude que ses sœurs. Plus douce. En température et en couleurs. Nous y avons retrouvé le vert, les buissons, les arbres et même les fleurs. Une dernière escale où nous avons ôté les blousons, laissé les bonnets dans les sacs et abandonné les écharpes. Une douce transition entre Crozet, Kerguelen et La Réunion, qui nous attend dans quelques jours…

Anne R.

Sur le chemin du retour, pas mal d’otaries. La plupart des touristes sont équipés de bâton de marche pour les écarter en cas d’attaque. Moi pas. Il me suffit de montrer les dents (ce n’est pas tant leur grandeur, mais plutôt la couleur et l’odeur qui font peur, que cela soit dit).
20 minutes de marche à travers les bandes d’otaries qui dorment, qui se grattent (tiens, elles aussi ?), qui crient, qui pleurent. Mais ne rient pas. Qui a eu la drôle d’idée d’appeler cet animal « otarie » ? Otapleurs aurait mieux convenu.

Ah, ce buffet ! Mémorable ! Encore mieux qu’hier ! Je crois que j’ai un peu exagéré sur les langoustes. En deux jours, j’en ai dégusté plus que dans mon existence (mais je les préfère légèrement grillées au feu de bois, Monogaga, souvenir africain). Le carpaccio de légine n’était pas mal non plus (moins bon tout de même que celui de truites saumonées à Crozet). La légine est un gros poisson peu connu que l’on pêche dans les mers australes. Il est apprécié et très cher mais il est vendu principalement au Japon et aux Etats-Unis.

Et voilà, c’est l’heure de quitter Amsterdam. Photo de groupe devant le port, immortalisé par Jacques Brel. Quoi ? Ce n’est pas celui-là ? Ah, je me disais bien aussi… C’est pourquoi j’ai cherché en vain les p’tites dames.

Des hivernants quittent la base, tristes de laisser leurs compagnons, cette vie et ce superbe environnement. Depuis hier ils font la fête, entre eux, et ont descendu quelques bouteilles. Oh, si peu ! Que celui qui n’a jamais bu leur jette la première bière !

Adieu les otapleurs. Nous n’aurons pas vu de gorfous, quel dommage. Ni d’orques, ni de léopards des mers, ni de dauphins, ni de prions de Macgillivray (même à la chapelle)…

Didier F.

Otarie Club

Pour s’inscrire à l’Otarie Club, rien de plus facile.

Notre siège social se trouve à l’île Amsterdam, Océan Indien (adresse postale : Otarie Club, île Amsterdam, par TAAF La Réunion).

Conditions d’admission :

  • connaissance minimale de la langue : vocalises dans l’aigu : îîîîîîîîîîî… (allegro ma non troppo), grognements simples : rrrrhhh… rrrrhhhh… et bien entendu maîtrise de l’éternuement de base : aorh ! aorh !
  • savoir mordre tout touriste indélicat qui prétendrait aux avantages du club sans en payer la cotisation. Il est recommandé au débutant de mordre quelques sociétaires pour s’entraîner.
  • expérience professionnelle dans les domaines suivants : plongée en apnée 100 mètres minimum - 200 mètres seraient un plus ; sieste soutenue (entre deux plongées) ; grattage du dos par retournement arrière de la nageoire avant (ou retournement avant de la nageoire arrière) ; marche à quatre nageoires sans que le ventre ne touche terre.

Produire les certificats.

La cotisation annuelle est payable en poissons locaux (bleus et fausses morues uniquement). Tarif réduit pour les pups (otaries juniors).

P.o. : Jean-Paul

Souvenirs d’Amsterdam : Le Pacha (sur l’air des Champs-Elysées°

Je m’baladais dans la prairie au milieu des otaries
Mais l’une s’est mise à rigoler : « Regarde ce nez !
Ce doit être un éléphant, un pacha, un monument ! »
Et elle n’avait vu que mon nez ! Ma trompe est cachée !

Sur l’île d’Amsterdam, sur l’île d’Amsterdam,
Sous le soleil, sous la pluie,
A midi ou à minuit,
Il n’y avait que peu de dames
Sur l’île d’Amsterdam.

J’ai cherché comme un fou ces espèces de gorfous
Dont on avait tellement parlé à la télé.
Impossible d’en trouver, les seuls que j’ai rencontrés
C’était les corps fous des amies après la nuit.

A la cabane d’Antonelli, seul le vent poussait des cris,
Elles s’étaient toutes endormies le dîner fini.
Et dans mon sac de couchage, je suis resté très très sage,
Un peu triste en solitaire, que puis-je y faire ?

Lorsque je me suis réveillé, elles étaient là qui m’entouraient
Souriant de toutes leurs dents et me préparant
Un bon petit-déjeuner, des tartines et du café
Qu’elles m’ont offert avec amour au lever du jour.

Je ne dirai pas la suite, faudrait pas qu’ça vous excite,
Les trucs du Kâma-Sûtra, elles connaissaient ça !
Après le marquis de Sade, je trouvais ça un peu fade,
Bon, allez, j’arrête là… Oh non ! Pas cha !

paroles Didier F.

Miam Miam…

Les repas se succèdent et ne se ressemblent pas. Yvan, le chef cuisinier, nous avait prévenus lorsqu’il nous a fait visiter cuisine et réserves en début de rotation : il ne nous servirait pas deux fois le même plat à bord. Et, jusqu’à présent, il a tenu parole. Il n’existe pas beaucoup d’endroits dans le monde où il est possible d’avoir un tel échantillon de mets. Et c’est toujours aussi bon et copieux.

Heureusement pour moi, c’est servi à table à l’assiette, je n’aurais jamais résisté à me resservir si le plat était resté sur la table. Je ne me souviens pas avoir laissé une seule fois quelque chose dans mon assiette et j’ai lutté de mon mieux pour ne pas trop souvent récupérer des restes dans celle de mes amis. Histoire de garder ma sveltesse.

Et ce plateau de fromages ! Quel choix ! Le plaisir des yeux, le bonheur des babilles. Je ne sais pas comment ils arrivent à servir le fromage toujours à point après presque quatre semaines de navigation. Le fabriquent-ils à bord ? Des mamelles nourricières seraient-elles cachées quelque part aux yeux des experts que nous sommes ? Oh Vierge Marie, Oh, tous les Saints ! Qui va donc me préserver du péché de gourmandise ? Ah, c’est mortel ! Et ces desserts, à midi ! Et ces entrées si bien présentées ! Et ce service irréprochable !

Anecdote : un jour, je parlais avec une amie du goût magnifique d’un Munster lorsque ce dernier a sauté du plateau pour tomber à mes pieds ! Il suffit d’en parler et hop, à mes pieds (jusqu’à présent cela ne m’était arrivé qu’avec les femmes) ! Notre chef d’hôtel, grand maître fromager, en était tout confus. Il n’y a pas de quoi, cher Jacques.
Bon, allez, après ce Munster, je vais me laver les dents : plus besoin de conserver mes odeurs, Sarah n’est plus là…

(Faim)

Didier F.

Au revoir les Eparses, au revoir les Australes !

Au revoir Tromelin, qui émerge à peine de l’océan, avec ses trois habitants et ses tortues vertes.

Au revoir Crozet, et ses manifestations de manchots revendiquant on ne sait quoi, peut-être un meilleur encadrement des orques dont ils ont fort à se plaindre.

Au revoir Kerguelen, et ses paysages comme la planète Mars (avec les éléphants de mer en plus).

Et Saint-Paul, volcan à demi-immergé, comme un refuge de pirates.

Et Amsterdam, avec ses géraniums et ses phylicas, seuls arbres des Australes, comme un retour en douceur à des terres moins extrêmes (attention aux otaries, elles mordent !)

Au revoir aux lieux qu’on n’a pu qu’imaginer, comme l’île de l’Est classée réserve intégrale. N’y aurait-il pas là-bas des descendants de baleiniers des siècles passés, qui se cacheraient du monde pour la garder rien que pour eux ?

Une pensée pour les équipes qui font vivre ces bases loin de tout, en les remerciant de leur accueil amical.

Pour le Marion Dufresne, notre maison dans les mers désertes du Grand Sud, et son équipage.

Pour le lecteur enfin, qui a eu la curiosité de lire notre blog.

Je lui souhaite de faire le voyage.

Jean-Paul