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Journal de bord du Marion Dufresne (OP2-2016)

Suivez au fil de l’eau, la rotation australe du Marion Dufresne qui se déroulera du 12 août au 6 septembre 2016.

Vendredi 12 Août

Voilà !
C’est le jour J, l’heure H… je suis sur le quai du Port Est, devant le Marion Dufresne.

Ce bâtiment formidable va bientôt appareiller pour sa deuxième rotation de l’année vers les TAAF, et j’ai la chance de pouvoir y participer en tant que visiteur, embarquement immédiat !

Nous sommes une douzaine de "touristes" a participer a cette OP2 et notre guide Anne Recoules nous initie au fonctionnement du bateau.. .pas si simple, il faudra probablement plusieurs jours pour se familiariser aux différents lieux et aux escaliers qui y mènent ! Après avoir visité les endroits aussi importants que le tableau de l’ OPEA, le forum ou la passerelle, il faut s’habituer aux consignes de sécurité-incendie ou d’abandon du navire… ça rassure…

17h. Touououout…Touououout… C’est parti, derniers au-revoir, 25 jours de mer prévus, première étape Crozet, cap plein Sud…

Peu de temps après, l’hélico nous rejoint, on est au complet !

Après un apéro bien mérité, nous prenons un premier excellent repas mais attention ! Horaires impératifs… à bord, l’heure c’est l’heure.

Après on peut voir un film…mais si l’on n’est pas amariné je conseille un petit cachet avant…

Un peu fatigant quand même tout ça… bonne nuit !

Paul-Henri

Photos : © Roland Aumaître

Samedi 13 août

Première nuit en mer, un peu agitée pour certains, la mer est calme mais il faut quand même s’habituer au roulis et au tangage, s’amariner quoi !
Certaine ayant trouvée la couchette double un peu spartiate ont éjecté le conjoint à la couchette supérieure, au risque de le voir redescendre dans les quarantièmes…

Petit déjeuner à partir de 7H00, les tables commencent à se mélanger.

Le temps est superbe, mer calme, soleil avec très peu de nuages aussi l’on passe beaucoup de temps à l’extérieur, sur la proue ou sur le pont supérieur. Et aussi première journée pour se familiariser avec le bateau, prendre ses marques, bien gérer les escaliers, doubles dans chaque cage, suivant si l’on veut aller à bâbord ou à tribord.

Les patchs, petites pastilles, blanches et rondes, contre le mal de mer apparaissent ça et là sur certains passagers, juste en dessous de l’oreille droite ou gauche.
Efficacité à voir, notre compagnon de voyage John le Néozélandais à lui deux petites pilules miracle à l’efficacité testée et approuvée par Dominique, merci John.

12H15. Déjeuner pour le deuxième groupe, attention : ne pas s’installer à la table réservée aux officiers ni à celle des marins !
Nourriture appréciée par tous, mais avec un chef breton attention, gare aux kilos (+2 à +5 en moyenne lors d’une rotation dixit Anne). Mais dixit le toubib on peut toujours monter au pont H dans la salle de sport.

16H30. Conférence, présentation « les TAAF pour les nuls » par Anne Recoules. L’OP2 est toujours une rotation particulière : essentiellement des militaires qui viennent relever « les hivernants », ceux qui viennent de passer une année sur les districts.
Renouvellement également des chefs de Districts DisCro : Régis Glière, DisKer : Paul-Alexandre Neveu, DisAms : Laurent Le Guinec qui seront intronisés officiellement dans leur fonction à terre par Fabienne Brisbout (DRH des TAAF et représentante du Préfet).

18H45. Apéro, je me demandai pourquoi il y avait toujours mention d’apéro dans les journaux de bords, mais tout étant détaxé, le Ti-Punch à 1€ symbolique, c’est vraiment indécent…

19H15. Repas deuxième service, la routine s’installe, promis on n’en parlera plus…

Roland

Dimanche 14 août

Deuxième nuit en mer, avec d’une manière générale un meilleur sommeil pour tous.
Ce matin la mer est toujours aussi belle et calme, avec de longues ondulations rendant les creux de 3m presque imperceptibles, grand soleil.

9H00. Choix philatélique et ouverture de la boutique des TAAF

10H00. Visite à la passerelle à l’invitation du commandant qui nous explique tout sur le fonctionnement et la marche du Marion Dufresne II. Un coup d’œil sur les cartes marines du siècle dernier mais toujours d’actualité et d’utilité. Coup d’œil « attentif » sur l’évolution des prévisions météorologiques d’ici notre arrivée à Crozet, elles ne sont pas apocalyptiques mais nous fonçons tout droit vers une grosse dépression que nous devrions rencontrer pile poil avant notre arrivée à Crozet mercredi matin (creux de 8 m annoncés), elle n’est pas seule et tout un train de dépressions va s’enfiler d’Ouest en Est dans le tourniquet antarctique… à suivre dans les prochains journaux).

Du coup trois volontaires se précipitent pour une séance d’essayage de la combinaison de survie isotherme sans quitter la passerelle.

Pas facile à rentrer dedans, c’est un coup à prendre, difficile d’en sortir aussi, mais dans la vraie vie si on doit en sortir, il y aura de l’aide !

Pendant ou après le repas autour d’un café des discussions intéressantes se nouent avec des hivernants en partance, surtout ceux qui ont déjà donné et qui se font une joie d’y retourner, on a l’impression que les nouveaux sont plus réservés.

De longs moments passés sur le pont I à profiter du temps et regarder cette immense flaque d’eau et observer les poissons volants et quelques Pétrel ou Prions blancs.

16H00. Présentation de Réserve Naturelle Nationale des Terres Australes Françaises par Luc Baudot. Excellente présentation, Luc est passionné par le sujet et le travail réalisé et à réaliser sur la Réserve. Présentation émaillée d’anecdotes historiques sur les îles et les hivernants. Piégé par son auditoire, Luc a beau ouvrir la porte, personne ne sort, heureusement il est sauvé par le gong du 1er service…

18H45. L’apéro du commandant au Forum, discours de bienvenue, Ti-Punch et amuse-gueules plus délicieux les uns que les autres, histoire de compléter le repas du 1er service et de mettre en appétit pour le deuxième…

20H45. Au cinéma « seul sur mars » afin de mettre les futurs hivernant dans l’ambiance…

Texte : Roland
Photos : © Nicolas Martin

Lundi 15 août

Convergence passée dans la nuit, le temps est gris, couvert, la température est légèrement descendue, mais toujours douce, vent faible du NW, houle très faible 1,50m de creux.

Pas de visite des machines ce matin, nous tournons sur un moteur depuis cette nuit, le chef-mécanicien est occupé à régler quelques soucis moteur, liaison avec la France afin de contacter l’installateur un 15 août…

La météo ne s’annonce pas des plus clémentes pour l’arrivée dans l’archipel de Crozet et le séjour sur l’île de la Possession. ¨Passage des 40ièmes sud la nuit prochaine, actuellement nous sommes à la latitude du Cap.

La longue descente vers les îles subantarctiques se poursuit, ponctuée de conférences, films sur la réserve et les études scientifiques, par exemple sur le chant des manchots.

16H. Conférence sur la bio-sécurité dans les TAAF par Luc, comment traquer les petites bêtes et les graines dans les moindres recoins…

18H10. Formation hélicoptère par le pilote, le plus important : approchez de l’appareil par l’avant en regardant le pilote, baissez la tête et n’essayez pas de rattraper votre casquette…

Mardi 16 août

Nuit plutôt calme malgré une mer plus agitée en particulier entre 3H et 4H, le matin soleil avec fort vent d’ouest pression 1022mb en chute. Les conditions devraient se dégrader dans l’après-midi.

De grands albatros tournent autour du Marion accompagnés de Pétrels ou Prions, qui profitent de ces eaux froides,plus poissonneuses.

9H00. Ouf à la passerelle, moteur réparé !

10H30. Vous saurez tout sur la philatélie et la marcophilie dans les TAAF par Anne Recoules. Après un très intéressant historique, petite séance explicative avant la grande séance de tamponnage de l’après-midi. Où mettre les timbres et les tampons sur les enveloppes ? Les tampons du Marion « posté à bord », de la compagnie maritime, du commandant. Laissez de la place pour les tampons à venir :
flamme du district, les coordonnées GPS dans le coin en bas à gauche.
Et après tout cela vous vous apercevez que vous n’avez pas mis le timbre au bon endroit, l’adresse non plus et en plus vous avez écrit trop gros…
Et vous réalisez que vous avez acheté les enveloppes des TAAF avec une énorme illustration qui occupe la moitié gauche de l’enveloppe ! Et vous vous demandez comment vous allez bien pouvoir mettre tous les tampons…

Une solution au dos de l’enveloppe, oui mais attention pas valable pour tous les tampons et puis il va falloir compter avec le tampon de Anne, de Luc, de l’OPEA, du médecin et du barman suivant le temps que vous avez passé au bar, de vos compagnons de beuverie, etc…
Heureusement vous n’avez acheté que des cartes postales et vous n’avez droit qu’à quelques mots « Bons Baisers des 40ièmes ! ».

15H30. Mise en pratique avec la grande séance de tamponnage

17H. Présentation de Crozet et de la base Alfred Faure par l’OPEA + séances de rattrapage avec Anne et Luc, avant délivrance du programme du D Day pour Crozet et le débarquement sur l’île de la Possession !

Ce soir le service des repas a été plus acrobatique, la mer se couvrant de fumées blanches, les verres à pied avaient déjà disparu au déjeuner.

Roland

Mercredi 17 août


Après une nuit agitée comme dans un tambour de machine à laver, le Marion Dufresne se pointait à 6H30 devant l’île de la Possession, il faisait encore nuit noire mais une sortie sur la passerelle d’accès à bord (pont E) vous faisait découvrir avec bonheur, après 5 jours de mer, une terre habitée.

La nuit s’éclairait des lumières rouges et vertes montrant l’entrée de la Baie du Marin et des lumières du « village » Alfred Faure, je dis village car dans la lueur du petit matin la base apparaît tel un petit village bariolé de couleur des côtes norvégiennes.

Mais cette vision idyllique allait bientôt s’assombrir comme le temps et le vent qui soufflait très fort, trop fort pour l’hélicoptère avec des rafales à plus de 60 nœuds.
Donc pas de prise de Possession aujourd’hui…

A noter quand même une matinée avec de très beaux ensoleillements sur la base Alfred Faure et une magnifique vue sur l’île de l’Est avec très peu de nuages, fait rarissime.

La mer étant elle non plus pas praticable, la portière restera sur le pont et les containers aussi. En lieu et place, programme culturel concocté par Anne : les éléphants de mer, les orques et la baleine blanche.

16H00. Branle bas de combat Pascal Caduc va faire une tentative avec l’hélicoptère pour débarquer les « Crozetiens » et « slinger » leurs bagages, tentative couronnée de succès.

Croisons les doigts pour demain, malgré un baromètre en chute libre depuis hier (pression 1002mb ce matin), mais le temps changeant tellement vite sous ces latitudes, on espère…

Texte et photos : Roland Aumaître


L’arrivée devant l’île de la possession se fait sous un très fort vent ne nous permettant pas de débarquer. Malgré tout, les visions magnifiques s’enchaînent : la base Alfred Faure sous le soleil chaud du matin, les pétrels géants qui tournent autour du Marion Dufresne, la mer déchaînée, … Dans l’après-midi le bateau va s’abriter au large de la baie américaine. Le retour devant la base sonnera la fin de l’attente pour la relève : les futurs hivernants peuvent enfin débarquer. Nous patienterons jusqu’au lendemain !

Texte et photos : Sylvain Joris (membre de l’A.M.A.E.P.F)

Jeudi 18 août

Normalement ce matin s’annonce sous des meilleurs auspices, la pression n’est qu’à 990mb, le vent établi à 35 nœuds avec rafales à 45, mais l’hélicoptère commence ses rotations « slings / élingues » vers la base Alfred Faure.
La neige (enfin un mélange de grésil et de neige = greige) arrive en rafales juste avant que nous embarquions, mais le temps changeant vite nous sommes bientôt en vol vers la Baie Américaine (Baie US = BUS en langage taafien).
Enfin à terre après 6 jours de mer, quelque soit le temps cela fait du bien de marcher sur la terre ferme et sur une île dont nous avons si longtemps rêvé.

BUS nous offre un panorama magnifique, quelques éléphant(e)s se prélassent sur la plage, les chionis semblent nous attendre.
Nous commençons tout de suite notre randonnée vers la petite manchotière avec le franchissement de la rivière de cette magnifique vallée des Branloires (dénommée ainsi en raison de l’instabilité de son sol végétal gorgé d’eau).
Traversée sans problème, personne n’a d’eau dans les bottes sauf Francisco qui n’a pas de bottes…

Pierre notre guide de la Réserve nous dit tout, chemin faisant, sur la végétation et la vie animale, les magnifiques coussins d’Azorelle vieux de 3 ou 400 ans, les mousses, les choux de Kerguelen (Pringlea Antiscorbutica) bien connus à l’époque des baleiniers pour leurs propriétés anti-scorbutiques.

Petite montée vers le Lac sans nom, des bébés Albatros hurleurs attendent sagement dans leur nid le retour de leurs parents nourriciers, ce sont de gros bébés au duvet blanc qui doivent déjà peser quelques kilos. Nous rencontrerons aussi des canards d’Eaton, le vent forcit de plus en plus à mesure que nous longeons les falaises au risque de nous envoyer atterrir en bas sur les éléphants de mer.
La descente vers la petite manchotière nous laisse émerveillés à la vue des colonies de manchots, groupes d’adultes, groupes de bébés dans leur doudoune brune, parents appelant leur petit, petits appelant leurs parents afin de les nourrir. Adultes sortant de l’eau en file indienne, en se dandinant tranquillement devant les gros pachas. Mais aussi pétrels géants qui n’attendent qu’une occasion pour becqueter un manchot.

Casse-croûte tous agglutinés, comme des manchots, au pied de la falaise pour se protéger au mieux du vent en espérant qu’aucune vague trop forte ne vienne nous rincer.

Retour vers BUS entre les rafales de neige, mais parfois une timide éclaircie nous permet de voir la vallée des Branloires avec des couleurs magnifiques vertes et orangées saupoudrée de neige, un décor digne du « seigneur des anneaux ».
Arrivé aux cabanes de BUS dans la tempête de neige, nous regardons comment nous organiser pour la nuit, 6 couchages entre les 2 cabanes mais nous sommes 15…

Heureusement une accalmie permettra à Pascal et son HLO de venir nous chercher.

Une excellente journée à terre dans une vraie ambiance Crozet, merci à nos accompagnateurs.

Texte et photos : © Roland Aumaître

Vendredi 19 août

Étrange calme ce matin presque pas de vent, (pression 1005mb) l’hélicoptère est de nouveau en rotation et il n’est même pas 9H30 que nous sommes appelés sur la DZ et envol rapide pour la base Alfred Faure où nous sommes accueillis par Régis Gliere -écharpe tricolore en bandoulière- fraîchement investi dans ses nouvelles fonctions de DisCro, qui pointe les nouveaux arrivants et nous souhaite la bienvenue sur sa désormais Base.

Escale technique rapide à la Vie-Com et nous voilà en route pour le Mont Branca, 383m, en même temps que le vent qui de plus en plus fort va nous accompagner de face au gré des bourrasques de « greige" jusqu’au sommet.
L’ascension débute par une partie en pente douce et se redresse d’un coup jusqu’au sommet, le mont Branca est un étrange petit cône de scories, cendre et bombes volcaniques brun rouge, avec peu de végétation : Azorelle et mousses qui disparaissent en partie sous la neige. L’ascension se fait lentement sous la pression du vent et sur un sol plutôt mou. Arrivés au sommet pas trop le temps de faire une pose tellement le vent est violent (120 km/h), difficile de se tenir debout, la position assise ou à 4 pattes est la plus recommandée. La vue est magnifique, ambiance haute-montagne avec bourrasques de greige à l’horizontale, la base Alfred Faure apparait toute petite, isolée, et le Marion Dufresne encore plus petit avec cette immense mer en arrière plan. La descente dans un sol meuble et mouvant est plus facile.

Petit tour de la base, ponctué par les rotations incessantes de l’hélicoptère larguant charge après charge tout le matériel nécessaire à la Base (en particulier cette fois-ci le bardage pour une meilleure isolation de Vie-Com). Petit passage obligé par l’ancienne serre abritant encore le seul pommier des sub-antarctique et retour à la Vie-Com où les hivernants sur le départ sont occupés à échanger adresses, dédicaces et tamponnages. Déjeuner autour d’un buffet très copieux préparé par la nouvelle équipe avec un choix de pâtisseries qui ne peuvent laisser indifférent !

L’après-midi descente à la manchotière de la Baie du Marin, ou l’on peut passer des heures à observer la colonie de manchots royaux, les appels des mères recherchant leurs petits et de ceux-ci réclamant nourriture. Eléphants de mer, bonbons, albatros géants, chionis, canards d’Eaton, Pétrel et aussi des manchots papous dans ou à coté de leurs nids dans la falaise en face (mieux avec des jumelles ou un bon téléobjectif. Les explications très appréciées de Marine, qui étudie les manchots nous aident à mieux comprendre la vie de tout ce petit monde, merci à eux pour nous faire partager leurs connaissances.

Retour à la base pour un petit tour rapide de l’hôpital par son médecin, chirurgien, dentiste, radiologue… faut tout pouvoir faire ici.

Et alors que nous pensions passer la nuit sur base tellement le temps était mauvais, nous devons nous rendre de suite à la DZ où Pascal nous ramène sur le Marion malgré des rafales soufflant en pointe à 55 nœuds ! Chapeau Pascal.

Texte et photos : © Roland Aumaître


Samedi 20 août

Changement de programme du fait de la météo, vent fort changeant de direction, pluie et neige en rafales, pas de rotation passagers sur Alfred Faure ce matin. Priorité donnée au transport du fret pas encore terminé.
A partir de 14H00 récupération des personnels TAAF en escale et des hivernants de Crozet en fin de mission.

Après 12 mois passés sur la base, les mines sont à la fois heureuses (de retrouver leurs familles) et tristes de laisser les amitiés forgées durant cette année à Alfred Faure.

Après un aller-retour imprévu MD2 < > base afin que notre dentiste passager puisse exercer ses talents sur notre pêcheur Daniel, l’hélicoptère rentre au garage, après démontages des pales, jusqu’à la prochaine étape à Kerguelen.
Après rangement à fond de cale de tous les déchets « tris sélectifs » ramenés de Crozet, pliage des grues, le Marion Dufresne appareille dans un grand coup de sirène pour saluer les Crozetiens.

Direction l’Ile de l’Est que nous allons longer à bâbord, île mystérieuse nappée de brumes comme ont pu l’apercevoir les hivernants d’Alfred Faure tout au long de leur hivernage.
Dans le soir tombant, dans la brume, le vent, la neige, avec ses rivages noirs, escarpés, déchiquetés, elle apparaît de plus en plus secrète, une invitation permanente aux explorateurs frustrés…

Texte et photos : © Roland Aumaître


Ce matin, le temps est encore très chahuté. De nombreuses opérations logistiques sont en suspens. Une fenêtre météo adéquate et un pilote d’hélicoptère voltigeur viendront à bout dans la journée de tout ce qu’il était impératif de réaliser au cours de cette OP2. Le plus important étant, en fin d’après-midi, de rapatrier les hivernants sur le retour ; on a de nombreuses questions à leur poser ! L’appareillage se fait dans les mêmes conditions que notre séjour : vent et pluie, entrecoupé de quelques rayons de soleil. Ces fortes conditions étaient celles que nous espérions dans les Australes en hiver : nous avons été servis pour cette première escale !

Texte et photos : Sylvain Joris (membre de l’A.M.A.E.P.F)

Dimanche 21 août

Le vent a continué de forcir et la mer de se former, dans la nuit elle devient de plus en plus métallique et ressemble de plus en plus à la montagne avec sa succession de collines et de vallées en mouvement avec profusion de crêtes blanches.

Au petit matin pour beaucoup, comme la mer, la nuit a été blanche… Très fort roulis, tout ce qui n’est pas attaché se déplace avec fracas, creux de + de 8m, vent entre 40 et 50 nœuds, sans compter les rafales de pluie et de neige.
Petit déjeuner épique, plus de plateau bien sûr, Jean le maitre d’hôtel n’est pas fou, il est déjà assez difficile de se tenir soi-même sans rien dans les mains. Tasses, assiettes, verres volent et atterrissent dans un grand fracas arrosé de café, jus de fruits et de croissants qui flottent au milieu…
La journée va se dérouler à faire du skateboard sans skate !

Plusieurs passagers se retrouvent en passerelle afin d’immortaliser l’évènement sur photo ou GoPro.

Conférences sur les oiseaux ou la toponymie des Kerguelen et projection de documentaire historique : en résumé une journée instable mais très instructive, et riche de discussions et échanges avec les taafiens.

Texte et photos : © Roland Aumaître

Lundi 22 août

Mer toujours agitée le matin, conférence de Camille Toscani qui nous présente « l’éléphant de mer austral - entre terre et mer », nous apprenons plein de choses mais il faut tendre l’oreille car Camille ne veut pas faire trop de bruit afin d’éviter de réveiller ceux qui ronflent…

Ecriture des lettres et cartes postales pour beaucoup avant la séance de tamponnage puis l’OPEA Patrice Rannou nous explique tout sur la Base de « Port aux Français », Anne prend la suite pour une présentation détaillée de Kerguelen.

La pression est remontée (1011mb), la mer est plus calme, le séjour sur Kerguelen, le rêve pour beaucoup d’entre nous depuis longtemps s’annonce pour le mieux.

Mardi 23 août

Kerguelen - Port-aux-Français (49°20’ S)

L’hélico (HLO) nous dépose sur la base et notre groupe part sans plus attendre direction cabane Jacky accompagné de Colombe qui expliquera tout sur les oiseaux.

Nous commençons notre rando par un recueillement dans la chapelle Notre Dame des Vents, grande et belle chapelle avec ses vitraux modernes très colorés, implorant pour la clémence des éléments.

Très agréable parcours le long de la côte par cette journée de grand soleil peu ventée, quelques éléphant de mer, gros pachas se prélassant sur la plage en attendant l’arrivée des femelles. A la grande joie de Francisco notre espagnol éleveur de rennes en Laponie, nous observerons au passage deux spécimens des rennes de Kerguelen (espèce introduite, par l’homme et comme l’homme…).

Comme nous allons quitter le bord de mer pour l’intérieur, nous arrivons sur une petite colonie de manchots papous, nous les observons à distance réglementaire et décidons de faire une pose casse-croûte à proximité dans un creux abrité du vent. Les manchots papous ont créé un petit chemin allant de la plage à leur « papoutière » en amont.

Nous aurons ainsi le plaisir de les voir sortir de l’eau, cahin-caha, isolés ou regroupé à 2 ou 3 et remonter leur petit chemin en nous jetant un regard suspicieux, et finalement décidant de continuer leur chemin d’un pas légèrement accéléré.

Nous reprenons notre route observant la colonie, les papous sont occupés soit à construire leur nid soit à couver leur œuf. Quelques belles images à réaliser de cette petite colonie avec en toile de fond les deux sommets du Mont Ross qui maintenant sont parfaitement dégagés.

Nous arrivons à la cabane Jacky, pratiquement en même temps que le HLO d’Anne et Daniel, avec bagages et ravitaillement. Certains étant à la pêche, d’autre se reposant dans la cabane, Anne propose de monter sur la crête 376m au dessus de la cabane Jacky, je serai le seul à profiter de cette opportunité. Du sommet nous avons une vue magnifique sur le Val Studer et ses lacs, et de l’autre coté sur le Golfe du Morbihan dans sa totalité, du CNES au Mont Ross, merci Anne.

De retour à la cabane alors que le soleil commence à se coucher et juste avant la vacation radio pour rassurer la base…Notre petit groupe s’organise pour une bonne soirée sur la terre ferme, un peu de vin, un bon repas et des échanges sur la vie à Kerguelen sur les expériences des uns et des autres, plus des consultations ophtalmologiques par notre spécialiste de Tucson : John.

8 couchages pour 9, on s’organise, 3 filles dans la cuisine et les ronfleurs dans le grand dortoir.

Texte et photos : © Roland Aumaître

Mercredi 24 août

Le beau temps de la veille a fait place au vent, à la pluie et à la neige, un vrai temps de Kerguelen.

Après un petit déjeuner réconfortant, une petite sortie pour braver le temps, une tentative vers la cascade, de l’autre coté de la rivière du sud, mais il y a a trop d’eau pour pouvoir traverser, petite balade à flanc de colline avant de rejoindre la cabane bien trempés, mais avec de magnifiques arc-en-ciel.

Petit casse-croûte à la cabane sandwichs au four, merci Katinka, et nous repartons braver les éléments, ventre à terre directement vers la base, 2H30 à travers les épandages fluvio-glaciaires, blocs de toute taille, ruisseaux, rivières et marécages, le tout sous la pluie et le vent.

Retour vers le Marion, bio-sécurité, douche appréciée, lessive et le bateau presque pour nous, seulement 18 personnes au repas du soir.

Textes et photos : © Roland Aumaître

Jeudi 25 août

Visibilité nulle au petit matin, mer plus agitée, toute la journée nous allons attendre en vain le GO pour aller à terre et rejoindre Laboureur pour les uns et Jacky pour les autres, mais il faut faire avec le temps et cette journée sera à oublier. Heureusement nous aurons l’opportunité de faire une visite complète du bateau, machines, cales, soutes. C’est grand, complexe mais rassurant car bien maîtrisé par notre équipe de 48 marins de la CMA-CGM, armateur du Marion Dufresne.

Textes et photos : © Roland Aumaître

Vendredi 26 août

Il ne pleut plus, le plafond nuageux est haut et le soleil va pointer son nez. Mais le mauvais temps est dans les parages et de grosses dépressions sont attendues, ce qui va nous obliger à raccourcir le séjour à Kerguelen, embarquer ce soir et à appareiller dans la nuit afin d’essayer de nous glisser entre deux dépressions en route pour Amsterdam.

Donc plus de cabane, aussi l’OPEA Patrice Rannou nous offre un tour en HLO, qui nous fera voir le val Studer, les nombreuses îles du golfe du Morbihan, d’avoir une vue sur la calotte glaciaire du Mont Cook, les sommets du Mont Ross et un tour complet au-dessus de Port Jeanne d’Arc, et retour sur la péninsule Courbet. Magnifique, merci à Pascal Caduc super pilote d’Helilagon.

De retour à terre c’est Jessy qui va accompagner un petit groupe pour visiter Port-aux-Français et pour une balade le long de la côte vers l’Est, tandis que Luc accompagnera un autre vers l’ouest et la « papoutière ». Nous trouverons quelques couples de manchots papous construisant leur nid avec vue sur PAF et couvant leur œuf, et de retour de l’autre coté de la baie quelques pachas sumos !

Retour sur le Marion, il quitte son mouillage à 17H, derniers adieux entre hivernants, puis le Marion va faire des hippodromes dans la baie avant d’appareiller à 2H du matin.

Textes et photos : © Roland Aumaître


Samedi 27 août

Mer agitée à partir de 5H du matin, à 9H la pression a fait une chute vertigineuse à 956mb, 9H30 nous sommes dans l’œil de la dépression, c’est le calme relatif car bientôt nous allons reprendre plus de 50 nœuds de vent.

Séance photos à la passerelle, nous sommes en pleine tempête, il neige, la mer est blanche d’écume avec des creux de plus de 10m, c’est beau mais ça secoue !

Dans l’après-midi, deux gros coups de vagues à bâbord envoient tout valser dans les ponts supérieurs, mise a sac des cabines des officiers au pont G, plus d’accès à la passerelle, endroit le plus dangereux, au pont F (le nôtre), tout à valsé, y compris les personnes. Le commandant parlera de tempête limite ouragan avec une vague scélérate. La première fois depuis 3 ans sur ces rotations qu’il voit une telle tempête. L’OPEA quant a lui c’est retrouvé pour la première fois en lévitation…

Textes et photos : © Roland Aumaître

Dimanche 28 août

De nouveau une nuit agitée, mer plus calme mais forte houle, nuages + soleil le matin

Dernière séance de tamponnage suivie de la présentation de la base de Martin de Viviès par Patrice puis d’Amsterdam et Saint-Paul par Anne avec le très alléchant programme des prochains jours à terre dans les cabanes Antonelli et Ribault (sans toilette, chauffage), l’esprit des pionniers quoi !

Textes et photos : © Roland Aumaître

Lundi 29 août

Forte houle, nuages et enfin le soleil ! Vers 10H nous passons à l’ouest de Saint-Paul que nous devinons au lointain.

Nous arrivons en début d’après-midi à l’île d’Amsterdam, accueil par le « grand DisAms » et sans plus attendre nous partons vers la cabane Ribault. Nous = un groupe de 7 passagers accompagné d’Oliver de la Réserve Naturelle et de Florian, nouvel hivernant qui vient de faire tout le voyage avec nous…se désespérant d’arriver un jour sur site et de retrouver ses Phylicas.

Chemin faisant nous rencontrons des bébés otaries, sur le chemin, sous les herbes, dans les tunnels de lave, la plupart sont curieux, mais certains rouspètent un peu à notre passage, mais ce sont les mères qui sont les plus agressives, en attendant les mâles qui devraient arriver d’ici la fin du mois. Attention la nuit quand vous devez sortir pour un besoin naturel et que vous cherchez désespérément les toilettes parmi les otaries…

La cabane Ribault à mi-falaise surplombe l’océan et la crique des otaries, celles-ci ont élu domicile tout autour de la cabane et vont nous bercer toute la nuit de leur cris (entre aboiement de chien, bébé pleureur et jeune cabris), seulement avec le nombre de ronfleurs présents dans la dite cabane, nous n’avons pas pu en profiter…

De nouveau un excellent repas sorti des sacs avec bien sûr de la langouste et un steak de bœuf cuit à la demande par Olivier et Florian et d’excellents breuvages sélectionnés par Anne.

Très bonne soirée dans cette cabane, qui se termine par un poker franco-anglo-espagnol animé par Alex.

Textes et photos : © Roland Aumaître


Mardi 30 août

Réveil sous la pluie et les rafales de vent (c’était dans les prévisions) qui vous rappellent que vous êtes encore dans les australes, rafales trop fortes pour permettre les rotations HLO, et l’océan de de rage se couvre à nouveau d’écume.

Mais rien ne saurait nous arrêter et Marine nous emmène pour la pesée des bébés otaries à la Mare Aux Eléphants (absents en cette saison), ambiance magique entre les cris des otaries, les rafales de vent, la pluie à l’horizontale et les vagues qui s’écrasent contre les rochers on nous avait pourtant bien dit qu’Amsterdam était la Côte d’Azur des TAAF, mais le temps change tellement vite !


Vues les conditions atmosphériques exécrables, l’après-midi sera occupé à visionner quelques films réalisés sur les différents districts et bases étrangères pour la Mid-Winter (21 juin).

Tard dans l’après-midi, après quelques valses hésitations sur où aller pour dormir, nous profitons d’une éclaircie pour partir pour la cabane Antonelli, l’éclaircie sera de courte durée et après nous être fait rincés une nouvelle fois, nous arriverons sans encombres à la cabane à la tombée de la nuit, merci à nos accompagnateurs/porteurs de vivres.

La cabane Antonelli est un très joli petit chalet en équilibre sur le bord du cratère avec une vue imprenable sur l’océan, la base Martin-de-Viviès et la petite forêt qui occupe le cœur du cratère.Pommiers, pruniers et cyprès se sont harmonieusement développés au fond du cratère.

De nouveau excellent repas (cari de langoustes), soirée paisible dans ce petit chalet bien ventilé… La nuit le sera un peu moins car le vent s’engouffre entre toiture et charpente et les plus fortes rafales feront bouger le chalet et croire à certains que celui-ci est prêt à s’envoler pour le fond du cratère.

Textes et photos : © Roland Aumaître


Mercredi 31 août

Les dernières rafales ayant nettoyé le ciel, le soleil est de nouveau là et nous partons pour un aller-retour à BMG, nombreux petits cratères en chemin, ce volcanisme est récent, dernière éruption il y a environ 200 ans, les premiers explorateurs ont dû en être témoins.

Le guide de la réserve accompagné de son frère nous explique tout sur la flore et la faune d’Amsterdam, en particulier les Phylicas et les vaches. Superbe point de vue à BMG en haut du départ du câble (via ferrata) qui permet de rejoindre la côte en bas des falaises.

Au retour grand buffet de langoustes puis aller-retour dans l’après-midi à Pointe Bénédicte à la station de mesure de l’air (l’air le plus pur de la planète : mesures du CO2, du Radon, du Méthane de l’Ozone et du Mercure, toutes explications données par les techniciens en charge de la station).

En route, passage par deux fois à la mare aux éléphants, les crèches de bébés otaries sont toujours là, et les petits toujours aussi attirants. En fin d’après-midi retour à la cabane Ribault pour 6 d’entre-nous, les autres ayant préféré une nuit confortable sur le Marion.

De nouveau très bon repas, la soirée se termine par une partie de tarot à cinq. La nuit sera paisible, bercée cette fois-ci par les otaries et non par les ronfleurs.

Textes et photos : © Roland Aumaître

Jeudi 1er septembre

Réveil en pleine forme pour tous et il fait beau, l’océan est calme, le Marion se rapproche de son positionnement, les opérations portuaires vont pouvoir reprendre.

Une surprise de taille nous attend de retour à la base, afin de se faire pardonner pour une OP2 difficile (conditions de mer extrêmes, une météo hivernale et des visites annulées), Patrice (l’OPEA qui n’est nullement responsable des caprices du temps) nous offre le tour de l’île en HLO, le temps est magnifique et ces 15 minutes seront appréciées de tous.

Visite de la base, des installations de production d’eau potable à partir de l’eau récupérée sur les toits, de la pépinière de Phylicas d’Amsterdam et nous allons tous planter notre Phylica.

Retour sur la base pour un copieux buffet et après vient le temps des adieux entre anciens hivernants pressés de rejoindre le Marion puis la Réunion et les futurs hivernants pressés de prendre les choses en mains dans une base apaisée après le passage de l’OP2.

Retour sur le Marion et appareillage à 17H alors qu’une magnifique éclipse de soleil est en cours (pas tout a fait complète, elle devait l’être à la Réunion).

Le commandant nous offre un bonus de clôture, en nous emmenant jusqu’aux falaises d’Entrecasteaux (700m de haut) avant de reprendre la direction de la Réunion.

Le vent souffle de nouveau en rafales, l’océan est de nouveau agité et le sera encore pendant au moins une journée avec des creux de 5 - 6 m, mais rien de bien méchant après les quarantièmes que nous avons connu…

Post-scriptum

Lors de cette OP2, un hivernant nous a demandé s’il pouvait apparaître sur notre blog, afin de faire un clin d’œil à sa famille et ses amis.

Comment refuser une telle demande, alors que le voici parti pour une mission d’un an sur l’île d’Amsterdam… ?

Chose promise, chose due, le voici donc en tenue sur la drop zone de l’hélicoptère, au premier jour de la mission 67.

Souhaitons-lui une belle et passionnante année !

Anne Recoules