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Journal de bord du Marion Dufresne (OP4-2018)

Rotation du 4 au 29 décembre 2018

Mardi 4 décembre, jour 1

Mardi 4 décembre, c’est le jour du départ. Le Marion Dufresne est là, sous nos yeux. Après ces mois d’attente, mais c’est bien lui, amarré au quai du Port Ouest. La mention fabuleuse apparait en lettres rouges sur la paroi blanche : Terres Australes et Antarctiques Françaises.

Après avoir déposé nos sacs sur le pont, il est impossible de ne pas redescendre sur le quai pour le contempler. Il n’est plus virtuel. Il est là, en vrai, imposant, rassurant, fascinant. On ressent qu’il a du vécu, qu’il est solide, qu’il est taillé pour affronter les fameux 40ème rugissants.

Le personnel des Taaf nous accueille efficacement à bord, tout est bien organisé, planifié… le sourire en plus ! Nous prenons nos quartiers, à deux par cabine. L’appareillage est prévu pour 17h. Nous apprenons alors que le bateau fera escale à l’île Maurice, pour raison de logistique, avant de mettre le cap au sud vers l’archipel de Crozet.

A 17h, le Marion Dufresne largue les amarres. La sortie du port est lente, majestueuse… Tout le monde est sur le pont, mais nul ne souffle mot. L’instant est magique. Chacun dans ses pensées … lesquelles ? … nul ne le saura. Pour beaucoup d’entre nous, ce voyage représente la concrétisation d’un vieux rêve.
Le bateau s’éloigne des côtes de La Réunion et s’engage dans la haute mer. Nous nous retrouvons sur le pont supérieur. L’air est chaud. La mer est calme.
Puis la nuit tropicale tombe. Nous rentrons à l’intérieur, nous perdons dans les coursives. De temps en temps nous croisons un autre passager égaré qui cherche son chemin dans le dédale.

Mais nous réussissons tous à trouver le restaurant où nous voilà réunis pas tablées rectangulaires de six, avec nappes et serviettes en coton blanc. Nous dinons près de la table des officiers, tous en chemise blanche, servis par un steward efficace et stylé, lui aussi en chemise blanche… C’est le charme discret de la marine.

Pierre Galzin

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Larguez les amarres

© Bernard Martin


Mercredi 5 décembre, jour 2

Mercredi 5 décembre, le jour se lève sur la mer bleue, après notre première nuit passée sur le MD, doucement bercés par un léger roulis. Le bateau fait route vers Port-Louis, où nous arriverons en milieu de journée.

Par manque de place le long des quais, le navire devra accoster grâce à une manœuvre rare et très délicate, analogue à celle du stationnement en créneau avec une voiture. Le capitaine nous expliquera le lendemain que cela n’était possible que grâce à la configuration spéciale des safrans du MD, constitués chacun de deux parties articulées. La partie arrière du safran pivote d’un angle double de celui de la partie avant.

Nous descendons à terre, à Port Louis. Nous avons quelques heures pour partir à la découverte de la ville. Le marché couvert regorge de fruits et légumes colorés. C’est la saison des litchis, nous en ramèneront sur le bateau. Nous flânons sur le Water Front où beaucoup d’entre nous se retrouveront (presque) par hasard dans un excellent restaurant indien.
Mais il est 21h, c’est l’heure de rentrer. La navette du port nous fait traverser la rade plongée dans le noir. Nous gravissons une échelle métallique tordue. Nous regagnons le navire.

Pierre Galzin

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Descente à Maurice

© Bernard Martin

Mercredi 5 décembre 7 heures 15 Philippe me réveille, mon téléphone est tombé et n’a pas sonné. Petit déjeuner copieux. Nous approchons de l’île Maurice. Nous déjeunons à bord pendant que nous mouillons à l’entrée de Port Louis… Enfin, le pilote arrive. Nous rentrons dans le port, il y a un bateau militaire français, des ligneurs chinois ou coréen. Le commandant place le MD (120m) entre deux autres bateaux (135m) en marche arrière. Belle manœuvre, on a longtemps cru qu’il n’y avait pas la place (vive le propulseur d’étrave !). On attend la douane qui arrive, inspecte, remplit les formalités et nous libère une heure plus tard. Maintenant il est trop tard pour aller aux Jardins des Pamplemousses donc petit tour en ville, un chantier à l’arrivée, beaucoup de bruit, beaucoup de gardiens dans le quartier neuf, beaucoup de monde autour du marché, c’est la saison des letchis. Certains ont pu se poser dans un square où ils ont vu de Grandes Roussettes. L’immatriculation des véhicules est de la même forme qu’en France précédemment (3 chiffres, 2 lettres et 2 chiffres). De retour sur le MD nous avons de la légine au dîner. Nous commençons à bien nous repérer entre voyageurs, nouvelle révision des prénoms et discussions tardives

François Dectot

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Cartouche du 5 Déc

Hélène Apeche


Jeudi 6 décembre, jour 3

Jeudi 6 décembre 7 heures j’ai dormi 6 heures. Il fait beau soleil et chaud. 8h20 je m’aperçois que nous dérivons les amarres sont larguées. Nous sortons du port avec une petite haie d’honneur faite de quelques bateaux qui attendent comme nous hier pour entrer. Puis on découvre l’hôpital et tout son accastillage. Olivier et Delphine, l’ancien médecin et la nouvelle, nous expliquent l’éventail des possibilités de soin à bord et à terre mais aussi les limites générées par l’isolement. Pendant ce temps, le Marion Dufresne fait route inverse d’hier pour contourner Maurice puis cap à 190° vers l’archipel Crozet à 2 800 km. « Hello Elia, Soline, Léonie, Mathis, Papou est parti en bateau pour 5 dodos, » nous arriverons mardi 11 décembre vers 5 heures du matin. A la passerelle, le commandant nous explique le fonctionnement du Marion Dufresne et ses spécificités dues à ses différents usages (cargo, transport de passager, porte hélicoptère, océanographe…) Un couple nous présente son projet de documentaire long métrage qu’il tourne « L’Odyssée du Marion Dufresne » et nous découvrons la réserve naturelle nationale des terres australes françaises. Pour clôturer cette première journée chargée, le commandant nous offre un pot. Les voyageurs, les scientifiques, les militaires et l’équipage commencent à se rencontrer, une nouvelle révision des prénoms est nécessaire et de nouvelles discussions s’engagent.

François Dectot

Ce jeudi sera une journée chargée qui commence par la visite de l’hôpital. C’est la passation de pouvoir entre l’ancien et le nouveau médecin de bord. Nous écoutons attentivement les consignes et les explications des deux médecins.

Et puis, évidemment, la conversation finit par arriver sur le mal de mer… C’est l’occasion de nous remémorer la règle des 5 F pour la prévention du mal de mer. Ce n’est pas compliqué, il suffit d’éviter la fatigue, le froid, la frousse, la faim et … la foif.
Ensuite, nous continuons par la visite de la passerelle (le poste de pilotage, dans le langage terrien), largement commentée avec précision, clarté et enthousiasme par le Capitaine. Ce dernier, professionnel mais jovial (l’un n’empêche pas l’autre), n’hésite pas à émailler sa présentation de discrètes plaisanteries qu’il souligne d’un large sourire, histoire de détendre l’atmosphère.

Puis l’après-midi, vient une présentation du projet d’un couple de jeunes cinéastes venu tourner un presque long métrage (52 minutes) sur la rotation du Marion Dufresne et qui nous demande si nous accepterions d’être interviewés et d’éventuellement figurer dans le film. Voilà pour nous une occasion inespérée de passer un jour, peut-être, à la télé !

Ensuite nous assistons à la présentation des enjeux de la biodiversité dans les Taaf, avec notamment l’éradication du BLO, une bête à longues oreilles, comestible, introduite à Kerguelen par les pionniers, mais dont il est interdit de prononcer le vrai nom dans les bâtiments de la marine française … sous peine de payer la tournée générale. Il n’est pas possible d’en dire plus ici à ce sujet !

Puis vient un moment très attendu : le pot du Capitaine ! Il y a là les officiers, une partie de l’équipage, les scientifiques et les passagers. Un verre de T’Punch dans une main et un Samoussa dans l’autre, on se bouscule au bar du Marion dans un joyeux brouhaha. A la suite de quoi, tout le monde se dirige gaiement (le T’Punch) vers le restaurant.

Mais ce n’est pas fini. Il reste encore à visionner le film sur la sauvegarde du patrimoine archéologique des Kerguelen où l’on apprend qu’un vieux chaudron servant à faire fondre la graisse de phoque à été acheminé jusqu’à Draguignan, via la Réunion, pour rénovation et traitement high tech contre la corrosion, puis renvoyé sur son île pour y témoigner à jamais du passé aventureux des pionniers des mers australes…

Et là, c’est vraiment fini pour aujourd’hui, la nuit est tombée depuis longtemps.
Le bateau fait route plein sud, sous la voie lactée qui scintille de mille feux dans le ciel d’un noir d’encre. L’officier de quart veille sur la passerelle plongée dans l’obscurité… Tout va bien.

Pierre Galzin

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visite de la passerelle

© Bernard Martin

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Cartouche du 6 Déc

Hélène Apeche


Vendredi 7 décembre, jour 4

Aujourd’hui c’est la première journée en mer sans voir la terre. Au réveil le matin nous sommes toujours en zone subtropicale. Le ciel est bleu, et du coup la mer aussi. Nous franchirons le tropique du Capricorne pendant la nuit.

La journée s’annonce moins chargée que celle d’hier pour notre groupe de passagers, constitués de 2 américains et 10 français. Les américains nous arrivent de Los Angeles, ça fait loin jusqu’à Kerguelen.

A 11 heures, c’est la séance de formation bio-sécurité pour le personnel interdistricts, c’est-à-dire ceux qui font la rotation complète et ne séjourneront pas sur les îles. Les autres suivront une formation plus adaptée à leur cas. On y apprendra notamment quels sont les recoins inexplorés de nos affaires où aiment se cacher les graines et autres organismes indésirables sur les îles, et comment les en déloger à coup d’aspirateur, de brosse et de désinfectant. Outre évidemment dans les rainures des semelles, il convient de bien chercher dans les Velcro, sous les lacets des chaussures et dans la poche secrète du sac à dos que l’on n’utilise jamais car justement elle est secrète et on se sait plus qu’elle est là !

L’après midi permet à chacun d’opter pour une sieste agrémentée de roulis, ou pour la contemplation de la mer, ou encore pour la lecture.
Mais à 15 h, nous nous retrouvons dans la salle de conférence pour assister à l’intéressante présentation du projet pédagogique de 2 enseignants embarqués sur l’OP4-2018. Ce projet, focalisé sur l’environnement des TAAF est suivi par les élèves de 500 classes du primaire au secondaire, réparties sur tout le territoire français avec une forte concentration à la Réunion (bien sûr, ce sont les plus proches voisins, à quelques milliers de kilomètres), en Bretagne (les bretons n’oublient évidemment pas que Kerguelen était l’un des leurs), et … une classe au Burkina Faso !

La fin de journée s’écoule calmement. Surprise le soir à l’heure de l’apéro : le personnel des Taaf a installé les décorations de Noel et un bel arbre bien décoré trône déjà près du bar. Il y a du monde accoudé au comptoir, voire accroché au comptoir quand passe un coup de roulis.
Le navire, imperturbable, poursuit sa route dans la nuit…

Pierre Galzin

Vendredi 7 décembre 2018 7 heures j’ai dormi 8 heures. Le ciel est couvert, la visibilité est moyenne le vent est frais. Ce matin nous avons une formation sur la biosécurité pour savoir mettre pied à terre sans polluer la réserve naturelle. C’est vraiment un état d’esprit à développer pour minimiser l’impact de notre présence avec des gestes simples. A la mi journée le soleil est de retour et le vent reste frais. Ensuite, la formation théorique au 1er secours permet de nous mettre à jour. Après un autre couple nous présente son projet pédagogique « Terres australes au quotidien » suivi de septembre 2018 à avril 2019 par 500 classes de primaire et secondaire sur la base de l’OP4-2018 actuelle. Encore une belle façon de faire connaître ces îles presqu’inaccessibles au climat hostile sur lesquelles nous allons respirer, sentir, voire, écouter, marcher, dormir, découvrir,…

François Dectot

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Cartouche du 7 Déc

Hélène Apeche


Samedi 8 décembre

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Formation sécurité HLO

© François Dectot

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Cartouche 8 Déc

Hélène Apeche


Dimanche 9 Décembre

Ce voyage est bien singulier. Tout d’abord au sens vrai, premier, du terme « singulier » car pour la vaste majorité d’entre nous, voyageurs « Interdistricts », il restera unique : rares sont les voyageurs qui ont la possibilité de repartir pour une autre rotation. Rares d’ailleurs sont celles et ceux qui se sont rendus sur les Terres Australes et Subantarctiques, probablement moins de dix mille personnes au total et actuellement 48 voyageurs chaque année.

Si l’on ajoute à cela le processus d’inscription qui fait qu’après avoir cliqué sur le lien qui nous a permis d’envoyer notre dossier le 4 juillet dernier (cinq mois avant l’embarquement), nous avons attendu généralement deux semaines avant de savoir que notre candidature était retenue, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser que nous sommes privilégiés.
Ensuite car le chemin a été long, parfois très long avant que nous n’arrivions au Quai N°8 et que nous montions la passerelle.

Et pendant ce temps, au minimum de plusieurs mois, souvent d’une ou de plusieurs années, nous avons pu nous informer, sur ce bateau mythique, sur les TAAF, sur les îles sur lesquelles nous allons débarquer, etc…

Au fond, si nous le souhaitions, nous avions tout le loisir de faire dix fois, vingt fois, le voyage avant le départ, en suivant les nombreux récits jour par jour, heure par heure.
Ce que nous pouvions aisément imaginer, c’était l’excitation et la tension des jours qui précèderaient le départ. Nous ne pouvions guère nous attendre à ce que les difficultés sur l’Ile de La Réunion rendraient les dernières heures avant le départ, pour nous mais surtout pour l’équipage et les scientifiques et techniciens qui s’embarquaient, aussi compliquées et incertaines qu’elles l’ont été.
Et puis nous avons embarqué.

Dans cet espace à la fois limité et très ouvert qu’est le navire, nous avons immédiatement découvert l’ambiance très particulière qui fait l’identité spécifique de notre séjour à bord : nous pouvons nous promener presque partout sur le navire, l’équipage, à commencer par le Commandant, nous informe et répond en prenant tout le temps nécessaire, à nos questions des plus techniques aux plus simplistes ou aux plus saugrenues. Il en est de même des responsables de la logistique, de l’administration, du pilote et du mécanicien de l’hélicoptère, etc …
Quant à l’équipage, il est d’une rare gentillesse.

Et nous découvrons en partageant la même table ou en regardant le coucher du soleil, ou en discutant sur le meilleur angle pour notre photo l’ornitho, le météo, le CNES (ils se désignent ainsi), le restaurateur de métaux, le biologiste, … qui resteront à terre quelques semaines ou quelques mois, ou qui font la rotation comme nous et nous expliquent leur métier ou leur fonction avec passion.

Nous sommes en mer depuis quelques jours, nous arriverons à Crozet demain en fin de journée et débarquerons après-demain.
Notre voyage commence donc à peine mais quel voyage ? Celui qui fait que, partis de La Réunion, nous arriverons demain à notre première escale ? Celui dont nous avons rêvé ? Celui que nous vivons intensément, qui nourrira nos rêves à notre retour ? A l’évidence, une seule route, différents chemins, autant de voyages que de voyageurs ….

Marc Sindres

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à la proue

© Marc Sindres

Dimanche 9 décembre 2018.

7 heures, j’ai dormi 8 heures. Le brouillard couvre la mer et se lève en milieu de matinée. Aurélie qui a exercé le contrôle des pêches présente le service des pêches des TAAF. De nombreuses questions sont posées sur les campagnes de la légine, la langouste et le thon. Heureusement que je fais une heure de sport tous les jours, car nous mangeons très bien, par exemple, ce midi nous avons eu du filet de bœuf surmonté d’une tranche de foie gras. Je suis désappointé car ma sieste trop approfondie me fait rater un panorama des recherches sur les salmonidés à Kerguelen. A 20 heures 46 nous passons le 40ème parallèle. Les températures ont baissé depuis l’île Maurice, l’air est à 18,6°C et l’eau à 17,6°C. Demain nous passerons la ligne de convergence et la température de l’eau devrait être divisée par deux. Nous sommes à plus de 700 km de Crozet et cet après-midi, un albatros et deux pétrels nous ont rejoints.

François Dectot

La 4eme journée consécutive en pleine mer. Le navire a maintenu son cap au 190 depuis le départ de Port Louis.
La mer, encore bleue ce matin, vire lentement au gris, un gris bleu acier, à mesure que le navire progresse vers le sud.
Nous avons aujourd’hui la compagnie d’un pétrel à col blanc, tout seul sur l‘océan à 1000 km de la terre la plus proche. Les ornithologues à bord du bateau nous apprennent que ces oiseaux ne se posent jamais. Ils font dormir alternativement chacun des hémisphères de leur cerveau. Nous apprenons aussi au passage que les canards font pareil. Peut être le saviez vous déjà ?
Le pétrel virevolte constamment à l’arrière du bateau, où il profite habilement du vent et des remous de l’air, ce qui lui permet de planer en permanence en dessinant de belles arabesques avec un minimum de battements d’aile. Il nous suivra, infatigable, jusqu’à la fin de la rotation.
Outre les vagues et un oiseau (le matin il était encore tout seul, il sera rejoint plus tard par un albatros), on observe toutes sortes de choses inattendues sur le MD.
Ce matin, un passager s’affaire autour d’une petite valise contenant des trucs électroniques arrimée à une petite structure métallique sur le pont du bateau. Ce monsieur, fort sympathique et qui s’appelle Philippe, nous apprend qu’il est en mission pour les Taaf dans le cadre de la restauration et la conservation d’un abri Fillod, du nom du concepteur. Il s’agit des abris métalliques modulaires que l’on retrouve dans beaucoup de bases polaires, en tout cas françaises . Les Taaf souhaitent réhabiliter l’un de ces abris pour le conserver comme témoin des conditions de vie des premières missions scientifiques.
Mais que fait donc Philippe avec cette valise électronique ? C’est simple. Il est chargé de mesurer à différentes latitudes le flux de muons qui nous proviennent du soleil. La valise a été bricolé à partir d’un morceau d’antenne de satellite. C’est le projet Cosmix ! Par contre, il faudra se faire expliquer ce que c‘est qu’un muon. Aucune idée !
Une fois la mesure terminée, Philippe se saisit d’un sac poubelle noir, et de deux morceaux de ficelle (celle qui sert à attacher les fagots de bois) pour soigneusement emmitoufler la précieuse valise
Etonnant contraste entre la valise cosmique et le sac poubelle, improbables associés dans à la réussite de ce projet !
La nuit tombe… noire et sans lune. Le temps fraîchit.
A 21h, nous franchissons le 40e parallèle.
Cela ne va pas rugir tout de suite, mais nous allons être secoués dans la nuit.

Pierre Galzin

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Philippe et sa valise electronique

© Pierre Galzin

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Cartouche 9 Déc

Hélène Apeche


Lundi 10 décembre 2018

Après cette croisière de 5 journées très actives (manger, dormir, écrire, photographier, trier les photographies, aller sur le pont, à la passerelle, faire du sport, conférence, boutique, bar, biosécurité,,,) Clémence nous donne le programme de notre première escale à Crozet. L’après-midi, après une présentation de la philatélie, nous participons à la première séance de tamponnage. Après quoi Marc nous initie à la relaxation. Ce matin la température de l’air était à 11°, ce soir 6°. Ce soir la température de l’eau est à 9°. Le vent a soufflé entre 26 nœuds et 36 nœuds. Il y a de plus en plus d’oiseaux à nous suivre. Je suis allé sur le pont pour les photographier, mais les doigts engourdis par le froid, j’abandonne. Tout le monde prépare son sac pour demain avant de se coucher de bonne heure. A 3 heures du matin les hauts parleurs sonnent trois fois de suite l’alerte générale. Philippe me demande si je vais bien ; oui pour l’instant. Je réfléchis et commence à m’habiller. Puis les hauts parleurs annoncent « fausse alerte » OUF ! Je préfère cela et on se rendort. Philippe s’est levé à 4 h 30. L’ancre était larguée, la neige tombait, le service d’accueil des manchots nageait autour du Marion Dufresne…

François Dectot

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Cartouche du 10 Déc

Hélène Apeche


Mardi 11 décembre 2018

Aujourd’hui, journée extra-ordinaire nous sommes à la baie du marin (1.4 km) de la base et avons vu un peu moins de 50 000 manchots royaux et 2 manchots papous (que je n’ai pas vu) ainsi que des éléphants de mer et cet après midi nous sommes descendus voir les Albatros Géants au Bollard. Le temps a été effectivement variable ; du vent à 30 nœuds avec des rafales à 45 nœuds et le tout agrémenté de quelques averses de neige, de pluie et de soleil. Nous avons vu l’île de l’Est qui est à quelques encablures. J’adore le rythme de nos activités. Nous prenons le temps de contempler, s’imprégner de l’ambiance, observer, photographier, écouter les chants des manchots, les rots, les flatulences, les éternuements des éléphants de mer.

François Dectot

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BDM

© François Dectot

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Elephant de mer en BDM

© François Dectot



Le mardi 11/12/2018

Cette nuit fut courte. Lorsque l’alarme s’est déclenchée de façon inopinée, à 03h00 du matin, certains se sont habillés en quelques instants, précipités au point de ralliement en portant leur combinaison de survie comme cela était prescrit, croisant d’autres qui venaient aux nouvelles en tenue de nuit dans les escaliers. Certains sont allés dans le couloir pour prendre des nouvelles, d’autres sont restés dans leur couchette. Tous se sont recouchés mais la perspective du premier débarquement, l’alarme et un roulis un peu plus marqué qu’à l’habitude ont eu raison d’un sommeil calme.

Premier vol en hélicoptère pour beaucoup d’entre nous et assurément, pour tous, premier vol depuis la DZ d’un navire. Nous embarquons sous un grand soleil et moins de deux minutes plus tard, nous débarquons sous, ou plutôt dans une averse de neige poussée à l’horizontale par le vent. Trois minutes plus tard, soleil.

Accueillis par le Chef de District de Crozet (DisCro en langage local) ceint d’une écharpe tricolore. Pot de bienvenue dans la salle commune de la base, à mi-chemin d’une salle de colonie de vacances des années 60 et d’un mess de garnison.
Départ vers la Baie du Marin. Une marche de moins de trente minutes vers le rivage (la base se trouve sur la falaise, à environ 140 mètres au-dessus de la mer) et là, nous n’en croyons pas nos yeux.

Si par hasard, nous ne savions pas pour quelle obscure raison nous avons choisi de faire ce périple, nous avons compris à l’instant que ce spectacle était absolument unique, que nous avions une chance immense d’en profiter et qu’il valait mieux en imprégner tous nos sens car il est bien peu probable que nous en revoyions de tels.
Des milliers de manchots qui crient et jacassent, s’invectivent deux par deux, s’affairent. Spectacle irréel singulièrement quand nous devons prendre garde à ne pas déranger les éléphants de mer qui cohabitent avec les manchots.

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En baie du Marin

© Marc Sindres

Si d’aventure nous nous approchions de la clôture en ciment, un ou une garde de la Réserve Naturelle nous rappellerait que nous devons nous éloigner de la clôture car certains animaux sont équipés de cardiofréquencemètres. Notre présence trop proche risquerait « de les stresser et de fausser les mesures ». J’espère pour les animaux qu’ils ne subiront jamais un stress plus grand que celui que notre présence pourrait occasionner et pour les chercheurs que leurs mesures seront robustes.

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Elephants de mer en BDM

© Marc Sindres

Nous étions prévenus de l’odeur des manchotières mais cela me semble proche du mythe car avec le vent, on se demande bien quelle odeur pourrait résister. Une fois que nous nous sommes emplis d’images, nous repartons pour un déjeuner d’honneur très chaleureux. Malheureusement pour les résidents, une erreur de mise en container les a obligés à retrier tous les fruits et les légumes qui leur ont été livrés.
Vaisselle collective sur la base d’un tour de rôle.

L’après-midi, promenade sur le chemin du Bollard pour découvrir les nids des albatros, plus exactement, dans le langage propre aux Iles Australes, des « alba ». Pourquoi multiplier les nombre de syllabes quand on parvient, entre soi, à se comprendre. C’est ainsi qu’un résident m’a très gentiment proposé de me raccompagner à la « BDM ». J’ai fini par comprendre qu’il s’agissait de la « Baie du Marin ». Il est vrai que notre navire est le « Mar Du », ou mieux le « MD » et que personne de sensé ne s’aventurerait à parler de Crozet, Kerguelen et Amsterdam, quand on sait qu’il s’agit de Cro, Ker et Ams.

Retour sur le « Mar Duf » et immédiatement, cérémonie de biosécurité, nettoyage et élimination à la pince à épiler de la moindre trace de spore ou de corps étranger que nous aurions malencontreusement rapporté.

Marc Sindres

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Cartouche du 11 Déc

Hélène Apeche


Mercredi 12/12/2018

Le lendemain, 12 décembre, visite tout simplement magique de la « BUS », dont chacun sait qu’il s’agit de la Base Américaine. Arrivée en hélicoptère sur une vaste plage de sable noir, très fort vent, pour découvrir les manchots et les éléphants qui s’écartent à notre arrivée.

Vent fort, le sable qui cingle notre visage, cris des manchots et grognements des éléphants, dans des tonalités très différentes, lumière crue entre les nuages sur le sable noir et l’écume soulevée avec violence par le vent, toutes nos perceptions sont littéralement saturées, nous immergeant dans une ambiance d’une force que nous ne pouvions pas imaginer, de beauté et de surprise.
Il nous suffit de nous asseoir pour que les manchots s’approchent de nous, nous examinent, puis continuent leur chemin, toujours très affairés.

Quant aux éléphants de mer, ils se déplacent assez rapidement sur 5 à 10 mètres, puis s’affalent et reprennent leur chemin quelques minutes plus tard. Très étonnant : on les retrouve à plusieurs centaines de mer du rivage, jusque sur des collines.

Promenade le long de la falaise et à travers la colline jusqu’à une manchottière encore plus magique que celle de la « BDM » car vierge de toute construction.

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Petite manchotiere

© Marc Sindres

L’après-midi, courte promenade jusqu’au site où les phoquiers avaient établi leur campement. Juste retour des choses : une otarie se trouve sur notre chemin et n’a nullement l’intention d’en bouger. Nous ferons donc simplement demi-tour, puis, contraints et forcés de quitter ce lieu de Premier Matin du Monde, nous reprendrons l’hélicoptère et bien sûr, sacrifierons au rite de la biosécurité avant de reprendre le chemin de nos cabines, puis, un peu plus tard, celui du bar….

Marc Sindres


Mercredi 12 décembre 2018

Nous sommes héliportés auprès des deux cabanes dans à la Baie Américaine au bout de la vallée du Branloir, la bien nommée. Effectivement les rafales de vent soulèvent le sable noir et nous déséquilibrent. Là, nous sommes parmi les manchots en échec de reproduction et les éléphants de mer (adolescents). Ils nous regardent paisiblement, sans peur et sans reproches. Nous partons sur un chemin de 25cm de large dans un lit de mousses, nous passons auprès de pétrels géants, nous contournons un petit lac sur un plateau, puis montons au ras de la falaise sur un chemin de pierre. Quelques albatros (dans leur nid) jusqu’à ce que nous surplombons une manchotière, peut-être encore plus grande que celle d’hier. Nous nous asseyons et restons là éblouis par cette foule d’animaux (manchots et éléphant de mer) capables de rester côte à côte sans agressivité, calmement même si des petites bagarres ont lieu c’est toujours sans violence excessive. Piquenique auprès des cabanes et nouvelle balade dans des gorges miniatures verdoyantes avec un petit cours d’eau, petite falaise, petite baie, petit site archéologique, mais avec de vrais éléphants de mer et des otaries dont l’une nous refuse le chemin. Après s’être imprégné du site et de son ambiance, nous faisons demi-tour.

François Dectot

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Cartouche du 12 Déc

Hélène Apeche


Jeudi 13 décembre 2018

Réveil 6h48, petit déjeuner, 5 km sur le tapis de marche en 60 minutes (avec vue par le sabord du Bolard puis de 50 000 points blancs surmontés de 100 000 yeux et les amers sur la colline, ensuite retour de la dérive et ainsi de suite), après, biosécurité et à 10 heures l’hélicoptère va chercher ceux qui ont dormis à terre et les 10 scientifiques en fin de mission. En effet, pour rattraper un léger retard et une dépression qui arrive cet après-midi nous anticipons notre départ d’une demi-journée. La température de l’air est de 9°C et l’eau 5°C. Il pleut avec un vent de 25 nœuds. En fin de matinée, l’hélicoptère a pu ramener tout le monde de l’île de la Passion à bord du Marion Dufresne malgré les bourrasques à 45 nœuds. Puis nous avons levé l’ancre, mais l’ancre babord ne s’est pas logée dans son réceptacle malgré plusieurs manœuvres, ils ont du la bloquer avec une chaîne. A midi, longitude 43°, latitude 52°, Kerguelen est à 849 miles. La mer est force 8, le baromètre 1007, air 7°, eau 6° et nous avons parcouru 1 551 miles depuis le Port de la Réunion. Ce soir, j’ai l’honneur d’être invité à la table du commandant. Tous les officiers sont en tenue (chemise blanche et épaulettes), personne ne boit du vin qui est sur la table. J’apprends qu’il est pour moi mais comme je n’en bois pas, les pichets ne sont pas entamés. L’ambiance est joviale, détendue et respectueuse, comme la vie à bord ; bref c’est très agréable.

François Dectot

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Cartouche du 13 Déc

Hélène Apeche


Vendredi 14 décembre 2018

Aujourd’hui beau temps et belle mer (force 4), températures inchangées depuis hier, nous faisons route à 14 nœuds vers l’Est légèrement Sud (97°). A midi, longitude 47°, latitude 60°. Des bouées de Météo France sont larguées pour émettre la pression atmosphérique, le sens et la vitesse des courants et des vents, la température… Cet après-midi, deuxième séance de tamponnage pour la poste de Kerguelen. Cette poste est toujours dotée d’une cabine téléphonique. Les connexions se font via satellites 1,2 €uros/minute pour la France et 2,4 €uros/minute pour l’étranger. Cette nuit nous dormons une heure de moins, à 2 heures, il sera 3 heures.

François Dectot

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Cartouche du 14 Déc

Hélène Apeche


Samedi 15 décembre 2018

A 8h la visibilité est faible, la mer est de force3, il fait +5° (idem pour la mer) ; normal en hiver, nous sommes sur le même parallèle qu’à la maison mais pas dans le même hémisphère et en plein été. Mickaël Boisnard nous a fait une conférence très intéressante sur la météo ce matin. A Kerguelen, il y vente 300 jours par an avec des bourrasques jusqu’à 200 km/h. Actuellement il fait jour de 4h du matin jusqu’à 22h. Ce midi, nous sommes passés entre l’île Rendez-vous et les îles Nuageuses (ces dernières ont toujours été classée Réserve) Il est probable qu’aucun homme n’y soit jamais débarqué (sauf les baleiniers peut-être) Ensuite, nous sommes arrivés au nord de Kerguelen (longitude 48°, latitude 69°) à la grande Arche naturelle qui faisait 98m de haut avant de s’écrouler il y a seulement un siècle. Nous avons les honneurs des oiseaux et y sommes restés quelques heures ensoleillées : Spectaculaire. Quel privilège de voir par beau temps cette œuvre d’art monumentale, gardée par une colonie de manchots, qui n’est sur aucune route.

François Dectot

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Si on reconstruisait

© François Dectot

Samedi 15 décembre, le Marion Dufresne, parti de l’île de la Possession le jeudi, arrive après deux nuits en mer en vue de l’Arche de Kerguelen à l’extrémité nord de l’archipel, à proximité de Port Christmas. Nous avons changé de fuseau horaire dans la nuit. Il est une heure de plus à Kerguelen. Tout le monde s’est levé à 2 heures du matin pour régler sa montre sur 3 heures .

La voûte de l’Arche de Kerguelen s’est malheureusement effondrée au début du 20eme siècle, sans que l’on connaisse l’année exacte. Mais ses deux imposants piliers dominent toujours majestueusement la mer à l’extrémité de leur promontoire.
Le bateau s’approche. Les ornithologues, nombreux sur le navire, sont aux anges. Une colonie de gorfous niche au pied de l’Arche et attire tous leurs regards. Les jumelles sont pointées, les commentaires savants fusent.

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Gorfou sauteur

© Pierre Galzin

Mais ont-ils au moins remarqué l’Arche majestueuse qui domine le paysage ? Ce n’est pas entièrement sûr !
Certains d’entre nous s’offrent un tour d’hélicoptère au-dessus de l’Arche. Le paysage est minéral. Les austères plateaux de roche volcanique tombent dans la mer en abruptes falaises. Le ciel est bas. Le Marion Dufresne apparait tout petit, sur la mer gris acier, oasis flottante dans cet environnement inhospitalier. L’hélicoptère entame son approche par bâbord arrière.

Le bateau lève l’ancre vers 17 heures. L’ancre bâbord rapporte des algues enchevêtrées qui gênent son bon positionnement sur le flanc du navire. Sur ordre du commandant, l’ancre est redescendue à 10 mètres puis remontée, cette fois sans algues. L’ancre à tribord résiste au puissant treuil et rechigne à s’arracher. Après plusieurs tentatives infructueuses des hommes à la manœuvre sur le pont, le commandant prend les commandes et positionne le navire sur un cap différent. Il met un moteur en route, à faible vitesse. L’ancre, sollicitée dans la bonne direction, se dégage enfin. Le bateau est libre.

Avant de quitter l’Arche, le commandant et son équipage se livrent alors pour le plaisir de tous à une étonnante manœuvre consistant à décrire un demi-cercle autour de l’Arche en conservant la proue du navire orientée vers l’Arche.
Sur la passerelle le commandant donne ses ordres. Ses instructions sont brèves et précises. Pas un mot inutile. L’équipage est concentré. Nous jetons un œil sur les cadrans : le propulseur d’étrave pousse l’avant du bateau vers la gauche, les moteurs sont à faible vitesse, le droit en marche arrière et le gauche en marche avant.
Le navire se déplace lentement sur le côté, la manœuvre est magistrale et nous admirons en silence la maîtrise du commandant.
Le lent ballet du Marion Dufresne se termine. Nous mettons le cap au sud-est. Le bateau va contourner l’archipel.
La nuit sera calme. Dimanche à 4 h du matin nous mouillerons à Port-aux-Français.

Pierre Galzin

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Arche de Kerguelen

© Pierre Galzin

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Cartouche 15 Déc

Hélène Apeche


Kerguelen : la nature et les hommes

Comment Kerguelen a t’il pu décrire un avenir ouvert à l’homme monde pour cet archipel ?

  • Une île minérale de gris qui nous transporte dans un désert lunaire ou quelques acaena relient parfois les chaos de pierre entre eux.
  • la beauté époustouflante du golfe du Morbihan qui nous amène non du coté de Vannes mais au-delà de l’océan atlantique vers les monts de l’Utah et du Colorado qui se seraient noyés dans la mer. Un monde de basalte tabulaire posé sur d’ improbables bras de mer.
  • un environnement de montagne sur ces îles avec des innombrables lacs dans des vallées glacières , témoins de temps anciens ou la calotte de glace recouvrait tout l’archipel.
  • et un vent violent tombant de la calotte de Ross et balayant tous ces couloirs en véhiculant des giboulées de neige ou de glace. Temps en perpétuelle instabilité ou la seule prévision possible est que toutes les saisons défilent dans la demi journée qui suit. Ce royaume est le domaine d une faune sauvage : manchots royaux, gorfous sauteurs, éléphants de mer, otaries ainsi que des oiseaux : pétrels géants, sternes, albatros skuas, goélands, cormorans dont le bleu profond de leurs yeux vous entraîne vers le fond de l’eau.

Quelques traces d’humanité autour des cabanes.

  • Le souvenir de Jacky au débouché du val strudel dans un site unique ou la cabane s’adosse a des torrents de pierres et ou coule une rivière entrecoupée de cascades. Les truites ont refusées de se montrer.
  • Qui ne révérait pas de se faire oublier à la cabane Laboureur pour une retraite loin de tout ?Posée au fond d’un bras de mer et adossée à un plateau domaine des vents, elle a comme voisins une petite colonie de gorfous sauteurs qui nous regardent comme des extra terrestres.

Sans oublier le témoignage de la folie des hommes que sont les ruines de l’usine baleinière de port Jeanne d’Arc ( PJDA).
Amener dans cet endroit battu par les vents et la neige des êtres humains pour contribuer a la mégalomanie de 2 frères qui ne recherchaient qu’un profit immédiat en profitant des ressources naturelles comme les baleines et les éléphants de mer.
Les hommes sont partis : seuls sont restés :
-de vivant les espèces rapportées pour subsister : lapins, chats, et évidemment les rats…
- de rouillé, cette ruine industrielle qui se détache de la minéralité du cadre et dont le vent et les éléments peinent à effacer.
Sommes nous certains de ne pas continuer le même scénario dans nos activités humaines ?

Les hommes continuent a vouloir laisser leur empreintes sur la plus grande base des TAAF à Port aux Français (PF) :
Une tour de Babel ou se côtoient tous les métiers et les expertises au sein d’une communauté régie par ses propres règles et son propre langage. Un monde artificiel ou l’homme reproduit le confort de la société à 12 600 km de Paris et qui parait fragile dans ce monde qui n’est pas le leur.

Nous avons eu le privilège d’avoir été autorisés a toucher un instant l’incroyable beauté de cet univers sauvage hors du temps . Ce contact avec un autre monde restera indélébile dans nos esprits.

Kerguelen aurait du dire qu’en fait il avait approché une autre planète !

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Cartouche 16 Déc
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Cartouches 17 et 18 Déc

Hélène Apeche


Mercredi 19 décembre

Ce matin, le navire est au mouillage dans la baie de l’Observatoire face à l’île aux moules (espèce très présente aux Kerguelen), à 49° 25,19 ‘ de latitude sud et 69°54,47’ de longitude est. Il n’a pas été possible de s’avancer plus près de PJDA (Port Jeanne d’Arc pour les béotiens) du fait d’un temps incertain et d’un vent soutenu.

Une balade de quelques heures est prévue sur ce site et le navire étant plus éloigné que prévu, cela permet d’allonger la durée de vol par hélicoptère à un peu plus de 10 mn.

Après quelques interruptions, toujours le temps variable, les rotations reprennent et « notre » pilote nous fait découvrir des paysages somptueux avant d’atterrir sur le site.

La construction de cette station baleinière au début des années 1900 est une sorte de prodige et en apprenant son histoire, un autre aspect des Kerguelen apparaît, celui des hommes. Bien sûr, aujourd’hui, nous condamnerions, et cela à juste titre, ce qui était pour certains une exploitation normale des ressources, mais en réalité une extermination des baleines et des éléphants de mer. Toutefois, bien que le profit fût surement le moteur de cette installation, des hommes (des femmes également) ont certainement travaillé dur, dans des conditions extrêmes.

Construite par des norvégiens en quelques mois, cette station est une forme d’industrialisation de l’exploitation de la graisse de baleine et d’éléphant de mer qui était pratiquée depuis de nombreuses années de manière artisanale. Les vestiges de ces énormes machines, atteintes par la rouille et se dégradant, les barils destinés à transporter l’huile, le reste de coke destinée à fournir l’énergie et ces constructions dont certaines ont été restaurés en respectant les normes de construction, tout cela nous évoque la vie de ces travailleurs. Une soudaine averse de neige dans un vent glacial nous confirme les difficultés rencontrées par eux.
Il reste aussi un cimetière avec quelques tombes, qui, lui aussi, témoigne de leur passage et rend ce site plus humain.

En quittant ce lieu, également admirable par ses paysages, j’ai une pensée émue pour tous ces gens qui ont certainement cru pouvoir bâtir quelque chose sur cette terre lointaine. Je l’étends d’ailleurs à tous ceux, des découvreurs aux résidents d’aujourd’hui, au-delà de la beauté intrinsèque et de la faune extraordinaire, qui font l’humanité de ce lieu magique.

En retournant vers le navire, l’image de ce lieu reste forte, mais c’est ensuite le départ vers Port aux français avant de prendre la mer vers le district de Saint Paul et Amsterdam.

André Ochoa

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Cimetière à port Jeanne d Arc

© André Ochoa

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Cartouche 19 Déc

Hélène Apeche


Conte de la dinde de Noël aux Kerguelen

Le chat (Felix Catus) et le BLO (Oryctolagus Cuniculus) ont été introduits dans l’archipel il y a un peu plus de 200 ans. Depuis, ces animaux se sont bien implantés.

Quand on se promène à terre, on voit détaler de nombreux BLO. Par contre, les chats se font plutôt rares si ce n’est carrément invisibles. On croit ne pas avoir vu de chats. Grave erreur !

Depuis que le chat est arrivé, il s’est passé à peu près 200 à 250 générations de chats. De quoi laisser largement la sélection natutrelle et les lois Darwiniennes faire leur travail.

Dans un premier temps, la queue du chat s’est racourcie. Il est bien connu que le chat se sert de sa queue pour son équilibre quand il saute de branche en branche dans les arbres. Or ici, dans l’archipel des Kerguelen, la plus haute végétation ne dépasse pas 10 cm. La queue ne sert à rien. Qui plus est, il y a toujours dans l’archipel un vent à arracher la queue des ânes, et aussi celle des chats. Raison de plus pour avoir une petite queue.

Ensuite, sur les îles, quand le sol n’est pas caillouteux, il est spongieux. Pour ne pas s’enfoncer dans cette fange, la surface des pattes arrières du chat se sont accrues au fil des générations. Le chat des Kerguelen actuel présente donc des pattes arrières hypertrophiées.

Pour qui connaît bien le Felix Catus, on sait que le chat n’aime pas avoir du vent dans les oreilles. Dommage quand on habite l’archipel car le vent est toujours soutenu. Le félin a trouvé la parade en développant des pavillons d’oreille assez grands qui limitent les perturbations au fond de ceux-ci. Ces grandes oreilles paraissent contre intuitives, mais la solution opposée (à savoir réduction du pavillon à l’extrême) n’empèche pas le vent d’y entrer.

Un point qui ne fait pas complètement l’adhésion chez les spécialistes est la modification du régime alimentaire du chat de Kerguelen. Les chats ont besoin de se purger. Ils consomment donc très régulièrement de l’herbe à chat. Cette consommation a pour objectif d’éliminer les boules de poils qui se forment dans l’estomac à force de se lécher. Ici ce besoin est d’autant plus nécessaire que les chats consomment des BLO et des oiseaux en ingurgitant poils et plumes. Le besoin de purge est donc fort. A défaut d’herbe à chat, le félin s’est rabattu sur le pissenlit qui a des vertus purgatives certaines. Mais à force de brouter du pissenlit, la dentition du chat a évolué par une hypertrophie des incisives.

Tous ces éléments scientifiquement étudiés par la Réserve Naturelle depuis de longues années démontrent que l’apparence du chat de Kerguelen arrive à se confondre avec celles des BLO. Une nouvelle race de chat est en train d’apparaitre : Le Felix Cuniculus Kergelensis plus couramment appelé Chapin.

Les résidents de l’île connaissent bien cette petite bête, et à noël, faute de pouvoir manger une dinde de Noël, ils n’hésitent pas à s’offrir un Chapin de Noël !

Des études sont en cours pour clarifier un point controversé : le chat d’Europe est un animal domestique qui a pris l’habitude de dormir sur des coussins. Ici, pas de coussins et un climat plutôt rude. Pour se tenir au chaud le chapin se réchauffe dans les terriers de BLO abandonnés. Il paraitrait qu’un beau chapin est entré dans un terrier ou résidait une douce belotte (féminin de BLO) et qu’une grande idylle est née. L’inter reproduction a-t-elle eu lieu ? Il faudra revenir à Kerguelen pour avoir la suite de cette belle histoire.

Gilles Chenut


Dimanche 21 décembre

Après quelques jours de navigation depuis Kerguelen, nous arrivons en vue de l’île Saint Paul, réserve naturelle intégrale. Seules quelques rares missions scientifiques y sont autorisées. L’île compte notamment un marégraphe car son lagon, protégé de la houle et des vagues, constitue un excellent emplacement pour mesurer le niveau de la mer et juger de son augmentation.
Le navire longe longuement les imposantes falaises d’Entrecasteaux dont la cime se perd dans les nuages.
Il fait nuit noire lorsque nous arrivons au mouillage devant la passe du lagon. On distingue les feux de l’Austral mouillé à quelques encablures. Brefs échanges radio entre les deux navires. Le commandant donne ses ordres dans l’obscurité de la passerelle. Le MD jette l’ancre dans la nuit.

Pierre Galzin

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La passerelle à la tombée de la nuit

© Marc Sindres


Lundi 22 décembre

Réveil ce lundi au mouillage de St Paul. L’île nous apparait, la cime dans les nuages. C’est un ancien volcan dont un coté s’est effondré, offrant ainsi une passe vers le lagon central, mais pas assez profonde pour le MD qui doit rester à l’ancre à distance.
La matinée est consacrée à la maintenance du marégraphe et au rapatriement d’une équipe scientifique qui termine un séjour de 3 semaines sur l’île. Elle a été déposée 3 semaines auparavant par La Curieuse, ancien chalutier de 27 m de long, affrété par les Taaf.

Nous assistons aux allers et retours du workboat (le truc orange en photo) qui transborde le matériel, puis ensuite le personnel entre l’île et le MD.
Notre médecin Delphine se rend en zodiac à bord de l’Austral pour donner quelques consultations. L’Austral n’a pas de médecin de bord sur cette mission consacrée à la pêche.
Pendant tout ce temps les 4 chaloupes de l’Austral pêchent le poisson et relèvent les casiers à langouste.
Ce ballet de petits bateaux dure des heures. Puis nous appareillons vers Amsterdam ou nous mouillons dans l’après-midi. Et là, c’est un autre ballet qui commence : celui des poissons volants…

A 17h, l’hélico dépose notre groupe de passagers à la base d’Amsterdam, où nous sommes accueillis par le chef de district en écharpe tricolore. C’est un grenoblois.
Après son sympathique discours de bienvenue, il nous recommande de ne pas trainer car la nuit va tomber. Pour quatre d’entre nous c’est le départ vers la cabane d’Antonelli. (les autres se dirigent vers une autre cabane). Dans les Alpes, on appellerait ça la montée en refuge. Nous voilà chargés, sac au dos, avec le duvet, le repas du soir (rôti de veau, camembert et tarte au cerises !) et deux bouteilles de rouge sud-africain. Pour nos deux guides Maxime et Hugo et nous quatre, cela devrait suffire.

Nous atteignons la cabane, perdue dans le brouillard, un quart d’heure avant la tombée de la nuit…

Pierre Galzin

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Le workboat du Marion Dufresne en action

© Pierre Galzin


Dimanche 23 décembre

La nuit à Antonelli s’est bien passée. Nous quittons la cabane à 6h du matin avec nos affaires pour aller prendre le petit déjeuner à la base et passer la journée à nous balader dans les environs. Journée cool !
Nous visitons le point B (B comme Bénédicte) où se trouve une station de mesure de tas de trucs sur la qualité de l‘atmosphère : le radon, l’ozone, le monoxyde de carbone, etc….
Il y aussi la mesure du champ magnétique terrestre, mais faites attention quand vous passez à coté en tracteur, ça fausse tout.
Le jeune scientifique qui s’occupe des mesures est grenoblois, diplômé de l’INPG. Il nous apprend que la teneur en gaz carbonique augmente régulièrement de 2 ppm tous les ans. L’info est de première main. Ce ne sont pas des blagues.
Puis nous descendons toujours sac au dos pour passer la nuit à la cabane de Ribault nichée dans un creux de la falaise le long de la mer. La cabane est heureusement clôturée car d’innombrables d’otaries occupent les lieux. Nous les mitraillons, mais seulement avec nos appareils photographiques. La soirée et la nuit seront agrémentées sans répit de leurs cris et grognements. Au début c’est pénible… puis on s’y fait. Il y a aussi l’odeur… on s’y fait aussi, mais moins vite !

Pierre Galzin

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La station de mesure du point B

© Pierre Galzin


Lundi 24 décembre

C’est le retour à la base après la nuit à la cabane Ribault. Nous devons traverser le champ d’otaries. Il y en a partout, y compris sur le chemin, et elles n’aiment pas être dérangées. Quand elles ne sont pas contentes, elles commencent par grogner en ouvrant leur gueule qui laisse découvrir deux canines bien acérées… Il faut s’armer d’un bâton que l’on pointe vers elles (sans les toucher) pour les tenir à distance si d’aventure elle vous chargent, ce qui est arrivé à l’un d’entre nous.
Nous avons le temps de visiter la base, de faire quelques emplettes à la coopérative (dont l’Opinel estampillé Taaf) et de rendre une dernière visite aux otaries aux bord de l’eau en contrebas, à la Cale.
Puis c’est le repas à la base et, à 14 h 30, le retour en hélico au Marion Dufresne. C’est un régal de se doucher après deux nuits en cabane où la toilette s’est résumée à un brossage de dents.
Ce sont aussi les adieux entre ceux qui quittent Amsterdam après un hivernage de plusieurs mois et ceux qui restent à terre. Ils ne reverront pas le Marion Dufresne avant le mois de septembre 2019. Le bateau lève l’ancre en fin d’après-midi. Il prend son cap. La corne de brune retentit trois fois. L’instant est particulier. Sur le pont, les yeux de certains sont humides.
Le navire fait route plein ouest, au 270, pour éviter la trajectoire de la dépression Cilida qui se dirige tout droit depuis les Mascareignes sur l’ile d’Amsterdam. Le commandant a prévu le coup et a choisi la bonne route pour que les assiettes et les verres ne valsent pas trop sur les tables ce soir-là !
Le chef du MD nous a concocté un excellent buffet, avec langouste à gogo et buche de Noël ! C’est la fiesta… Pour les plus courageux, elle se terminera aux aurores sur la piste de danse, musique à donf !

Pierre Galzin

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otarie en pleine sieste devant le MD au mouillage

© Pierre Galzin


Pourquoi Kerguelen ?

1) Pour l’aventure : Quand j’avais quatre ans mes parents m’ont envoyé dans une école Montessori ou les élèves pouvaient étudier ce qu’ils voulaient. J’ai choisi la géographie, et j’ai appris tous les pays et les capitales du monde, dès 1962. Aussi mes parents m’ont donné un globe, et je l’ai fait tournoyer, j’ai mis mon doigt sur une île grande et incroyablement eloignée, au milieu de l’ocean Indien – Kerguelen – et je me demandais, “Qu’est-ce qu’il y a, la-bas ?”

Il y a 25 ans mon frère m’a donné un livre, Îles Desertes du Monde, ou j’ai lu des chapitres au sujet de Kerguelen, Crozet, Amsterdam et St. Paul. Ensuite mon frère et moi ont souvent rêvé de visiter Kerguelen ; le problème, c’etait comment s’y prendre ? Récemment j’ai appris que des voyageurs payants pouvaient accompagner les rotations d’approvisionnement du bateau Marion Dufresne pour visiter les trois districts. En juin de cette année nous avons suivi le protocole pour nous inscrire à la troisième rotation, pour le voyage de novembre ; puis en juillet nous nous sommes levés avant 3 h, en Californie, pour s’inscrire à la quatrième rotation, pour décembre. À notre surprise, nous avons réussi au premier essai !

2) Pour pratiquer mon français : Le français, c’est ma langue préférée. J’aime lire les livres français, écouter la musique française, et parler français quand je peux, ce qui n’arrive pas souvent à Los Angeles. Alors, c’est un grand plaisir pour moi de passer quatres semaines sur un bateau francophone – j’espère améliorer ma compréhension et ma facilité.

3) Pour échapper aux mauvaises nouvelles politiques : Toute ma vie j’ai lu le journal chaque jour, généralement avec plaisir, mais depuis quelques années c’est devenu une torture. Quand un parti politique auquel je m’oppose tient le pouvoir, je ne l’aime pas, mais je peux le supporter. Cependant je ne peux pas supporter que le président de mon pays soit un narcissiste grotesque et un menteur incorrigible – incroyable que la personne la plus puissante du monde soit un véritable Père Ubu ! Je me sens affligé de nausée tous le temps, comme le personnage dans la nouvelle de Sartre, et j’ai senti que j’avais besoin de respirer.

4) Pour échapper aux mauvaises nouvelles environnementales : C’est une partie de la catégorie précédente, mais si importante qu’il vaut sa propre mise en relief : le rechauffement climatique, la destruction du monde naturel, l’extinction de maintes espèces, etc. La Californie offre beaucoup de charmes, mais aussi souffre de nombreuses crises écologiques, souvent extrêmes, y compris la sécheresse et les incendies épouvantables. Bien entendu les îles australes ont leurs propres problèmes, les résultats du rechauffement climatique et des espèces invasives, mais par rapport au reste du monde, elles sont bien préservées, avec l’air et l’eau pure, et des paysages intacts et magnifiques.

5) Pour échapper à “l’apocalypse des zombies” : C’est ce que j’appelle notre monde bizarre et hostile, ou les hommes se promenent collés à leurs téléphones portables, et cette drogue toute-puissante, l’internet, qui a remplacé la réalité. Comme tout le monde, je profite de certains aspects de la connectivité – pour la recherche scientifique, ou pour m’inscrire à un long voyage aux îles australes – mais l’assaut incessant de l’internet, et des courriers électroniques, sont épuisants et attristants. Ma maison, remplie de livres et disques, est un sanctuaire du monde analogique, mais le monde numerique est un tourbillon qui menace toujours de m’avaler. Le voyage sur le Marion Dufresne n’est pas une échappée complète – j’ai échangé quelques messages avec ma femme – mais pour la plupart c’est un répit très bienvenu !

Why Kerguelen ?

1) Adventure : When I was four years old my parents sent me to a Montessori school where students could study whatever they wanted. I chose geography, and learned all the countries and capitals of the world as of 1962. My parents gave me a globe, and I used to spin it and put my finger on a large, remote island in the middle of the Indian Ocean – Kerguelen – and wonder, “What goes on there ?”
About 25 years ago my brother gave me a book, Uninhabited Ocean Islands of the World, which had a section on Kerguelen, as well as Crozet, Amsterdam and St. Paul. Each year afterwards my brother and I would say to each other, “Next year in Kerguelen !” I feel ambivalent about conventional tourism, but recently my brother noticed that it was possible for a small number of paying voyagers to accompany the Marion Dufresne on its “rotation” to supply the three districts. In June we observed the protocol for inscription for the third rotation, for the November voyage ; then in July we got up at 3 a.m., California time, to sign up for the December voyage. Somewhat to our surprise, we succeeded on the first try – and here we are !

2) To practice my French : French is my favorite language. I love to read French books and listen to French music, and speak French whenever I can, which is not very often in Los Angeles. So it is a great pleasure for me to spend four weeks speaking French, and hopefully improving my comprehension and fluency.

3) To escape the relentless onslaught of bad political news : For my whole adult life I have read the newspaper religiously, generally with great pleasure, but in the past few years the pleasure has become an ordeal. Often, of course, a political party with which one disagrees controls the reins of power, but one gets used to it. What I can’t stand is that the president of my country is a grotesque narcissist and liar – the equivalent of Pere Ubu as the most powerful person in the world. I felt nauseated all the time, like the protagonist in Sartre’s novel, and I felt that I needed a respite.

4) To escape the relentless onslaught of bad environmental news : This is arguably a subset of the previous category, but so important that it deserves a category of its own : global warming, destruction of the natural world, extinction of species, etc. California has many charms, but is also subject to extreme environmental crises, including devastating drought and fires. Of course the islands of TAAF have their own problems due to global warming and invasive species, but by comparison with most of the rest of the world, they are pristine, with clean air and water, and gorgeous, unspoiled landscapes.

5) To escape the “zombie apocalypse” : That’s what I call our current dystopia, in which most people walk around glued to their cellphones, and an all-powerful drug, the internet, has replaced reality. Like almost everyone, I enjoy certain aspects of connectivity – for scientific research, or finding a fascinating voyage to southern islands – but the constant onslaught of information from the internet, and of email – are exhausting and depressing. My home, filled with books and records, is like a shrine to the analogue world, but the digital world is a maelstrom constantly threatening to suck me down. The voyage on the Marion Dufresne is not a complete escape – I exchange occasional emails with my wife – but it has been a 99% respite, and most welcome !

David Karp

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Kerguelen

© David Karp


Dans quelques heures, les voyageurs Hélène, Anne Lise, Marc, Pierre, Bernard, jean Paul, Gilles, Bruno, François, David, Nicolas, André mais aussi les deux enseignants qui prépare un projet pédagogique, Francine et Éric ainsi que les deux « reporters », Célestine et Victor concevant un documentaire, arriveront au bout de leur périple.
Ce voyage a été une réussite grâce notamment à Florent, le commandant de bord dont nous saluons l’amabilité, la disponibilité et bien sur le professionnalisme. Il a, entre autres, effectué un magnifique « créneau » à Port Louis et su éviter un cyclone lors du retour, contribué à nous faire connaître les secrets de ce navire, le Marion Dufresne. S’il nous a dévoilé la partie « émergée » de ce dernier, Éric, le chef mécanicien nous en a révélé les entrailles avec pédagogie et gentillesse.
L’ensemble des officiers et élèves officiers ont contribué en plus de leur fonction, à l’ambiance générale et s’il n’est pas possible de les nommer tous, je citerai le second, surnommé le « fils à papi » par certains membres d’équipage, le Fred farceur et Joséphine, élève officier, qui ne se départit jamais de son sourire.
Ce navire, comme tant d’autre ne peut fonctionner que grâce à un équipage et nous les remercions tous, qu’ils le fassent avancer, qu’ils nous enfument lors d’exercices incendie, qu’ils l’entretiennent et assure notre confort dans les cabines et surtout qu’ils nous nourrissent.
Un grand merci à Roger, chef en cuisine et son équipe Jerry, Nicolas, Olivier et Patrick, ainsi qu’au personnel de service Lala, Lai, Mami, Romuli et José.
Ce navire possède un appendice : l’hélicoptère. Pascal le mécano le maintien en bon état mais surtout Pascal le pilote nous a permis de profiter, en toute confiance, au maximum des vols et des magnifiques points de vue.
D’autres personnes à bord présentes tout au long de la rotation, nous ayant quitté ou embarqué dans les différents districts, ne font pas avancer le navire, mais plutôt les connaissances scientifiques ou permettent à tous de pouvoir exercer leur mission en leur simplifiant la vie (approvisionnement, logistique, construction, entretien, conservation du site…).
Les échanges avec eux ont été à la fois un plaisir et un enrichissement pour nous.
L’équipe des Terres australes et Antarctiques française -les Taaf- dont le chef, Alexandre, a mené les opérations d’une main de maître tout en gardant sa bonne humeur et une grande disponibilité ont permis ce voyage. Sans tous les nommer, je mentionnerai Aurélie qui a su animer nos soirées à bord épaulé par olivier, le précédent médecin du bord, mais aussi Solenne, responsable de la biosécurité qui a su nous motiver pour appliquer les consignes.
N’oublions pas Clémence, notre « guide » dont nous louons le professionnalisme, la disponibilité, la gentillesse et dont nous avons apprécié à la fois la compagnie et l’efficacité.
Elle a fait de nous, touristes au départ, et avec l’aide de tous ceux que j’ai cité précédemment, des voyageurs qui font partie de la « famille » et nous l’en remercions. Ce voyage est le dernier pour elle sur ces terres australes et nous lui souhaitons une très belle route pour ses projets.

Partis de La Réunion le 4 décembre et après une escale à l’île Maurice, nous avons découvert les districts de Crozet, Saint Paul et Amsterdam et Kerguelen puis serons de retour ce 29 décembre.
Nous avons été séduits par la beauté de ces lieux, la végétation souvent pauvre, le contact avec des animaux extraordinaires dont les divers scientifiques nous ont appris à connaître leurs modes de vie : les manchots, gorfous, éléphants de mer, otaries, Albatros… Il restera au-delà des nombreuses photographies que nous avons prises, des images qu’il sera difficile de partager.
Il restera aussi tout ce que nous avons appris au contact de l’ensemble des passagers et membres d’équipage sur la Marion Dufresne ou des « hivernants » sur les bases.
Cependant, c’est aussi les hommes et les femmes, plus rarement, qui ont fait que ces îles soient connues et entretenues aujourd’hui : les découvreurs, navigateurs courageux qui ont approché ces terres au péril de leur vie, ceux qui ont cru pouvoir s’installer même si malheureusement c’était aux dépens des animaux, ceux qui ont travaillé dur et parfois péris, ceux aujourd’hui qui poursuivent une mission dans ces territoires.
C’est aussi cela que représente ces terres australes et qui me marquera personnellement.

vendredi 28 décembre 2018, 23h30 sous un ciel étoilé.

André Ochoa