Facebook Twitter Viadeo LinkedIn You Tube Daily Motion Flickr
Accueil > Missions > A bord du Marion Dufresne > Journal de bord du Marion Dufresne (OP4-2018)

Journal de bord du Marion Dufresne (OP4-2018)

Rotation du 4 au 29 décembre 2018

Mardi 4 décembre, jour 1

Mardi 4 décembre, c’est le jour du départ. Le Marion Dufresne est là, sous nos yeux. Après ces mois d’attente, mais c’est bien lui, amarré au quai du Port Ouest. La mention fabuleuse apparait en lettres rouges sur la paroi blanche : Terres Australes et Antarctiques Françaises.

Après avoir déposé nos sacs sur le pont, il est impossible de ne pas redescendre sur le quai pour le contempler. Il n’est plus virtuel. Il est là, en vrai, imposant, rassurant, fascinant. On ressent qu’il a du vécu, qu’il est solide, qu’il est taillé pour affronter les fameux 40ème rugissants.

Le personnel des Taaf nous accueille efficacement à bord, tout est bien organisé, planifié… le sourire en plus ! Nous prenons nos quartiers, à deux par cabine. L’appareillage est prévu pour 17h. Nous apprenons alors que le bateau fera escale à l’île Maurice, pour raison de logistique, avant de mettre le cap au sud vers l’archipel de Crozet.

A 17h, le Marion Dufresne largue les amarres. La sortie du port est lente, majestueuse… Tout le monde est sur le pont, mais nul ne souffle mot. L’instant est magique. Chacun dans ses pensées … lesquelles ? … nul ne le saura. Pour beaucoup d’entre nous, ce voyage représente la concrétisation d’un vieux rêve.
Le bateau s’éloigne des côtes de La Réunion et s’engage dans la haute mer. Nous nous retrouvons sur le pont supérieur. L’air est chaud. La mer est calme.
Puis la nuit tropicale tombe. Nous rentrons à l’intérieur, nous perdons dans les coursives. De temps en temps nous croisons un autre passager égaré qui cherche son chemin dans le dédale.

Mais nous réussissons tous à trouver le restaurant où nous voilà réunis pas tablées rectangulaires de six, avec nappes et serviettes en coton blanc. Nous dinons près de la table des officiers, tous en chemise blanche, servis par un steward efficace et stylé, lui aussi en chemise blanche… C’est le charme discret de la marine.

Pierre Galzin

JPEG - 104.5 ko
Larguez les amarres

© Bernard Martin


Mercredi 5 décembre, jour 2

Mercredi 5 décembre, le jour se lève sur la mer bleue, après notre première nuit passée sur le MD, doucement bercés par un léger roulis. Le bateau fait route vers Port-Louis, où nous arriverons en milieu de journée.

Par manque de place le long des quais, le navire devra accoster grâce à une manœuvre rare et très délicate, analogue à celle du stationnement en créneau avec une voiture. Le capitaine nous expliquera le lendemain que cela n’était possible que grâce à la configuration spéciale des safrans du MD, constitués chacun de deux parties articulées. La partie arrière du safran pivote d’un angle double de celui de la partie avant.

Nous descendons à terre, à Port Louis. Nous avons quelques heures pour partir à la découverte de la ville. Le marché couvert regorge de fruits et légumes colorés. C’est la saison des litchis, nous en ramèneront sur le bateau. Nous flânons sur le Water Front où beaucoup d’entre nous se retrouveront (presque) par hasard dans un excellent restaurant indien.
Mais il est 21h, c’est l’heure de rentrer. La navette du port nous fait traverser la rade plongée dans le noir. Nous gravissons une échelle métallique tordue. Nous regagnons le navire.

Pierre Galzin

JPEG - 144.6 ko
Descente à Maurice

© Bernard Martin

Mercredi 5 décembre 7 heures 15 Philippe me réveille, mon téléphone est tombé et n’a pas sonné. Petit déjeuner copieux. Nous approchons de l’île Maurice. Nous déjeunons à bord pendant que nous mouillons à l’entrée de Port Louis… Enfin, le pilote arrive. Nous rentrons dans le port, il y a un bateau militaire français, des ligneurs chinois ou coréen. Le commandant place le MD (120m) entre deux autres bateaux (135m) en marche arrière. Belle manœuvre, on a longtemps cru qu’il n’y avait pas la place (vive le propulseur d’étrave !). On attend la douane qui arrive, inspecte, remplit les formalités et nous libère une heure plus tard. Maintenant il est trop tard pour aller aux Jardins des Pamplemousses donc petit tour en ville, un chantier à l’arrivée, beaucoup de bruit, beaucoup de gardiens dans le quartier neuf, beaucoup de monde autour du marché, c’est la saison des letchis. Certains ont pu se poser dans un square où ils ont vu de Grandes Roussettes. L’immatriculation des véhicules est de la même forme qu’en France précédemment (3 chiffres, 2 lettres et 2 chiffres). De retour sur le MD nous avons de la légine au dîner. Nous commençons à bien nous repérer entre voyageurs, nouvelle révision des prénoms et discussions tardives

François Dectot

PNG - 28.2 ko
Cartouche du 5 Déc

Hélène Apeche


Jeudi 6 décembre, jour 3

Jeudi 6 décembre 7 heures j’ai dormi 6 heures. Il fait beau soleil et chaud. 8h20 je m’aperçois que nous dérivons les amarres sont larguées. Nous sortons du port avec une petite haie d’honneur faite de quelques bateaux qui attendent comme nous hier pour entrer. Puis on découvre l’hôpital et tout son accastillage. Olivier et Delphine, l’ancien médecin et la nouvelle, nous expliquent l’éventail des possibilités de soin à bord et à terre mais aussi les limites générées par l’isolement. Pendant ce temps, le Marion Dufresne fait route inverse d’hier pour contourner Maurice puis cap à 190° vers l’archipel Crozet à 2 800 km. « Hello Elia, Soline, Léonie, Mathis, Papou est parti en bateau pour 5 dodos, » nous arriverons mardi 11 décembre vers 5 heures du matin. A la passerelle, le commandant nous explique le fonctionnement du Marion Dufresne et ses spécificités dues à ses différents usages (cargo, transport de passager, porte hélicoptère, océanographe…) Un couple nous présente son projet de documentaire long métrage qu’il tourne « L’Odyssée du Marion Dufresne » et nous découvrons la réserve naturelle nationale des terres australes françaises. Pour clôturer cette première journée chargée, le commandant nous offre un pot. Les voyageurs, les scientifiques, les militaires et l’équipage commencent à se rencontrer, une nouvelle révision des prénoms est nécessaire et de nouvelles discussions s’engagent.

François Dectot

Ce jeudi sera une journée chargée qui commence par la visite de l’hôpital. C’est la passation de pouvoir entre l’ancien et le nouveau médecin de bord. Nous écoutons attentivement les consignes et les explications des deux médecins.

Et puis, évidemment, la conversation finit par arriver sur le mal de mer… C’est l’occasion de nous remémorer la règle des 5 F pour la prévention du mal de mer. Ce n’est pas compliqué, il suffit d’éviter la fatigue, le froid, la frousse, la faim et … la foif.
Ensuite, nous continuons par la visite de la passerelle (le poste de pilotage, dans le langage terrien), largement commentée avec précision, clarté et enthousiasme par le Capitaine. Ce dernier, professionnel mais jovial (l’un n’empêche pas l’autre), n’hésite pas à émailler sa présentation de discrètes plaisanteries qu’il souligne d’un large sourire, histoire de détendre l’atmosphère.

Puis l’après-midi, vient une présentation du projet d’un couple de jeunes cinéastes venu tourner un presque long métrage (52 minutes) sur la rotation du Marion Dufresne et qui nous demande si nous accepterions d’être interviewés et d’éventuellement figurer dans le film. Voilà pour nous une occasion inespérée de passer un jour, peut-être, à la télé !

Ensuite nous assistons à la présentation des enjeux de la biodiversité dans les Taaf, avec notamment l’éradication du BLO, une bête à longues oreilles, comestible, introduite à Kerguelen par les pionniers, mais dont il est interdit de prononcer le vrai nom dans les bâtiments de la marine française … sous peine de payer la tournée générale. Il n’est pas possible d’en dire plus ici à ce sujet !

Puis vient un moment très attendu : le pot du Capitaine ! Il y a là les officiers, une partie de l’équipage, les scientifiques et les passagers. Un verre de T’Punch dans une main et un Samoussa dans l’autre, on se bouscule au bar du Marion dans un joyeux brouhaha. A la suite de quoi, tout le monde se dirige gaiement (le T’Punch) vers le restaurant.

Mais ce n’est pas fini. Il reste encore à visionner le film sur la sauvegarde du patrimoine archéologique des Kerguelen où l’on apprend qu’un vieux chaudron servant à faire fondre la graisse de phoque à été acheminé jusqu’à Draguignan, via la Réunion, pour rénovation et traitement high tech contre la corrosion, puis renvoyé sur son île pour y témoigner à jamais du passé aventureux des pionniers des mers australes…

Et là, c’est vraiment fini pour aujourd’hui, la nuit est tombée depuis longtemps.
Le bateau fait route plein sud, sous la voie lactée qui scintille de mille feux dans le ciel d’un noir d’encre. L’officier de quart veille sur la passerelle plongée dans l’obscurité… Tout va bien.

Pierre Galzin

JPEG - 118.1 ko
visite de la passerelle

© Bernard Martin

PNG - 62.5 ko
Cartouche du 6 Déc

Hélène Apeche


Vendredi 7 décembre, jour 4

Aujourd’hui c’est la première journée en mer sans voir la terre. Au réveil le matin nous sommes toujours en zone subtropicale. Le ciel est bleu, et du coup la mer aussi. Nous franchirons le tropique du Capricorne pendant la nuit.

La journée s’annonce moins chargée que celle d’hier pour notre groupe de passagers, constitués de 2 américains et 10 français. Les américains nous arrivent de Los Angeles, ça fait loin jusqu’à Kerguelen.

A 11 heures, c’est la séance de formation bio-sécurité pour le personnel interdistricts, c’est-à-dire ceux qui font la rotation complète et ne séjourneront pas sur les îles. Les autres suivront une formation plus adaptée à leur cas. On y apprendra notamment quels sont les recoins inexplorés de nos affaires où aiment se cacher les graines et autres organismes indésirables sur les îles, et comment les en déloger à coup d’aspirateur, de brosse et de désinfectant. Outre évidemment dans les rainures des semelles, il convient de bien chercher dans les Velcro, sous les lacets des chaussures et dans la poche secrète du sac à dos que l’on n’utilise jamais car justement elle est secrète et on se sait plus qu’elle est là !

L’après midi permet à chacun d’opter pour une sieste agrémentée de roulis, ou pour la contemplation de la mer, ou encore pour la lecture.
Mais à 15 h, nous nous retrouvons dans la salle de conférence pour assister à l’intéressante présentation du projet pédagogique de 2 enseignants embarqués sur l’OP4-2018. Ce projet, focalisé sur l’environnement des TAAF est suivi par les élèves de 500 classes du primaire au secondaire, réparties sur tout le territoire français avec une forte concentration à la Réunion (bien sûr, ce sont les plus proches voisins, à quelques milliers de kilomètres), en Bretagne (les bretons n’oublient évidemment pas que Kerguelen était l’un des leurs), et … une classe au Burkina Faso !

La fin de journée s’écoule calmement. Surprise le soir à l’heure de l’apéro : le personnel des Taaf a installé les décorations de Noel et un bel arbre bien décoré trône déjà près du bar. Il y a du monde accoudé au comptoir, voire accroché au comptoir quand passe un coup de roulis.
Le navire, imperturbable, poursuit sa route dans la nuit…

Pierre Galzin

Vendredi 7 décembre 2018 7 heures j’ai dormi 8 heures. Le ciel est couvert, la visibilité est moyenne le vent est frais. Ce matin nous avons une formation sur la biosécurité pour savoir mettre pied à terre sans polluer la réserve naturelle. C’est vraiment un état d’esprit à développer pour minimiser l’impact de notre présence avec des gestes simples. A la mi journée le soleil est de retour et le vent reste frais. Ensuite, la formation théorique au 1er secours permet de nous mettre à jour. Après un autre couple nous présente son projet pédagogique « Terres australes au quotidien » suivi de septembre 2018 à avril 2019 par 500 classes de primaire et secondaire sur la base de l’OP4-2018 actuelle. Encore une belle façon de faire connaître ces îles presqu’inaccessibles au climat hostile sur lesquelles nous allons respirer, sentir, voire, écouter, marcher, dormir, découvrir,…

François Dectot

PNG - 30.1 ko
Cartouche du 7 Déc

Hélène Apeche


Samedi 8 décembre

Seuls sur l’océan

Si la journée a été bien remplie, c’est toujours le vide de l’océan qui nous entoure…
Les oiseaux sont encore rares, un pétrel (à menton blanc) a suivi le bateau tout l’après-midi, c’est le premier signe qu’on se rapproche des eaux australes.

La journée a été studieuse, la collecte des réponses à vos questions bat son plein !
En effet, nous avons parlé de végétation et de flore avec Damien, qui étudie leur évolution au cours du temps à Kerguelen.
Puis, le commandant, qui s’appelle Florian Landreaux, nous a donné de nombreuses informations sur le Marion-Dufresne.
Et l’après-midi, nous avons la chance de visiter les machines avec Eric, le chef-mécanicien. Nous basculons dans les entrailles du bateau, tout est très impressionnant : la chaleur, le bruit, la complexité des tuyaux et de toute cette mécanique. On vous en parlera un peu plus demain.

En début d’après-midi, nous assistons aussi à la formation « hélicoptère » avec Pascal, le pilote. Pour répondre aux questions de la classe de CP/CE1 d’Epersy-Mognard en Savoie :
C’est effectivement une des particularités du Marion-Dufresne d’avoir une aire d’atterrissage d’hélicoptère. Nous avons donc eu l’occasion de voir le hangar où l’hélicoptère est rangé. On voit sur la photo que ses pales ont été démontées.
Il sert à plusieurs fonctions : tout d’abord, il transporte les personnes qui débarquent sur les îles ou retournent sur le bateau. Il sert aussi à décharger le ravitaillement : il peut emporter à chaque trajet des charges de 750 kg, il va donc faire de nombreux allers-retours entre le bateau et les îles.
Parfois, à Crozet ou à Kerguelen, on utilise aussi des bateaux pour transporter le ravitaillement, celui de Kerguelen s’appelle un chaland.
On est obligé de procéder de cette façon car il n’y a pas de quai sur les îles australes.

Enfin, nous avons aussi effectué toutes les procédures de biosécurité pour nos affaires : chaussures, sac à dos, vestes (polaires et gore-tex), bonnet, gants… tout doit être scrupuleusement nettoyé.

A demain
Francine & Eric

Position du bateau ce soir :
Latitude : 34°08 Sud
Longitude : 54,65° Est

Température de l’air : 20,7°C
Température de l’eau : 20,7°C
(pour répondre aux questions de Grégoire et Mathilde en CE2 à Monaco et de la 6èmeB de Belle-île, nous vous donnons les informations tous les jours)

JPEG - 92.1 ko
Formation sécurité HLO

© François Dectot

PNG - 31.8 ko
Cartouche 8 Déc

Hélène Apeche


Dimanche 9 Décembre

Ce voyage est bien singulier. Tout d’abord au sens vrai, premier, du terme « singulier » car pour la vaste majorité d’entre nous, voyageurs « Interdistricts », il restera unique : rares sont les voyageurs qui ont la possibilité de repartir pour une autre rotation. Rares d’ailleurs sont celles et ceux qui se sont rendus sur les Terres Australes et Subantarctiques, probablement moins de dix mille personnes au total et actuellement 48 voyageurs chaque année.

Si l’on ajoute à cela le processus d’inscription qui fait qu’après avoir cliqué sur le lien qui nous a permis d’envoyer notre dossier le 4 juillet dernier (cinq mois avant l’embarquement), nous avons attendu généralement deux semaines avant de savoir que notre candidature était retenue, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser que nous sommes privilégiés.
Ensuite car le chemin a été long, parfois très long avant que nous n’arrivions au Quai N°8 et que nous montions la passerelle.

Et pendant ce temps, au minimum de plusieurs mois, souvent d’une ou de plusieurs années, nous avons pu nous informer, sur ce bateau mythique, sur les TAAF, sur les îles sur lesquelles nous allons débarquer, etc…

Au fond, si nous le souhaitions, nous avions tout le loisir de faire dix fois, vingt fois, le voyage avant le départ, en suivant les nombreux récits jour par jour, heure par heure.
Ce que nous pouvions aisément imaginer, c’était l’excitation et la tension des jours qui précèderaient le départ. Nous ne pouvions guère nous attendre à ce que les difficultés sur l’Ile de La Réunion rendraient les dernières heures avant le départ, pour nous mais surtout pour l’équipage et les scientifiques et techniciens qui s’embarquaient, aussi compliquées et incertaines qu’elles l’ont été.
Et puis nous avons embarqué.

Dans cet espace à la fois limité et très ouvert qu’est le navire, nous avons immédiatement découvert l’ambiance très particulière qui fait l’identité spécifique de notre séjour à bord : nous pouvons nous promener presque partout sur le navire, l’équipage, à commencer par le Commandant, nous informe et répond en prenant tout le temps nécessaire, à nos questions des plus techniques aux plus simplistes ou aux plus saugrenues. Il en est de même des responsables de la logistique, de l’administration, du pilote et du mécanicien de l’hélicoptère, etc …
Quant à l’équipage, il est d’une rare gentillesse.

Et nous découvrons en partageant la même table ou en regardant le coucher du soleil, ou en discutant sur le meilleur angle pour notre photo l’ornitho, le météo, le CNES (ils se désignent ainsi), le restaurateur de métaux, le biologiste, … qui resteront à terre quelques semaines ou quelques mois, ou qui font la rotation comme nous et nous expliquent leur métier ou leur fonction avec passion.

Nous sommes en mer depuis quelques jours, nous arriverons à Crozet demain en fin de journée et débarquerons après-demain.
Notre voyage commence donc à peine mais quel voyage ? Celui qui fait que, partis de La Réunion, nous arriverons demain à notre première escale ? Celui dont nous avons rêvé ? Celui que nous vivons intensément, qui nourrira nos rêves à notre retour ? A l’évidence, une seule route, différents chemins, autant de voyages que de voyageurs ….

Marc Sindres

JPEG - 149.1 ko
à la proue

© Marc Sindres

JPEG - 20.4 ko
Cartouche 9 Déc

Hélène Apeche