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5 avril 2016

Journal de l’expédition de radioamateurs à Juan de Nova

"Le 10 novembre 2014 notre équipe quittait l’île de Tromelin après avoir établi plus de 70 000 liaisons radioamateur. Cette mission nous avait permis, à travers la radio d’amateur, de mettre en avant ces territoires français méconnus.

Nous voici de nouveau « sur les ondes radios » depuis une des îles Eparses. C’est une équipe de 10 radioamateurs qui, après plus d’une année de préparation, a débarqué ce mardi 29 mars sur Juan de Nova.

Sous une chaleur accablante, et de nombreuses heures durant, nous avons assemblé nos équipements sur la plage nord de l’île, théâtre de notre opération pour les 2 semaines à venir. Une à une, chaque pièce du puzzle a pris sa place : tentes, antennes, réseau informatique et bien entendu les émetteurs/récepteurs.
Toutes les précautions sont prises afin que cette mission se déroule en parfaite harmonie avec la nature préservée de Juan de Nova.

Nos premiers signaux ont été émis le mercredi 30 mars en milieu d’après-midi. Les radioamateurs du monde entier qui avaient suivi attentivement nos préparatifs depuis le lancement du projet, nous attendaient impatiemment. Au moment où j’écris ces lignes, après seulement 48h, nous avons déjà réalisé environ 20 000 liaisons avec de nombreux pays. Ce rythme est conforme à nos espérances ; à nous de le conserver jusqu’au terme de la mission.

De manière quotidienne, nous étudions les conditions de propagation afin d’optimiser notre planning et profiter ainsi des conditions les plus favorables en fonction des heures et des destinations ciblées.

Sur place, la vie est organisée de façon à maintenir les stations actives tout au long de la journée et de la nuit. Le bâtiment météo/TAAF est utilisé pour cuisiner et se reposer. 20 mn de marche sont nécessaires pour rallier les deux sites. Les conditions de vie restent tout de même extrêmes. La chaleur rend chaque action très rapidement fatigante, d’autant plus en l’absence du moindre souffle de vent. Au coucher du soleil, nous rencontrons une autre contrainte avec les nuées de moustiques.

Priorité maintenant à la préservation des opérateurs radios afin de ménager l’équipe physiquement tout au long de la mission. Il en va de même pour le matériel qui demande une attention particulière avec ces températures élevées.

Nous avons pris contact avec le gendarme et les militaires présents sur l’ile. L’entraide s’est mise en place dès que nous avons posé pied à terre. Nous allons profiter des jours qui arrivent pour leur présenter plus en détails nos équipements et notre activité.

Au final, les paysages sont tels que dans nos rêves les plus fous. Après Tromelin, Juan de Nova nous semble immense. Nous sommes surpris par autant de verdure. La palette de bleu du ciel et du lagon est incroyable. Les oiseaux sont partis pour la plupart. Nous allons prochainement arpenter les quelques sentiers qui sillonnent l’île et apprécier ce privilège qui nous est offert."

suite et fin du journal de l’expédition …

"A bord de l’Antsiva, le mardi 12 Avril 2016, quelque part dans le canal du Mozambique.

Il y a deux semaines, le mardi 29 mars, nous posions pour la première fois le pied sur l’ile de Juan de Nova. Dès l’aube et alors que la marée était favorable, les 3 premiers membres de l’équipe, dont je faisais partie, ont emprunté l’annexe de l’Antsiva pour rejoindre la plage à côté du faré.

Nous avons été accueillis par le gendarme, le chef du détachement militaire, et quelques soldats. Après de rapides présentations, nous avons chargé nos premiers équipements dans le tracteur, et nous nous sommes dirigés vers le site radio préalablement choisi en empruntant les pistes qui sillonnent l’intérieur de l’ile. L’annexe est immédiatement repartie pour assurer une seconde rotation.
A bord de la remorque du tracteur l’émotion était à son comble alors que nous traversions le camp Sega, et longions la piste. Après tant d’années de préparation, nous voyions en vrai des lieux que nous avions mille fois visionnés sur des vidéos ou des photos. Un rêve devenu réalité !

Sur la piste nous réalisons notre première rencontre avec la faune locale. Au détour d’un virage, le rétroviseur du tracteur, s’est retrouvé empêtré dans une toile d’araignée dont la propriétaire mesurait la taille d’une main adulte. Il n’a pas fallu longtemps aux gendarme et militaires pour évacuer le véhicule alors que celle-ci pénétrait dans la cabine. Le ton était donné !
Une fois le tracteur à nouveau « sécurisé », nous avons repris notre chemin et sommes finalement arrivé au lieu prévu pour l’installation des tentes radios et des antennes. Rapidement, nous nous sommes rendus à l’évidence que les vues aériennes utilisées pour planifier l’implantation nous avaient induites en erreur. Celles-ci ne permettaient pas de percevoir les reliefs du terrain et certains végétaux. Le lieu choisi se trouvait sur une petite butte qui rendait très compliqué le montage.

Avec le gendarme, nous avons étudié les adaptations possibles tout en prenant en compte les impératifs de protection de l’environnement, de sécurité pour l’équipe et le matériel et la facilité d’accès. Un emplacement suffisamment en retrait de la plage, dépourvu de veloutiers répondait parfaitement à tous les impératifs, qu’ils soient radioélectriques ou environnementaux. En outre, il permettait d’accéder à la zone « antenne » prévue à l’origine. Après validation par les TAAF, le gendarme nous a informés que cette solution était retenue et valida cette adaptation de quelques dizaines de mètres. Dans le même temps, les allers retours de l’annexe se sont enchainés et le matériel débarqué ce qui permit d’entamer le montage du camp et de certaines antennes.

La chaleur était difficilement supportable. Aucun nuage ne venait masquer le soleil et nous ne pouvions compter sur le moindre souffle d’air pour nous rafraichir. Privilégiant la sécurité des 10 opérateurs, nous avons effectué des pauses régulières pour s’hydrater. Les bouteilles d’eau ont été consommées par dizaine.

Lorsque le soleil plongea enfin sous l’horizon, une bonne partie du camp était en place. Nous avons tenté de poursuivre le montage de certaines antennes mais avons été immédiatement attaqués par des hordes de moustiques. Ils ne ménageaient aucun d’entre nous malgré des habits imprégnés ou des t-shirts à manches longues. Contraints de jeter l’éponge et exténués par cette première journée, nous avons rejoint le camp de vie situé à la station météo. Deux opérateurs avaient pris l’initiative de préparer un repas pour le soir. Il sera rapidement expédié, avant que chacun ne rejoignent son lit « picot » pour quelques heures de repos.

Dès l’aube, les installations ont repris après un solide petit déjeuner. La chaleur était déjà intense alors que le soleil était tout juste au-dessus de la ligne d’horizon. Nous avons terminé le câblage électrique et l’aménagement de la zone dédiée au groupe électrogène. Une zone a été légèrement décaissée puis tapissée de bâches pour former un bac de protection au centre duquel nous avons placé les trois groupes électrogènes. Ce dispositif nous a permis de nous assurer qu’aucun fluide ne pourrait venir souiller le sol. Après une vérification technique, la mise en place de l’extincteur et le remplissage des différents fluides, nous avons lancé les trois groupes qui ont démarré sans le moindre problème. Le rodage et la première vidange avaient été effectués en métropole. Durant deux semaines ils ont donc fonctionné sans interruption, pas même pour effectuer le remplissage des réservoirs.
La pause du midi avec l’ensemble de l’équipe fut l’occasion d’effectuer un rappel sur l’ensemble des sujets. Malgré l’ampleur de la tâche et dans des conditions plus que délicates, la motivation et la rigueur des 10 membres de l’équipe n’a pas failli.
Le monde entier nous attendait ! « Appel radio de FT4JA, expédition radioamateur depuis l’ile de Juan de Nova » ; Les émissions radio ont débuté en début d’après-midi le mercredi 30 mars. Instantanément des milliers de personnes ont tenté d’établir la liaison avec nous. Voilà 15 ans que tous attendaient ce moment.

Les contacts s’enchaînaient. De manière progressive, nous sommes montés en puissance en mettant en service les 7 postes de trafic prévus, qui nous ont permis d’assurer un rythme impressionnant de 10 000 liaisons par jour. Nous avons tenu cette cadence infernale jusqu’au moment du départ, malgré quelques aléas climatiques ou de propagation auxquels nous nous sommes adaptés jour après jour.
Dans un souci de limiter la fatigue liée au déplacement entre les deux camps et éviter les trajets aux heures les plus chaudes de la journée, nous avons également adapté les rotations d’opérateurs. Ce kilomètre et demi à parcourir sans la moindre ombre et par une chaleur assommantes puisait dans nos ressources.
L’équipe se confirme être au top. Personne n’a compté sont temps et à tout moment il était possible de mobiliser plusieurs personnes pour améliorer un système ou effectuer des opérations de maintenance ou de prévention. Comme prévu, les qualités d’opérateurs radios des dix membres du groupe ont permis d’enchaîner les liaisons de façon rapide et efficace.

Une attention a été donnée systématiquement sur les bonnes fréquences et aux bonnes heures aux zones les plus difficiles à contacter : la côte ouest des Etats-Unis, l’Australie, le Japon. Le contact quotidien avec nos stations pilotes reparties sur chaque contient a permis d’ajuster notre trafic en fonction des commentaires et remarques reçues. Nous restions flexible mais cohérents vis-à-vis de la stratégie annoncée.

Si la cadence se maintenait, nous devions franchir la barre des 100 000 liaisons avant notre départ. Cet objectif à atteindre a littéralement surmotivé toute l’équipe mais nous veillions à ne pas brûler toute l’énergie dès les premiers jours. Il fallait tenir sur la longueur malgré la chaleur, le manque de sommeil, les moustiques. Cette expédition s’apparente à un marathon avec un rythme moyen approchant de celui d’un sprint. La cohésion infaillible du groupe aura raison de cette difficile équation malgré les difficultés rencontrées.
Notre mission fut l’occasion de rencontrer de manière régulière le gendarme. Chaque matin, il nous rendait visite au camp radio alors qu’il effectuait sa tournée quotidienne de l’île. C’était l’occasion d’échanger et de se tenir informé de la progression du nombre de liaisons. Nous nous croisions à d’autres moments, au bâtiment TAAF ou à la gendarmerie au gré des déplacements de chacun. Son aide fut notable sur de nombreux sujets tout au long du séjour, mobilisant si besoin les militaires pour certaines taches telles que l’approvisionnement en eau pour les douches et la vaisselle, ou la récupération de nos déchets alimentaires.
L’équipe avait été sensibilisée à la limitation de notre consommation en eau au bâtiment météo. Aussi, nous avons fait en sorte de récupérer l’eau des douches pour les toilettes. A mi- séjour, de fortes pluies ont permis de remonter le niveau des cuves.

Avides de faire découvrir notre activité, nous avons effectué plusieurs démonstrations aux militaires. Tous furent agréablement surpris de la qualité, fiabilité et rapidités de nos liaisons malgré une configuration relativement sommaire. En fin de séjour, un repas pris en commun au faré fut l’occasion d’échanger sur nos missions respectives et sur les îles de l’océan indien.

Concernant l’ile elle-même, ce qui a surpris ceux d’entre nous qui étaient partis à Tromelin il y a un an et demi fut la diversité de la faune et la flore. Juan de Nova semble immense et très verdoyante, la proximité de notre mission avec la fin de la saison des pluies y étant sans doute pour beaucoup. A contrario, le ciel est désespérément vide. Seules quelques « corbeaux-pies » et quelques foodies ont été vues. Les sternes que nous avions eu l’opportunité de côtoyer avaient déjà quitté l’île. Comment oublier le magnifique spectacle quotidien offert par le retour des oiseaux (sternes, fous) à Tromelin.
Il en est de même pour les tortues. Dès notre arrivée, forts de l’expérience de Tromelin, nous avons noté l’absence de traces de tortues sur la plage nord. Seuls deux ou trois trous relativement anciens, ont été observés au plus haut de la plage sous des veloutiers. Nous avons longuement échangé avec le gendarme à ce sujet, le rendant jaloux de notre expérience précédente, lui qui chaque jour espère rencontrer des tortues.
Toutes nos installations ont été réalisées de façon à ne déranger aucune ponte : absence totale d’obstacle dans la zone en dessous de la première ligne de végétation et aucune lumière sur la zone de plage la nuit. Concernant les oiseaux, nous avons reproduit le schéma préventif utilisé par le passé en employant des antennes à faible emprise aérienne, rendues très visibles par des rubans colorés.
Comme convenu, les groupes électrogènes ont été positionnés dans un large bac de taille suffisamment importante pour accueillir les bidons de gasoil. Toutes les manipulations ont été réalisées sur cette zone protégée. Enfin, pour éviter tout risque de ruissellement en cas de pluie, une grande bâche venait protéger le dessus de l’ensemble de cette zone. Lors du démontage, les bâches posées au sol ont été repliées avec prudence et évacuées vers le bateau. Au retour en métropole elles seront déposées en déchèterie bien qu’elles ne soient aucunement souillées. La méthode de remplissage des groupes avait été validée et pratiquée avant la mission.

Apres 105 600 contacts réalisés, nous avons terminé le démantèlement du camp de sorte à tout recharger sur le bateau lors de la 1ère marrée du 11 avril. A 9h, l’ensemble du matériel était revenu à bord de l’Antsiva.
Tous nos lieux d’installations ont été inspectés avec le gendarme pour effectuer une sorte « d’état des lieux ». La seule trace qui restera visible encore quelques semaines, est la trace de nos passages dans les herbes sèches situées dans la zone « antennes ». Nous avons veillé à laisser l’emplacement intact et sans le moindre impact conformément à nos engagements. Ce point était d’ailleurs un souci quotidien pour l’ensemble de l’équipe et sur lequel nous n’avons pas transigé. Le bâtiment météo a également été nettoyé et le matériel prêté remis aux militaires (lits picots, tabourets, tables, chaises).

Pour revenir au cœur de notre mission, le succès est unanimement reconnu. L’installation sur la plage nord représentait un challenge logistique très ambitieux, mais qui nous a permis d’exploiter totalement les performances de nos antennes.
Ceci a permis de réaliser au quotidien des contacts, même avec les zones les plus éloignées sur l’ensemble des fréquences allouées aux radioamateurs. La qualité des opérateurs de l’équipe a de nouveau été pleinement reconnue et appréciée mondialement. Nous avons même réussi, pour la 1ère fois depuis une île Eparse à émettre des signaux vers la lune pour qu’ils soient réfléchis et entendus à l’autre bout de la planète. A notre tour, nous avons reçu, toujours via la lune, les signaux d’autres radioamateurs essayant de nous contacter.

Au final plus de 105 000 liaisons ont pu être réalisées. C’est une très grande joie et satisfaction d’avoir pu répondre de la meilleure façon à l’attente mondiale autour de notre projet. Nous avons profité de cette opération pour mettre en avant ces territoires méconnus du grand public. Ces opérations ont également mis en exergue le savoir-faire français dans l’organisation de missions complexes telles que celle-ci.
Enfin et c’est sans doute le plus important, nous avons à nouveau démontré, la compatibilité des activités radioamateurs avec les mesures de protection mise en place. A ce titre nous tenons vivement à remercier toutes les personnes qui se sont investies de près ou de loin dans cette entreprise et qui par leur travail, leurs conseils ou leur bienveillance, ont permis de mener à bien cette mission dans les îles Eparses.



Pour nous, le retour de Juan de Nova est loin de marquer la fin de la mission. Nous entrons maintenant dans la seconde phase très importante de communication. Rapidement nous allons répondre aux cartes QSL de confirmation de contact en utilisant l’enveloppe « TAAF » spécialement produite pour cette mission.
Nous allons travailler sur les comptes rendus pour les diverses presses internationales, préparer et animer plusieurs séminaires (Etat Unis, Japon, Europe). Enfin comme pour Tromelin nous souhaitons publier un livre et partager une vidéo. Les échanges se poursuivent également avec Mme Roy et les écoles. Nous ne manquerons bien entendu pas de vous informer de nos prochaines actions de communication.

En temps voulu, nous pourrons envisager une nouvelle mission vers un autre territoire. Suite au succès de Tromelin, renouvelé à Juan de Nova, nous avons déjà reçu des centaines d’encouragements à mener une mission vers Glorieuse ou Crozet. Mais cela sera une nouvelle histoire ! "

Plus d’informations sur le site dédié à l’expédition.