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La biodiversité des îles Eparses


Aperçu des îles Eparses, le 5ème district des TAAF par TAAF

Les îles Éparses sont qualifiées de « sanctuaires océaniques de la nature primitive », disposant d’un patrimoine biologique terrestre et marin remarquable. L’isolement géographique, le caractère insulaire et une occupation humaine historiquement très limitée ont en effet protégé ces territoires.

Certaines îles ont une végétation quasi intacte et des habitats endémiques. Ces îles coralliennes ont une importance majeure en milieu tropical où elles abritent des écosystèmes parmi les plus diversifiés et complexes de la planète, comme les mangroves ou les récifs coralliens fossiles.

Chacune des îles possède des caractères exceptionnels en termes de richesse et de diversité spécifique. A titre d‘exemple, l’île d’Europa abrite 8 espèces d’oiseaux marins nicheurs et 2 sous-espèces endémiques, Juan de Nova héberge la plus grande colonie de sternes fuligineuses de l’océan Indien (plus d’un million de couples).

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Frégate à Europa
© Ecomar

La diversité biologique marine y est aussi unique. Les récifs coralliens en cours d’étude montrent un état de conservation quasi intact, ce qui fait de ces espaces des stations de référence au niveau mondial. Les plages des îles Éparses sont des lieux de pontes importants pour les tortues marines (tortue verte et tortue imbriquée) qui sont des espèces menacées et protégées au titre de conventions internationales.

Le canal du Mozambique, et plus particulièrement les zones économiques exclusives des îles Éparses, est également fréquenté par des mammifères marins relativement sédentaires (différentes espèces de dauphins ou de baleines à bec), mais également par de grands cétacés migrateurs comme les baleines à bosse. Toutes ces espèces bénéficient de mesures de protection au titre de diverses conventions et arrêtés (Convention de Bonn…).

Zones protégées depuis 1975

Europa, Bassas da India, Glorieuses et Tromelin bénéficient d’une protection fondée sur un arrêté préfectoral de 1975. Actuellement les Taaf mènent en collaboration étroite avec l’agence des Aires Marines Protégées une étude visant à renforcer le statut de protection de ces îles (Réserve naturelle nationale, parc marin).

Vers un renforcement du statut de conservation

Un accord cadre avec l’agence des Aires Marines Protégées a été signé en janvier 2009 afin d’étudier la faisabilité d’Aires Marines Protégées dans les îles Éparses. Il s’agit avant tout de renforcer la protection de ces sites terrestres et marins. Au-delà du statut de protection de ces îles, les Taaf souhaitent gérer ces territoires en conciliant le maintien des activités humaines indispensables à la recherche scientifique avec la préservation de ces écosystèmes.

Dans cette optique, et dans le cadre des plans d’actions locaux d’Outre-mer qui mettent en application la Stratégie nationale de la biodiversité, les Taaf ont élaboré leur plan d’action biodiversité qui vise à mener des actions concrètes permettant de freiner la perte de la biodiversité. Ce plan divisé en deux grandes parties (les îles Éparses / les îles subantarctiques et la terre Adélie) se découpe en 8 grandes finalités issues des objectifs du Grenelle de l’environnement.

Il prévoit notamment le maintien de la diversité spécifique (lutte contre les espèces invasives), le maintien des habitats (limiter le piétinement…), l’amélioration de la trame écologique (dépollution, utilisation de produits 100% biodégradables), mais aussi la valeur économique du vivant ou encore le développement de la communication sur la gestion environnementale menée sur ces territoires.

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L’île du Lys
© Benoit Gysembergh

Déjà, dès 2005, une opération d’éradication des rats a été réalisée à Tromelin. Son succès a permis le développement des colonies de fous installées sur l’île. Des actions d’éradication des chats, prédateurs des oiseaux marins, sont actuellement en cours à Glorieuses et Juan de Nova. La dépollution des sites est une autre priorité des Taaf qui, depuis 2001, ont développé une politique exemplaire de tri des déchets. L’évacuation des déchets existants, vestiges de plus de 50 ans d’activités humaines dans les îles Éparses, a été menée à bien lors de la mission Éparses 2009.

Dans le même temps, une meilleure gestion des déchets a été mise en place avec l’installation d’incinérateurs. Les Taaf étudient la réalisation d’installations qui, à l’instar des autres districts, faciliteront la mise en place des opérations scientifiques sur ces îles.

La flore des îles Eparses

La végétation des îles Éparses est composée en majorité par des espèces littorales que l’on retrouve sur d’autres îles de l’océan Indien (Aldabra, Madagascar, Maurice, Seychelles…), mais également par des « mauvaises herbes » et des espèces introduites par l’Homme. Néanmoins certaines formations végétales, telle la forêt sèche indigène à euphorbes, présentent un intérêt particulier.

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Consulter le portail dédié aux îles Eparses sur le site web du Conservatoire Botanique National de Mascarin basé à Saint-Leu sur l’île de La Réunion : ileseparses.cbnm.org

L’euphorbe (Euphorbia)

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La forêt sèche à Euphorbes se trouve sur les parties les plus anciennes et les plus rocailleuses d’Europa sur des sols squelettiques. On peut l’observer en majorité dans la partie nord de l’île, où un sol sablonneux gris recouvre la dalle corallienne. A cette euphorbe arborescente est associée une espèce de ficus. Aucune de ces deux espèces ne tolère de sousstrate arbustive ou herbacée.

Quand celles-ci sont associées en peuplements denses, elles sont pratiquement les seules espèces représentées. A l’inverse, lorsqu’elles sont clairsemées, on les trouve accompagnées de nombreuses espèces végétales. Europa est d’ailleurs la seule île des Éparses à être encore recouverte en quasi- totalité d’une végétation indigène intacte.

Le palétuvier

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Un palétuvier ressemble à un fagot de bois mort que le rivage renvoie vers la mer. Le palétuvier est l’espèce dominante de la mangrove. La partie périphérique du lagon central d’Europa est couverte par une mangrove arborescente. Seules 3 espèces de palétuviers y apparaissent : le manglier blanc, le grand manglier et le manglier jaune. Les superficies occupées, tant par les palétuviers que par le lagon, représentent environ le tiers de la superficie de l’île (environ 10 km²).

Le veloutier

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Le veloutier est un arbre à feuilles veloutées. Sur Tromelin, la végétation est relativement pauvre. Elle est essentiellement composée d’une espèce d’arbuste appelée veloutier à tabac fleurs, qui forme une végétation assez dense. Le veloutier est surtout répandu sur le nord et le pourtour sud de l’île. Quelques pieds avec des troncs noueux et épais poussent également dans des entonnoirs de sable de la côte nord-est et peuvent atteindre 2,50 m de haut.

Le filao (Casuarina)

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Le filao est un arbre aux rameaux filiformes, d’origine tropicale, croissant en terrain humide. On observe les filaos sur les littoraux des quatre îles mais de densité différente. Sur les Glorieuses, cette végétation dispersée et dégradée occupe une frange littorale de quelques centaines de mètres de large dans les parties nord-est et nord-ouest de l’île. Sur Europa, l’espèce végétale se rencontre en faible densité.

Le cocotier (Cocos Nucifera)

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Le cocotier est un palmier tropical dont il existe un grand nombre d’espèces. Il se compose d’un tronc grêle atteignant une hauteur de 25 mètres, couronné d’un faisceau de larges feuilles vertes portant des fruits disposés en grappes (noix de coco). Sur les îles Éparses, les cocotiers se localisent en bordure de mer. Sur Grande Glorieuse, le centre de l’île a été marqué par la présence de l’Homme.

En effet, H. Caltaux implanta sur l’île une cocoteraie (cocos nucifera), qui fut exploitée jusqu’en 1957 et qui est actuellement à l’abandon. Celle-ci occupe la moitié de la superficie de l’île et se trouve à la place d’une ancienne forêt. Elle est parsemée de filaos et d’espèces indigènes arborescentes, reliques de la forêt primitive.
On peut néanmoins distinguer deux types différents de cocoteraie :

  • la plantation type. Dans cette formation, les cocotiers sont encore distincts sur des lignes de plantation. Cette physionomie occupait en 1984, des aires régulièrement planes ou des pentes faibles de formations dunaires.
  • la cocoteraie des bas-fonds humides. On la trouve dans des secteurs creux correspondant à des dépressions entre les systèmes dunaires, là où les eaux pluviales s’accumulent temporairement. Il y a là un fouillis végétal dense, de cocotiers de toutes tailles. Cette cocoteraie est donc devenue, par un phénomène naturel, une formation végétale originale.

La faune des îles Eparses

Les îles Éparses, qualifiées de véritables sanctuaires écologiques, disposent d’un patrimoine biologique terrestre et marin remarquable. La zone nord du canal du Mozambique à laquelle appartiennent les îles Éparses est reconnue par tous les scientifiques comme l’un des points privilégiés de la biodiversité.

Les tortues

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Diverses tortues cohabitent dans l’océan Indien

Ces reptiles sont inféodés au milieu aquatique. Au cours de leur vie et en dehors de leur période embryonnaire, seules les femelles séjournent quelques jours à terre, à l’occasion des différents épisodes reproducteurs qui interviennent de façon cyclique lorsqu’elles ont atteint la maturité sexuelle. Chaque femelle dépose entre 100 et 200 oeufs au fond d’un puits qu’elle creuse dans le sable, avec ses pattes postérieures.

Dans une saison, une même femelle vient en moyenne 3 fois déposer ses oeufs, à 15 jours d’intervalle. Le temps d’incubation des oeufs est d’environ 8 à 10 semaines. Lorsque les petites tortues émergent du nid, c’est pour gagner l’univers marin auquel elles sont parfaitement adaptées.

Elles passent les premiers mois de leur vie et peut-être leurs premières années à effectuer une grande migration passive, entraînées par les grands courants océaniques. S’ensuit une période de développement et de croissance des juvéniles qui peut durer de 8 à 40 ans.

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Lorsque la maturité sexuelle est atteinte, les tortues mâles et femelles peuvent effectuer de très longues migrations, nageant même à contre-courant, pour retrouver les sites de reproduction. Ce comportement dénote chez elles une faculté aiguë d’orientation et de navigation. Elles accomplissent le chemin inverse à l’issue de cette phase reproductrice, regagnant leurs aires d’alimentation. Au cours de leur cycle vital, de telles migrations se renouvellent ainsi plusieurs fois.

Les tortues marines sont des espèces aujourd’hui considérées comme en danger, à travers le monde, et à ce titre inscrites à l’Annexe I de la convention de Washington (CITES) et sur la liste rouge de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature). En 2003, sous l’égide de la CMS (Convention for Migratory Species), une convention régionale pour la gestion et la conservation des tortues marines et de leurs habitats dans l’océan Indien et le Sud Est asiatique (IOSEA) a été instaurée. La France l’a ratifiée en mars 2009…

Le Sud Ouest de l’Océan Indien (SOOI) abrite en effet 5 des 7 espèces de tortues marines (la tortue verte Chelonia mydas, la tortue imbriquée Eretmochelys imbricata, la tortue olivâtre Lepidochelys olivacea, la tortue caouanne Caretta caretta et la tortue luth Dermochelys coriacea ; et représente une région majeure, au niveau mondial, pour la reproduction et l’alimentation de ces 5 espèces.

Depuis plus de 30 ans, l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) contribue au suivi des populations de tortues marines du SOOI, notamment dans les îles Éparses françaises (Europa, Juan de Nova, Glorieuses et Tromelin). Ce suivi est aujourd’hui effectué en partenariat avec KELONIA, l’observatoire des tortues marines de La Réunion (www.kelonia.org), la Gendarmerie Nationale, les Forces Armées de la Zone Sud de l’océan Indien (FAZSOI) et la collectivité des Terres australes et antarctiques françaises (Taaf).

Le fou à pieds rouges (Sula sula)

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Il existe chez les fous à pieds rouges deux types de morphes suivant la couleur du plumage. Le morphe blanc représente 2/3 de la population et le morphe brun à queue blanche en représente 1/3. Ceci est d’autant plus intéressant en matière de conservation, que ces morphes différent suivant les îles, ce qui veut dire que chaque population est génétiquement isolée et mérite d’être protégée. La population de Tromelin est la seule de la région à être polymorphique, ce qui illustre bien son unicité et son isolation biogéographique.

La population d’Europa est la seule de l’océan Indien à être uniquement composée d’individus bruns à queue blanche, à la différence des individus de Tromelin qui possèdent les deux couleurs de plumage. La colonie de fous d’Europa est la deuxième plus importante de l’océan Indien, après celle d’Aldabra. Le fou à pieds rouges a besoin d’une végétation arbusive non perturbée pour pouvoir se reproduire.

Le fou masqué (Sula dactylatra)

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On identifie le fou masqué par son corps majoritairement blanc. Seules la frange des ailes et la queue présentent une jolie teinte noire qui contraste avec le reste du plumage. Les fous masqués vivent sur les petites îles plates comme Tromelin souvent dépourvues de végétation. Ils nichent à la lisière des falaises ou dans des zones dégagées propices au décollage. Durant toute l’année, ils passent la majorité de leur temps au large à la recherche de nourriture.

Le comportement des fous masqués est assez surprenant. Ils ont, en effet, des rituels nuptiaux très élaborés et tentent d’attirer les femelles en étirant fortement le cou et en offrant à leur partenaire potentiel des cadeaux aussi variés que des petites pierres ou des plumes. Après une marche lente et cérémonieuse, les deux partenaires scellent leur accord en pratiquant l’acte sexuel. On estime à environ 200-250 couples le nombre de fous masqués sur Tromelin. Ce chiffre est en augmentation.

La sterne fuligineuse (sterna fuscata)

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On retrouve la sterne fuligineuse dans les quatre îles Eparses. La colonie de Juan de Nova est la plus importante de l’Océan Indien (2 4000 000 couples en 2003), suivie de celle d’Europa. A Glorieuses, c’est sur l’île du Lys (plus de 500 000 couples en 2003) que l’on retrouvera les sternes. Elle passe la plus grande partie de son temps dans les airs, sans jamais se percher ou se poser à la surface.

La sterne fuligineuse ne revient à terre que pour se reproduire. Elle pond un unique oeuf, dans les zones herbeuses d’Europa ou directement sur le sable à Juan de Nova. La sterne a une parade nuptiale très ritualisée et accompagnée de cris aériens au dessus de l’aire de nidification dans la période qui précède la ponte.

Le paille-en-queue (Phaeton)

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Le paille-en-queue à brins blancs d’Europa niche dans la forêt sèche, les buissons et lieux caillouteux de l’île. Il est isolé géographiquement des autres individus de la même espèce, de l’Océan Indien. Cet isolement est probablement le fait de la barrière écologique créée par la partie centrale du canal du Mozambique. On observe ainsi une sous-espèce endémique à Europa, qui diffère des autres sous-espèces par sa taille (plus petite) et par la présence majoritaire des individus de couleur doré.

Il semblerait que ces pailles-en-queue soient plus proches des individus des îles de l’océan Atlantique, que de ceux de l’océan Indien. La population de pailles-en-queue à brins rouges (Phaethon rubricauda) est la plus importante de toutes les populations de l’océan Indien. Cette espèce niche, dans la forêt sèche, les buissons et les dunes sableuses d’Europa.

La frégate (Fregata)

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On distingue les frégates ariel des frégates du pacifique. Ces deux colonies constituent les plus importantes après celle de l’atoll d’Aldabra. Les populations de frégates de la région ont tendance à décliner et le seul fait de leur présence à Europa confère à l’île un intérêt particulier. Le mâle à la particularité de gonfler sa poche membraneuse rouge vif, située sous le bec, pour attirer les femelles, dans la période des accouplements.

La faune introduite

Si l’on examine l’histoire, on s’aperçoit que les explorateurs étaient souvent accompagnés d’animaux. Ils les emportaient, soit pour se nourrir pendant les voyages, soit pour les laisser sur les îles visitées en prévision d’escales futures. Mais ils étaient également escortés par des animaux (rats…) qui vivaient tout simplement sur les bateaux à l’insu de leurs occupants. Ce cortège d’animaux, introduits volontairement ou non, a un impact non négligeable sur les terres colonisées.

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En effet, les îles océaniques sont très vulnérables aux introductions d’espèces normalement absentes de leur écosystème. Dans les différentes îles Éparses, cinq espèces de mammifères et au moins cinq espèces d’oiseaux ont été introduites avec succès. Certaines de ces espèces n’ont probablement pas un impact considérable sur les écosystèmes insulaires, mais d’autres, en raison de leur position de prédateurs ou d’herbivores représentent une menace importante comme les rats ou les chèvres.