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28 mai 2013

La restauration du cimetière de Port-Couvreux sur Kerguelen

Comme le confirme le numéro récent de la lettre des TAAF (Terres Extrêmes n° 4 consacrée au patrimoine historique des Terres australes et antarctiques françaises), la collectivité attache une importance particulière à la préservation de la mémoire des hommes et femmes qui ont œuvré sur les territoires.
Après l’hommage rendu par le ministre des outre-mer aux esclaves abandonnés sur l’île de Tromelin en avril dernier, et en attendant de commémorer comme il se doit la tragique aventure des oubliés de Saint-Paul, les hivernants de Port-aux-Français ont rendu un hommage aussi essentiel que discret aux bergers qui périrent à Port-Couvreux, dans la première moitié du 20ème siècle.
Retrouvez ci-dessous le récit de ces entreprises dramatiques, ainsi que les photos de la restauration du cimetière.

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Le cimetière de Port-Couvreux :

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Localisation :

Port-Couvreux se trouve au sud du Golf des Baleiniers, sur la côte est de la Presqu’île Bouquet de la Grye, lorsque le Bras de la Fonderie sépare la Presqu’île Bouquet de la Grye de la Grande Terre. La station se trouve dans une petite baie sans nom, fermée par une petite plage à l’est et par une falaise qui l’abrite au sud et à l’ouest. Des hauteurs, un torrent dévale.
Le nom de Port-Couvreux fut donné en l’honneur d’Abel Couvreux (1852–1922), ingénieur civil et entrepreneur de travaux publics. Bienfaiteur de la première expédition des frères Bossière en 1908, il est également l’un des trois principaux actionnaires de la société « Compagnie générale des îles Kerguelen, Saint-Paul et Amsterdam ».

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Pierre-Emmanuel FABRE, médecin chef - Frédéric DOLLET, électricien CNES - Stéphane PLASSARD, technicien télécom

Le cimetière :

Six tombes sont rassemblées à 500 m au nord-ouest des structures d’habitation. Toutes sont surmontées d’une croix. Quatre d’entre-elles se trouvent à l’intérieur d’un enclos de 8 x 4 m et deux autres à l’extérieur et de part et d’autre de l’entrée. Sur les croix de bois vernis, aucun nom n’apparait. L’enclos est marqué au sol par un alignement de pierres. Ce sont ces pierres et ces croix qui ont été récemment remises en état par les hivernants de Port-aux-Français.

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L’histoire de Port-Couvreux :

Dès 1893, les frères Bossière souhaitent mettre en valeurs les Kerguelen et relancer la chasse à la baleine, développer l’exploitation du charbon et l’élevage du mouton. Pour ce dernier projet, ils choisissent le site de Port-Couvreux. Toutes leurs tentatives échoueront. Les vestiges de Port- Couvreux appartiennent quasiment tous à l’ère Bossière.

En 1908, le Jeanne d’Arc dépose sur l’Ile Longue, en Baie du Morbihan, un groupe de vingt moutons. Ils sont laissés à la garde de quatre bergers qui s’installent dans des baraques provisoires. Mais la presqu’ile est un site aride, ravagé par les lapins sauvages et peu propice à l’élevage. La guerre de 1914 met fin à cette tentative et les bergers repartent avec l’Isle of Kerguelen, laissant les moutons.
En novembre 1922, le berger Alfred Alaverry s’installe, rejoint par Paul Aubé, qui sera remplacé par Laroche, puis en 1924 par Joseph Jégu.
En 1927, nouvelle tentative d’installation avec trois couples de bergers du Havre arrivés avec la Lozère. Lorsque les colons arrivent, Laroche, un des bergers, s’est noyé le 16 avril 1927, son doris ayant été emporté. Tandis qu’Alaverry est repartir sur le Lozère, Jégu reste seul à accueillir les nouveaux arrivants.
Dès leur arrivée le 8 octobre 1927, M. et Mme Ménager et leur fille Léone, M. et Mme Petit, M. et Mme Le Galloudec (chef de la station) et leur fille Georgette entreprennent, avec l’aide du charpentier du bateau, de construire des étables et d’aménager des maisons. Une fabrique de tourteau et de farine est également établie ainsi qu’une ferme avec des cochons, moutons, vaches, chèvres et chats. La fluctuation du nombre de bêtes est régulière et oblige les colons à redistribuer ou aménager les bâtiments. Le 1er décembre 1927, trois colons partis en doris chasser pour nourrir le bétail, se retrouvent bloqués suite à une panne de moteur. Surpris par une tempête de neige, ils errent pendant trois jours. Pierre Petit et Léon Ménager réussissent à rentrer, mais Georges Le Galloudec, plus faible et plus légèrement vêtu, meurt d’épuisement, de faim et de froid ; il sera retrouvé trois semaines plus tard.
En 1928, le Lozère fait naufrage. Les rescapés trouvent refuge pour un mois à Port-Couvreux en s’installant dans l’usine puis dans la porcherie. Ils repartiront sur le Kildalkey en compagnie de la veuve Le Galloudec et de sa fille, de Madame Ménager et de Joseph Jégu. Le 25 février 1929, Léon Ménager et sa fille Léonne rentrent également au pays à bord de l’Austral. Mais le 5 octobre 1929, il revient accompagné de son épouse et de deux autres hivernants, Léon Louis Le Bail et Jean Robert Bernier. Amboise Clausier et Joseph Lemartret arriveront ensuite. Les bergers font face aux mêmes difficultés qu’auparavant, à savoir le manque de litière et de nourriture qui décime le bétail.
Décembre 1930 : les bergers Joseph Lemartret et Amboise Clausier décèdent du scorbut.
En 1931, l’aviso Antarès passant à Port-Couvreux constate la situation misérable des fermiers, qui repartent définitivement le 26 mars à bord de l’Austral. Le site est alors abandonné.

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A noter :

  • une tombe derrière les habitations dans un minuscule enclos grillagé, signalée en 1961 ;
  • sur la rive du bassin de la Gazelle, près de Port-Couvreux, se trouve la tombe du soldat allemand Hermann, matelot de 1ère classe sur l’Atlantis, croiseur auxiliaire allemand, décédé accidentellement le 29 décembre 1940.