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21 août 2013

Tromelin 2013 : le journal quotidien des fouilles archéologiques

Le 20 août 2013 a débuté, pour 45 jours, la quatrième mission archéologique sur l’îlot de Tromelin (Océan Indien), l’une des îles Éparses placées sous la juridiction du préfet administrateur supérieur des Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF).

Découvrez le journal des fouilles, qui permet de suivre au jour le jour le travail de l’équipe et les progrès des recherches.


4ème campagne de fouilles archéologiques à… par TAAF

Journal du 3 octobre

L’avion est annoncé pour demain 9 h 00, l’arrivée de la relève, d’une équipe des TAAF, venue embarquer des déchets, et l’équipage de l’avion fait que nous serons demain 35 à table !
Le départ pour la Réunion est prévu vers 15 h 00. Le mobilier archéologique est contenu dans quatre grandes caisses pesant au total 220 kg.
Las, les déchets sont semble-t-il plus importants que le mobilier archéologique et nous devrons nous débrouiller tous seuls pour transporter notre matériel. Finalement, la Direction des Affaires culturelles de l’Océan Indien semble devoir venir à notre secours en nous louant un utilitaire. L’arrivée va sans doute être un peu agitée.

Le temps aujourd’hui est mauvais : vent fort et averses se succèdent et derrière nos ordinateurs nous regardons par la fenêtre arriver les grains.

A la fin du déjeuner, Joë amène en grande pompe un paquet et me demande de l’ouvrir. Après plusieurs couches d’emballage et de scotch, surprise, je trouve une boucle de chaussure identique à celle que nous avions trouvé en 2006. En rodant sur le site, il l’a découverte au milieu du sédiment remanié par le remblayage. Elle va donc recevoir le dernier numéro d’inventaire de la mission 2013, le n°1564 pour être précis et regagner les caisses déjà presque fermées.

La préparation de la conférence de presse nous donne l’occasion de faire une première synthèse des résultats acquis et d’arriver au constat qu’un énorme travail a été accompli par toute l’équipe. Ce travail va encore être amplifié par les études qui vont être entreprises par des chercheurs dans divers domaines. Nous restons cependant, il faut l’avouer, très déçus de ne pas avoir localisé les sépultures malgré un grand nombre de sondages effectués.

Pour finir, au moment d’embarquer, et après quarante-cinq jours de vie en commun, je tiens à faire spécialement un salut amical aux deux météos Patrick et Jean-Michel pour leur simplicité, leur humanité enjouée et ….leur philosophie.

Max Guérout.

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La boucle de chaussure © Jean-François Rebeyrotte
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La mer a grossi aujourd’hui © PT

Journal du 2 octobre

Le mercredi est le jour des croissants. Mis au four par Jean-Michel au petit matin, l’alizé porte leur parfum jusqu’à la case malgache et aux trois tentes, incitant les dormeurs à se mettre sur pied.
Aujourd’hui pourtant le réveil est paisible, car ce n’est pas vers pelles et pioches que chacun va se diriger, mais plutôt vers des tâches de classement, d’enregistrement et de rangement, de mise en forme aussi des résultats, en prévision de la conférence de presse de samedi prochain.
Lauren filme une dernière fois les objets avant qu’ils ne disparaissent dans les caisses d’emballage et fait ses dernières interviews.

Chacun se rend compte que le travail quotidien a laissé moins de place que prévu au vagabondage dans l’île, d’autant que les deux derniers dimanches, très pluvieux, n’ont pas incité à la promenade. Chacun fait le plein d’images, respire l’alizé à pleins poumons, remplit sa mémoire auditive du bruit du vent et de la mer, exercice particulièrement salutaire aujourd’hui car une houle puissante déferle sur le rivage.

Thomas met la dernière touche à la topographie des lieux et, malgré l’état de la mer, envoie Jean-François poser la mire du théodolite sur les canons de l’Utile qui se trouvent près du rivage.
Mais comme la marée est haute, Jean-François en est quitte pour un bon bain.
Ces canons sont arrivés là avec la partie avant du navire qui s’est détachée du reste de la coque lors du naufrage de l’Utile.
Assis sous les branches d’un grand veloutier que nous avons connu resplendissant au cours des campagnes précédentes, mais qui aujourd’hui ne dresse plus que des branches mortes engluées de guano, je décris devant la camera de Lauren les dernières heures de l’Utile. Ces moments tragiques relatés par Hilarion de K’audic, l’écrivain du bord, et dont nous avons retrouvé la trace au fond de la mer, malgré le désordre indescriptible qui résulte d’un naufrage.
Nous pensons aussi aux esclaves malgaches prisonniers de la cale dont les panneaux ont été cloués par crainte d’une révolte. Ils ne peuvent en sortir que lorsque la coque se disloque, alors qu’autour d’eux tout s’effondre. Les voici dans la nuit, eux gens des hautes terres qui n’ont jamais vu l’océan, au milieu du tumulte de la mer qui déferle, des mouvements désordonnés du navire, du hurlement du vent. On imagine l’effroi qui les saisit alors.
Près de soixante-dix d’entre eux y perdrons la vie.

Max Guérout.

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Le naufrage de l’Utile reconstitué dans le dvd _Les esclaves oubliés de l’île Tromelin © Jean-François Rebeyrotte
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L’emballage du mobilier archéologique © Jean-François Rebeyrotte

Journal du 1er octobre

Cette fois le site n’est même plus une dune, c’est un champ de sable tout plat, on croirait presque un court de tennis, si ce n’était l’absence de filet. Nous avons cependant laissé quelques repères dépasser du sol, en prévision d’un projet qui semble doucement faire son chemin : la réalisation d’une table d’orientation permettant aux visiteurs de visualiser le site et de comprendre ce qui se cache sous la surface.

Hier soir, beaucoup d’agitation vers 20 h 30. Sortant devant le bâtiment de la cuisine, côté mer, Lauren se retrouve entourée d’une multitude de petites tortues. Une émergence (éclosion) vient d’avoir lieu, et une soixantaine de petites tortues, sans doute trompées par la lumière, ont tourné le dos à la mer et se sont dirigées vers la station. Nous les ramassons une à une et les mettons dans une boîte en carton, certaines d’entre elles sont déjà entre les pinces des bernard l’ermite, trop heureux de l’aubaine Près d’une dizaine échappent ainsi à un sort peu enviable, mais pour quelques unes, il est déjà trop tard.
Lorsque nous entreprenons de les mettre à la mer, la plupart en ressortent et se dirigent de nouveau vers le haut de la plage. Après les avoir remises plusieurs fois à l’eau, presque toutes finissent par entreprendre leur voyage périlleux.
Tromelin est l’un des sites importants de ponte, selon les études menées par IFREMER, et Kelonia, entre 850 et 1000 tortues femelles viennent pondre chaque année, le pic de ponte se produisant entre novembre et mars.

Jean-François, qui vient de terminer l’introduction des données dans notre base d’inventaire est stupéfait du bilan de la fouille. Quelques chiffres suffisent à mesurer son étonnement : objets ou fragments, 750 sont en fer, 309 sont en cuivre, 150 sont en plomb. Les coquillages ou fragments de coquillage sont au nombre de 800.
Dès notre arrivée, ils seront pris en charge par la DAC-OI (Direction des affaires culturelles – Océan Indien) qui, dans le cadre d’un accord avec les TAAF, va en assurer le stockage et la conservation.

La télévision réunionnaise reparle de notre phénomène nocturne, un astronome qui n’a sans doute rien vu parle de la rentrée d’un satellite dans l’atmosphère, mais voici que le CNES (Centre national des études spatiales) donne une version détonante, le phénomène serait dû à un lâcher de gaz d’un satellite. Bigre un pet spatial, nous l’avons échappé belle !

Max Guérout.

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Après avoir pondu sur l’île les tortues retournent à la mer © Lauren Ransan
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Véronique achève de nettoyer le site rebouché © Lauren Ransan

Journal du 30 septembre

Il a bien fallu s’y résoudre !

D’un seul coup, nous allons donc effacer l’image du travail accompli depuis six semaines, mais aussi celle de nos efforts, de nos interrogations, de nos satisfactions.
Dès le matin, la pelle mécanique et le tracteur ont commencé à remuer les tonnes de sable accumulées. En un clin d’œil, les murs que nous avions dégagés, nettoyés, brossés à la balayette ou au pinceau pour les photos, disparaissent et le paysage ressemble bien vite à une dune anonyme.

Pendant que les engins s’agitent sur le site principal, Joë regarde encore une fois le petit bâtiment dégagé vendredi. Il gratte un peu, pas beaucoup, car Thomas ne souhaite pas que nous nous aventurions sous le bâtiment de gonflage. Une paroi bien propre de sable ferme le fond du bâtiment.
Tout à coup, presque sans qu’il s’en aperçoive le sable tombe et découvre un mur solidement constitué.
Stupéfaction, le bâtiment n’a donc pas d’entrée ! Tel qu’il se présente maintenant, il nous laisse vraiment perplexe : sa surface de 1,3 m par 1 m est entièrement entourée de murs robustes bien qu’un peu plus étroits qu’à l’accoutumée.
A quoi a donc servi cette pièce, a-t-elle été ouverte avant d’être fermée, pourquoi un travail de construction aussi difficile a-t-il été entrepris pour un espace utile aussi minuscule ?
Chacun, on le devine, commence à ruminer dans son coin pour trouver une réponse à cette énigme.

Hier soir, nous avons observé le phénomène dont la télévision réunionnaise a parlé ce midi. Dans le ciel nocturne de l’île est apparu un très grand halo lumineux doublé d’une grande couronne également lumineuse. Le premier à observer ce halo, Joë vient me chercher et nous regardons évoluer le phénomène, d’abord presque fixe, il défile doucement de l’ouest vers l’est. Nous distinguons bientôt au centre de la lueur un satellite qui trace sa route. Nous nous retrouvons bientôt presque tous avec le nez en l’air. Peut-être s’agit-t-il d’un satellite d’observation qui balaye la terre avec un faisceau radar ou infrarouge qui interagit avec les nuages ou la haute atmosphère ?

Arrivées aussi de Nîmes, quelques informations concernent la dernière pièce de monnaie mise au jour. Sébastien Berthaut-Clarac a déniché une photo sur Internet qui confirme la partie du texte que nous avions déchiffrée et la complète.
Autour des armes d’Espagne, surmontées d’une couronne royale, on peut lire sur le droit : PHILIP.V.D.G.HISPAN.ET.IND.REX soit ; « Philippe V par la grâce de Dieu, Roi d’Espagne et des Indes ». La pièce est donc bien espagnole et a été frappée entre 1700 et 1746, dates du règne de Philippe V. Le chiffre 4, à droite des armoiries, indique la valeur, quatre pesos peut-être ?
Au revers, nous ne lisons pas la date, le lieu du monnayage, quant à lui, est indiqué par une lettre figurant avant et après la date, mais ce n’est vraiment pas très lisible, avec beaucoup de réserve je lis un T, pour Tolède ?

Max Guérout.

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Le site avant les fouilles © BR
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La pièce fermée par son mur © Jean-François Rebeyrotte


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Rebouchage du site © Lauren Ransan

Journal du 28 septembre

Après deux jours de calme le vent s’est à nouveau levé apportant un peu de fraîcheur.

Nous sommes arrivés au dernier jour de la fouille.
Thomas effectue encore deux sondages, l’un dans le Nord, le second tout près de la case malgache.
Seul ce dernier contient une couche archéologique correspondant à la présence des naufragés et permet d’élargir encore le secteur occupé par ces derniers.
Dans le petit bâtiment étroit mis au jour hier, Bako termine de fouiller le sédiment. Il semble bien que ce bâtiment, d’abord utilisé, a ensuite été abandonné ou fermé, car la couche de sédiment supérieure présente un aspect différent.
Seul objet original trouvé : un petit anneau en cuivre, probablement une sorte de bague. Malgré sa simplicité, il n’en revêt pas moins une signification particulière. Laquelle des femmes rescapées portait-t-elle ce très modeste ornement, signe qu’une vie normale avait repris ses droits ?
Pendant que les derniers gestes des fouilleurs s’accomplissent, l’inventaire se termine. La question s’est posée du sort à donner à certains objets trouvés au cours de la fouille de l’amas cendreux, en particulier une vingtaine de coquilles de bénitiers.
Après vérification, il est apparu qu’elles ont probablement été trouvées sur la plage, car aucune d’entre-elles ne fait la paire avec une autre. Ce sont donc plutôt des coquilles utilisées comme récipient, probablement des sortes d’assiettes. L’ensemble, qui a été enregistré, n’en est pas moins impressionnant.

Les prémisses du départ commencent à nous occuper, réservation d’hôtel, de véhicule, colisage du mobilier archéologique, communiqué de presse et conférence de presse. Les échanges avec l’extérieur se sont accélérés.

Dès lundi, il nous faudra penser à reboucher le trou béant que nous avons creusé, près de 150 mètres cubes de sable qui s’amoncèlent tout autour.

Lauren n’a pas cessé de filmer assidûment toutes nos activités et d’enregistrer des interviews des acteurs de la fouille. Elle va repartir avec une masse d’informations impressionnante, dont elle espère pouvoir tirer un ou deux films et en tout cas garder un témoignage vivant de ce séjour.

Max Guérout.

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L’anneau trouvé ce matin © Lauren Ransan
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Les bénitiers noircis par la couche d’où ils ont ont été trouvés © Jean-François Rebeyrotte
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Lauren toujours prête à fixer les instants de la fouille © Jean-François Rebeyrotte

Journal du 27 septembre

Encore une fois la tradition est respectée, alors que nous sommes à la veille de la fin du chantier, la dernière semaine étant consacrée au rebouchage du site, voici qu’un nouveau bâtiment vient d’être découvert.

Voici trois jours que nous travaillons sur le tumulus de cendres situé à l’Est de l’ex-bâtiment de gonflage des ballons sondes. Derrière nous, le long du mur du bâtiment, se trouvait un monticule de pierre partiellement dégagé par la pelle mécanique.

Joë tournait depuis deux jours autour de ces blocs amoncelés cherchant à y trouver une cohérence. Après avoir dégagé ce qui paraissait être l’extérieur d’un mur, ce matin, aidé par Jean-François, il a cherché dans la masse de ces blocs un fil conducteur.
Après une journée d’efforts, la surprise était au rendez-vous : ils localisaient un mur intérieur. Un espace étroit d’un peu plus d’un mètre de large, délimité par des murs de 60 à 80 centimètres d’épaisseur, est dégagé en fin de soirée.
Si les murs sont relativement étroits, ils sont bâtis avec de très gros blocs de corail et de beachrock.
C’est le fond d’un bâtiment dont le reste se trouve sous le bâtiment de gonflage.
Si la dalle de béton qui supporte le bâtiment a détruit le haut des murs, elle n’a pas touché à la couche archéologique et on peut dire qu’elle lui assure une protection maximale.
Reste à essayer de comprendre comment ce nouveau bâtiment est relié à l’ensemble déjà mis au jour.
La solution n’est pas simple puisque l’espace qui sépare ces deux endroits est occupé à la fois par le bâtiment de gonflage et par une citerne, ex-cuisine enterrée, construite en 1956.

J’avais pourtant aujourd’hui un sujet tout trouvé, ne sommes nous pas le jour anniversaire du départ des français de l’Utile à bord de la prame Providence construite par Barthelemy Castellan du Vernay, le premier lieutenant ?
Il y a en effet 252 ans, les marins français quittaient l’île de Tromelin, laissant sur la plage quatre-vingts esclaves malgaches médusés. Mais l’actualité commande et la nouvelle est donc passée au second plan. Nous ne pouvons cependant pas manquer de penser aux sentiments qui agitèrent alors ces malheureux. Pour certains, l’espoir que la promesse qui leur avait été faite de venir les rechercher serait tenue, pour les pessimistes qui avaient déjà mesuré la difficulté qu’il y aurait à survivre sur cet îlot inhospitalier, le désespoir. Peut-être aussi la résignation pour d’autres, cependant décidés sans attendre à prendre les choses en main.

Max Guérout.

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A midi le sondage fait voir un début de mur © Jean-François Rebeyrotte
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Jean-François dégage le sédiment de la couche archéologique © Lauren Ransan
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Joë en position acrobatique pour accéder au sédiment © Jean-François Rebeyrotte
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L’état du mur au début de la journée © Jean-François Rebeyrotte
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En fin de journée l’image verticale montre les murs dégagés © Jean-François Rebeyrotte

Journal du 26 septembre

La journée a commencé sans presque un souffle de vent, c’est la première fois depuis le début de notre séjour. La mer est calme et les baleines, qui semblent se plaire dans les eaux de Tromelin, s’ébattent à petite distance du rivage. L’une d’elle et son petit nous ont offert hier, à l’heure du repas de midi, un festival de cabrioles impressionnantes, sautant plus qu’à moitié hors de l’eau pour retomber dans une magnifique gerbe d’écume.

L’absence de vent a une contre partie : il fait beaucoup plus chaud et le travail devient plus pénible.

La topographie détaillée du site et de ses environs s’est activement poursuivie, pendant que nous continuons à fouiller le très gros amas de cendres où a été découverte avant-hier la pièce portugaise. A ce propos nous devons une rectification, si l’info concernant l’identification nous a été envoyée par Edouard Jacquot, c’est à Anne-Laure Dijoux que nous devons d’avoir rapidement déniché la réponse.

Avec Bako, nous fouillons la cendre et en peu de temps nous sommes devenus de véritables charbonniers.
Près d’une vingtaine de coquilles de bénitiers sont extraites et un nombre impressionnant de clous de toutes dimensions. Nous ne sommes pas loin de l’endroit où a été construite la forge par les marins de l’Utile, et le nombre de clous indique sans doute que c’est le bois de charpente du navire qui a alimenté le feu. Malgré tout, la forge elle-même nous échappe toujours.
Cependant l’information qui nous intéresse le plus est que la forge a été utilisée comme foyer par les Malgaches après le départ des Français, en témoignent les fragments de cuivre et une ébauche de cuillère retrouvés, mêlés à la cendre.
Dans l’après-midi, le secteur de fouille est encore agrandi et une nouvelle pièce de monnaie est trouvée alors que la pelle mécanique est toujours en action.
Cette fois l’identification ne va pas être simple car elle est très usée. La pièce en cuivre a un diamètre de 26 mm, on y distingue Philippe peut-être suivi de V, le contour d’un écu au centre surmonté d’une couronne. La frappe est très excentrée et les lettres sont un peu coupées d’un côté. Philippe V fut roi d’Espagne de 1700 à 1746. Cela nous renvoie peut-être à nouveau à l’un des marins espagnols embarqués à bord de l’Utile.

Nous avons choisi de présenter dans le journal l’un des dessins de la classe de CM2 de Semoy reçu ce week-end, il n’est malheureusement pas signé. Nous attendons de connaître son auteur. Il a été choisi à la fois pour son évocation du naufrage avec les esclaves enchaînés dans la cale, mais aussi pour sa qualité artistique.

Max Guérout.

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Les yeux sont fixés sur la mer pour voir les baleines © Jean-François Rebeyrotte
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Le dessin sélectionné de la classe de Semoy

Journal du 25 septembre

Le journal d’hier était à peine envoyé à Sébastien Eon, que la première réponse concernant la pièce de monnaie nous parvenait de la Réunion. C’est Edouard Jacquot, archéologue de la DAC/OI, qui a été le premier à réagir. Ce matin, Sébastien Berthaut Clarac a apporté depuis Nîmes, où il habite, quelques précisions.
La pièce en question est une pièce portugaise de 10 reis datée de 1720 ou 1721.
Au droit, on peut lire au centre J V pour Joao V, roi du Portugal de1706 à 1750, surmonté d’une couronne royale. Sur le pourtour on lit D.G.PORT.ET.ALG.REX abréviation de DEO GRATIA PORTUGAL.ET.ALGARVE.REX ou Par la grâce de Dieu, Roi du Portugal et de l’Algarve.
Au revers, au centre X pour dix Reis. Sur le pourtour 172 ?.VTILITATI .PVBLICÆ pour Utilité publique.
Il semble que les pièces figurant sur Internet soient souvent percées d’un trou.
Pour ce qui concerne la notre, les deux trous indiquent plus un bracelet qu’un pendentif. Reste maintenant à savoir ou à imaginer par quel chemin et quel hasard cette pièce est parvenue à cet endroit.
Nous avons la liste complète des membres de l’équipage de l’Utile dont plusieurs espagnols : Joseph Goldoner de Bilbao, Carlos Guadaloria et Pedro de Marquina de Lequeito, ce dernier sera d’ailleurs noyé au cours du naufrage.
Ce sont peut-être aussi les marins du corsaire malouin, l’Audacieux qui se trouvait retenu à Lisbonne, et qui furent recruté pour compléter l’équipage de l’Utile, qui ont eu l’occasion, pendant leur séjour au Portugal, de se procurer cette pièce comme souvenir ?

Aujourd’hui encore, il a fallu poursuivre l’inventaire du mobilier archéologique car le rendement des fouilles est bien supérieur à celui des campagnes précédentes. Le nombre de numéros d’inventaire utilisé cette année est presque égal à celui des trois autres missions réunies.
La fouille s’est poursuivie dans l’amoncellemnt de cendres dans lequel a été trouvée hier la pièce portugaise.
Nouvelle surprise : en tamisant le sédiment fouillé par Bako, voici qu’est apparue une pierre taillée. La nouvelle a tout de suite agité notre équipe : que vient donc faire là cette pierre, de quoi s’agit-il exactement ?
Aucun spécialiste ne se trouvant parmi nous, il faudra attendre un peu pour connaître la solution.

Max Guérout.

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Un des canons de l’Utile devant la station météo © Lauren Ransan
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La pierre taillée trouvée au tamisage © Lauren Ransan

Journal du 24 septembre

Nous avons décidé ce matin d’étendre le sondage effectué par Thomas, derrière le bâtiment où étaient gonflés les ballons sondes.
Sur le bord Est du sondage était apparue une lentille de cendre extrêmement riche en ossements d’oiseaux carbonisés. La question était de situer dans le temps ce dépôt et éventuellement de localiser la forge qui se trouvait dans le même secteur.
En fin de matinée, bonne surprise, au milieu des cendres apparaît une pièce de monnaie qui paraît bien conservée, hormis le fait qu’elle est percée de deux trous, car elle fût sans doute utilisée comme pendentif.
La date est oblitérée par l’un des trous et seuls les deux derniers chiffres sont visibles : 72, s’il s’agit de 1772, cela pose problème. Nous croisons les doigts pour que cela soit 1672.
Si quelques mots en latin sont lisibles, notamment REX (pour roi), la solution n’apparaît ni au premier ni au second coup d’œil. N’ayant pas accès à Internet, nous décidons de lancer nos amis sur la piste.
Le journal étant aussi un moyen d’essayer d’avancer, nous soumettons l’énigme à nos lecteurs.
La présence des trous et certaines parties encore illisibles ne nous permettent pas de l’identifier.
Le droit porte une couronne (sans doute royale) et soit le chiffre romain
IV soit J.V peut- être l’initiale J et le chiffre V.
Nous lisons à gauche du trou inférieur ALC.REX ou ALG.REX ou ALO.REX
A droite du trou supérieur G.?ORTE peut-être G.PORTE Le trou masque une lettre.
Au revers le chiffre romain X
A droite du trou supérieur 72.VI ou 72.VT
A gauche du trou inférieur VBLICÆ (la fin de PUBLICÆ ?)
Le diamètre de la pièce est de 37 mm

Nous avons reçu hier via Sébastien Eon, qui met en ligne le journal, un nouvel envoi de la classe de CM2 de Semoy, une série de questions et seize dessins que nous allons soumettre à l’équipe pour en choisir un qui aura les honneurs du journal comme en ont décidé les enfants.
Nous essayerons de répondre aux questions d’ici demain et de choisir le dessin qui sera affiché.

Depuis hier, le site a été bichonné de manière à pouvoir prendre une photo d’ensemble depuis le toit du bâtiment de gonflage.
A cette occasion, Jean-François a encore joué les acrobates.

Max Guérout.

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Vue générale du site © Jean-François Rebeyrotte
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Le droit © Max Guérout
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Le revers © Max Guérout

Journal du 23 septembre

Pendant que nous nous échinons sur le chantier archéologique, et que la moindre découverte met en vedette son auteur, un trio s’affaire à la cuisine où il a rarement droit aux feux de la rampe. Pourtant c’est de lui que dépend le moral des troupes.

Bien que la station soit passée sous l’administration des TAAF, deux météos, comme on les appelle, sont restés dans leur ancienne fonction jusqu’à leur retraite. Tous deux réunionnais, ils ont entre autres activités de préparer les repas pour les trois résidents habituels : le chef de station et les deux aides météos. Mais comme l’arrivée de l’équipe des fouilleurs multiplie le nombre des convives par quatre, l’un des membres de l’équipe archéologique est venu les renforcer. Comme en 2010, c’est Zineb Guérout qui assure ce renfort, elle peut ainsi faire étalage de ses dons de cuisinière et surveiller son mari pour qu’il ne fasse pas d’efforts inconsidérés.

Jean-Michel Dalleau, le plus ancien, est une véritable mémoire vivante de Tromelin. Pensez, il a fait son premier séjour sur l’île en 1975 ! Il a vu passer tellement de chefs de station, de collègues, de scientifiques de tout poil qu’il nous regarde nous agiter avec une certaine philosophie.
Levé avant le soleil, il prépare le petit déjeuner pour tout le monde, puis va s’acquitter de sa première tâche, celle de compter les traces de tortues venues pondre sur les plages, pour le compte d’IFREMER et de KELONIA à La Réunion. Cette tâche lui vaut de parcourir ainsi, chaque matin, environ 2 km dans le sable.
Patrick Ethève, quant à lui, est entré à la météo en 1993 et, comme Jean-Michel, a fait de nombreux séjours dans les îles Eparses, en particulier à Tromelin.
Outre la préparation des repas, ils ont en charge l’entretien de la piste d’atterrissage, celle des locaux, la surveillance des réserves d’eau, le démarrage et l’arrêt des groupes électrogènes et de multiples tâches quotidiennes.

Zineb a su se faire adopter par eux et son rire retentit souvent dans la cuisine tant la connivence est grande. Ils parviennent, chacun avec ses spécialités, à nous préparer des repas variés. Lorsqu’elle a rempli sa tâche, elle regagne un coin de la case malgache où elle s’est installé un petit atelier volant et se livre à sa véritable passion, la peinture.

Max Guérout.

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Jean-Michel © Max Guérout
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Patrick © Jean-François Rebeyrotte
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Zineb © Max Guérout

Journal du 21 septembre

Nuit d’équinoxe, avec ciel couvert et vent frais.
La Lune a certes éclairé la nuit, mais seulement par intermittence, à travers le manteau nuageux. Le spectacle que donnera le petit film monté à partir des séquences de photos prises pendant trois jours ne donnera pas une image de l’île stéréotypée, avec soleil, ciel bleu et pleine lune de rêve.
L’opération a été cependant une réussite et les changements de batteries ont été opérés sans problème.

Ce matin, comme prévu, des prises de vues sur l’ancre de l’Utile ont également été opérées, dans un environnement agité, même si le vent avait un peu faibli avec le lever du jour et que la houle était moins forte qu’on aurait pu le craindre.
Le challenge était d’essayer de maintenir la caméra aussi stable que possible.

Le reste de l’équipe, c’est-à-dire Bako et moi, avons travaillé en solitaire une partie de la matinée pendant que Véronique continuait le tri et le comptage des os d’oiseaux.
Bako a fouillé dans le dernier sondage de Thomas où se trouvent les vestiges d’un foyer d’environ 70 cm de diamètre. Outre les cendres, un clou, une broche métallique terminée par un anneau et une serrure ont été dégagés. On a sans doute brûlé une porte à cet endroit.

Dans le dernier secteur ouvert (C3) dans le prolongement du mur fouillé au début de la semaine (celui qui a été détruit pendant la présence des naufragés), nous avons dégagé l’amorce d’un nouveau mur, perpendiculaire au premier. Nous n’avons pas de chance, car il se poursuit sous la citerne en ciment construite en 1954. A noter aussi que des citernes plastiques installées depuis 2010 autour de la case malgache ont notablement limité nos possibilités de recherches, car nous ne pouvons pas fouiller à moins de 1,5 m de celles-ci, et bien entendu pas sous elles.

A proximité immédiate du site, les veloutiers sont colonisés par les fous à pieds rouges, chassés des bords de la piste d’atterrissage, il n’y en a pas moins d’une quinzaine par arbuste. Nos activités ne semblent absolument pas les troubler. A l’inverse, nous pouvons les observer à notre aise, construisant leur nid rustique avec des branches de veloutiers et voir les plus jeunes, alors que les adultes sont partis pêcher au large, effectuer des vols d’essai circulaires ou s’entraîner à se poser au milieu de leurs congénères.

Max Guérout.

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La broche métallique terminée par l’anneau © Lauren Ransan
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Le bâtiment principal de la station météo © Lauren Ransan

Journal du 20 septembre

Répondu hier soir aux questions posées par les classes de 4ème Australie et Adélie du collège Albert Lougnon.
Les enfants sont plein de sollicitude : « Est-ce que c’est dur ? » ; « Est-ce que les nuits sont paisibles et est-ce que les bruits de la nature empêchent de dormir ? ». Thomas est chargé d’enregistrer sur un magnétophone le bruit ambiant et entre nous circule une plaisanterie répétitive un peu nulle, suivant le cas, l’un ou l’autre d’entre nous déclare tiens, on entend la mer ou tiens, on entend le vent. Il faut dire qu’on ne sait jamais quel bruit couvre l’autre. Mais que les enfants se rassurent nous dormons bien, nous disposons d’un somnifère sans égal : la pelle. Essayez de la manier chaque jour pendant quatre heures, vous verrez, c’est radical.

Désormais, nous surveillons Bako du coin de l’œil, carré après carré elle s’éloigne vers le Sud et nous craignons un peu que sur sa lancée elle ne s’attaque à la piste d’aviation.
Il faut dire qu’après une baisse significative du nombre d’individus (oiseaux) par carré, voilà que le nombre se stabilise autour de 60. Pourtant, nous sommes maintenant loin des bâtiments, et Bako guette le moment où elle va atteindre la limite d’occupation des naufragés. C’est même la première fois qu’un archéologue rêve de trouver de moins en moins de choses.

Thomas et Joë poursuivent les sondages. Celui d’hier, sans doute proche de la forge, a livré dans une couche cendreuse, épaisse d’une trentaine de centimètres, une quantité incroyable d’os d’oiseaux brûlés. L’explication est que, sans doute, la forge fut aussi utilisée comme four après le départ des français ?

Zizou continue à faire des prouesses avec les vivres disponibles, après le Broyé du Poitou, d’avant-hier, nous avons eu droit ce midi à un succulent crumble aux raisins secs et aux pommes !

Jean-François a fait des essais de prise de vues avec notre petite caméra sur l’ancre de l’Utile. Fort heureusement, elle est étanche, car la mer en ce moment est très dure. Les images obtenues sont saisissantes, demain il va essayer d’installer la caméra à poste fixe sur la verge de l’ancre en profitant de la basse mer d’équinoxe.

Max Guérout.

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La mer balaye inlassablement l’ancre de l’Utile © Jean-François Rebeyrotte
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Peut-être une nouvelle piste d’atterrissage à Tromelin © Jean-François Rebeyrotte

Journal du 19 septembre

Durant la nuit, Jean-François et Lauren se sont relayés toutes les deux heures pour changer les batteries de l’appareil photo installé en haut d’une échelle. Ce soir, nous sommes à mi-parcours du marathon. Les premières images visionnées montrent un début de nuit très sombre, mais on finit par distinguer le paysage éclairé par la pleine Lune quand celle-ci commence à se lever.

L’après-midi a encore été consacré à l’enregistrement des objets, car si chaque jour apporte son lot d’objets intéressants, ils font partie des dizaines « d’objets » qui sont récoltés quotidiennement, qu’il s’agisse de fragments de métaux : cuivre, plomb, et surtout fer ou bien encore des nombreux os d’oiseaux ou de tortues, des fragments de poissons ou de coquillages. Les objets remarquables du jour sont : deux fragments d’une petite chaînette en cuivre, dont un autre morceau a déjà été trouvé au début de la semaine, un fragment de bol en porcelaine chinoise, un croc de palan de mise en batterie de canon, une balle d’espingole en plomb et une spatule en plomb.
Bako est maintenant à presque 10 mètres du mur de la cuisine, dans son carré ont encore été trouvés les restes d’une soixantaine d’oiseaux. Comme elle a maintenant quitté l’ombre du cocotier, elle a trouvé un autre moyen pour s’abriter des ardeurs du soleil en subtilisant le grand parasol qui avait été installé sur la pelle mécanique.

Le sondage effectué depuis hier par Thomas a révélé une couche cendreuse très noire. Peut-être ne sommes nous pas loin de l’endroit où les français avaient installé une forge pour adapter les ferrures de l’Utile à l’embarcation de fortune construite par Barthelemy Castellan du Vernay, le premier lieutenant de la flûte.
Le soufflet avait été fabriqué avec le battant d’un coffre et des garnitures en cuir.
L’intérêt de retrouver cet endroit n’est pas seulement de le situer, mais d’essayer de voir si les malgaches s’en sont servis. On connaît en effet l’aptitude des malgaches à travailler le fer et à utiliser une forge. Ils sont même connus pour avoir conçu un soufflet de forge cylindrique fonctionnant avec un piston central.

Vers 18h30, le cri de Simon retentit (il est réputé pour sa voix de stentor), appelant à l’apéritif du soir, en général agrémenté de quelque « zakouskis ». L’auteur du journal et surtout Jean-François, son transmetteur, sont habituellement un peu en retard.

Max Guérout.

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Bakokotyé (Bako-cocotier) © Jean-François Rebeyrotte
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Le fragment de porcelaine trouvé par Thomas © Jean-François Rebeyrotte

Journal du 18 septembre

Ce matin, à 6 heures, une caméra a été mise en place sur le toit du local qui était destiné au gonflage des ballons sondes. Pendant trois jours, nous allons prendre une photo, toutes les minutes, d’un panorama centré sur la pointe Nord. Nous avons choisi cette période, proche de l’équinoxe, car la pleine lune va éclairer le paysage pendant la nuit. Cette opération a été rendue possible par les TAAF qui ont exceptionnellement autorisé le fonctionnement continu des groupes pendant cette période. En effet, les batteries de la caméra n’autorisent que deux heures de prise de vues, et il faut les recharger durant trois à quatre heures.
L’idée, en projetant ces images à une fréquence de 24 à 30 images par seconde, est de restituer l’impression du temps qui passe. Ces séquences sont destinées à l’exposition en préparation au Musée du château des ducs de Bretagne à Nantes. Un essai, s’étendant sur une journée a déjà été effectué et a donné satisfaction, Jean-François et Lauren sont chargés de la mise en place et se relaient pour changer les batteries.

Le fameux mur sur lequel Jean-François travaille avec moi depuis trois jours semble avoir livré son secret.
La cour intérieure n’était pas close par un mur continu, mais on semble y avoir accès par une entrée large d’environ 1,5 m située à l’Est. C’est une surprise relative car la plupart des bâtiments ont une entrée orientée à l’Ouest, soit sous le vent. Une dernière fouille est programmée demain pour en avoir le cœur net.
Dans le carré dégagé aujourd’hui, ont été trouvés un burin et un briquet. Thomas, de son côté, a dégagé une cuillère en cuivre d’une facture beaucoup plus grossière que celle des cuillères trouvées jusqu’à présent (au nombre de 18). L’artisan qui a réalisé ces cuillères presque parfaites est-il mort ou a-t-il quitté l’île, laissant la place à un autre ouvrier beaucoup moins habile ?
Dans la série de sept carrés de 1 m², fouillés successivement depuis le mur extérieur de la cuisine, en direction du Sud, par Bako et Véronique, le nombre d’individus de sterne noire ou de noddies découvert est calculé immédiatement par Véronique. Avec un maximum d’environ 153 individus, la moyenne se situe autour d’une centaine par carré. Aujourd’hui, avec l’éloignement, ce nombre est tombé à 60.

Véronique a reçu une notice détaillée concernant les gygis. Il ne faut pas dire un gygis comme nous l’avons écrit précédemment mais une gygis. La gygis blanche est aussi appelée sterne blanche. La blancheur immaculée de son plumage lui a valu le nom créole de « zoizo la Vierge » : l’oiseau de la vierge.
Les yeux noirs tranchent sur le plumage. Le bec est bleuté à la base et noir à l’extrémité. Il n’y a pas de différence de plumage entre la femelle et le mâle. La gygis, peu farouche, a un vol gracieux et fluide, mais parfois aussi acrobatique avec des changements rapides de direction.

Catherine Decelle nous a envoyé, il y a quelques jours, sa recette secrète du « Broyé du Poitou ». Hier soir Zizou a réalisé la recette avec brio et, selon les recommandations données par Catherine, chacun a cassé et non coupé les portions de cet excellent gâteau.

Max Guérout.

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Max dégage l’entrée de la cour intérieure © Jean-François Rebeyrotte
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Lauren change la batterie de la caméra © Jean-François Rebeyrotte
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La gygis blanche en vol © Max Guérout

Journal du 17 septembre

Encore du vent et un temps couvert ce matin.

Sur le chantier, on prend les mêmes et on recommence. Chacun travaille dans son coin et la fouille est souvent silencieuse. Elle ne s’anime qu’au moment des mesures topographiques, Thomas au théodolite, l’un d’entre nous tenant la mire, les appels retentissent. Grâce à ces mesures, le plan détaillé du site se dessine peu à peu ainsi que la position des objets.
Ceux qui ont été découverts aujourd’hui : une cuillère en cuivre, une sorte de petite pelle triangulaire munie d’un manche fixé par trois rivets, un burin en fer, un petit bol en plomb et deux balles de fusils en plomb. La collection doucement s’agrandit.

Le bout de mur mis au jour hier n’a toujours pas livré ses secrets, il nous faudra sans doute encore une journée de plus pour en arriver à bout.
Cette partie du site a été à la fois perturbée pendant le séjour des esclaves malgaches, sans doute à l’occasion du passage d’un cyclone, et par les travaux récents, nous nous torturons un peu les méninges pour comprendre ce qui s’est passé.

Nous avons reçu hier soir les questions envoyées par deux classes de quatrième du collège Albert Lougnon du Guillaume à la Réunion, envoyées par Marie Vannier, leur professeur d’Histoire-Géographie. Les classes sont nommées joliment Bassas da India et Tromelin.

Au risque de décevoir ceux qui n’ont pas été élus, nous avons décidé de mettre dans le journal un dessin envoyé par un élève de CM2 de Semoy. Que les autres se rassurent leurs dessins seront tous visibles sur le site www.archeonavale.org.

Les baleines rôdent autour de l’île, hier deux d’entre elles se sont approchées à environ 200 mètres du rivage, alors qu’une troisième nageait plus au large. C’est une occasion rare d’être ainsi le témoin du retour des grands cétacés dans les océans.

Max Guérout.

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La petite pelle avec son manche fixé par trois rivets © Lauren Ransan
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Le dessin choisi de la classe de CM2 de Semoy © ML
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Thomas fait un plan précis du site des fouilles © Max Guérout

Journal du 16 septembre

Vent fort et ciel nuageux, les fouilleurs se réjouissent.

Au « briefing » du matin, nous commençons à faire un compte à rebours, afin d’évaluer le temps nécessaire au rebouchage du site et à la réalisation de l’inventaire des objets avant notre départ.
Il faut maintenant utiliser au mieux le temps de travail qui nous reste, soit deux semaines. La décision est prise de concentrer une partie de nos efforts pour essayer de trouver des indices concernant la configuration du site central.
Cette sorte de cour intérieure était–elle ouverte ou fermée à l’Est par un mur continu ?
Il va nous falloir bouger plusieurs mètres cubes de sable pour ouvrir un nouveau secteur.
Aidés par la pelle mécanique, il ne nous faut pas moins deux heures pour dégager l’accès, puis le reste de la matinée pour enlever, à deux, environ un mètre cube de remblais qui couvre la couche archéologique.
Près de la cuisine, Bako et Véronique poursuivent vers le Sud, carré après carré, la fouille minutieuse d’une bande d’un mètre de large.
La pelle mécanique libérée, Thomas poursuit les sondages.

Au début du déjeuner, Lauren sort un papier de sa poche et annonce avec un grand sourire que le texte trouvé hier dans une bouteille était écrit en chinois et qu’elle était parvenue, en s’adressant à son ami à La Réunion, à en avoir la traduction.
Voici donc le texte original

Et sa traduction : « Oh chère Déesse Mazu, Puisses-tu nous protéger moi et les miens, afin que nous soyons en bonne santé et que nos vœux soient exaucés et que nous vivions heureux.
Ces petites pierres qui t’aiment…
Merci Ô Déesse Mazu ! »

Le texte n’est ni daté, ni signé. La déesse Mazu est la divinité tutélaire des marins.
Nous avions pris la décision hier de ne pas mettre en ligne le texte original car nous ne connaissions pas sa signification.
Les archives de la météo gardent la mémoire d’une autre bouteille à la mer : Le 10 juin 1970, au cours de la tournée des plages, on trouve sur la côte Est une bouteille contenant un message ! Elle a été mise à l’eau au large des îles Cocos pour déterminer la direction des courants. Un questionnaire accompagne le message qui doit être renvoyé à l’Australian Museum.

Dans l’après-midi, l’indice recherché concernant la fermeture de la cour intérieure semble à portée de main. La base de ce qui semble bien être un mur, qui n’a pas été détruit par les travaux de construction de la station météo, est apparu. Pour en avoir le cœur net, il faudra encore dégager quelques mètres cubes de sédiment demain.

Max Guérout.

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Le texte original de la bouteille à la mer © Lauren Ransan
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Les carrés filant plein Sud © Jean-François Rebeyrotte
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Max mettant au jour le probable indice d’un hypothétique mur © Jean-François Rebeyrotte

Journal du 15 septembre

Ce 15 septembre, nous en sommes à notre quatrième dimanche ! Jour de repos bien mérité pour l’équipe mais pas toujours pour ceux qui préparent le repas, nous y reviendrons plus tard ! Les lève-tôt continuent à prendre leur petit-déjeuner à la même heure, certains se sont accordés une bonne grasse matinée ! Le temps est au top, pas trop chaud, pas trop de vent ! Ciel un peu nuageux mais ça va !
Sur le chantier le calme total, on n’entend que le bruit des vagues qui déferlent sur la plage et le bruissement des feuilles de cocotiers. Les oiseaux (les fous) qui sont nos spectateurs de tous les jours perchés sur les veloutiers, doivent se demander où nous sommes passés ? Peut-être inquiets, ils sont restés fidèles au poste pour assurer la surveillance de nos tranchées de fouilles.
Et les Bernard l’ermite, ceux- là ne connaissent pas du tout le repos ! Ils n’ont pas failli à leur ronde de nuit pour « inspecter les travaux finis » sur le chantier. Les traces laissées par leurs petites pattes font de très jolis dessins sur le sable. En effet, ils aiment bien se promener dans les carrés fouillés, bien propres en se disant : « Tiens ces parois-là ne sont pas bien verticales ! Ce trou-là est intéressant car a livré beaucoup de mobilier, on reviendra voir demain soir si les travaux ont évolué… et ainsi de suite ! » Nos touristes nocturnes !!!
En fait, il y a repos et repos ! Vers 9 heures ce matin, une partie de l’équipe est partie pour nettoyer la plage du côté Sud-Est de l’île. C’est notre deuxième grande campagne de ramassage d’objets en plastique et toujours les mêmes. Sauf que notre jeune cinéaste Lauren découvre une bouteille plastique jetée à la mer porteuse d’un message !!!! Waouuuuuu ! Toute l’équipe s’empresse de lire le contenu ! L’énigme totale, le message écrit sur une feuille de cahier quadrillé est fait de signes…du chinois, du japonais ? Est-ce une déclaration d’amour ou une lettre de rupture ? Ou le message d’un (d’une) petit(e) plaisantin(e) qui veut faire l’intéressant(e) ! Le message de quelques lignes commence en anglais « Dear….. » et finit par deux petits dessins dont un cœur suivis de la signature de l’expéditeur ! Que de questions, des hypothèses !
Cette découverte anime le repas de midi, préparé avec soin par nos trois chefs que nous devons élever au rang de « la meilleure table d’hôte internationale de Tromelin » ! Le plat de résistance « riz cantonnais aux saveurs les plus exquises » est suivi d’un dessert congolais à base de noix de coco râpée et préparé cette fois-ci par les plus gourmands de l’équipe !
Voilà, tout cela est bien mérité et demain est un autre jour !
Bonne semaine à nos fidèles lecteurs et réfléchissons ensemble à l’énigme du message !!!!
Veloma daholo ooo !

Bako Rasoarifetra

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Le chantier se réveille avec les traces des bernard l’ermite © Jean-François Rebeyrotte
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Les congolais du dimanche © Lauren Ransan
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Une bouteille à la mer en plastique © Lauren Ransan

Journal du 14 septembre

La journée a démarré sans les inquiétudes des jours derniers, de plus, le samedi c’est jour des croissants et des pains au chocolat. Sortis des congélateurs, ils sont mis à cuire dans le four électrique et l’alizé porte leur parfum jusqu’à la case malgache.

C’est encore inventaire aujourd’hui pour nos deux préposés, les numéros d’enregistrement s’accumulent pour atteindre 1566 aujourd’hui depuis le début de la fouille en 2006, dont 431 pour les trois premières semaines de cette année.
La base de données enfle. Bien que nous soyons encore loin de la fin, le travail continu permet de déjà disposer de quelques données. Véronique, qui trie et classe des centaines de petits os, a déjà déterminé que dans un carré de 1 m² fouillé par Jean-François, on comptait les restes de 168 sternes !

Pendant la fouille, les découvertes d’objets intéressants se poursuivent. Ce matin, dans la zone 3, nous avons trouvé un nouveau burin très probablement fabriqué par les naufragés et une gouge provenant probablement de l’outillage de l’Utile.
On reste aussi étonnés par la multitude de petits fragments de cuivre qui parsèment le site, leur découpe ne devait sans doute pas être facile et nous nous expliquons mal leur nombre qui se compte par centaines.

Reçu aussi en fin d’après midi la seconde série de questions des élèves de la classe de CM2 de Semoy. L’un d’entre eux s’intéresse de près aux bernard-l’hermite, nos compagnons de tous les jours. Notre observation attentive de ces crustacés nous a amené à vivement encourager l’installation dans l’île de deux professions qui sont assurées d’y être florissantes.
D’une part, une agence immobilière car ayant un bon appétit, le bernard-l’hermite prend de l’embonpoint et cherche immanquablement à se reloger dans une coquille plus conforme à son tour de taille. Mais il n’est pas le seul, et les conseils d’un agent immobilier ne sont sans doute pas superflus.
D’autre part, un psychiatre, car on s’imagine bien que le changement de domicile ne s’effectue pas sans stress et inquiétude. Quitter sa coquille pour une autre est risqué. Imaginer qu’à l’arrivée le logis se révèle non conforme à ses besoins, dans ce cas il risque de voir son ancien logement occupé par un petit malin qui a profité de son absence.

Max Guérout.

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La gouge trouvée par Max © Max Guérout
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Les restes d’oiseaux répertoriés par élément anatomique et inventoriés © Jean-François Rebeyrotte

Journal du 13 septembre

« Le mystère s’est éclairci, les cris et les chants d’avant-hier étaient la répétition du spectacle que toute l’équipe a présenté hier soir pour fêter mon anniversaire. C’est sous forme d’une émission télévisée, dont Bako était la speakerine, Thomas le régisseur, Lauren l’ingénieur du son, que chacun y est allé de son numéro. Le final fût un mémorable « Happy birthday » chanté à l’unisson, en malgache, par toute la troupe. Les verres de champagne s’entrechoquèrent ensuite, à l’occasion de chaleureux vœux de bonne santé. Le repas fût précédé par la dégustation des accras préparés par Thomas et terminé par un gâteau au chocolat et les traditionnelles bougies plantées dans une coquille de bénitier artistement décorée, soufflées sans coup férir par l’intéressé. »

Un grain copieux s’abat sur l’île, les groupes électrogènes ne démarrent pas, vendredi 13 oblige !
À l’heure du petit déjeuner, pas de courant et la pluie qui tombe, le réveil est difficile. Dans le local du groupe, on s’affaire, la batterie du tracteur va sauver la situation au prix d’une permutation.

Le ciel lourd s’est peu à peu dégagé en fin de matinée, chacun a rejoint son travail, pendant que Joë et Jean-François entreprenaient l’inventaire des objets trouvés en début de semaine. Lorsque chaque fouilleur est dans son carré ou son trou, le chantier silencieux semble presque inoccupé. Seule l’équipe, qui procède aux sondages avec la pelle mécanique, fait un peu de bruit.

Depuis hier, pas de découvertes extraordinaires, mais une série de petits objets pleins d’intérêt : une chaînette, un bouton d’uniforme, une pièce de monnaie, un fragment de silex, un trident ainsi que deux burins en fer.

La fouille du secteur 3 s’élargit pour essayer de comprendre les détails de la construction d’un mur et de sa démolition pendant la période d’occupation des malgaches.

Nous envisageons de faire des prises de vue séquencées pendant 3 jours autour du samedi 21 septembre, proche de l’équinoxe, de manière à avoir la pleine lune et une lumière suffisante pendant la nuit. L’idée est de pouvoir enregistrer une séquence continue d’une image par minute, projetée ensuite à 30 images par seconde, dans le cadre de l’exposition qui est en cours de préparation par le musée du Château des Ducs de Bretagne, à Nantes, de manière à donner à voir aux visiteurs l’image du temps qui passe.

Max Guérout.

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La chaînette a déjà été inventoriée © Jean-François Rebeyrotte
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Bako speakerine d’un soir © Jean-François Rebeyrotte
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Max va souffler sur ses bougies © Lauren Ransan

Journal du 12 septembre

« Hier soir, le son de la guitare de Thomas a longuement retenti dans la nuit éclairée par une presque demi-lune. Les mauvaises langues ont cité le nom d’Assurancetourix. Il craint désormais de se voir attacher chaque soir à un cocotier. Les couche-tôt lui suggèrent d’aller chanter sous le vent. On annonce déjà un concert à la pointe nord, au milieu de la langue de sable, on ignore ce qu’en pensent les tortues. »

L’air frais du matin trouve toute l’équipe au travail. L’étude de la zone 3 (voir le plan du journal d’hier) nous réserve des surprises.
La couche sédimentaire, correspondant à l’occupation des naufragés, est très épaisse (presque 30 cm) et très riche, ce qui implique une occupation très active et ce qui bouscule notre idée d’une vie se déroulant essentiellement sous le vent des édifices construits, car le pied du mur que nous étudions se trouve au vent.
Seconde surprise, si le mur est en partie démoli, il comporte à son niveau supérieur du sédiment ainsi que des vestiges typiques eux aussi de l’occupation des Malgaches. Ils ont donc eux même démoli ce mur ou celui-ci a été démoli par un accident climatique pendant leur séjour. Voici donc encore de quoi moudre du grain.

Bako ne cesse de s’interroger sur la signification du choix des Malgaches de construire une sorte de hameau où chaque bâtiment s’appuie sur son voisin, une manière de faire qui est étrangère aux habitudes malgaches qui veulent que chaque famille jouisse d’une certaine autonomie. Nous y voyons l’image d’une société qui a choisi de se serrer les coudes et de s’entraider pour surmonter les difficultés auxquelles elle est confrontée.

Ce soir on doit fêter mon anniversaire, je suis encore dans l’ignorance de ce qui se prépare, tant chacun garde des airs mystérieux.
Ce matin, toute l’équipe m’a envoyé une carte de vœux via le site Skyfile. Ce dont je suis sûr, et j’en suis marri, c’est que j’atteins la date de péremption (date max) du lecteur des albums de Tintin.
Il va me falloir trouver d’autres BD, en attendant la nôtre qui doit paraître au début de l’année prochaine. J’en profite pour faire un amical salut à Sylvain Savoia, son auteur, qui a partagé avec nous la mission 2008.

Max Guérout.

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La couche sédimentaire brune atteint jusqu’à 30 cm © Jean-François Rebeyrotte
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Philippe travaillant au pied des fous © Lauren Ransan
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Bon anniversaire Max © Jean-François Rebeyrotte et Lauren Ransan

Journal du 11 septembre

Nous sommes parvenus aujourd’hui à mi-parcours de la mission, le temps a passé comme l’éclair !
Toute l’équipe est en forme même si la fatigue commence à se fait sentir. Il suffit de contempler le site et d’évaluer le nombre de mètres cube de sable déplacé pour que les reins s’en souviennent. Fort heureusement, le temps est clément et la température, sauf au plus fort de l’après-midi, est plutôt agréable.

Les sondages du Nord, quatre au total, n’ont rien donné de très clair en raison de la présence de déchets enfouis, pour trois d’entre eux, à diverses époques. Dans le quatrième, une mince couche de sédiment correspondant à l’occupation des naufragés a été trouvée.

Depuis hier après-midi, un nouveau secteur de fouille est ouvert au Nord-Est du site principal (voir la zone 3 du plan), nous espérions y trouver, en suivant le mur extérieur déjà aperçu en 2010, une réponse à nos interrogations concernant la partie bouleversée par les travaux d’installation de la station, mais là aussi la solution n’apparaît pas en évidence.

Dans ce secteur, de nombreux fragments de cuivre ont été trouvés, l’un d’eux est particulièrement édifiant quant à la capacité des malgaches à travailler ce métal. Il s’agit de toute évidence du bord supérieur d’un récipient sans doute trop usé pour encore servir.
La courbure indique un diamètre d’environ 30 cm. Il consiste en trois pièces de cuivre rivées les unes aux autres. Le procédé utilisé est maintenant bien connu, il consiste à pratiquer des trous en utilisant un clou comme poinçon, à fabriquer des rivets en roulant de petites languettes de métal puis, après leur mise en place dans les trous, à mater les rivets en les martelant.
L’histoire de ce fragment ne s’arrête cependant pas là puisqu’on observe qu’il a été à nouveau découpé à angle droit, sans doute pour fabriquer une nouvelle pièce.

Les groupes électrogènes n’ont pas donné d’inquiétude aujourd’hui, le démarrage a eu lieu sans problème. Côté nourriture : les biscottes ont fait aujourd’hui leur apparition.

Max Guérout.

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Le nouveau secteur de fouille © Max Guérout
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Le récipient usé © Max Guérout
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Thomas lit les couches de sédiment © Jean-François Rebeyrotte

Journal du 10 septembre

Alerte encore ce matin, ce ne sont pas les congélateurs qui donnent des signes de faiblesse mais les batteries de démarrage des deux groupes électrogènes. Leur charge est très basse et elles ne se rechargent pas suffisamment. On craint de ne plus pouvoir démarrer les groupes et donc d’être complètement privés d’électricité. Va-t-on vers une séance d’archéologie expérimentale nous plaçant dans les conditions de survie que nous étudions ?
Heureusement Philippe est encore là, ancien d’EDF, il connaît bien ces questions. Il vérifie le niveau d’électrolyte des batteries et le trouve très bas. Il complète avec une bouteille d’EDENA, notre boisson quotidienne, puis il parvient à rétablir le niveau de charge nominale de l’une des batteries après une nuit de charge, permettant le redémarrage d’un groupe. Dans l’après-midi, le second groupe est lui aussi lancé.
La situation reste cependant préoccupante et il va falloir surveiller de près la situation. Le problème est sérieux car pour raison d’économie les groupes électrogènes ne fonctionnent pas en permanence, une solution est évidemment de ne pas les arrêter.

Malgré les soucis de Simon, le chef de la station, les archéologues reprennent le travail sous un ciel couvert, semblable à celui d’hier, qui va se découvrir pendant l’après-midi.
Les sondages qui se poursuivent permettent de mieux cerner la zone occupée par les malgaches abandonnés, mais pour l’instant nous ne trouvons aucun signe de la présence de sépultures.

Dans l’après-midi, Jean-François trouve dans son secteur des fragments d’os d’une tête de tortue. Ce type de trouvaille est si rare que nous demandions si l’absence de tête ne signifiait pas l’exécution par les malgaches d’un rite lié à la capture de l’animal.
On sait en effet que la pêche des tortues est liée à de nombreux rites visant à préserver la ressource, les têtes sont parfois rassemblées en un lieu particulier, sur un étal ou sur un arbre. Et, selon Bako, il est interdit de rôtir la viande, le débitage et la cuisson sont exclusivement réservés aux hommes à l’exclusion des femmes, des parties des entrailles sont interdites aux femmes et aux enfants…

Aux élèves de Cemoy qui nous ont demandé une photo d’un Bernard-l’hermite.

Max Guérout.

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Plan de la zone de fouilles de 2013 © Thomas Romon et Max Guérout
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Spéciale dédicace pour les élèves de l’école de Cemoy © Jean-François Rebeyrotte

Journal du 9 septembre

Nous avons reçu hier un message de Jean-Michel Forhan qui nous envoie les premières questions de ses élèves de CM2, de l’école de Semoy, près d’Orléans.

Jean-Michel est un fidèle et suit nos tribulations depuis 2006. Les enfants changent, mais il continue à faire partager à ses élèves son enthousiasme et son intérêt pour nos travaux. Les questions, les encouragements des enfants sont appréciés de tous ici à cause de leur fraîcheur.
Questions et réponses sont mises en ligne sur le forum du site www.archeonavale.org par Sébastien Eon.
Presque simultanément, arrive un message de trois élèves du Lycée de Bois Joly Potier à la Réunion : Valentin Metzger, Melissa Lauret et Antoine Danez qui souhaitent préparer un dossier sur l’histoire des naufragés de Tromelin au jury de leur travail personnel encadré.
Leurs questions et nos réponses sont également mises en ligne sur le même forum.

Le jour se lève avec un ciel couvert par un banc de nuages presque continu, tout juste si le soleil fait une courte apparition au lever avant d’aller se cacher derrière l’écran qu’ils forment.
Une forte houle d’Ouest brise sur les plages de la pointe Nord, nous offrant un spectacle magnifique.
Les nuages doivent se trouver en bordure d’un système dépressionnaire qui circule quelque part dans le Nord-Est de Madagascar. Comme il n’y a plus de météo sur l’île, nous en sommes réduits à des conjectures.

Hier matin, profitant de la marée basse, j’ai réussi à atteindre le treuil qui se trouve dans le Sud et à prendre ses mesures, ce que nous n’avions pas fait jusqu’à présent.
Les ramasseurs de « tongs » et autres déchets plastiques ont également retrouvé un fragment de doublage du même navire.
Le doublage recouvre la coque pour la protéger des tarets qui mangent le bois : vers 1780, c’est d’abord du cuivre qui est utilisé pour être remplacé par un alliage plus résistant vers 1840, appelé métal jaune, précisément celui du morceau retrouvé.

La fouille continue autour du site principal, le travail est lent, méticuleux. Les éléments trouvés ne sont pas spectaculaires mais très souvent ils confirment ou précisent les éléments de la vie des naufragés malgaches.
Ici, un morceau de plomb fondu confirme le travail observé sur les grandes bassines trouvées en 2008, là, un fragment de cuivre découpé ou percé de trous carrés pratiqués en utilisant les clous de charpentier de l’Utile, et là encore, un os d’oiseau ou de tortue brûlé qui rappelle la manière dont ces animaux étaient consommés.
Un fragment de fer presque informe est découvert ce matin, il s’agit de l’extrémité d’un hameçon avec son ardillon. Toutes ces observations réunies finissent par faire ressurgir le quotidien des naufragés.

A midi, le banc de nuages a lentement glissé vers le Nord, laissant un ciel bleu presque sans nuages.
Les amis de la première semaine de séjour, et qui nous ont quittés depuis, nous envoient presque simultanément un message amical : Luc et Christian, nos botanistes, ainsi que Rezah Badal qui, derrière son ordinateur, rêve de reprendre la pelle du fouilleur.

Max Guérout.

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Les vagues déferlent sur le rivage de la pointe nord © Max Guérout
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Thomas décrit la coupe de la tranchée © Lauren Ransan

Journal du 7 septembre

En matinée, pendant que les uns se livrent aux joies relatives de l’inventaire, les autres poursuivent leur quête minutieuse sur le terrain.
Le samedi est aussi le moment privilégié de faire le bilan de la semaine écoulée.

Nous n’avons guère progressé dans la compréhension du site principal.

Les vestiges des constructions, en partie détruits par les travaux d’installation de la station météo, sont encore difficiles à interpréter, nous n’avons toujours pas la certitude que les bâtiments ont été construits les uns contre les autres, autour d’une sorte d’espace qui pourrait être une cour centrale.
Les sondages effectués au Nord ont certes livré des objets intéressants, mais hors contexte archéologique, ce qui nous laisse fort perplexes.
Parmi les objets qui ont été trouvés, quatre sortent du lot : un outil, une sorte de racloir, fabriqué à partir d’un fer plat, un disque de plomb, sans doute un couvercle de récipient, un plat en cuivre et une pointe de harpon. Souhaitons que les prochaines découvertes se maintiennent à ce rythme.

J’ai profité de l’après-midi libre et d’un ciel couvert, pour longer la côte Est depuis la station, en suivant le rivage vers le treuil qui se trouve dans le sud de l’île.
Demain, la marée sera basse vers 09 h 00 et nous essayerons d’aller le mesurer. Il appartient à une épave que nous n’avons pas identifiée, mais l’analyse des divers éléments repérés dans l’eau ou sur le rivage permet de penser qu’il s’agit d’un bâtiment d’environ 1300 tonnes, perdu à la fin du XIXème siècle ou au début du siècle suivant.

Nous ne savons pas si des rescapés de ce naufrage ont vécu sur l’île, ni s’ils ont survécu ou tenté de quitter l’île.
Une autre question vient naturellement à l’esprit : le bâtiment mis au jour en 2010, construit avec certitude après le départ des naufragés de l’Utile et avant la construction de la station météo aurait-il été bâti par ces naufragés ?

Max Guérout.

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Le petit harpon désormais inventorié © Jean-François Rebeyrotte

Journal du 6 septembre

Temps radieux encore, la mer plate a perdu ses « moutons ».

L’équipe se disperse pour effectuer plusieurs tâches : dans deux secteurs, Jean-François et Joë d’une part, et Bako et Max d’autre part, s’attellent au travail habituel, Thomas se penche de son côté sur le sondage où le plateau en cuivre a été retrouvé hier, dans l’espoir d’y retrouver les niveaux de sédiment qui nous intéressent. Véronique entreprend le tri des os d’oiseaux déjà récupérés, soit directement par les fouilleurs, soit après tamisage du sédiment. Enfin, Philippe, avec la pelle mécanique, aidé par Simon, rebouche les premiers sondages qui se sont révélés négatifs.
Bien que nous ne soyons pourtant pas à la veille de notre départ, nous prenons nos précautions, marqués par le souvenir de la panne du tracteur en 2008, qui nous a contraint à reboucher le site entièrement à la main.

Au menu du déjeuner, un mystérieux « lapin en cube »… En fait, une viande non étiquetée et donc non identifiée, totalement désossée, coupée en petits morceaux et conditionnée en cubes. Ce n’est pas mauvais mais, contrairement au nom que lui donnent les cuisiniers, ça n’a pas du tout le goût de lapin.

Dans le carré fouillé par Jean-François et Joë, un beau bénitier émerge du sable, mais peu de temps après un autre objet lui vole la vedette. Il s’agit d’une pointe de harpon en fer, bien conservée. Il n’a pas été fabriqué par les naufragés, mais provient de l’épave de l’Utile, il figure d’ailleurs dans les inventaires du matériel trouvés dans les archives de la Compagnie des Indes, à Lorient.

Dans son carré, Bako a dégagé un trou, utilisé comme foyer ou comme vidange de foyer, dont le niveau indique qu’il a probablement été utilisé avant même la construction du premier bâtiment.

Au moment de quitter le chantier, nous sommes attirés par le cri inhabituel de trois oiseaux qui nous survolent : nous avons encore une fois la visite de trois phaétons, les fameux « paille en queue ».

Max Guérout.

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Joë dans son bac à sable © Jean-François Rebeyrotte
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Le lapin désossé avant d’entrer dans la marmite © Lauren Ransan
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Véronique répartit les éléments anatomiques des restes d’oiseaux trouvés © Jean-François Rebeyrotte

Journal du 5 septembre

Le temps s’est remis au beau : vent modéré, cumulus de beau temps, température agréable. Après un « briefing » dans la salle à manger, chacun regagne son secteur de fouille.

Philippe, aux manettes de la pelle mécanique, et Thomas entreprennent un sondage à environ 25 mètres dans le Nord du site principal.
Première surprise de la journée : dans une couche de déblais, au milieu d’objets contemporains, des broches et des clous de fer, une balle d’espingole en plomb provenant de l’Utile, puis un plateau circulaire en plomb d’une quarantaine de centimètres de diamètre sont dégagés. Ce plateau est très semblable aux couvercles qui fermaient les grandes bassines en plomb trouvées en 2006 dans la cuisine. Deux fragments de briques, que nous connaissons bien, sont également dégagés, ils attestent du mélange d’objets de différentes époques puisque cette brique marquée GARTGRAIG fut fabriquée entre 1876 et 1914 par la firme Gartcraig Brickworks à Glasgow, en Ecosse. Clin d’œil à Thomas, le premier fragment porte seulement deux lettres RT : ses initiales.

Après une sieste réparatrice, un deuxième sondage est entrepris à une dizaine de mètres du précédent, à environ 30 mètre au Nord du site principal.
A côté d’un bidon de deux cent litres en fer, divers fragments de cuivre, une brique semblable à celles qui furent trouvées sur le site du four, sont trouvés dans une couche de déblais et, nouvelle surprise, une plaque de cuivre de 50 x 50 cm est dégagée.
Les bords sont relevés pour former une sorte de plateau, elle porte la marque de nos naufragés malgaches : une plaque de réparation rivée, dans le fond se trouvent des résidus de cuisson de couleur noire. Il s’agit d’un objet particulièrement intéressant.

Cependant ces deux découvertes posent des questions : pourquoi des déblais se trouvent-ils aussi loin du site et des bâtiments modernes, et comment pouvons-nous évaluer leur répartition ? Les objets, trouvés dans les déblais en 2006, provenaient du blockhaus construit en 1956 par des ouvriers ne disposant que de pelles, et se trouvaient à proximité immédiate. La dispersion observée implique l’utilisation de moyens mécaniques et pourrait correspondre à la construction des fondations du bâtiment destiné au gonflage des ballons sonde après 1967, à une date que nous ne connaissons pas.

Un article, consacré à la fouille, va paraître ce vendredi sur le Journal des Sciences mis en ligne par la Cité des sciences. : www.universscience.tv

Max Guérout.

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La plaque de cuivre sous l’objectif de Lauren © Max Guérout
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Le couvercle en plomb © Max Guérout

Journal du 4 septembre

Ce matin, branle-bas de combat dans la cuisine, l’un des congélateurs est en panne. Jean-Michel court d’un congélateur à l’autre pour mettre à l’abri le maximum de choses, le pain en particulier.
Les plus pessimistes font déjà grise mine, car le complément de vivre apporté par le Transall de dimanche dernier ne comportait aucun légumes frais, va-t-on devoir manger des conserves pendant un mois ?!

Mais pas de panique, la cavalerie arrive ! À peine éveillé, Philippe va devoir se pencher sur le problème. Un rapide examen montre que les congélateurs, comme les tortues, n’aiment guère ingérer le plastique. Les pales du ventilateur, emberlificotées dans un lien de plastique, se sont bloquées et le moteur électrique a grillé. Philippe démonte le tout, déroule quelques spires de l’enroulement du rotor du moteur et réussit, on ne sait comment, à ressouder les fils. L’ensemble, remonté, fonctionne à nouveau.

Le travail de la journée va devoir quant à lui comporter deux activités distinctes.

En deux jours de fouille, nous avons mis au jour autant « d’objets » que dans les dix jours précédents, il va donc falloir entreprendre l’inventaire dès aujourd’hui pour ne pas être submergé en fin de semaine.
Par objet, il faut entendre tout élément provenant des vestiges de l’Utile et les restes de faune consommée les plus importants, prélevés par carrés.
Jean-François et Joë entreprennent ce travail un peu fastidieux, mais primordial, pour qu’en fin de fouille tous les objets soient enregistrés et que la base de données soit utilisable par tous.
Véronique en profite pour faire un classement préalable des restes de faune, par espèces, et nous donne une idée de son travail de classement et d’étude.

Sur le terrain, Max et Bako travaillent dans un nouveau secteur où se trouvent de très nombreux objets en fer. La plupart sont des ferrures ou des clous provenant de l’Utile mais, nous avons la chance de trouver parmi eux le premier objet en fer fabriqué par les naufragés à l’aide d’un fer plat. Il s’agit d’une sorte de racloir de 4 cm de large, dont l’extrémité a été aménagée pour pouvoir être emmanchée. Le fer a été façonné à froid par martelage, utilisant le même principe de fixation du manche que celui de la cuillère trouvée hier. Quelques fragments de cuivre illustrent également les techniques de découpage et de façonnage employées par nos malgaches.

Le ciel couvert et le vent toujours frais facilitent le travail qui est jusqu’à présent, bien plus agréable qu’en novembre 2010.

Max Guérout.

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Le racloir et son dessin explicatif © Max Guérout
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Bako du haut de son carré © Max Guérout
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Triage des ossements avant leur enregistrement sous inventaire © Jean-François Rebeyrotte

Journal du 3 septembre

Grâce à l’intervention de Catherine Decelle, qui suit nos tribulations depuis 2006, Marie Vannier, professeur d’Histoire-Géographie au collège Lougnon au Guillaume à La Réunion nous annonce dans un message reçu hier soir, que quatre classes de quatrième souhaitent suivre notre mission. Nous attendons avec impatience les réflexions et les questions des enfants.

Sur le chantier, chacun s’active, grattant et balayant consciencieusement son petit secteur d’un mètre carré, le plus souvent des ossements d’oiseaux, de tortues ou des arêtes de poissons sont recueillis directement ou après tamisage, on trouve une quantité importante d’objets en fer : clous de toutes tailles, broches et fer plat, mais aussi en plomb ou en cuivre.

Cependant, depuis le début de la fouille aucun ustensile ayant servi à la vie quotidienne n’avait été retrouvé.

Pourtant, en fin de matinée, l’une des fameuses cuillères en cuivre est découverte à la partie inférieure de la couche archéologique, donc perdue ou oubliée assez tôt au cours du séjour des naufragés.
Elle est identique, dans sa conception, à celle des 16 cuillères qui furent trouvées en 2008, dans la « cuisine », bien rangées à droite de la porte d’entrée.
L’intérêt de ces cuillères est qu’elles ont été fabriquées par les esclaves malgaches.
Notre certitude découle de la découverte de l’empreinte d’une cuillère découpée dans une plaque de cuivre, mais aussi d’un raté de fabrication.
Leur conception est ingénieuse car, outre le cuilleron (la partie ronde), l’amorce du manche est munie de deux ailes qui seront repliées sur un morceau de bois qui servira de manche.

La fin d’après-midi se déroule sous la pluie, le ciel couvert depuis le matin se transforme en ligne de grains qui arrosent copieusement les alentours et parfois l’île de Tromelin.

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4 nov 2008-Bat S3 mobilier © Jean-François Rebeyrotte
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Max trouve la cuillère du jour © Lauren Ransan
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Schéma cuillère

Journal du 2 septembre

L’île vient de connaître deux jours de grande agitation.

Dimanche matin, à 10h30, le Transall 64–GA en provenance des Glorieuses se pose. Dix personnes débarquent, militaires et civils, venus les uns vérifier l’état de la piste et des installations, les autres réparer la station météo automatique qui fonctionne mal.

La cuisine est en surchauffe, il faut faire deux services car l’équipage de l’avion, qui repart à 14h, a demandé la veille s’il pouvait déjeuner à Tromelin. Au déjeuner nous serons 31.
L’équipe, qui vient d’arriver, fait le tour des îles Eparses pour effectuer ses vérifications.

La salle à manger habituelle étant trop exiguë pour contenir les 24 convives, on aligne tables et chaises dans le hangar qui se trouve à côté. Mais, alors que le jour commence à décliner, nous nous rendons compte tout à coup qu’il n’y pas d’éclairage. C’est sans compter avec Philippe qui, en un temps record, installe deux lampes. Le repas sera animé et joyeux et sera émaillé de quelques chansons.

Une fois les tables débarrassées, l’équipe met en place les lits de camp apportés et les aligne en rang d’oignons.

Aujourd’hui, à 11h30, atterrissage d’un autre Transall, le 61-ZC en provenance de La Réunion. Il nous apporte les vivres de compléments pour les 32 jours qui nous restent à passer sur l’île, ainsi que quatre visiteurs venus nous rendre visite et prendre connaissance du travail effectué sur le site archéologique.

Il y a là Marc Nouschi, Directeur des affaires culturelles de l’Océan Indien et son adjoint chargé de l’archéologie Edouard Jacquot, Yoland Velleyen, vice-président du Conseil Régional de La Réunion, chargé du patrimoine et Sébastien Mourot, directeur de cabinet du préfet des TAAF.
L’escale étant courte, l’avion devant décoller à 14h, le programme de la visite est serré. A peine descendus de l’avion, les visiteurs se dirigent vers l’emplacement du naufrage de l’Utile dont l’ancre émerge à une cinquantaine de mètres du rivage. Puis, en échangeant leurs impressions, ils se dirigent vers le site archéologique.
Le site principal est largement ouvert et permet de donner facilement des explications simples. Le travail considérable abattu en 12 jours est apprécié à sa juste valeur, les visiteurs, l’équipe de fouille et l’équipage de l’avion se prêtent ensuite à la traditionnelle photo de groupe.

La cuisine a encore une fois préparé deux services et réussi à tenir les délais.

A 14 heures, l’équipe arrivée la veille, les quatre visiteurs et nos amis botanistes embarquent et, dans le tourbillon de sable habituel, le Transall décolle.

Nous avons tout à coup l’impression d’être peu nombreux et prenons conscience que plus d’un mois de séjour ensemble s’annonce.

Max Guérout.

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Les autorités devant l’ancre de l’Utile © Lauren Ransan
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Visite commentée par Thomas, archéologue à l’INRAP © Christian Fontaine

Journal du 31 août

Dans la matinée de ce samedi, l’équipe se contente d’activités légères.
Bako et Thomas finissent de nettoyer les murs du site principal en vue de la venue, lundi prochain, de visiteurs arrivant de la Réunion.
De son côté, Véronique classe, par espèces et par catégories, les os d’animaux trouvés dans la couche archéologique tandis que Joe et Jean- François procèdent à l’inventaire des objets mis au jour depuis le début du chantier, que nous dénombrons à près d’une centaine.

Le travail est un peu fastidieux, mais quitter le chantier avec un inventaire complet, contenu dans une base de données consultable via Internet, est une grande commodité pour une équipe qui va éclater à la fin de la mission (Réunion, Guadeloupe, Cherbourg, Béziers, Bordeaux).
Les objets mesurés, pesés et photographiés, sont entrés dans la base avec la date de leur découverte, le secteur et le carré de fouille et, pour certains, leur position géodésique.

L’après-midi est libre : visite de l’île, lessive, footing, dessin, match de rugby à la télévision pour certains.

Les oiseaux, omniprésents, sont toujours observés avec attention. Les fous à pieds rouges en particulier car, depuis la dernière mission, nous avons noté un changement très net de leurs lieux de nidification.
En 2010 aucun fou à pied rouge ne venait nicher au nord des bâtiments de la station météo. Cette année, ils occupent les veloutiers, leur arbuste de prédilection, dans toute la zone nord, aussi bien à l’Ouest qu’à l’Est.
La cause en paraît évidente, à la demande de l’armée de l’air, les veloutiers qui se trouvaient de part et d’autre de la piste d’atterrissage ont été coupés sur une grande largeur en 2011, supprimant du même coup les lieux de nidification habituels des fous à pieds rouges qui ont trouvé leur salut en changeant de secteur.
Par contre, cette coupe énergique n’a pas modifié les lieux fréquentés par les fous masqués car ceux-ci pondent à même le sol, un ou deux œufs qu’ils défendent énergiquement contre les intrus.
Nous pensons aussi, en observant ces oiseaux, à l’image de liberté qu’ils représentaient aux yeux des prisonniers de l’île. Les voir partir pendant un jour entier ou apparaître ainsi, venu d’un ailleurs inconnu comme les phaétons (les pailles en queue) que nous avons aperçus lundi dernier, contribuait, on s’en doute, à faire ressentir plus pesamment le sentiment d’isolement et d’enfermement des naufragés.

Max Guérout.

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Fou aux pieds rouges dans le nord de l’île © Max Guérout
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Joë et Jean-François inventorient le mobilier archéologique © Max Guérout

Journal de 30 août

Enfin une matinée sans pluie, même si le ciel est nuageux et que le vent est toujours soutenu.

Avant de partir au travail, nous récupérons sur la liaison Skyfile un message chaleureux de Rezah. Rentré chez lui à Maurice, il semble regretter les courbatures et le mal de rein qui l’ont accompagné pendant huit jours. Il nous adresse un salut amical et demande des nouvelles de toute l’équipe qui l’a accueilli fraternellement. Pendant son séjour nous n’avons pas manqué d’évoquer la coopération scientifique. Mon opinion est qu’elle doit dépasser les différents entre nations, à l’image des sauf-conduits dont bénéficiaient les savants du XVIIIème siècle pendant les multiples guerres entre la France et l’Angleterre. Serions-nous à présent moins clairvoyants ?

Sur le site principal, Bako et Véronique fouillent ensemble, avec minutie, un carré d’environ un mètre carré. Il s’agit là d’étudier aussi finement que possible les rejets d’animaux consommés pour établir une référence.
Le long du mur, une sorte de disque en plomb d’une vingtaine de centimètres de diamètre est dégagé, il pourrait s’agir d’un couvercle de récipient semblable à ceux qui recouvraient les bassines trouvées en 2006, mais destiné à couvrir un récipient plus petit.
Un peu plus loin, Max fait un travail semblable en faisant des prélèvements moins détaillés, c’est dans ce carré que de nombreux objets en fer ont déjà été dégagés hier par Thomas. Clous et objets en fer ou bien en cuivre émergent tout à tour du sable.

Jean-Michel a accommodé en salade le cœur (le chou) du cocotier sacrifié hier, au cours du déjeuner tout le monde apprécie.
L’emplacement du dit cocotier a été dégagé à l’aide de la pelle mécanique, cet espace se trouve entre le mur Est de la cuisine et le mur Ouest du bâtiment voisin. Dès la fameuse couche de sable blanc dégagée, apparaissent un grand nombre d’os de tortue, du charbon de bois et une plaque de cuivre percée de trous et les habituels clous de charpente.
Le cocotier sacrifié a bien été le protecteur de tous ces vestiges, même si ses multiples racines rendent le travail des fouilleurs plus compliqué.

Max Guérout.

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Bako et Véronique fouillent un carré © Max Guérout
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Des restes d’os de sternes apparaissent au tamisage © Lauren Ransan
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Joël met au jour des vestiges sous le cocotier abattu la veille © Lauren Ransan

Journal du 29 août

Hier soir, après le dîner, Thomas nous a chanté, en s’accompagnant à la guitare, ses dernières compositions. L’une d’entre elles, intitulée : « Que font les cafards dans le noir » a reçu un accueil triomphal. Bako nous a chanté un air de Madagascar et Luc Gigord quelques chansons réunionnaises.
Après l’extinction des feux, la soirée s’est terminée sous les tentes jusqu’à une heure avancée.

Nuit très pluvieuse et vent en rafales, le jour se lève sous les averses d’une grande ligne de grain qui barre tout l’horizon. Le temps est si mauvais que les fous ne sont pas partis à la pêche dès 7 h 30, comme ils en ont l’habitude.

La pluie a fini par cesser de tomber et une partie de l’équipe s’affaire autour du cocotier qui se trouve à l’ouest du site archéologique. Nous avons reçu l’autorisation de l’abattre car il recouvre une zone que nous n’avons pas pu fouiller. Mais abattre un cocotier n’est pas chose facile, fort heureusement la pelle mécanique parvient à sectionner les racines sur presque tout le pourtour, ensuite il faut quand même pousser un peu fort pour qu’il finisse par tomber.

A peine à terre, les botanistes, machette à la main, parviennent à extraire le chou du cocotier, qui part aussitôt vers les cuisines.

Le site principal est enfin prêt pour la fouille minutieuse des couches archéologiques. Chaque couche dégagée est tamisée et les restes de faune consommée soigneusement conservés.

Vers 18 h 00, les fous, qui ont fini par prendre le large, rentrent le jabot gonflé de calamars et de petits poissons pêchés au large, ils tournent un moment avant de retrouver leurs petits.

Max Guérout.

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Que font les cafards dans le noir © Lauren Ransan
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L’abattage du cocotier © Lauren Ransan
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Fou attendant une météo plus favorable © Max Guérout

Journal du 28 août

Le vent accompagné de grains a soufflé en tempête toute la nuit.

Au matin, sur les plages, la mer est grosse. Les déferlantes sont un mélange étrange de couleurs délicates et de grande violence.

Comme à l’accoutumée, le travail reprend tôt sur le site principal. Le premier bâtiment mis au jour cette année a été entièrement vidé au moment de la construction de la station météo, il a même été creusé au-delà de la couche archéologique. Nous nous doutons bien que ce n’est pas par amour de l’archéologie qu’il a été ainsi fouillé, mais bien plus probablement pour y chercher le fameux trésor du pirate Labuse, qui fait courir tous les chasseurs de trésor de l’Océan Indien.
Seules une demi-douzaine de balles de fusil et une balle d’espingole y ont été trouvées, ayant sans doute échappé à l’œil des fouilleurs.

A la pose de 9h30, Philippe renoue avec ses habitudes de 2010 et apporte à chacun une noix de coco fraîchement coupée.
Simon, le chef de station est venu aussi nous donner un coup de main. Adepte de la musculation, il est très apprécié des fouilleurs qui doivent à longueur de journée transporter des seaux de sable hors de la zone fouillée.
A midi notre bulle s’entrouvre, lorsque Jean-Michel nous annonce les évènements de Syrie, mais nous ne savons pas trop ce qui se passe, sans doute allons nous essayer de regarder les informations ce soir.

Après une sieste réparatrice, la fouille reprend, les objets apparents sont positionnés et prélevés un à un. Dans un espace très restreint, une grande quantité d’objets métalliques, fer plats, broches et clous, sont entassés. Ils ont sans doute été récupérés sur l’épave de l’Utile ou après combustion du bois auquel ils étaient fixés.

Max Guérout.

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La houle sur la plage du nord © Max Guérout
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Le trou à ferrailles © Jean-François Rebeyrotte
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Les cocos à l’ombre pour garder la fraîcheur © Lauren Ransan

Journal du 27 août

Encore une histoire d’oiseau !
Christian Fontaine, en parcourant l’île hier soir pour son inventaire botanique, a découvert un fou à patte rouge, perché sur un veloutier, avec un anneau de plastique passant autour de la tête et dans le bec qui ne peut se refermer. L’oiseau, sans doute en pêchant, s’est malencontreusement emprisonné dans ce morceau de plastique.

Sur la fouille les choses sérieuses commencent, les zones de déblais et la couche protectrice de sable blanc sont peu à peu dégagées. Débute alors l’étude de la couche archéologique, là où elle a été préservée. Les premières observations de la couche supérieure permettent d’identifier des clous de charpentiers, des bandes métalliques, des ossement de tortues et d’oiseaux.

En fin de matinée, Rezah nous quitte après sept jours passés avec nous, passant sous une haie d’honneur faite par toute l’équipe tenant une truelle, une balayette, une raclette…

Un os, trouvé dimanche dernier au centre de l’île, nous relie à une histoire amusante car celui-ci ressemble à s’y méprendre à une maquette de l’avion Concorde.
Gérard Ethève, qui assura pendant longtemps les liaisons aériennes vers Tromelin avec les avions de la compagnie Réunion Air Service, avant de diriger Air Austral, ayant trouvé sur l’île un os similaire l’envoya à André Turcat qui avait été pilote d’essai du supersonique.
On avait alors décidé que l’os en question provenait du squelette d’un fou et qu’il s’agissait d’un bréchet. Sans doute fallait-il un oiseau pour symboliser l’envol du grand supersonique et un fou pour souligner le défi qu’avait constitué sa construction et sa mise en service.
Fort de ces certitudes, André Turcat écrivit dans l’un de ses livres de souvenirs un chapitre intitulé : « Fortune du fou ». Il conclut son chapitre par ces mots : « Le bréchet du fou de Tromelin, fidèle entre mes livres, fait partie de ma fortune de rêves ».
Las ! Il s’agit en réalité d’un os de tortue et plus exactement un entoplastron.
C’est ainsi que finit donc le rêve d’un envol supersonique pour une histoire plus terre à terre.

Max Guérout.

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Le fou piégé par l’anneau de plastique © Christian Fontaine - Conservatoire botanique de Mascarin
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Véronique dégage des ossements de tortue © Lauren Ransan
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Concorde, fou ou tortue © Jean-François Rebeyrotte

Journal du 26 août

Voici presque une semaine que nous sommes sur l’île, et aucun d’entre nous n’a cherché à savoir ce qui se passait ailleurs. La seule information qui nous soit parvenue est que l’équipe de rugby d’Oyonnax avait battu celle de Clermont !

L‘île est isolée étymologiquement et par nature, mais elle semble aussi tout faire pour s’isoler du monde extérieur. Chacun a certes un lien ténu avec sa famille via la liaison satellite par laquelle passent des mots de tous les jours, pour atténuer la distance et le temps qui courre. Mais le tombereau d’information et d’agitation journalistique, qui habituellement nous assaille, se brise comme les vagues en arrivant sur notre rivage. Nous sommes dans notre bulle.

Ce matin, quatre paille-en-queue, plumage immaculé, bec et queue rouge, sont venus nous survoler, venant du nord. Véronique, qui a reconnu des os du bel oiseau dans les restes de faune consommée par nos naufragés, les a identifiés de loin, et tient la preuve que l’oiseau réputé rare à Tromelin y est bien présent de temps à autre.

Rezah a été exempté de fouille dans la matinée, car son départ approche et il s’était promis de préparer un byriani à toute l’équipe. Aux fourneaux dès huit heures du matin, il a cuisiné ce plat indien adapté à la mauricienne et aux ressources des réserves de la station. Le résultat de ses efforts, dévoré à midi, a été couronné par une salve d’applaudissements.

Pendant ce temps, la fouille avance rapidement et la zone qui restait à dégager l’est maintenant jusqu’à la couche archéologique (celle qui correspond à l’occupation des naufragés). La séparation, entre la zone creusée par les ouvriers ayant construit la station (brune) et la couche de sable blanc qui a recouvert le site après le départ des naufragés malgaches, est inscrite sur le sol.

Max Guérout

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Bako dans le carré où sont entassés les bénitiers © Max Guérout
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La séparation des sols brun et blanc © Jean-François Rebeyrotte

Journal du 25 août

Aujourd’hui, le rédacteur en chef habituel du journal prend sa journée de repos hebdomadaire et nous en profitons pour faire une édition spéciale week-end pour nos lectrices et lecteurs assidus.

La vie de l’équipe en dehors des journées de fouilles peut se résumer ainsi : grasse matinée (réveil à partir de 6h30 au lieu des 5h45 habituels !!!) et petit déjeuner se déroulant sans limite de temps car en temps normal il est ponctué par l’appel du briefing sonnant le début des travaux quotidiens.

Puis chacun prend le pas de sa journée, qu’il ou elle organise selon ses envies ou obligations : promenades tout autour de l’île ou sur les plages, travail personnel ou plus prosaïquement lessive. Certains d’entre nous s’essayent même à faire valoir leurs talents de cuisinier-pâtissier.

En prévision du projet d’exposition de l’année prochaine, nous avons profité de la journée pour tester un dispositif de prises de vue permettant par la suite de donner l’impression du temps qui passe sur l’île. Beaucoup de calages sont encore nécessaires et les six semaines de la mission ne seront pas de trop pour tenter de résoudre toutes les difficultés que nous rencontrons.

Celle qui nous pose le plus de problème consiste à alimenter électriquement en continu la caméra alors que le courant, généré par les groupes électrogènes, est coupé à plusieurs reprises dans la journée puis à partir de 22h jusqu’à 05 heures le lendemain.

Depuis la fenêtre du bureau, où nous rédigeons le journal, nous voyons le retour des fous partis en mer pêcher, annonçant ainsi la fin du jour.

Cette ambiance particulière renforce un sentiment d’isolement que les esclaves oubliés de l’Utile ont dû plus que ressentir pendant les quinze années de leur séjour forcé.

Jean-François Rebeyrotte

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Les tests de prise de vue en prévision de la future exposition © Jean-François Rebeyrotte
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Le retour des fous (à l’horizon…) © Jean-François Rebeyrotte

Journal du 24 août

Nous avons eu une nouvelle nuit agitée. Le paravent en toile plastifiée, installé par Philippe autour de la douche en plein air, fait un tel raffut, dans le vent qui souffle en rafales, que les locataires de la case malgache sont obligés de dormir volets clos. Demain il va falloir prendre des ris* dans la toile !
http://fr.wikipedia.org/wiki/Prise_de_ris

En matinée, toute l’équipe s’affaire autour d’une portion du site principal où sont concentrées les traces des travaux d’installation de la station météo en 1954-1956.
On y trouve réunis : le câble électrique de l’éolienne, une conduite d’eau enterrée, un fût de 200 litres rempli de ciment qui servait d’ancrage à un hauban de l’éolienne.

Malgré les destructions occasionnées par ces travaux, nous avons dégagé la partie haute d’un mur de près de cinq mètres de long qui soulève bien entendu des questions.

Dans le premier bâtiment mis au jour, le bâtiment aux tritons, Rezah, notre ami mauricien, travaille la truelle à la main.
Il fouille méthodiquement, couche après couche, un carré d’un mètre carré et avoue le faire avec grand plaisir, réalisant là un rêve d’enfant.

Sur le second site, chacun a cogité pour expliquer l’absence d’indices.
En fait le sol primitif se trouve là, sous seulement une trentaine de centimètres de sable et si, comme sur le site principal, tous les blocs de corail apparents ont été utilisés en 1954 pour constituer les fondations des bâtiments de la station, ici pratiquement tout a été réemployé !
Pour cette raison, nous ne trouverons que la base d’un mur limitée à une trentaine de centimètre, c’est une réelle déception.

Au début de l’après-midi, Véronique se met en tête d’aller chercher le puits, toujours introuvable.
Elle a vu, et appris de son père, comment chercher de l’eau avec deux tiges de métal. Après avoir regardé les plans dessinés par les naufragés de l’Utile à leur retour, où figure l’emplacement du puits, elle part d’un pas résolu vers le centre de l’île.

Max Guérout

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La deuxième tranche vue d’en haut © Jean-François Rebeyrotte
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Les traces des travaux de la météo en 1954-56 © Max Guérout
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Rezah nettoie délicatement le site © Jean-François Rebeyrotte

Journal du 23 août

La nuit a été magnifique, la Lune qui commence à décroître est très lumineuse et fait resplendir le sable. On ne se lasse pas d’avoir la possibilité de contempler le ciel sans aucune lumière parasite.

Le programme de la journée est maintenant bien réglé : réveil à 06 h 00, petit déjeuner à 06 h 30, briefing à 7 h 00, début du travail à 07 h 30.
Ces horaires matinaux, courants à La Réunion, permettent de travailler avant les heures chaudes de la matinée.
Pour ne pas risquer de l’endommager, nous démontons la stèle commémorative inaugurée en avril dernier par Victorin Lurel, le ministre des outre-mer.
Sur le site principal, nous commençons à mieux comprendre les désordres causés par les travaux d’installation de la station météo en 1954. L’éolienne reposait sur une dalle de béton. Bien que cette dalle n’empiète pas sur l’un des bâtiments construits par les naufragés, les blocs de corail prélevés sur l’un des murs du bâtiment, que nous avons commencé à étudier, ont servi à consolider les fondations.
Toutefois, si le mur d’enceinte a presque complètement disparu, les lourdes plaques de « beach-rock », disposées verticalement à la base de ce dernier ont été laissées en place, nous permettant de connaître l’emprise au sol du bâtiment.
Sur le second site d’habitat, un deuxième sondage, mesurant huit mètres par un mètre, a été amorcé à l’aide de la pelle mécanique ne donnant malheureusement à nouveau rien.

Max Guérout

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Plaque commémorative en hommage aux esclaves oubliés © Max Guérout
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© Lauren Ransan

Journal du 22 août

Les consignes du matin sont simples : continuer le travail commencé hier sur l’habitat principal, entreprendre un sondage à l’emplacement du second site probable et mettre en œuvre la pelle mécanique.

Le temps s’est remis au beau et la température reste agréable.

La pelle mécanique travaille en douceur. Elle abat un gros travail cantonné pour l’instant au déblayage du sable.
La dalle de béton qui servait en 1954 d’embase à une éolienne est en partie enlevée. Il ne reste pour le moment que les quatre fûts de 200 litres remplis de blocs de corail et de ciment qui lui servaient de support.
De toute évidence la construction de cette dalle a perturbé le secteur mais nous ne mesurons pas encore à quel point.

Sur le second site, un sondage de 6 x 1 m est mis en place, mais il ne donne pas grand-chose : ni nouvelle structure, ni trace d’une couche de sédiment correspondant à l’occupation des malgaches comparable à celle observée sur le site principal.
Dans l’après midi, l’amorce d’un second sondage, proche du premier, est réalisé à l’aide de la mini pelle mécanique.

De leur côté, Luc et Christian, les deux botanistes réunionnais du Conservatoire botanique de Mascarin, aperçoivent un groupe d’oiseaux blanc à l’oeil noir, le fameux Gygis Alba aperçu sur l’île pour la première fois en 1856 par l’ornithologue Edgar Léopold Layard, conservateur du South African Museum du Cap (Afrique du Sud), qui fait un récit très vivant de sa « capture » :
« Pendant que nous marchions, j’avais donné mon fusil au Chapelain, qui voulait s’essayer la main au tir. Il avait tiré une fois sans succès sur un huîtrier ; et maintenant à mon grand dépit, je vis un nouvel oiseau magnifique d’une blancheur de neige, ressemblant beaucoup à une sterne, passant lentement près de lui. « Un oiseau nouveau ! », criais-je ; « tirez, mon père, tirez ! » hélas, mon ami avait la main plus habile avec le livre des Hébreux qu’avec une Westley Richards …./… A l’éclair brillant et à la détonation, la créature neigeuse répondit par une gracieuse inclination, comme une demoiselle en mousseline blanche à une invitation à la danse, et elle plana au-dessus de nos têtes, nous regardant bien en face avec ses grands yeux noirs…./…. mon blanc ami se détourna, et s’éloigna à tire d’aile vers le large.
Oh angoisse ! Que connaît seul le naturaliste, qui voit une nouvelle espèce lui glisser entre les mains. La blanche vision fait un autre tour, cette fois vers la terre « viens, viens oiseau inconnu » Viser de loin ! Ah, ma beauté, l’aumônier ne tient plus ce solide canon : un oeil mortel mesure la distance que vous allez parcourir, avant que le messager plombé ne vous atteigne. Et maintenant, le tir précis ! Bruit sourd, l’oiseau infortuné est tombé. »

Ce n’est qu’en fin d’après midi que les contours d’un autre bâtiment se dessinent, et contre l’un des murs apparaissent cinq coquilles de bénitier, rangées les unes dans les autres, et une balle d’espingole en plomb.

Cette découverte nous rend très impatients d’être déjà à demain !

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Le gygis alba © Conservatoire botanique de mascarin - Christian Fontaine
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Les 5 coquilles de bénitier empilées © Jean-François Rebeyrotte
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Conduite du tractopelle © Max Guérout

Journal 21 août

Toute la nuit le vent a soufflé et les grains ont défilé.
Le bruit des arbustes secoués par le vent et le déferlement des vagues auront ainsi peuplé le sommeil des joyeux campeurs.

Nos deux botanistes, qui avaient installé leurs lits de camp dans le bâtiment servant de garage à la remorque, se sont réveillés passablement trempés, le toit n’étant pas étanche.

Moins humide, notre début de matinée fut occupé, à l’abri des intempéries, par la présentation des campagnes précédentes et à la préparation du travail à entreprendre.
Les choses sérieuses ont ainsi commencé en fin de matinée, interrompues de temps à autre par le passage d’un grain.

C’est à contrecœur que nous avons dû couper le veloutier se trouvant devant la case malgache. Nous l’avions épargné jusque là, mais il est certain maintenant qu’il se trouve au dessus de l’un des derniers bâtiments construits par les esclaves. Nous en avions déjà parlé avec les TAAF qui nous avaient autorisés à le « sacrifier ».

Une fois le sol dégagé, l’après-midi fut consacré à un premier décapage d’un secteur de trois mètres par trois.
Avant que le travail ne commence, Bako Rasoarifetra tint à faire une courte cérémonie à la mémoire des esclaves, nous disant que si dans la tradition malgache il n’était pas autorisé de déranger la dépouille des ancêtres, dans le cas présent il s’agissait précisément de faire connaître leur histoire et d’honorer leur mémoire. Un peu de rhum fut versé sur le site et chacun en bu une gorgée.
Cette cérémonie me remit en mémoire celle qu’un prêtre tahitien de Moorea, en tenue d’apparat, vint faire sur notre site de fouille, nous accordant la protection des dieux et sa bénédiction.

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Briefing © Joë Guesnon
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Hommage aux ancêtres © Jean-François Rebeyrotte
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Pointe nord sous le grain © Lauren Ransan

Journal du 20 août 2013 :

13 h 55 – Le Transall 61 – ZC fait son point fixe en bout de piste. Le vacarme des moteurs lancés à plein régime laisse imperturbables les quelques fous nichés aux alentours.

14 h 00 – Le pilote lâche les freins, l’avion s’élance sur la piste et décolle emportant les trois agents des TAAF qui viennent d’être relevés.

Au milieu de la matinée l’avion a débarqué, l’équipe de neuf archéologues, la relève des agents, deux botanistes et une réalisatrice, multipliant brutalement par cinq la population de l’île.
En posant le pied à terre, après presque une année de préparation de la mission archéologique, j’ai encore une fois eu le sentiment que le plus dur était fait.

Rodés par les trois missions précédentes, l’équipe, après avoir déchargé l’avion, se met rapidement au travail. En un clin d’œil, les trois tentes sont dressées et Philippe Tournois entreprend de brancher l’électricité.
Les nouveaux venus, à qui nous avons si souvent parlé d’une île minuscule, la trouvent au contraire assez grande. Laissons-les cependant prendre la mesure de l’espace qui les entoure.
Le temps radieux de la matinée ne dure pas et, peu après le départ de l’avion, une ligne de grains apparaît dans le Sud ne tardant pas à apporter fraîcheur et humidité.

Les vedettes de la journée ont été les baleines.
Quelques instants avant le décollage de la base aérienne de La Réunion, les jets d’eau de trois d’entre elles ont jailli au large.
Même comité d’accueil à l’arrivée sur Tromelin par deux autres baleines évoluant au nord de l’île.
Ce n’est certes pas aussi grandiose que les bateaux pompes accueillant le France dans le port de New-york, mais quand même…

Max Guérout.

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