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Le patrimoine naturel des Terres australes françaises

La faune et la flore de l’océan austral présentent des adaptations originales, résultat de plusieurs millions d’années d’évolution dans un isolement extrême. Les milieux naturels terrestres, n’étant soumis qu’à de très faibles pressions anthropiques, sont considérés comme « presque intacts ».

L’endémisme prononcé, la très forte relation trophique entre les domaines marin et terrestre, l’isolement extrême et l’éloignement de toutes sources de contamination font de ces îles subantarctiques des milieux originaux sans équivalent. Elles présentent un intérêt exceptionnel pour la conservation de la biodiversité.

LES OISEAUX ET LES MAMMIFÈRES MARINS

Les îles de Terres australes françaises sont les plus vastes des rares terres émergées de l’océan Indien sud. C’est pourquoi elles constituent pour des espèces marines se reproduisant à terre des sites d’importance majeure pour cette phase clé de leur vie. Ces îles, considérées comme le “ poumon ” de l’avifaune de l’océan Indien sud, accueillent les reproducteurs de trente-quatre espèces d’oiseaux marins et deux espèces endémiques d’oiseaux terrestres : le petit bec-en-fourreau, Chionis minor, et le canard d’Eaton, Anas eatoni.

Parmi ces trente-quatre espèces, onze sont classées menacées d’extinction à des degrés divers par l’IUCN. Sept sont classées « vulnérables », trois « en danger » et une « en danger critique d’extinction ». Il s’agit de l’endémique albatros d’Amsterdam (Diomedea amsterdamensis) dont l’unique population actuelle est estimée à 180 individus (30 couples reproducteurs sur site par an).

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Albatros d’Amsterdam (Diomedea amsterdamensis)

Par ailleurs, l’archipel Crozet héberge la plus vaste colonie mondiale de manchots royaux (Aptenodytes patagonicus), les plages de Kerguelen accueillent la seconde population mondiale d’éléphants de mer du sud et les eaux côtières de l’archipel abritent la seule population d’une sous-espèce du dauphin de Commerson (Cephalorynchus commersonii ssp). D’importantes colonies d’otaries de Kerguelen (Arctocephalus gazella) et d’otaries d’Amsterdam (Arctocephalus tropicalis) se reproduisent sur les plages de ces îles.

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Manchots royaux (Aptenodytes patagonicus)


Manchots royaux à Crozet par ipev

LA FAUNE MARINE

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Dauphin de Commerson (Cephalorhynchus commersonii)

L’essentiel des ressources trophiques de ces espèces se trouve en mer et va du zooplancton aux poissons. Les eaux qui s’étendent de la côte aux grands fonds de la zone subtropicale hébergent pas moins de 205 espèces de poissons marins dont les endémiques Bovichthys veneris et Neomerinthe bauchotae, et celles de la zone subantarctique 125 espèces, dont Notothenia cyanobrancha, Lepidonotothen mizops, Channichtys rhinoceratus et C. velifer, toutes endémiques du plateau de Kerguelen.

Parmi celles-ci, les deux dernières espèces font partie du très singulier et intéressant groupe des poissons à sang incolore. Les espèces du groupe des poissons-lanternes (Myctophidae) sont réputées constituer l’essentiel des ressources trophiques des populations d’oiseaux et mammifères marins si emblématiques de ces îles. Si l’inventaire de l’ichtyofaune est largement abouti, celui des invertébrés du benthos est loin d’être achevé.

Cependant quelques taxons tels les mollusques, les crustacés et les échinodermes ont fait l’objet de travaux qui ont révélé la présence d’espèces endémiques comme Halicarcinus planatus, un petit crabe de Kerguelen, Abatus cordatus, l’oursin incubeur du même archipel, Jasus paulensis, la langouste des îles Saint Paul et Amsterdam ou Provocator pulcher, la célèbre volute du Challenger.

LA FLORE TERRESTRE

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Choux de Kerguelen (Pringlea antiscorbutica)

Si la flore terrestre subantarctique est bien connue grâce aux travaux des botanistes de renom qui ont participé aux grandes expéditions de la fin du XIXe et du début XXe siècle, les travaux plus récents de paléobotanique, d’écologie, de génétique et de physiologie ont permis d’en retracer l’histoire évolutive et biogéographique.

De ces travaux, il ressort actuellement que les îles Marion, Crozet, Kerguelen et Heard appartiennent à une même province biogéographique, siège d’un très fort endémisme (le chou de Kerguelen, Pringlea antiscorbutica, l’espèce emblématique de cette province, est présent sur la totalité de ces îles), même si l’endémisme strict demeure peu développé chez les plantes supérieures, le seul exemple étant Lyallia kerguelensis à Kerguelen.

Il apparaît également de façon de plus en plus évidente que ces espèces ont survécu au dernier maximum glaciaire dans des zones refuges et que des colonisations postérieures à la déglaciation sont peu probables. En dépit d’une longue histoire, la richesse spécifique demeure faible : 24 plantes vasculaires à Crozet et 29 à Kerguelen. La végétation autochtone d’Amsterdam (26 espèces de plantes vasculaires) est d’un tout autre type et présente des affinités biogéographiques bien différentes et variées.

À titre d’exemple, le seul arbuste de la réserve naturelle, Phylica arborea, est commun aux îles Tristan da Cunha, situées en Atlantique sud, et Amsterdam. Les tourbières d’altitude de cette dernière sont peu perturbées à ce jour et abritent de nombreuses plantes vasculaires et sphaignes endémiques.

LES INVERTEBRES

Les invertébrés terrestres des trois archipels ont également fait l’objet de nombreux travaux de systématique, de biogéographie et d’écologie. Si leur richesse spécifique est globalement faible, elle varie d’un groupe taxonomique à l’autre et d’une île à l’autre.

C’est ainsi que l’île de la Possession dans l’archipel Crozet héberge trois espèces endémiques de vers de terre et pas moins de dix taxons non décrits à ce jour, tous appartenant au seul genre représenté dans la zone subantarctique, Microscolex (Acanthodrilisae), alors qu’une seule espèce est présente à Kerguelen.

L’endémisme strict est également très marqué chez les insectes, notamment chez les charançons de Crozet, alors que les diptères présentent un endémisme plus régional. À titre d’exemple, Crozet, Kerguelen et Heard hébergent Anatalanta aptera, la « mouche sans ailes de Kerguelen », alors qu’un autre diptère, Calycopteryx moseleyi, n’est présent que sur les deux dernières.

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Anatalanta aptera

Cette faune subantarctique a développé de nombreuses adaptations morphologiques ou physiologiques qui vont de la réduction alaire partielle ou totale chez les diptères et lépidoptères à des capacités exceptionnelles de jeûne autorisées par le remplacement des muscles du vol par des réserves lipidiques.
Ces adaptations très originales, liées aux conditions climatiques rigoureuses et au caractère aléatoire et temporaire des ressources trophiques de certains milieux, s’observent également dans l’entomofaune des milieux d’altitude d’Amsterdam.

L’autre particularité de ces peuplements d’invertébrés est le déséquilibre complet des chaînes trophiques auxquelles ils participent : les prédateurs y sont quasi-absents (deux araignées et un staphylin à Kerguelen par exemple), les herbivores peu nombreux (charançons) et les décomposeurs dominants. Ce déséquilibre est la conséquence des apports organiques considérables réalisés par les oiseaux et mammifères marins qui viennent à terre pour se reproduire.

Enfin, ces communautés autochtones d’invertébrés sont aujourd’hui confrontées à l’établissement de nombreuses espèces introduites (une trentaine à Kerguelen) dont certaines, comme le carabe prédateur, Merizodus soledadinus, perturbent profondément le fonctionnement de ces écosystèmes en renforçant des maillons trophiques minoritaires.

LA FLORE ET LES HABITATS MARINS

La flore marine est encore mal connue en dépit d’importants travaux menés pendant les années 1960 et 1970. Les vastes champs d’algues brunes géantes constitués par Durvillea antarctica et Macrocystis pyrifera frangent le pourtour de toutes les îles de la réserve, représentent une biomasse considérable et offrent une protection naturelle aux zones côtières et à bien des espèces marines.

Les algues rouges méritent également un intérêt particulier, non seulement pour l’importance de leur rôle écologique, mais aussi pour leur intérêt potentiel en biotechnologies.Si les habitats terrestres ont été répertoriés et relativement bien définis, ce n’est pas le cas des habitats marins.

Ils n’en sont pas moins originaux et souvent uniques : canyons sous-marins des fjords de Kerguelen, moulières à seuil, fonds à spicules d’éponges siliceuses, fonds à antipathaires de Saint-Paul et d’Amsterdam, massifs de coraux profonds d’eau froide de Crozet et Kerguelen et « herbiers » à Macrocystis pyrifera.