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Mesures de gestion des populations d’ongulés introduits

Les Terres australes et antarctiques françaises (Taaf) constituent un écrin unique renfermant un trésor biologique des plus précieux. L’importance et la spécificité de ses populations animales, la richesse et la diversité de sa flore et de ses milieux font de ce territoire un sanctuaire de biodiversité ayant peu d’équivalents à l’échelle planétaire.

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L’archipel de Kerguelen © Lucia Simion

Les îles de Crozet, Kerguelen et Saint-Paul et Amsterdam abritent la diversité spécifique d’invertébrés et de plantes vasculaires la plus importante des îles subantarctiques. 55% des espèces d’invertébrés de Crozet sont endémiques. L’ensemble des îles héberge 70 espèces de plantes vasculaires indigènes (Crozet : 24, Kerguelen :29, Amsterdam et Saint-Paul : 43) dont 24 sont endémiques de la région subantarctique, Lyallia kerguelensis étant la seule plante vasculaire endémique stricte de Kerguelen.

L’île d’Amsterdam est la seule île des Taaf où l’on trouve une espèce ligneuse, le Phylica arborea. Par ailleurs, les îles Crozet et Kerguelen hébergent les communautés d’oiseaux les plus diversifiées du monde austral avec, respectivement, 34 et 33 espèces d’oiseaux marins. En outre, 3 espèces d’oiseaux sont strictement endémiques des Taaf : l’albatros d’Amsterdam (Diomedea amsterdamensis), le cormoran des Kerguelen (Phalacrocorax verrucosus) et le canard d’Eaton (Anas eatoni).

Comme l’ensemble des milieux insulaires, les Taaf sont des écosystèmes fragiles qui hébergent une faune et une flore terrestre qui n’ont pas développé de mécanismes de défense à l’égard des espèces introduites. Les espèces allochtones envahissantes sont donc une des principales menaces qui pèsent sur cette biodiversité.

Les îles subantarctiques françaises ont malheureusement été le siège de nombreuses introductions. Sur le seul archipel de Kerguelen, plus de 70 plantes vasculaires, une trentaine d’insectes et pas moins de 12 vertébrés non-indigènes y sont aujourd’hui établis. Si les autres îles australes ont également fait l’objet d’introductions, c’est à un moindre degré. De nombreuses études rigoureuses mise en œuvre par l’Institut Polaire Français Paul-Emile Victor (IPEV) ont démontré l’impact considérable de ces espèces allochtones sur les écosystèmes.

Les travaux menés sur ces questions ont fait l’objet d’une récente publication internationale de synthèse (Frenot et al., 2005, Biological Reviews, 80, 45-72) qui a conduit le Comité de Protection de l’Environnement de l’Antarctique, mis en place par le Protocole de Madrid en 1991, à faire de la question des espèces introduites invasives sa plus haute priorité (Réunion de Kiev 2008 et Baltimore 2009).

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Élimination de cyprès dans le cadre du programme de restauration du phylica arborea

Afin de préserver pendant qu’il en est encore temps leurs valeurs environnementales, les îles subantarctiques françaises ont été classées en Réserve Naturelle Nationale (Décret 2006-1211 du 3 Octobre 2006). Ce classement permet à la France de répondre à ses engagements internationaux en matière de protection des sites et contribuera au maintien de la diversité biologique globale de ces îles.

Outre cette mesure réglementaire nationale, la réserve a été classée en novembre 2008 au titre de la convention internationale Ramsar qui vise la protection des zones humides. Ce classement, conséquence de la proposition formulée dans le cadre de la présidence française de l’Union Européenne, fait de ce site le plus grand d’Europe classé au titre de la convention internationale Ramsar.

Afin de mettre en place des mesures de gestion et de conservation de la biodiversité adaptées et cohérentes, l’administration des Taaf s’est appuyée sur le Comité de l’Environnement Polaire qui tient lieu (par décret) de comité scientifique de la réserve, et sur le Conseil consultatif des Taaf qui tient lieu de comité de gestion.

Dans le cadre de la « stratégie nationale pour la biodiversité », dont l’objectif global est d’en enrayer l’érosion d’ici 2010, les Taaf viennent d’arrêter leur plan d’action biodiversité. Ce plan consiste à la mise œuvre de mesures concrètes pour favoriser le maintien de la diversité des espèces et des habitats, l’amélioration de la trame écologique et le maintien d’un bon fonctionnement des écosystèmes.

Ce plan a été nourri des résultats des nombreux travaux scientifiques conduits par l’IPEV et a recueilli l’avis favorable du Comité de l’environnement polaire (CEP) et du Conseil consultatif des Taaf. Il comprend notamment des mesures visant à limiter les risques d’introduction de nouvelles espèces.

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Projet de limitation de la population de chats sur la base de Kerguelen

Les mammifères introduits et établis font ou ont fait quant à eux l’objet de plusieurs programmes de recherche mis en oeuvre par l’IPEV, s’intéressant tant à leur adaptation à l’environnement subantarctique qu’à leurs impacts sur les écosystèmes.

Le lapin (MNHN), le chat (Université de Lyon-CNRS), le mouflon (MNHN), les bovins (CNRS Chizé) sont concernés, tout comme les rats (CNRS Chizé) ou les souris (CNRS, MNHN). Certaines opérations d’éradication expérimentale ont déjà été réalisées depuis la fin des années 1980 : lapins de trois petites îles de l’archipel de Kerguelen, rat sur l’Ile St Paul et 3 îles du Golfe du Morbihan à Kerguelen, bovins sur une partie de l’ile Amsterdam.

Un suivi rigoureux de ces opérations a permis d’apprécier à la fois l’intérêt de telles opérations en termes de restauration des milieux et leur faisabilité à plus vaste échelle.

Les résultats spectaculaires de restauration obtenus à Amsterdam (CNRS Rennes) ou à Saint Paul ainsi que la démonstration soutenue par de nombreuses publications scientifiques, tant nationales qu’internationales, sur les effets dévastateurs des mammifères introduits sur les écosystèmes subantarctiques, effets démultipliés par le contexte actuel de changements climatiques prononcé sous ces latitudes, ont fortement incité les gestionnaires de la Réserve naturelle à considérer la possibilité d’éradiquer totalement certaines espèces introduites de mammifères : reliquat du troupeau de bovins à Amsterdam, mouflons et moutons à Kerguelen.

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L’introduction volontaire de mouflons sur l’archipel de Kerguelen a entraîné des conséquences irréversibles sur l’environnement.

En préalable à toute décision de gestion, la communauté scientifique impliquée dans les recherches dans ces îles a été consultée. La zone atelier du CNRS qui rassemble l’ensemble des programmes en biologie et écologie subantarctique, coordonnée par Marc Lebouvier, a donné un avis favorable au projet, en précisant que ces éliminations devaient impérativement être accompagnées de programmes scientifiques visant à :

* mener, préalablement à l’éradication, toutes observations nécessaires à l’établissement d’un état de référence initial, et permettant d’établir la nature et l’importance de l’impact de l’espèce visée sur un ensemble représentatif des composantes des écosystèmes concernés (sols, faune, flore, systèmes aquatiques etc…),
* accompagner les opérations d’éradication en conseillant le gestionnaire de la réserve sur le calendrier et les protocoles les plus adéquates,
* profiter de ces opérations pour effectuer les observations et récolter les échantillons aussi complet que possible sur ces animaux,
* mettre en place un suivi sur le long terme des effets de l’éradication sur les écosystèmes concernés,
* faire bénéficier, à travers des publications scientifiques, la communauté internationale de l’expérience ainsi acquise en matière de gestion d’écosystèmes insulaires fragilisés par les espèces allochtones.

Le Comité de l’Environnement Polaire a également été saisi de ces projets d’éradication et y a apporté un soutien appuyé.

Outre ces consultations d’instances scientifiques, le Préfet des Taaf a saisi le ministère de l’agriculture et de la pêche, ainsi que l’Union Pastorale des Races Anciennes afin de connaître l’intérêt éventuel, notamment biologique, de ce troupeau. Ces organismes n’ont relevé aucun obstacle à l’élimination de ces troupeaux.

Les Taaf ont donc inscrit l’action d’élimination des troupeaux d’espèces introduites dans leur plan d’action biodiversité. Ce dernier a été validé par le Secrétariat d’Etat à l’Outre Mer et par le ministère en charge de l’écologie, qui finance en partie ces actions.

L’élimination des troupeaux est étalée sur plusieurs années, et aucun gaspillage ne sera toléré au cours des opérations. Ainsi, le plus grand soin est pris pour récupérer la viande destinée à l’alimentation des trois districts austraux Crozet, Kerguelen et Amsterdam.

A ces opérations succéderont plusieurs plans de restauration : sur l’île Haute et l’île Longue, dans le Golfe du Morbihan de Kerguelen, et sur l’île d’Amsterdam. Sur cette dernière, un plan national d’action en faveur de la préservation des Albatros d’Amsterdam sera lancé à partir de juillet 2009. Ce plan aura pour objectif de mettre en place de nouvelles actions, notamment de connaissance pour la préservation de cette espèce en danger critique d’extinction, statut de protection le plus élevé au monde.