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22 mai 2012

Premier bilan de l’atelier scientifique Del Cano

Les Terres australes et antarctiques françaises (Taaf) ont accueilli du 15 au 18 mai à Saint-Pierre (île de la Réunion) un atelier scientifique de la CCAMLR (Commission pour la conservation de la faune et de la flore marines de l’Antarctique).

Cet atelier a regroupé une vingtaine de scientifiques venus de France, d’Afrique du Sud, de Nouvelle Zélande et de Norvège. Les scientifiques français provenaient du Laboratoire d’Océanographie de Villefranche, du Muséum national d’histoire naturelle et du Centre d’études biologiques de Chizé.

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L’objectif de cet atelier était de mutualiser les connaissances et d’identifier les zones à forte valeur patrimoniale du plateau de Del Cano incluant les îles subantarctiques de Marion et Prince Edward d’Afrique du Sud ainsi celles de l’archipel de Crozet administrées par les Taaf. Il a été également l’occasion de valoriser les premiers résultats français d’éco-régionalisation mis en place grâce au partenariat entre les Taaf et l’Agence des aires marines protégées.

Cet atelier s’inscrit dans le cadre du projet de création d’un réseau représentatif d’aires marines protégées (AMP) dans la zone de la convention CCAMLR. Outre leur mission d’accueil de cet atelier, les Taaf contribuent à remplir leurs engagements de soutien à la recherche scientifique et de protection de la biodiversité.

Les scientifiques se sont réunis pour produire le meilleur état des connaissances sur une vaste région maritime subantarctique, baptisée Del Cano du nom de cet important massif sous-marin situé entre la France et l’Afrique du sud. Cette région englobe la zone économique exclusive (ZEE) française de l’archipel Crozet et la ZEE Sud africaine de Marion et Prince Edward. La zone d’étude de l’atelier s’étend jusqu’au 62° parallèle Sud. Les résultats scientifiques français proviennent essentiellement des recherches menées sur le terrain via l’Institut polaire français Paul Emile Victor(IPEV).

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Le rapport de cet atelier est en cours d’écriture et sera soumis à la mi-juin au groupe de travail "Ecosystem Monitoring Management" de la CCAMLR qui se réunira début juillet et les conclusions seront présentées au comité scientifique de la CCAMLR fin Octobre.

Déjà, des premiers résultats apparaissent à la clôture de cet atelier :

  • La nécessité d’envisager ces travaux dans une zone plus large que la zone n°5 définie par la CCAMLR, dont la limite nord est située à 45° Sud (carte p.4). Le périmètre étudié devrait être élargi aux zones d’alimentation des prédateurs supérieurs (oiseaux, mammifères marins et certains poissons) qui s’étend au Nord du 45°Sud . La région identifiée est en effet très importante en termes de conservation des écosystèmes marins et sa zone d’étude doit tenir compte de l’ensemble des enjeux. Ainsi, une coopération avec les organisations régionales de pêche pourrait être envisagée, avec la Commission thonière de l’Océan Indien (CTOI) et l’accord de pêche du Sud Ouest de l’océan Indien (SIOFA) notamment.
  • La nécessité de considérer les menaces liées à la pêche illégale dans les eaux internationales, en particulier dans les zones de pêche que constituent les monts sous marins Ob, Lena et Marion Dufresne situés plus au Sud du plateau Del Cano.
  • L’importance d’une collaboration et d’une concertation entre les scientifiques, les pêcheurs et les États au niveau de l’Océan Indien. Cet atelier a montré de très fortes synergies entre les scientifiques des pays présents lors de l’atelier.
  • Le manque de données récentes dans certains domaines et l’opportunité de nouvelles recherches afin d’approfondir les connaissances sur la répartition géographique du plancton, des poissons, des oiseaux, des prédateurs et des invertébrés vivants sur le fond. Il a été noté que la compréhension du fonctionnement de la chaine alimentaire était essentielle car ces écosystèmes sont parmi ceux qui ne sont pas centralisés sur le krill antarctique mais sur le plancton et les poissons lanternes. Ces poissons vivent entre 1000 et 200m de profondeur, ils remontent la nuit en surface et servent de nourriture aux prédateurs supérieurs (ex : manchots royaux). Il s’agit également de préciser comment les changements climatiques agiront sur ces écosystèmes, si les écorégions seront modifiées dans leur fonctionnement ou déplacées vers le sud.

La compilation et l’analyse de ces données permettront dans un deuxième temps de déterminer des cartes scientifiques prenant en compte le biotique (le vivant) et les milieux où vivent ces espèces (courants, température, salinité …). Ce travail d’éco-régionalisation de la zone Del Cano, associé à la prise en compte des usages de ces espaces maritimes, permettra, in fine, de déterminer les zones écologiques dont la protection est à privilégier, et le cas échéant de préfigurer un projet de réseau représentatif d’aires marines protégées avec une situation juridique particulière mêlant des eaux sous ZEE, des eaux internationales sous la responsabilité de la CCAMLR et d’autres sous la responsabilité d’autres conventions.