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Présentation du Marion Dufresne

La caractéristique première des TAAF réside dans leur isolement extrême et l’éloignement des zones habitées. Malgré cette spécificité, le choix a été fait par la République Française de maintenir une présence et une activité humaines et permanentes sur ces territoires. Des tropiques pour les îles Éparses, au continent Antarctique pour la Terre Adélie, en passant par l’océan Austral pour les districts subantarctiques, cette occupation d’un territoire immense nécessite donc la mise en œuvre d’une chaîne logistique particulièrement complexe.

Celle-ci constitue le maillon essentiel permettant le fonctionnement des bases et des stations, véritable cordon ombilical indispensable au bon déroulement des multiples activités scientifiques et stratégiques localisées dans les TAAF, mais également garante de la présence française dans ces régions du monde.
Dès lors, la fiabilité de la desserte de chacun des districts est une préoccupation permanente. Les moyens mis en œuvre doivent être opérationnels et sécuritaires en toutes circonstances, objectif ambitieux dans un contexte géographique et météorologique hors normes.


Aperçu du Marion Dufresne, le navire… par TAAF

Propriété des Terres australes et antarctiques françaises et armé par la CMA/CGM, le Marion Dufresne II est un navire très polyvalent. En plus de sa fonction scientifique notoire (navire océanographique, carottage sédimentaire, université flottante, laboratoires embarqués), il assure non seulement le transport vers les bases australes des personnels (jusqu’à 114 passagers) mais également d’une cargaison variée constituée en général :

  • de nourriture,
  • des équipements/outils/matériels nécessaires au fonctionnement des bases,
  • des matériaux destinés à la réalisation des chantiers,
  • des matériels des partenaires de la collectivité (IPEV, CNES, CEA, Météo France,…),
  • du carburant.

Le transport de cette cargaison nécessite la mobilisation de contenants divers :

  • 110 conteneurs 20 pieds (standards et frigorifiques),
  • plateaux (flats), caisses (plastiques, métalliques), de fûts, racks de gaz,
  • et surtout d’une grande quantité de colis conventionnels de taille et poids très variables (de la « boîte à chaussures » à l’engin de travaux publics).

Le carburant, quant à lui, est chargé dans les soutes d’une capacité de 1000 m3.
Le navire dispose d’un tout nouveau système VSAT permettant la continuité des échanges électroniques de données et de voix entre le navire et le siège des TAAF ainsi qu’un système INMARSAT de secours (messagerie Skyfile acceptant les pièces jointes).
La réussite de chaque rotation (OP dans le jargon technique) repose
sur des escales minutieusement préparées et efficacement menées,
dans des délais toujours très contraints.

Le Marion Dufresne est à la fois :

  • un cargo chargeant des conteneurs et des colis lourds d’une capacité de 5 600 m3 et possédant deux grues jumelables de 25 tonnes et deux autres grues de service ;
  • un pétrolier transportant du carburant pour les stations ;
  • un porte-hélicoptères pouvant recevoir un hélicoptère de type Écureuil, Lama, Alouette ou Dauphin ;
  • un navire de recherche équipé de 650 m² de laboratoires, qui possède plusieurs systèmes de treuillage et portiques pour la manipulation d’engins et matériels lourds, un sondeur multifaisceau Thomson-Sintra et enfin un carottier sédimentaire géant unique au monde.
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Dans les îles australes

Les îles australes (Crozet, Kerguelen, Amsterdam et Saint-Paul) sont accessibles uniquement par voie maritime. Le Marion Dufresne II effectue, au départ du Port de La Réunion, quatre rotations australes par année. Il faut environ un mois au navire ravitailleur pour parcourir près de 9000 km à travers l’océan Indien, dont une bonne partie entre 40èmes rugissants et 50èmes hurlants, dans des conditions de mer souvent difficiles.
Les bases australes ne sont pas équipées de ports permettant l’accueil du Marion Dufresne II. Le navire ravitailleur des TAAF se positionne donc au large des îles (Crozet et Amsterdam) ou au large de la base de Port-aux-Français dans le golfe du Morbihan (Kerguelen) et le lien entre celui-ci et la terre s’effectue grâce à des moyens annexes : hélicoptère pour les personnes et les charges ne dépassant pas 750 kg, moyen nautique pour les charges les plus lourdes.
A Crozet et Amsterdam, c’est un radeau appelé « portière », constitué d’une plate-forme en bois reposant sur des « boudins » gonflables et tracté par une vedette du Marion Dufresne II, qui est utilisé pour rejoindre la terre. A Kerguelen, c’est un chaland, L’Aventure II, basé en permanence dans le district austral, qui permet de faire le lien entre la base de Port-aux-Français et le navire amiral des TAAF.
Outre le transport des passagers et du fret, la livraison du carburant destiné à la production d’énergie sur les bases est également effectuée par le Marion Dufresne II. Le carburant transporté dans les soutes du navire est transféré sur les bases australes à l’aide d’un dispositif appelé « enrouleur ». Cet équipement permet la mise à l’eau d’une manche semi-rigide (sur plusieurs centaines de mètres) par laquelle s’effectue le transfert du carburant sous pression entre le navire et les unités de stockage des bases.
Grâce à l’aide financière du Plan de relance,un « enrouleur » performant
a été fabriqué en 2010. Ce nouvel équipement permet la réalisation des opérations dans des conditions de sécurité et de rendement optimisées.
Même si les moyens mis en œuvre pour assurer la desserte des îles subantarctiques ont évolué depuis les années 50, les difficultés liées aux conditions climatiques restent les mêmes ; la logistique des TAAF ne saurait donc être efficace sans le savoir-faire et l’expérience acquise depuis plus de 50 ans par les équipes des TAAF et du Marion Dufresne II.

Chaque année, l’IPEV, l’institut polaire français, sous-affrète le Marion Dufresne II aux TAAF pour réaliser des campagnes océanographiques sur tous les océans du monde.
Pluridisciplinaires (géologiques, hydrologiques, hydrophysiques et biologiques), elles ont pour objectifs :

  • l’inventaire, la cartographie, la structure, l’origine et l’évolution des dorsales océaniques, des bassins et des marges continentales de l’océan Indien ainsi que des plateaux sous-marins de l’océan Indien occidental et austral ;
  • l’étude de la circulation atmosphérique, de la circulation océanique et de l’interface océan-atmosphère ;
  • l’étude de la structure et du fonctionnement de l’écosystème marin suivant trois orientations essentielles : la prospection de plateaux autour des îles subantarctiques pour l’inventaire de la faune et de la flore et la mise en valeur des ressources exploitables ; la prospection des bassins profonds de l’océan Indien et du secteur Indien de l’océan Austral ; l’étude de l’écosystème pélagique de la haute mer.


Le Marion Dufresne : navire océanographique par ipev

Dans les îles Éparses

La desserte des îles Eparses (Tromelin, Glorieuses, Juan de Nova, Europa) est essentiellement assurée par voie aérienne (avion Transall C160 opéré par les Forces armées dans la zone sud de l’océan Indien - FAZSOI) depuis La Réunion. Le remplacement prochain du Transall par des appareils plus modernes mais disposant de capacités d’emport moindres (CASA) va nécessiter une révision en profondeur des rythmes et des modalités de ravitaillement logistique des îles. La solution pourrait venir de la mer. Une à deux fois par an, un bâtiment de transport léger de la Marine Nationale (La Grandière) assure en effet l’acheminement maritime des matériaux lourds. Des rotations du Marion Dufresne II ont également été réalisées dans les Éparses en 2009, 2011 et 2014 (passage sur chacune des îles).
En raison de la diminution capacitaire des moyens des FAZSOI (notamment retrait du service de plusieurs navires), les TAAF se sont fixées comme objectif d’organiser une rotation du Marion Dufresne II par an dans les îles Éparses à partir de 2016, qui permettra d’acheminer sur place le fret nécessaire aux missions civiles (travaux divers, recherche scientifique) et militaire (protection, souveraineté, entraînement), en soulageant les moyens aériens.

Escale de départ

Deux jours avant l’arrivée du navire au Port, l’essentiel du fret est mis à quai et organisé de manière à anticiper le plan de chargement (étape importante – prise en compte des trois destinations : Crozet, Kerguelen,Amsterdam). Cette mise en place préalable permet d’optimiser la durée de l’escale du navire.
Compte tenu des coûts journaliers du navire et du calendrier de desserte des bases (temps de transit et d’escales sur place incompressibles), il est extrêmement contraignant et pénalisant pour l’ensemble des opérations (sans évoquer le risque de compromettre les objectifs de la rotation) de rallonger, ne serait-ce que d’une journée, l’escale au Port.
La première journée d’escale, le fret de l’opération précédente est déchargé et le début du chargement destiné aux bases australes est lancé, notamment pour ce qui concerne le carburant dont la mise en soute nécessite au moins deux journées et demie. La dépêche postale (en lien avec la Poste) est également embarquée. Les opérations se poursuivent la deuxième journée, et la troisième journée est essentiellement consacrée au chargement de la nourriture, des matières dangereuses ainsi qu’à l’embarquement des passagers. Une phase de mise en place des moyens informatiques destinés aux personnels des TAAF en mission a également lieu au cours de ces journées.
Enfin, à chaque escale, des équipements nécessaires à la réalisation des opérations sont embarqués (notamment pour la livraison du carburant sur les bases : dispositif « enrouleur »).
Les opérations de chargement doivent de surcroît respecter un protocole de biosécurité strict visant à éviter à tous niveaux l’introduction de nouvelles espèces invasives (végétales ou animales) dans les territoires austraux.
Les trois journées se déroulent à « flux tendu  » et imposent une mobilisation complète de plusieurs partenaires (armateur du navire, dockers, transporteurs, sécurité incendie, intervenants portuaires,…). L’heure du départ, le troisième jour (généralement à 17H00), est conditionnée par les autorités portuaires (pilotage notamment) et par la nécessité d’embarquer l’hélicoptère (au large du Port) avant la nuit (tout retard impliquerait un départ reporté au lendemain).

Escale retour

Le dimensionnement de la durée de l’escale est principalement lié à la quantité de déchets rapportée. Le déchargement implique une organisation particulière : en effet, chaque déchet nécessite une prise en charge spécifique en fonction de sa destination finale. Les équipements nécessaires à la réalisation des opérations sont également débarqués pour être stockés dans l’attente de la prochaine rotation. La dépêche postale en provenance des districts austraux est débarquée et confiée à La Poste de La Réunion. Comme pour le départ, le temps est compté : le navire appareille rapidement pour une nouvelle campagne océanographique.

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Perspectives :

Depuis plusieurs années, les TAAF sont confrontées au double défi du maintien de leurs moyens en condition opérationnelle, qui vaut autant pour les moyens de desserte que pour les installations des bases, et du durcissement des réglementations applicables. Ainsi, en matière portuaire l’évolution des normes (procédures ICS des Douanes, délais d’envoi des manifestes, sécurisation des accès), ajoute autant de contraintes sur une opération déjà très sensible, qui doit en même temps concilier la pression issue de l’augmentation des demandes de visites organisées par les TAAF à bord de ce navire qui demeure le 1er outil de relations publiques de la collectivité.

Caractéristiques du Marion Dufresne II :

Longueur hors tout : 120,50 m
Largeur : 20,60 m
Creux : 12,80 m
Tirant d’eau : 6,95 m
Déplacement : 10.380 t
Port en lourd : 4.900 t
Fret : 2.500 t
Propulsion et puissance : 3 groupes diesel-alternateur, total 8250 kW
• 2 moteurs électriques synchrones de propulsion : 2 x 3000 kW
• 1 propulseur avant de 750 kW
Autonomie : 2 mois
Vitesse maximale : 16 nœuds
Passagers : 114
Equipage maximum : 46 membres

La jouvence du Marion Dufresne II

Le navire ravitailleur des terres australes françaises aura 20 ans en 2015. L’avenir de ce moyen constitue donc une problématique immédiate, dans un contexte peu propice aux grands bouleversements. Alors que d’autres pays ont opté en pareil circonstance pour la construction de bâtiments océanographiques flambants neufs (le sud-africain « Agulhas II », l’allemand « Die Sonne »), il est vite apparu aux TAAF et à leur partenaire scientifique l’IPEV qu’il ne serait pas possible de lever 120 millions d’euros nécessaires à un tel chantier. Dans la mesure où 20 ans ne représentent pas un âge canonique pour un bateau, une décision rationnelle et réaliste de « jouvence » du Marion Dufresne II a été prise en 2013, à la fois sur sa partie « coques et machines », très sollicitée par une navigation permanente sur les mers les plus difficiles du globe, et sur ses apparaux scientifiques, moins performants aujourd’hui qu’en 1995 en raison de l’obsolescence de certains matériels, notamment électroniques.
Pour la modernisation des équipements scientifiques, l’IPEV investit 13 millions d’euros, financés par le programme Investissement d’avenir à travers l’Equinex CLIMCOR, dans le cadre du plan d’évolution de la flotte océanographique française. Ces montants serviront au remplacement du sondeur multifaisceaux grand fond, des sondeurs de sédiment, petit fond et monofaisceau, et divers autres équipements (gyroscope, gravimètre, magnétomètre…).
La jouvence des apparaux englobera également la refonte du treuil SIAMOIS (carottage) et des systèmes associés (portique latéral, câble, tangons), l’amélioration de l’ensemble hydrologique (ILOT) et le redimensionnement du portique arrière afin de permettre l’interopérabilité et le déploiement des engins de la flotte. Enfin, il est prévu un réaménagement des laboratoires.
Côté coque et machines, les TAAF ont souscrit en mai 2014 un emprunt de 10 millions d’euros auprès de l’Agence Française du Développement, qui serviront au remplacement des systèmes de supervision et d’automatisation, de commande et de puissance de la propulsion électrique, à la réfection des gaines de ventilation, des chambres froides et de la climatisation, au changement de type de carburant (passage de fuel lourd au diesel marine), à la réfection des grues et des treuils, à la visite des moteurs ainsi que de leurs alternateurs, au sablage et peinture des œuvres vives, à la modernisation des appareils de communication et de navigation et à la remise en état des emménagements intérieurs.
Les travaux auront lieu dans un chantier européen, vraisemblablement française, au premier semestre 2015, sous le pilotage de la CGA-CGM. Ces investissements permettront au Marion Dufresne II de poursuivre sereinement ses bons et loyaux services pendant 15 années supplémentaires.

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Présentation du navire ravitailleur des TAAF, le Marion Dufresne
>>> Télécharger le dépliant sur le Marion Dufresne