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15 mai 2009

Rotation du Marion Dufresne dans les îles Eparses 2009

Les Taaf ont organisé, du 18 avril au 13 mai 2009, une expédition exceptionnelle dans ces îles à bord du navire logistique et océanographique le Marion Dufresne. Cette mission avait deux objectifs :

  • une opération logistique lourde : l’enlèvement des déchets accumulés pendant plus de cinquante ans sur les îles Éparses,
  • la mise en place d’une plateforme scientifique flottante.

Mission Eparses 2009

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Lagon à Juan de Nova (photo : Benoit Gysembergh)

L’enlèvement des déchets

La préparation

Une étude réalisée en 2004 par une société spécialisée avait estimé les déchets à enlever à au moins 500 tonnes. Cette même étude avait préconisé le retour de ceux-ci vers un endroit permettant le retraitement. Les enfouir est, en effet, quasi impossible : les îles sont petites, essentiellement sableuses avec un substrat rocheux et, surtout, cet enfouissement est incompatible avec la préservation de la richesse naturelle de cette zone. Le problème était essentiellement logistique dans la mesure où ces îles ne disposent d’aucune infrastructure portuaire même rudimentaire. Une des solutions proposée alors était de conditionner les 500 tonnes de déchets en fardeaux de 25 kg qui auraient été « manutentionnés » à la main ! Fin 2005, suite au transfert de gestion de ces îles aux Taaf, un premier examen est mené pour établir si les moyens et le savoir-faire développé par les Taaf en matière de logistique « extrême » pouvaient être utilisés (utilisation combinée du Marion Dufresne et de l’hélicoptère). En 2007, une expérience pilote est menée à Europa lors d’un bref passage du Marion Dufresne. Celle-ci valide les techniques mises au point par les Taaf dans le grand sud. Différentes missions vont alors se succéder sur les Éparses pour ouvrir les différentes décharges, regrouper les déchets et préparer les fardeaux qui seront enlevés par hélicoptère ; il fallait en effet conditionner tous ces déchets en lots n’excédant pas 700 kg (capacité d’emport de l’hélicoptère). Le concours des Fazsoi et des détachements militaires sur place a constitué, à cet égard, un appui déterminant.

La réalisation

Du 18 avril au 13 mai, le Marion Dufresne, partant de la Réunion, va passer d’île en île pour collecter les déchets lors d’escales comprises entre un et cinq jours. Au bilan, 1 300 m3 de déchets ont été évacués, soit 600 tonnes de déchets ferreux, 14 tonnes de batteries, 2 tonnes d’huile, 11 à 12 tonnes d’hydrocarbures périmés, etc.

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Personnels Taaf travaillant à l’évacuation des déchets (photo : Benoit Gysembergh)

Cette évacuation a nécessité 1 350 rotations d’hélicoptère (plus de 100 heures de vol) entre les différentes îles et le navire, et un travail considérable des équipes techniques dans des conditions souvent éprouvantes : chaleur accablante, poussière, sable… Il faut noter que certains déchets qui, pour des raisons techniques, n’avaient pu être préparés avant le passage du navire, ont été découpés et conditionnés pour être enlevés pendant l’escale. Ces déchets ont été stockés dans les différentes cales du Marion Dufresne et pour les derniers sur le pont lui-même. Au total, l’intégralité des déchets lourds présents sur les îles a été embarquée. Ces déchets ont été ramenés à la Réunion où ils ont été immédiatement débarqués et pris en charge, suivant leur type, par différentes sociétés agréées pour le recyclage et la valorisation. Certains déchets nécessitant un traitement spécifique préalable seront enlevés ultérieurement. Cette mission unique, menée à bien, constituait un des engagements des Taaf au titre de leur plan d’action pour la biodiversité.

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La coopération de nombreuses personnes a permis la réussite de cette opération de nettoyage des îles Éparses (photo : Benoit Gysembergh)

Les études scientifiques

Présentation

Ces îles présentent un potentiel scientifique important, notamment dans le domaine de la biologie de la conservation où elles sont considérées comme un secteur majeur de la biodiversité de l’outre-mer français. Malgré cet intérêt fort, la difficulté d’accès de ces îles font que les travaux de recherche étaient jusqu’à ce jour limités. Le passage du Marion Dufresne avait pour objectif de dynamiser les thématiques abordées et d’évaluer le potentiel scientifique de cette partie du Territoire. Le navire a donc été utilisé comme plate-forme pour, à la fois, mettre à la disposition des programmes scientifiques qui mènent déjà des opérations sur ces îles des moyens importants (laboratoires, congélateurs, stations de travail informatique, liaisons mail…) et permettre à d’autres programmes de découvrir cette zone en utilisant les possibilités de mise en œuvre du Marion Dufresne (mise à l’eau d’embarcations pneumatiques, hélicoptère, treuils…). Au total, 16 programmes ont été retenus. Ces programmes comportaient à la fois des opérations océanographiques (pose d’hydrophones), des observations en cours de transit (lidar, comptages de mammifères marins, d’oiseaux…), des opérations terrestres (installation de stations GPS, géomorphologie), marines (récupération et pose de sondes, comptages de tortues, observation de cétacés et requins) et sous-marines (études des coraux, cartographie des épaves…) lors des escales.

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Etudes scientifiques dans les Éparses (photos : Benoit Gysembergh)
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Etudes scientifiques dans les Éparses (photos : Benoit Gysembergh)

La réalisation

En tout, 46 scientifiques ont participé à cette rotation. Les capacités du Marion Dufresne associées au savoir-faire du personnel des Taaf ont permis de satisfaire l’ensemble des demandes logistiques souvent complexes. Bien qu’il soit encore trop tôt pour faire un bilan précis de ces différents travaux de recherche, il ressort néanmoins que l’état de conservation de ces îles est considéré par l’ensemble de la communauté scientifique comme des « oasis de biodiversité » qu’il convient de protéger. La faible présence humaine permet à de nombreuses disciplines (géomorphologie, biologie…) de mieux comprendre les phénomènes naturels (dynamique des plages, impacts anthropiques…) mais également d’isoler précisément l’impact du réchauffement climatique en milieu insulaire. L’extrapolation de ces résultats pourrait permettre de défi nir différentes stratégies à mettre en place pour lutter efficacement contre les conséquences du réchauffement dans les milieux insulaires habités. A l’image des îles sub-antarctiques et de l’Antarctique, les îles Éparses peuvent être considérées comme de véritables laboratoires naturels où la recherche permettra de répondre, notamment, aux préoccupations environnementales majeures de la planète, en partenariat avec l’Inee et l’Insu. D’ores et déjà, quatre hydrophones destinés à l’étude des cétacés dans le cadre de la Commission baleinière internationale ont été mis à l’eau dans le canal du Mozambique et à proximité de Tromelin, en partenariat avec l’Agence des Aires Marines Protégées. L’installation de deux marégraphes sur Europa et Juan de Nova renforce la mise en œuvre de programmes scientifiques pérennes.

L’éco-tourisme

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Une première expérience de tourisme encadré a été menée lors de la rotation Éparses avec le Marion Dufresne. Une trentaine de touristes a pu découvrir les îles Éparses, encadrés par 4 guides.
Photo : Benoit Gysembergh

Un carnet de voyage philatélique

Un carnet de voyage philatélique a été réalisé lors de cette rotation par la photographe Lucia Simion. Il est préfacé par Irène Frain dont le récent livre sur les naufragés de Tromelin connaît un grand succès. Il sera dévoilé en avant première au Palais du Luxembourg le 5 octobre 2009 avant d’être présenté au salon du timbre de Paris en novembre.